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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes au théâtre du crime

    La nouvelle qui nous sert de trame pour notre thread est due à la plume de G. K. Chesterton (1874 – 1936), spirituel, élégant, pratiquant brillamment le paradoxe, bref, écrivain le plus britannique qui soit, et ce, malgré, - ou grâce à, - sa conversion au catholisisme, de la même veine qu’un Wilde ou un Whistler (qui lui était Américain, mais peu importe : les Anglais et les Américain sont semblables en tout, excepté la langue, bien entendu, dixit ce même Wilde). Poète à ses heures, - comme tout le monde, quoi, - il a aussi excellé dans la biographie des hommes célèbres, dans l’art du pamphlet politique et dans l’apologie de l’humanisme catholique. Mais je ne me risquerais jamais de vous imposer la lecture d’un traité religieux, j’espère que vous n’en doutez pas, vous me connaissez mieux que cela, quand même ! Non, l’écrit que je propose aujourd’hui est d’une nature tout différente et il me semble qu’il pourra divertir certains d’entre vous.
    J’ai pensé que les images représentant les masques de la Commedia del Arte pourraient agrémenter ce thread. Vous comprendrez mon choix lorsque vous aurez lu l’histoire. Tous ces tableaux ont été peints au début du XXème siècle où les saltimbanques étaient très à la mode chez les artistes : il y a du Picasso (dont normalement, je ne suis pas une partisane ardente, mais sa période rose n’est pas mal), mais aussi Georges Rouault, Juan Gris, André Derain, Gino Severini, Henri Roussault, Paul Cezanne, Raoul Dufy, Marc Chagall, James Ensor, Maurice Vlaminck ...

    Bon, allez, je vous laisse, bonne congitation !



    Les étoiles filantes


    [align=left:bce4580748] - Le plus beau crime que j’aie jamais commis, avait coutume de dire Flambeau, dans sa vertueuse vieillesse, fut aussi, par une singulière coïncidence, mon dernier. C’était un jour de Noël. Je m’étais toujours efforcé, en artiste, d’harmoniser mes crimes avec la saison de l’année, ou avec les paysages dans lesquels je me trouvais, choisissant telle terrasse ou tel jardin pour une catastrophe, comme un sculpteur choisir l’emplacement de son groupe. C’est ainsi qu’un gentilhomme campagnard devrait toujours être dévalisé dans une chambre lambrissée, tandis qu’un juif devrait se trouver inopinément sans le sou, parmi les lumières et les paravents du Café Riche. C’est ainsi qu’en Angleterre, lorsque je désirais soulager un évêque de ses richesses (ce qui n’est pas aussi commode que vous pourriez le supposer), je m’arrangeais pour l’encadrer, si je peux m’exprimer ainsi, dans les vertes pelouses et les tours grises de quelque vieille cathédrale. De même, en France, lorsque j’étais parvenu à extorquer quelque argent à un paysan avare (ce qui est à peu près impossible), je me plaisais à voir sa face indignée se détacher sur une ligne grise de peupliers et sur un de ses horizons solennels, propres au plaines de la Gaule, dont s’inspira le puissant génie de Millet.
    [/align:bce4580748]


    Comme vous n’allez pas tarder de voir, le fameux crime a été perpétré dans une villa bourgeoise cossue, entourée d’un jardin. Avec un peu de bonne volonté, l’on peut imaginer ce beau jardin avec une folie, un ermitage, un … pour prolonger la liste, trouvez donc notre daubinette initiale !


  2. #2
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    Mon dernier crime fut donc un crime de Noël, un crime joyeux et confortable, un crime de Charles Dickens. Je l’accomplis dans une bonne vieille maison bourgeoise près de Putney, à laquelle les voitures accédaient par une allée particulière, une de ces maisons dont le nom est inscrit sur la grille extérieure et dont l’entrée s’enorgueillit d’un araucaria.

    Il suffit, vous savez ce que je veux dire. Je crois vraiment que mon pastiche de Dickens était assez habile et avait quelque qualité littéraire. Il semble presque dommage que je me sois repenti ce soir-là.



    Quel fameux panorama devait d’ouvrir à qui regardait les environs de la villa depuis « notre première daubinette » (pour ceux qui l’auront trouvée). Notre deuxième valeur est elle aussi un panorama en quelque sorte, seulement, c’est un paysage si je puis dire d’un domaine particulier qui nous est cher à tous, sur ce forum.


  3. #3
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    3

    Flambeau contait alors son histoire, en se plaçant à son point de vue, au point de vue de l’acteur ; et, même ainsi, cette histoire était bizarre. Au point de vue du spectateur, elle restait parfaitement incompréhensible, et c’est ainsi que le profane doit l’étudier. On peut dire qu’elle commence au moment où la porte d’entrée de la maison en question s’ouvrit sur le jardin, et où une jeune fille en sortit pour nourrir les oiseaux, l’après-midi du lendemain de la Noël. Sa jolie tête était éclairée par des yeux bruns, au regard franc. Elle était à un tel point enveloppée de fourrures brunes que ses cheveux se confondaient avec sa pelisse. Si l’on n’avait remarqué son charmant visage, elle eût ressemblé à un petit ours trottant dans l’avenue.


