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Discussion: Daubinettes (suite)

  1. #1
    Member Master Avatar de choupinette
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    April 2003
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    Daubinettes (suite)

    Bonjour à tous

    Pour renvoyer l'ascenceur à Xenia qui m'a aimablement citée dans son thread de daubinettes ainsi que pour satisfaire les Smiliens qui en ont émis le souhait, je vous poste ici le texte intégral de l'un des fablios boccaciens, - à vous de me dire si vous ne le trouvez pas trop inconvenant
    Enfin, il serait bon que toute la cyber-communauté sache de quel genre d'histoires lestes se délecte Mme l'Admin lorsqu'elle ne fait pas de bourse


    Il y avait à Capsa en Berbérie un homme très riche, qui avait entre autres enfants une jolie et gracieuse petite fille nommée Alibeck. N’étant pas chrétienne, elle entendait cependant nombre de chrétiens habitant la ville louer la foi chrétienne et le service de Dieu ; un jour, elle demanda à l’un d’entre eux comment on pouvait servir Dieu et de la meilleure manière. Il lui répondit que les meilleurs serviteurs de Dieu étaient ceux qui fuyaient les biens de ce monde, tels ceux qui étaient allés se réfugier dans la solitude des désert de la Thébaïde.

    La jeune enfant qui était très naïve et avait peut-être dans les quatorze ans, mue par un désir enfantin et non pas un besoin raisonné, sans rien dire à personne, se mit en chemin secrètement toute seule le lendemain matin, en direction de la Thébaïde ; après avoir enduré de grandes fatigues, mais ne renonçant pas à son désir, elle atteignit au bout de quelques jours ces contrées désertes et ayant aperçu de loin une petite maison, elle se dirigea vers elle et trouva un saint homme sur le pas de la porte qui, s’étonnant de la voir en ces lieux, lui demanda ce qu’elle allait cherchant. Elle répondit que sous l’inspiration de Dieu, elle cherchait un moyen de Le servir, et un maître qui lui enseignât comment s’y prendre.


    A la voir si jeune et si belle, le brave homme craignant s’il la retenait de tomber dans les pièges du démon, loua ses bonnes intentions ; il lui donna quelques racines, des fruits sauvages et des dattes à manger, ainsi que de l’eau pour boire, puis il lui dit : « Mon enfant, il y a non loin d’ici un saint homme qui t’enseignera bien mieux que moi la voie que tu cherches : va le trouver », et il la mit sur le chemin.

    Parvenue à sa demeure, celui-ci lui tint le même discours et la jeune enfant poursuivit son chemin et atteignit la cellule d’un jeune ermite, plein de bonté et de dévotion, nommé Rustico, à qui elle posa la même question qu’aux autres.

    Ce dernier, désireux de mettre sa constance à l’épreuve, ne l’éconduisit pas comme les autres et ne l’envoya pas plus avant, mais la garda auprès de lui dans sa cellule ; et la nuit venue, il lui fit dans un coin un lit de feuilles de palmiers et lui dit de s’y reposer.

    Alors les tentations n’attendirent pas longtemps pour donner l’assaut à ses forces ; convaincu de son excessive présomption, il abandonna vite la lutte et s’avoua vaincu : il relégua dans un coin de son esprit saintes pensées, prières et mortifications et commença à penser à la jeunesse et à la beauté de la jeune enfant, s’attachant en outre à trouver le moyen d’obtenir d’elle ce qu’il désirait, sans paraître à ses yeux comme un homme dissolu.

    Il tâta tout d’abord le terrain en lui posant certaines questions et apprit ainsi qu’elle n’avait connu aucun homme, sa naïveté ne lui sembla donc pas n’être qu’apparente ; il imagina donc de la plier à ses plaisirs sous couleurs de servir Dieu. Il lui expliqua d’abord avec force discours combien le diable était ennemi de Dieu, puis il lui laissa entendre que le service le plus agréable à Dieu était de remettre le diable dans l’enfer auquel Dieu l’avait condamné.

    La jeune enfant lui demanda comment il fallait s’y prendre : « Tu ne vas pas tarder à le savoir et pour cela, fais comme moi » ; il commença à se dépouiller de quelques vêtements qu’il portait et resta tout nu, et la jeune enfant fit de même ; puis il se mit à genoux en position d’adoration pour ainsi dire et lui dit de se tenir face à lui.

