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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes font de la métaphysique

    Aujourd’hui, nous allons voir quelques tableaux de Giorgio de Chirico, peintre énigmatique s’il en est, qui, je trouve, convient particulièrement bien à notre thread des daubinettes-devinettes.
    Nous allons nous intéresser plus précisément à sa période dite de la peinture métaphysique, pittura metafisica, comme il l’avait avec quelque grandiloquence baptisée lui-même, qui embrasse les années 1910-1920.
    Ce peintre italien est né en Grèce, et le fait est important pour la compréhension de l’artiste. C’est que la lumière là-bas est la plus pure du monde, elle définit et découpe les objets, avec une précision hallucinante. Sa limpidité est telle qu'elle permet, et l'image reste ici en deçà de la réalité, la vision à perte de vue. On pense dès lors à Chirico et aux énigmatiques compositions où rues désertes, hautes cheminées mélancoliques, murs dénudés, arcs mystérieusement ombrés, statues si vivantes dans leur nostalgique immobilité, ont été considérés par l'artiste avec une attention désespérée, comme à perte de vue, également, et interrogés aussi sur des secrets de vie jalousement retranchés derrière leurs façades, mais cette fois à perte d'esprit, pourrait-on dire.

    Il n’est pas donné à tout un chacun d’apprécier ce genre de peinture, secrète, introvertie. On ne peut pas demander à un Monsieur Durand ou Dupond d’y être sensible, à moins qu’il ne s’agisse, comme dans le cas de ma daubinette présente, de quelqu’un qui, malgré son patronyme tout ce qu’il y a d’ordinaire, d’une certaine façon, intervient dans le domaine du beau.

  2. #2
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Assimilé aux surréalistes dont pourtant il n'eut de cesse de les qualifier de « peu sympathiques » (mais il est vrai qu’il semble n’avoir pas beaucoup de tendresse pour le genre humain en son entier, le cher homme), l'œuvre de Chirico est un repère, une fourmilière de thèmes récurrents. De la Grèce antique, l'architecture des lieux, les illusions perspectives au jeu incessant du « cadre dans le cadre », le peintre a usé les livres Schopenhauer et de Nietzsche pour en dégager un univers d'irréalité, un monde théâtralisé avec, en ligne de mire, un souci d'harmonie universelle. Ordonnateur difficile, esprit obscure et réservé, la lecture de ses œuvres le fait sourire. « La peinture est une contemplation » s'amuse-t-il à dire à ceux qui tentent d'y décoder de-ci une trace de son enfance, de-là une angoisse métaphysique. Finalement, à l'étrangeté de ton de ce peintre peu conventionnel répond notre faculté de rêver éveillé.

    Drôle d’oiseau, ce De Chirico, hein ? plein de manies et de tics. J’aimerais bien pouvoir lire le diagnostic fait par médecin psychiatre ou par un psychanalyste. Sûr qu’on y trouverait des termes comme mégalomanie, misanthropie, paranoïa etc. Justement, ma daubinette aurait pu intervenir pour exaucer mon vœux, mais malheureusement, elle n’était pas encore en activité.

  3. #3
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    L'univers de Chirico reflète l'anxiété du peintre-poète devant les apparences froides et figées d'énigmes que l'on ne peut élucider. Les arcades des palais de Chirico ouvrent de grands yeux au fond desquels on ne voit rien qu'un vide étrange impossible à remplir. On l'interroge désespérément, comme on ressasse des mots jusqu'à les vider de leur sens, mais tout cela en vain. Pourtant un fait est là: Chirico a découvert que certains objets réunis entretiennent de mystérieux rapports et des conversations muettes, qu'ils s'accommodent parfaitement de rencontres insolites et que leur immobilité apparente recèle des activités insoupçonnées. Chirico a créé dans ses toiles une poésie inconnue de l'immobile dans ce qu'elle pouvait offrir de plus abstrait et par suite d'angoissante réserve, d'attente anxieuse d'un événement dont on ne saurait imaginer le sens.

    En découvrant l’univers de De Chirico, on se sent perdu, désappointé. C’est là qu’il est conseillé de se mettre dans un fauteuil douillet, de prendre un bon verre de whiskey dont le nom évoque ma daubinette, ou d’un autre breuvage fort et qui sent bon et de s’accorder un moment de réflexion, car pour comprendre la beauté étrange et dérangeante de sa peinture, l’on a besoin de temps.

  4. #4
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    N’est-il pas surprenant que la peinture de De Chirico, ne reproduisant que des éléments fabriqués par l’homme, soit privée de toute présence humaine ? L’artiste bâtit un monde sans arbres, sans paysage, où seule peut vivre la pensée, peinture d’outre-monde, peinture extra-lucide qui provoque un malaise de la compréhension condamnée à rester insatisfaite à jamais.

    Ce monde privé de tout ce qui est organique, que l’on est tenté de qualifier de mécanique, à terme, une fois qu’on s’y est habitué, se révèle attirant.
    Pour ce qui est de la daubinette, la phrase précédante contient tout ce qu’il faut pour la trouver.