    Vous avez compris : Flambeau a fait du crime son gagne pain. Il fait de la reconnaissance, il arrête son choix sur une affaire, et zou ! c’est parti !
    Eh bien, notre troisième petite valeur aurait pu lui être d’une grande aide, pour vous en convaincre, relisez donc la deuxième phrase de ce paragraphe.


  4. #4
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    L’après-midi d’hiver tirait à sa fin, et la lumière rouge du soir envahissait déjà les parterres dénudés, comme si elle avait voulu y répandre les âmes des roses fanées. D’un côté de la maison se trouvait l’écurie ; de l’autre, une allée de lauriers conduisait vers le jardin situé derrière. Après avoir jeté son pain aux oiseaux (pour la quatrième ou cinquième fois, ce jour-là, parce que le chien le mangeait chaque fois), la jeune fille se glissa dans l’allée de lauriers et dans un petit bois d’yeuses verdoyantes, au-delà. Ici elle poussa un petit cri de surprise, spontané ou rituel – qui le dira ? – et aperçut, à califourchon sur le haut du mur du jardin, au-dessus de sa tête, une figure quelque peu fantastique.

    - Oh ! ne sautez pas, M. Crook, cria-t-elle avec un certain émoi, c’est beaucoup trop haut.



    Trèste saison que l’hiver, n’est-ce pas ? C’est parce qu’une déesse de l’Olympe (dans sa version romaine, hein ?), inconsolable, pleure se fille enlevée par le dieu des enfers. Et pour connaître le prénom de la déesse en question, fastoche : il n’y a qu’à changer la lettre finale de notre fillette No 4.


  5. #5
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    5

    L’individu chevauchant ce mur mitoyen, comme il eût chevauché un cheval ailé, était un grand jeune homme, d’aspect anguleux, avec des cheveux noirs, coiffés en brosse, et des traits intelligents, voire distingués. Son teint mat lui donnait un aspect quelque peu exotique rendu encore plus évident par la cravate rouge qu’il arborait, d’une manière provocante, et qui semblait la seule partie de ses vêtements dont il prît quelque soin. Peut-être était-ce un symbole. Il ne tint aucun compte de la prière de la jeune fille, mais bondit, comme une sauterelle, à côté d’elle, au risque de se casser les jambes.

    - Je crois que j’étais destiné à être cambrioleur, dit-il flegmatiquement, et je ne doute pas que je le fusse devenu, si le destin ne m’avait fait naître dans cette jolie maison, ici à côté. Je n’y vois rien de mal, d’ailleurs.

    - Comment pouvez-vous dire une chose pareille ? protesta la jeune fille.

    - Pourquoi pas ? dit le jeune homme. Si vous êtes né du mauvais côté d’un mur, je ne vois pas le mal qu’il y a à l’escalader.

    - Je ne sais jamais ce que vous allez dire ou faire, dit-elle.



    Il cause bien hein ? ce jeune homme socialisant. Je parie qu’il a fait ses études dans Oxbridge où on forme l’élite britannique. Au fait, savez-vous que cette fine fleur de l’Albion était européenne avant l’heure, ce qui la rapproche de ma daubinette No 5 ?


  6. #6
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    - Je n’en sais souvent rien moi-même, répliqua M. Crook. En tout cas je suis du bon côté du mur à présent.

    - Et quel est le bon côté du mur ? demanda la jeune fille en souriant.

    - Celui où vous vous trouvez, dit le jeune homme.


    Comme ils se dirigeaient par l’allée de lauriers vers le devant de la maison, on entendit la trompe d’une auto sonner trois fois, de plus en plus près, et un coupé vert pâle, très élégant, glissa comme un oiseau jusqu’à la porte d’entrée, et s’arrêta frémissant.

    - Oh là ! dit le jeune homme à la cravate rouge, voilà quelqu’un qui semble en tout cas né du bon côté. Je ne savais pas, mademoiselle Adams, que votre Père Noël fût aussi moderne que cela.

    - Oh ! c’est mon parrain, Sir Léopold Fisher. Il vient toujours nous voir le lendemain de la Noël.



    Avec la daubinette No 6, on parle carrément la langue de Shakespeare, - et de Chesterton, et son nom pourrait bien définir l’obstacle que le garçon vient de franchir, à savoir le mur.


  7. #7
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    7

    Puis, après un silence innocent, qui trahissait inconsciemment un certain manque d’enthousiasme, Ruby Adams ajouta :

    - Il est très bon pour moi.