    Tous deux se tenaient ainsi dans cette posture. Rustico frémissait de désir à la voir si belle, quand on assista à la résurrection de la chair ; à ce spectacle, Alibeck ébahie lui dit : »Rustico, quelle est donc cette chose que je vois poindre en avant et que je n’ai pas, moi ? »

    Mon enfant, dit Rustico, c’est le diable dont je t’ai parlé, et vois-tu, il me cause à présent de tels tourments que c’est tout juste si je peux les supporter ».

    Alors la jeune enfant d’ajouter : « Dieu soit loué, je suis mieux lotie que toi, car je n’ai pas pareil diable, moi ».

    Rustico lui dit : « Certes, tu dis vrai, mais tu as autre chose que je n’ai pas, moi, et tu l’as à la place de ce j’ai, moi. »

    Alibeck lui dit : « Et quoi ? »

    Et Rustico de rétorquer : « Tu as l’enfer ; et je dois te dire que je crois bien que Dieu t’a envoyée en ce lieu pour le salut de mon âme, car si ce diable continue à me tourmenter et que tu veux bien avoir assez de compassion envers moi pour souffrir que je le remette en enfer, tu apaiseras grandement mon mal et tu serviras très bien la cause de Dieu qui en éprouvera une grande joie ; reste à savoir si, comme tu le prétends, tu es bien venue en ces lieux pour ce faire ».

    La jeune enfant répondit candidement : « Oh ! mon père, puisque je possède l’enfer, ce sera quand il vous plaira. »

    Rustico lui dit alors : « Bénie sois-tu, mon enfant. Allons donc le remettre à sa place pour qu’il me laisse en paix ».

    Cela dit, il fit étendre la jeune enfant sur l’un de leurs lits de fortune, et lui montra quelle posture prendre pour incarcérer le maudit de Dieu.
    La jeune enfant qui n’avait jamais de sa vie mis aucun diable en enfer, éprouva quelque douleur à cette première expérience, c’est pourquoi elle dit à Rustico : »Pour sûr, mon père, ce diable doit être bien mauvais et bien ennemi de Dieu, car, non content de tourmenter autrui, il fait souffrir aussi l’enfer quant on l’y remet. »

    Rustico lui dit : « Mon enfant, il n’en sera pas toujours ainsi ».

    Et pour que l’épreuve cesse d’être douloureuse, par six fois au moins, ils remirent le diable en enfer avant de quitter le lit, tant et si bien qu’ils domptèrent pour cette fois si énergiquement son orgueil qu’il se tint volontiers en paix.

    Mais, revenant souvent à la charge par la suite, la jeune enfant se montra toujours obéissante à le dompter, et le jeu finit par lui plaire si bien qu’elle dit à Rustico : « Les braves gens de Capsa avaient bien raison, je vois, de dire que le service de Dieu est douce chose, car je ne me souviens pas d’avoir jamais fait quelque chose qui me procure autant de joie et de plaisir que de remettre le diable en enfer ; c’est pourquoi je tiens toute personne qui consacre sa vie à autre chose qu’à servir Dieu, pour une bête. » Elle venait donc souvent trouver Rustico et lui disait : « Mon père, je suis venue ici pour servir Dieu et non pour rester oisive ; allons remettre le diable en enfer. »

    Ce faisant, elle disait quelquefois : « Rustico, je ne sais pas pourquoi le diable fuit l’enfer, car s’il éprouvait le même plaisir à y demeurer que l’enfer à l’accueillir et à le garder, il n’en sortirait jamais ».

    Les constantes invitations de la jeune enfant et ses exhortations à servir Dieu avaient usé Rustico jusqu’à la corde au point qu’il en arrivait quelquefois à claquer des dents, alors que d’autres auraient transpiré à grosses gouttes ; c’est pourquoi il se mit à dire à la jeune enfant que le diable ne devait pas être châtié et remis en enfer que lorsque d’orgueil il dressait la tête : « Et nous autres par la grâce de Dieu, nous l’avons si abattu qu’il prie Dieu d’être laissé en paix » ; il mit ainsi pour un temps un terme aux requêtes de la jeune personne.

