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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes explorent les lupanars

    Au programme d’aujourd’hui, trois héros : le premier, Fernando Botero, est un artiste-peintre, le second, Jorge Luis Borges, un écrivain argentin extraordinaire, et le troisième est le tango, danse lascive, danse virile, danse mythique.

    Botero dont le nom est connu de tous notamment après l’exposition de ses sculptures sur les Champs-Elysées, est colombien. Peintre autodidacte, il a appris son métier en copiant les œuvres des grands maîtres (en matière de copies, il en a commises d’ailleurs de succulentes, telles ses répliques de Vélasquez, ses Rubens et sa Mona Lisa). Il vit actuellement en Italie.

    Borges, érudit, espiègle, un tantinet snob, imposteur perpétuel et le plus grand bonimenteur du monde, est l’un des écrivains les plus superbes, les plus captivants du XX siècle qui a même su déjouer la réticence bien fraiçaise vis-à-vis toute cette littérature métèque : il possède les qualités susceptibles d’intriguer un intellectuel hexagonal moyen (je vous épargne la liste dessdites qualités, cela nous mènerait bien loin !) ; l’on peut cependant se demander si l’intellectuel fictif sousmentionné n’est pas victime de ce bluffeur éhonté, bien moins convenable et sérieux et beaucoup plus gonflé qu’on n’est tenté de le croire de prime abord.
    Une anecdote qui montre bien ce qu’était le bonhomme : après la mort de Nabokov, Borges a été convié à un séminaire nabokovien aux USA (il y a pas mal de savants américains pour affirmer l’existence des affinités entre les deux bonhommes ce qui, selon moi, n’est pas faux, mais – toujours selon moi – s’agissant des savants *américains*, ils ne doivent pas être arrivés à cette brillante conclusion pour de bonnes raisons (je suis partisane fervente de l’Amérique, de sa culture, de sa gastronomie, de tout ce qui est américain, quoi, mais aussi, en matière de littérature, je sais de quoi je parle !).
    Bref, il s’y est rendu en cortège quasi-royal, tous frais payés, faut-il le préciser, et y a fait une intervention de plusieurs heures dont la teneur se réduisait essentiellement à affirmer sa parfaite ignorance de l’œuvre de Nabokov : il proclamait avec vigueur n’avoir jamais lu une foutue ligne dudit (à mon avis, le vieux gredin mentait, comme toujours, mais cela n’a pas d’importance) …

    Je vous ai choisi deux nouvelles très « Amérique latine », très brûlantes, très « romance cruelle ». Personnellement, je préfère l’autre visage de Borges, pseudo-scientifique, professoral et totalement imposteur, mais celles que je vous poste me paraissent convenir mieux pour accompagner les dodues danseuses et les présidents bien nourris de Botero.


    Et maintenant, place au tango.


    Histoire du tango


    [align=left:5cc45190d8] Vincente Rossi, Carlos Vega et Muzzio Saenz Pena, chercheurs précis, ont raconté chacun à sa façon l’origine du tango. Il ne m’en coûte rien de déclarer que je souscris à toutes leurs conclusions, et même à toute autre. Il y a une histoire du destin du tango, qu’on peut voir périodiquement sur nos écrans ; le tango, selon cette version sentimentale, serait né dans le faubourg, dans les conventillos (dans la Bora del Riachuedo, généralement, à cause de l’aspect photogénique de l’endroit) ; la bonne société l’aurait, au début, rejeté ; vers 1910, instruite par le bon exemple de Paris, elle avait enfin ouvert ses portes à cette intéressante fleur du faubourg.
    [/align:5cc45190d8]

    Notre première daubinette nous ouvre la porte – de réussite ? Il est bien possible qu’en faisant l’acquisition, on devient quelqu’un d’affable, sympathique, bref, de comemrce très agréable, voulez-vous essayer ?

  2. #2
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    [align=left:b6e3c74956] Ce Bildungroman, ce « roman d’un jeune homme pauvre », est devenu une sorte de vérité incontestable, d’axiome ; or mes souvenirs (j’ai dépassé la cinquantaine) et les enquêtes orales que j’ai pu mener ne le confirment absolument pas. J’ai bavardé avec José Saborido, auteur de la Felitia, avec Ernesto Poncio, auteur de Don Juan /…/, avec Nicolas Paredes, qui fut chef d’orchestre à Palermo et avec un chanteur-compositeur de ses amis. Je les laissai parler ; je m’abstins avec soin de poser des questions qui eussent appelé des réponses déterminées. [/align:b6e3c74956]

    Ah, la deuxième petite de notre série d’aujourd’hui doit savoir danser le tango, élégante et tout féminine qu’elle est ! Je la vois bien le soir, évoluant sur une piste et suscitant l’admiration générale, après avoir gagné plein de blé en embobinant des bonnes femmes à longueur de journée avec ses conneries !