  5. #5
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    Ces toiles ont quelque chose de très singulier : il en émane un silence profond, attentif, inquiet, une immobilité éternelle, - et pourtant instable, une nostalgie d’un pays qui n’existe pas, qui n’a jamais existé, la solitude assumée.

    La grande qualité de De Chirico a été de rendre palpable cette solitude qui vous enveloppe tel un raz de marée. Ma daubinette ne parle pas d’autre chose, mais, comme c’est la mode maintenant, elle le fait en anglais, indeed.

  6. #6
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    L’ambiance qui enveloppe ses peintures est tragiquement statique, et l’horloge n’est là que pour souligner cet aspect figé à jamais. Une horloge. Mais à quoi peut servir une horloge dans l’infini d’où la notion du temps est bannie ?

    Il est clair et net, même doublement net, d’après ma daubinette, que De Chirico a trouvé un malin plaisir à nous poser ces énigmes.

  7. #7
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    Homme des séries, De Chirico ne fait pas de mystère sur ses sujets d'élection : anonymat des personnages-mannequins, paysages urbains désertiques, soleil noir et lune ocre, les œuvres se répondent comme une comptine intériorisée qui s'égraine au fil des jours.
    Voyez cette gare Montparnasse. J’aimerais bien voir le tableau des départs, car j’ai du mal à m’imaginer des trains qui y circuleraient, à moins que leur destination ne soit un cyber-endroit quelconque, un train fantôme où des mannequins sans visage joueraient aux cartes pour tuer le temps qui n’avance pas.

    Ah lala, pour retrouver le nom de ma daubinette, il ne suffit pas d’être anglophone à la manière continentale, non, sans déc’, il faut être familier des expressions américaines. Oscar Wilde n’a-t-il pas dit que les Anglais et les Américains avaient énormément de choses en commun, sauf la langue, bien entendu !

  8. #8
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    S’il est un sujet qui l’obsédait particulièrement, c’est bien le mythe d’Ariane. Il en était littéralement hanté, pensez donc, il n’a pas fait moins de 18 répliques de son Ariane.
    Elle semble enfermée dans le drapé rigide de son vêtement, les plis ressemblent au fil avec lequel on l’aurait ligotée, emprisonnée. Ah, le fil d’Ariane, elle n’aurait pas dû le donner à ce tombeur de Thésée qui l’a trahie après en avoir bien profité, quel salopard, vraiment ! Heureusement que Bacchus était là, pour la consoler
    Tiens, je me souviens avoir une fois décrit à l’un parmi mes amis boursosmiliens « cette pauvre Ariane qui, emmêlée dans ses fils, gisait, ficelée comme une putain de Rosette de Lyon », eh bien, la voici cette Ariane, encore que la comparaison avec la mortadelle aurait l’avantage de rester dans la couleur locale.

    Pure prémonition de ma part, du reste, car en décrivant de façon passablement pittoresque, n’est-ce pas ? la célèbre beauté mythologique, je n’avais pas du tout en vue ce tableau, pourtant, l’un de mes préférés, je ne me souvenais même pas de son existence.
    Mais trêve des plaisanteries, c’est l’un des tableaux les plus envoûtants que je connaisse, il en émane une tristesse indicible, mais distanciée, sobre.

    Donc, je disais, 18 répliques. Ce n’est certes pas avec ces 18 images qu’on pourrait épater ma daubinette qui en a bien plus, ah oui, les images en sa possession sont infiniment plus nombreuses.

  9. #9
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    Et encore une, toujours aussi immobile, toujours aussi solitaire, toujours aussi mystérieuse.

    Solitaire, sans ami, sans partenaire, quelle misère ! Pas étonnant qu’elle se lamentait amèrement, - du moins, c’était la version de Monteverdi et de nombreux autres compositeurs qui ont écrit des Lamento d’Ariane.
    Ma daubinette quant à elle ne peut pas se plaintre, elle a un partenaire, anglo-saxon, faut-il vous le préciser ?

  10. #10
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    Ariane et les arcades, les arcades et Ariane. C’est ce qui s’appelle « la mise en abîme ».

    Laquelle préférer ? J’avoue avoir une faiblesse pour celle-ci. Le tableau est expurgé de tous éléments non essentiels, réduit à l’état d’un archétype. Il est empreint d’une sérénité nouvelle, intemporel, et il n’y a que la vapeur d’une locomotive, pour nous rappeler que le temps continue sa fuite, que les heures s’égrènent et font tic-tac, que la vie continue, quelque part ailleurs.

    Ce tic-tac rappelle le rumeur lointaine des tamtams, qui à leur tour rappellent le mnémo de ma daubinette qui pourrait être utile à Ariane si d’aventure celle-ci décidait de renouveler sa garde-robe et de changer son chiton pour quelque chose de plus moderne et de plus affriolant.

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