    Le journaliste John Crook avait entendu parler de cet éminent nabab de la Cité ; et il avait fait tout son possible pour que ce nabab entendît parler de lui, car il avait arrangé Sir Léopold le plus vertement du monde dans certains articles du Clairon et de l’Ere nouvelle. Mais il ne dit mot, et assista d’un air morose au déchargement de l’auto. Cette opération compliquée absorba un certain temps. Un grand chauffeur, en vert, d’une tenue irréprochable, descendit du siège de devant et un petit laquais, en gris également irréprochable, descendit du siège de derrière ; à eux deux, ils déposèrent Sir Léopold sur les marches d’entrée et se mirent à le déballer, comme ils eussent fait d’un paquet fragile. Une quantité de couvertures qui eussent suffi à fournir un bazar, des fourrures appartenant à toutes les bêtes de la création et des écharpes de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel furent soigneusement enlevées, l’une après l’autre, avant que l’on pût distinguer quelque chose qui ressemblât à une forme humaine, la forme d’un vieux monsieur aux traits aimables, d’aspect étranger, avec une barbiche de bouc et un sourire épanoui, frottant l’un contre l’autre ses gros gants fourrés.



    Ce John Crook ne pouvait qu’apporter un élément perturbateur dans cet îlot de sérénité. Je me demande comment tout ça va se terminer, pas vous ? Allez, dépêchez-vous de lire la suite !
    Ah, j’oubliais : pour trouver le nom de notre septème valeur, il faut remplacer la lettre finale d’un des mots que j’ai utilisés dans la première phrase de ce paragraphe par une autre consonne (vous voyez comme je suis gentille, je n’arrête pas de vous donner des renseignements supplémentaires !)


  8. #8
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    Bien avant que cette révélation fût complète, les deux battants de la porte du porche avaient été ouverts, et le colonel Adams (le père de la jeune fille aux fourrures) s’était avancé pour accueillir son hôte illustre. C’était un homme de haute taille, au teint hâlé, d’aspect taciturne ; une toque rouge, qu’il portait comme un fez, lui donnait l’aspect d’un sirdar ou d’un pacha anglais en Egypte. Il était accompagné par son beau-frère, récemment arrivé du Canada, un jeune gentleman-farmer, quelque peu exubérant, avec une barbe blonde, répondant au nom de James Blount. Auprès de lui, se trouvait également un personnage insignifiant, le prêtre de l’église catholique voisine.


    La raison sociale de la daubinette No 8 décrit l’activité de notre ami journaliste. Mais chose bizarre, elle ne le fait ni dans la langue de Molière, ni dans celle de Shakespeare. Où est-elle allée chercher son idiome ?


  9. #9
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    9

    La femme défunte du colonel ayant été catholique, les enfants, comme c’est souvent le cas, avaient été élevés dans la même religion. Tout semblait commun dans ce prêtre, jusqu’à son nom de Brown ; le colonel avait pourtant trouvé un certain plaisir à sa compagnie et l’invitait fréquemment à ses fêtes de famille.
    Le hall d’entrée de la maison était assez vaste pour contenir Sir Léopold et ses couvertures. En fait, le porche et le vestibule étaient exceptionnellement larges, en proportion de la maison, et formaient, en quelque sorte, une grande salle avec la porte d’entrée, à une extrémité, et l’escalier, à l’autre. Lorsque le groupe eut atteint le grand foyer du hall, au-dessus duquel se trouvait suspendue l’épée du colonel, l’opération se trouva enfin terminée, et tous les hôtes, y compris le sombre Crook, furent présentés à Sir Léopold Fisher. Ce vénérable financier semblait pourtant encore embarrassé par quelque partie de son luxueux équipement ; il parvint enfin à extraire, de la poche mystérieuse d’une des basques de sa jaquette, un écrin noir, de forme ovale, le cadeau de Noël destiné à sa filleule.



    Dans un instant, l’écrin sera ouvert. On parie que le cadeau sera splendide ? Quelle image merveilleuse que celle d’une jeune et belle fille, éblouïe par la munificence du cadeau qu’on lui offre, merci, Chesterton ! Mais notre daubinette No 9 nous en offre bien plus !


  10. #10
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    Avec une naïve vanité, qui avait quelque chose de désarmant, il montra l’écrin à tous les assistants ; il l’ouvrit d’un coup de pouce et ils reculèrent éblouis. Ils eurent l’impression de recevoir, dans les yeux, le jet d’une fontaine de cristal. Sur un fond de velours orange, comme trois œufs dans un nid, ils virent trois diamants éclatants qui semblaient incendier l’atmosphère autour d’eux. Fisher souriait bénévolement, et absorbait avec délices l’étonnement extatique de la jeune fille, la rude admiration et les remerciements bourrus du colonel, l’émerveillement de tous.

    - Un radical n’est pas forcément un homme qui ne vit que de radis, remarqua Crook impatiemment. Un conservateur ne conserve pas forcément des confitures. De même, je vous assure, le vœu le plus cher d’un socialiste n’est pas de passer la soirée avec un ramoneur. Un socialiste veut simplement voir toutes les cheminées bien ramonées, et tous les ramoneurs bien payés pour le faire.



    Ho ho, les diams !!! Fallait-il qu’il ait un compte bancaire hyper-bien approvisionné, pour pouvoir faire de tels cadeaux. Justement, le mnémonique de notre daubinette No 10 pourrait nous renseigner sur l’état dudit compte, encore que je sois sûre qu’on n’a pas à nous faire de soucis pour le parrain généreux !


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