  3. #3
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    [align=left:8ff3a7d8c4] Interrogés sur l’origine du tango, leurs dires varièrent singulièrement sur sa topographie et sur sa géographie : Saborido (qui était uruguayen) préféra le faire naître à Montevidéo, Poncio (qui était du quartier du Retiro) opta pour Buenos Aires et pour son quartier ; les habitants du sud de Buenos Aires invoquèrent la cour Chile, ceux du nord la vénale rue du Temple ou la rie Junin. [/align:8ff3a7d8c4]


    Comme il ressort du passage ci-haut, la décision n’est pas une chose facile les versions abondent et se diffèrent les unes des autres, comment mettre tout ce monde d’accord, ouille ouille ouille ! C’est là que notre petite No 3 pourrait s’avérer d’une aide inappréciable, à moins qu’elle n’intervienne uniquement dans le monde d’affaires.

  4. #4
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    [align=left:28d870760b] Malgré les divergences que je viens d’énoncer et qu’il serait facile de compléter en interrogeant des habitants de Rio de la Plata ou de Rosario, mes informateurs s’accordaient sur un fait essentiel : le tango était né dans les lupanars. (Même accord sur la date de cette naissance, que tous s’accordaient à situer entre 1880 et 1890). [/align:28d870760b]


    Je me demande si notre daubinette No 4 est une familière de lupanars et autre tripots. Cela se pourrait bien, qu’elle soit amenée à fréquenter tous ces endroits et qu’elle pourrait nous en raconter des vertes et des pas mûres, vu la vie itinérante qu’elle mène, comme le laisse entendre son mnémonyme.

  5. #5
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    [align=left:b8830bf751] La composition primitive des orchestres – piano, flûte, violon, puis accordéon – confirme, par sa richesse, ce témoignage ; c’est une preuve que le tango ne naquit pas dans les faubourgs qui se contentèrent toujours, comme chacun sait, des six cordes de la guitare. Notons encore à l’appui de cette thèse : la lascivité des figures, le symbolisme transparent de certains titres (La Banane, Une sacrée secousse), le fait – que j’ai pu constater dans mon enfance, à Palermo, et plus tard dans Chacarita et dans Boedo – qu’il était dansé au coin des rues par des couples d’hommes, parce que les femmes du peuple ne voulaient pas se commettredans cette danse des putains /…/ [/align:b8830bf751]


    Tiens, j’aurais envie de suggérer à notre cinquème daubinette d’examiner les personnages de Botero, vu que c’est son domaine d’acivité statutaire. Elle pourrait les guérir de l’obésité si jamais ça se trouve, encore que ce serait un peu dommage, non ? puisque leur charme réside dans l’abondance de leurs chairs

  6. #6
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    [align=left:4f12b408c0] Tout ça montre bien ce que fut la réaction initiale du peuple vis-à-vis du tango, ce serpent de lupanar comme allait le définir Lagones, dans son méprisant laconisme. Il fallut de longues années au quartier Nord pour imposer le tango – rendu plus décent, il est vrai, par Paris – dans les conventillos, et je ne sais s’il y est tout à fait parvenu. C’était autrefois une dialectique opaque ; c’est aujourd’hui une façon de marcher. [/align:4f12b408c0]


    Tiens, vous avez vu ça ? Borges dit que le tango est une daénse de bagarreurs, alors, il est permis de se demander quelle est la déesse qui protège le tango ?
    Normalement, ce devrait être Terpsichore (n’est pas, Terps ?), mais il se peut que Athèna ait pris cette danse quelque peu martiale sous son …

  7. #7
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    [align=left:cf84298e16] Le Tango Bagarreur


    Nombreux sont ceux qui ont souligné le caractère sexuel du tango, mais peu ont remarque son caractère bagarreur. Il est vrai que ces deux aspects sont les modes ou manifestations d’un même mobile, de même que le mot « homme », dans toutes les langues que je connais, veut dire à la fois force sexuelle et force belliqueuse, et que le mot « virtus », qui en latin veut dire courage, vient de « vir », qui signifie le mâle. Un Afghan déclare pareillement dans une page de « Kim » : « A quinze ans, j’ai tué un homme et engendré un homme », comme si ces deux actes, au fond, n’en étaient qu’un. [/align:cf84298e16]



    Entre le tango bagarreur et le tango sexuel, mon coeur hESIte ! Et vous, lequel est plus à votre convenance ?