    Celle-ci, voyant que Rustico ne l’appelait plus pour remettre le diable en enfer, lui dit un jour : « Rustico, si ton diable a été châtié et ne te tourmente plus, moi, mon enfer ne me laisse pas en paix ; c’est pourquoi tu ferais bien de m’aider avec ton diable à éteindre le feu de mon enfer, tout comme je t’ai aidé avec mon enfer à dompter l’orgueil de ton démon. »

    Rustico qui vivait de racines et d’eau n’était pas un partenaire à la hauteur ; et il lui dit qu’il faudrait beaucoup de diables pour éteindre le feu de son enfer, mais qu’il ferait de son mieux. Ainsi le satisfaisait-il de temps en temps, mais si rarement que c’était comme jeter une fève à un lion ; la jeune femme trouvait constamment à redire, convaincue de ne pas servir Dieu autant qu’elle le désirait.

    Mais tandis que les hostilités étaient déclarées entre le diable de Rustico et l’enfer d’Alibeck, l’un se montrant impuissant à calmer les excès de l’autre, il advint qu’un incendie se déclara à Capsa qui brûla dans sa propre maison le père d’Alibeck, tous ses enfants et tous ses gens ; Alibeck resta donc héritière de toute sa fortune.

    C’est alors qu’un jeune homme du mon de Neerdale, qui avait dilapidé tous ses biens en menant grand train, entendant que la jeune fille était en vie, se mit à la chercher et la retrouva avant que le fisc ne confisquât le patrimoine du père, mort sans laisser d’héritier ; il la ramena à Capsa contre son gré mais, pour le plus grand bonheur de Rustico. Il l’épousa et devint ainsi cohéritier de son immense fortune. Mais, comme les femmes de son entourage lui demandaient en quoi elle pouvait servir Dieu dans le désert, elle répondit, n’ayant pas encore couché avec Neerdale, qu’elle Le servait en remettant le diable en enfer et que Neerdale avait commis un grand pêché en la détournant de cette noble action.

    Les femmes lui demandèrent comment on fait pour remettre le diable en enfer. La jeune femme leur montra joignant les gestes aux paroles ; grande fut leur hilarité, elle n’ont d’ailleurs pas encore fini d’en rire, et elles dirent : « Ne t’attriste pas, mon enfant, cela se pratique aussi ici ; Neerdale saura bien t’aider à servir Dieu ».

    Puis, le bouche à bouche fonctionnant, l’histoire de complaire Dieu en remettant le diable en enfer devint proverbiale : ce proverbe franchit la mer et a toujours cours.


    Et voici une image authentiquement médiévale et grandement édifiante

  2. #2
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    EXCELLENT.

  3. #3
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    hahahahhah c'est bien ce que je disais

  4. #4
    Senior Member Jedi Trader
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    Oyez belles dames et gentils seigneurs, quelles sont douces la littérature et la religion quand elles mettent le diable en enfer pour la plus grande gloire des humains...

    Merci Choupinette de nous décrire les saintes lectures de Madame l'Admin

  5. #5
    Senior Member Master
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    Morbleu !
    Palsembleu !
    Cornegidouille !
    Par les cornes du Diable !
    Voila enfin une fable instructive et morale !
    On en redemande !
    Hourrah pour les lectures de notre administratrice bien-aimée !

    :bad4:

  6. #6
    Member Master Avatar de felix_krull
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    Hello, people

    Moi aussi j'ai envie de vous poster un fablio de Décaméron. Il est très mignon, je trouve.
    Goûtez donc de l'humour Trecento


    [align=left:c833bf2d2d]Currado Gianfigliazzi, dont nous n’évoquerons pas les actions principales, a toujours été, chacun d’entre vous a pu le constater ou l’entendre dire, un noble citoyen de notre ville, libéral et munificent, menant vie chevaleresque, partagé donc pour son plus grand plaisir entre chiens et oiseaux. Chassant au faucon, il prit un jour une grue près de Peretola ; la trouvant jeune et grasse, il l’envoya à son bon cuisinier, un dénommé Chichibio, vénitien, en lui disant de la rôtir pour le dîner et de l’accommoder au mieux. Chichibio, qui d’un nigaud n’en avait pas que l’air, prépare la grue, l’enfourne et commence à la rôtir avec grand soin. La grue était presque cuite et exhalait un délicieux fumet, lorsque entra dans la cuisine une espèce de petite bonne femme de la campagne nommée Brunetta, dont Chichibio s’était fortement épris ; sentant l’odeur de la grue et l’apercevant, elle pria tendrement Chichibio de lui en donner une cuisse.