  8. #8
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    [align=left:097f1315e9] Parler du tango bagarreur n’est pas assez ; j’irais jusqu’à dire que le tango et les « milongas » expriment directement quelque chose que les poètes sont ouvent cherché à dire avec des mots : la conviction que le combat peut être une fête /…/
    On lit dans un dialogue d’Oscar Wilde que la musique nous révèle un passé personnel que nous ignorions jusqu’alors et qu’elle nous pousse à déplorer des malheurs qui ne nous sont jamais arrivés et des fautes que nous n’avons jamais commises ; j’avoue que je n’entends jamais « El Marne » ou « Don Juan » sans me rappeler avec précision un passé apocryphe, à la fois stoïque et orgiaque, dans lequel j’ai provoqué le combat et lutté pour aboutir, à la fin, silencieusement, à un sombre duel au couteau. Telle est peut-être la mission du tango : donner aux Argentins la certitude d’avoir été valereux, d’avoir satisfait une fois pour toutes aux exigences du courage et de l’honneur /…/ [/align:097f1315e9]



    Hé ben mais c’est une vraie orgie, là, sur le tableau illustrant ce message, hein ? L’information est de taille, quelle vista de rêve qu’ils mènent, nos amigos argentins !

  9. #9
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    [align=left:e151637871] Musicalement parlant, le tango ne doit pas être très important ; sa seule importance, c’est celle que nous lui donnons. La réflexion et juste, mais sans doute, peut-on l’appliquer à toute chose. A notre propre mort, par exemple, ou à la femme qui nous dédaigne … On peut discuter le tango, et nous le discutons, mais il renferme, comme tout ce qui est authentique, un secret. Les dictionnaires de musique en donnent, à l’unanimité, une brève et suffisante définition ; cette définition est élémentaire et n’annonce pas de difficultés, mais le compositeur français ou espagnol qui, se fiant à elle, compose correctement un « tango », découvre, non sans stupeur, qu’il a composé quelque chose que nos oreilles ne connaissent pas, que notre mémoire n’accueille pas et que notre corps refuse. Il semblerait que sans les crépuscules et les nuits de Buenos Aires il soit impossible de faire un tango et que, pour nous autres Argentins, au ciel nous attende l’idée platonique du tango ; sa forme universelle, et que ce genre fortuné ait, si modeste soit-elle, sa place dans l’univers. [/align:e151637871]


    J’ai beaucoup d’amis argentins qui ne sont pourtant pas très nombreux à Paris, c’en est même surprenant. Eh bien, figuréz-vous, ils m’ont dit que chez eux, on apprenait le tango au LYCée. Ca vous en bouche un coin, pas vrai ?

  10. #10
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    Et une nouvelle de Borges qui crée le climat dont il parle dans son essai sur le tango.


    LE SUD


    [align=left:c55f6f4063] L’homme qui débarqua à Buenos Aires en 1871 s’appelait Johannes Dahlmann. Il était pasteur de l’église évangélique. En 1939, un de ses petits fils, Juan Dahlmann, était secrétaire d’une bibliothèque municipale, sise rue Cordoba, et se sentait profondément argentin. Son grand-père maternel avait été ce Francisco Flores du IIème d’infanterie de ligne, qui mourut sur la frontière de la province de Buens Aires, percé par les lances des Indiens de Catriel. De ces deux lignages discordants, Juan Dahlmann (poussé peut-être par son sang germanique) choisit celui de cet ancêtre romantique, ou de trépas romantique. Un cadre avec le daguerréotype d’un homme au visage inexpressif et barbu, une vieille épée, la grâce et le courage de certains refrains, l’habitude des strophes de Martin Fierro, les années, l’indifférence et la solitude développèrent en lui un créolisme un tantinet volontaire, mais nullement ostentatoire.
    Au prix de quelques privations, Dahlmann avait pu sauver la maison et un lopin de terre d’une estancia du Sud, qui fut celle des Flores. Une des habitudes de sa mémoire était l’image des eucaliptus embaumés et de la longue demeure rose, qui autrefois fut cramoisie. Son travail et peut-être sa paresse le retenaient à la ville. Eté après été, il se contentait de l’idée abstraite de la possession et de la certitude que sa maison l’attendait dans un endroit précis de la plaine. Dans les derniers jours de février 1939, quelque chose lui arriva. [/align:c55f6f4063]



    Notre daubinette No 10 est à la tête de tout un réseau. De quoi elle s’occupe ? Ben de nous faciliter la communication, pardi, comme tout le monde, quoi !

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