    Chichibio lui répondit en fredonnant : « Jamais ma belle, n’y comptez pas. »

    Fâchée de ce refus, Brunetta lui dit : « Je te jure bien que, si tu me la refuses, tu iras passer ton envie ailleurs » ; bref, la conversation s’envenima, et à la fin Chichibio, pour ne pas vexer sa belle, détacha l’une des cuisses de la grue et la lui donna.

    Quand la grue amputée d’une cuisse fut présentée à Currado et à ses invités de passage, Currado tout étonné fit appeler Chichibio et lui demanda où était passée la seconde cuisse ; menteur comme ses compatriotes, le Vénicien répondit promptement : « Mon seigneur, dit-il, les gruies n’ont qu’une cuisse et qu’une patte. »

    Currado, courroucé, rétorqua alors : « Comment, diable, les grues n’ont qu’une cuisse et qu’une patte ? C’est peut-être la première que je vois ! »

    Mais Chichibio d’ajouter : « C’est la vérité, messire, et je suis tout prêt à vous le montrer sur des grues vivantes, quand il vous plaira. »

    Currado ne voulut pas insister par respect pour les invités qu’il avait à sa table, mais il conclut : « Puisque tu prétends me faire découvrir sur des grues vivantes ce que je n’ai jamais vu ni entendu dire, eh bien je serai ravi de m’en assurer dès demain matin ; mais je te jure par le sang de Dieu que, si tu as menti, je te ferai rosser de telle manière que tu auras toute ta vie à te souvenir de moi pour ton malheur ».

    La discussion en resta là pour ce soir, et le lendemain matin, au point du jour, Currado, que le sommeil n’avait pas calmé pour autant, se leva bouillonnant de colère et ordonna qu’on lui amène ses chevaux. Il fit monter Chichibio sur une rosse et, l’emmenant en direction d’un marécage au bord duquel on voyait d’ordinaire des grues au lever du jour, il lui dit chemin faisant : « On ne va pas tarder à savoir qui de nous deux a menti hier au soir ».

    Conscient de ce que la colère de Currado n’était pas tombée et de la nécessité dans laquelle il se trouvait de prouver la véracité de son mensonge, Chichibio chevauchait mort de peur derrière Currado, ne sachant comment se sortir de ce mauvais pas sinon par la fuite, si l’occasion s’en présentait. Mais peine perdue, Chichibio promenait donc son regard tantôt devant, tantôt derrière ou de côté, et tout ce qu’il voyait, selon lui, ressemblait à des grues sur deux pattes.

    Parvenus à la proximité de la rivière, Chichibio fut le premier à apercevoir une bonne dizaine de grues sur une patte, ce qui est leur manière habituelle de dormir. Saisissant l’occasion, il dit à Currado en les lui montrant : « Vous voyez bien, messire, que je disais vrai hier soir, les grues n’ont qu’une cuisse et qu’une patte, regardez plutôt celles qui sont là-bas. »

    En les apercevant, Currado dit à son cuisinier : »Attends un peu, je vais te montrer, moi, qu’elles en ont deux », il se rapprocha donc quelque peu et se mit à crier : « Hou !Hou ! ». A ce cri, les grues baissèrent l’autre patte et s’enfuirent après quelques pas ; Currado, s’adressant à Chichibio, lui dit : »Que t’en semble, canaille ? Tu ne crois pas plutôt qu’elles ont deux pattes, les grues ? »

    Et Chichibio de répondre, ne sachant qui le lui soufflait : « Pour sûr, messire, mais vous n’avez pas crié « Hou, hou » à celle d’hier soir ; car si vous l’aviez fait, elle aurait sorti son autre patte, tout comme celles-ci ».

    La réponse de Chichibio enchanta tellement Currado qu’il en oublia sa colère, et se mit à rire avec bonheur : « Tu as raison, Chichibio, lui dit-il ; j’aurais bien dû le faire ».

    Ainsi, grâce à sa prompte et plaisante réplique, Chichibio se tira d’un fort mauvais pas et se raccommoda avec son maître.
    [/align:c833bf2d2d]



  7. #7
    Member Master Avatar de eve_92
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    April 2003
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    Bravo, Felix

    Ton histoire est quand même moins leste que ne l'est celle de Mme l'Administratrice

    Je suis heureuse de constater qu'il en est parmi les Smiliens qui gardent encore le sens des convenances

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