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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes et deux génies venus du froid

    Avec du retard dû à un voyage éclair à St Petersbourg, je continue mes threads bourso-culturels.

    Hamsun et Munch (prononcer Mounk), quelle paire de bonshommes !
    Qui mieux qu’Edward Munch pourrait illustrer cet écrivain miraculeux qu’est Knut Hamsun, Munch dont au moins une personne au monde avait dit que c’était le peintre le plus génial du monde (ce n’est pas moi, hein ?), auteur du tableau au titre ô combien évocateur de « Autoportrait en enfer », dont les toiles s’appellent « Cri » ou « Angoisse », peintre qui a consacré son œuvre à montrer une seule chose : la solitude absolue de l’être.
    Hamsun est cependant, à mon avis, plus grand que Munch car, parti du même terrifiant constat, vers la fin de sa vie et après avoir commis pas mal d’erreurs dont au moins une faute très grave, - d’aucuns disent même, irréparable, mais je n’ai pas envie de vous en parler, - vers la fin de sa vie, dis-je, il est arrivé à, comment le formuler, non pas à surmonter cette impossibilité de communiquer qui torturait tant le peintre, mais à l’assumer dans une sérénité suprême, à vivre avec, chose à laquelle il est parvenu grâce à sa capacité de ne faire qu’un avec la nature, à son humour, à son sens de l’autodérision extrêmement développé, à sa gaieté absolue, à laquelle il cet être angoissé et peu sûr de lui savait s’adonner sans arrière-pensée aucune. Pour sentir la beauté, la puissance de Hamsun dans toute leur pleinitude, il faut que vous lisiez ses romans, car c’est un écrivain de grande forme (enfin, relativement), à l’haleine longue. Vous pourriez toujours commencer par « Pan » : vous ne vous arrêteriez plus avant de les avoir tous dévorés. La nouvelle de jeunesse « Esclaves de l’amour » (qui aurait du reste s’intituler elle aussi « Cri », ou « Angoisse ») est très belle, mais elle ne montre qu’un des côtés du génie hamsunien, je vous mets donc un extrait du livre où il a relaté son voyage au Caucase, livre absolument formidable qui vient d’être réédité chez Cachiers Rouges de Grasset : c’est un moment du délire total !

    Et maintenant, commençons notre semaine norvégienne.


    Les esclaves de l’amour


    [align=left:cb5d8412bc] Ecrit par moi. Ecrit ce jour pour soulager mon cœur. J’ai perdu ma place au café et mes jours heureux. Tout, j’ai tout perdu. Et le café, c’était le café Maximilian.
    Soir après soir, un jeune monsieur vêtu de gris venait avec deux amis s’asseoir à l’une de mes tables. Il venait tant de messieurs … Tous avaient une parole aimable pour moi. Celui-là, rien. Il était grand et mince, des cheveux souples et noirs et des yeux bleus qui, de temps à autre, posaient sur moi leur regard. Sur sa lèvre supérieure, une petite moustache s’était mise à pousser. [/align:cb5d8412bc]



    Il y a de l’électricité dans l’air, dirait Hamsun en voyant notre première daubinette, il y a de l’électricité, mais aussi de l’innovation, bref, elle a tout pour plaire à notre grand bonhomme iconoclaste !

  2. #2
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    Esclaves de l’amour
    Fort bien. Au début, il ne devait rien avoir contre moi, cet homme.

    Il vint une semaine d’affilée. Je m’étais habituée à lui, il me manquait quand il ne venait pas. Un soir, je ne le trouvai pas. Je fis le tour du café ; finalement, je le découvris près d’un des gros piliers, à côté de l’autre porte d’entrée ; il était assis avec une dame du cirque. Cette dame était en robe jaune et ses longs gants lui montaient plus haut que les coudes. Elle était jeune, elle avait de beaux yeux sombres, et les miens étaient bleux.

    Je ne restai qu’un instant à écouter de quoi ils parlaient, elle lui reprochait quelque chose, elle était fatiguée de lui, elle lui demandait de s’en aller. Au fond de mon cœur, je dis : Bien chère demoiselle, pourquoi ne vient-il pas à moi ! [/align]


    La dénomination de notre deuxième valeur est composée des deux mots, dont le premier désigne une habitation, aussi commune en Norvège, je suppose, que partout ailleurs. En revanche, le second terme ne peut s’appliquer qu’à un seul pays qui vous est certes familier à tous.

  3. #3
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    [align=left:2f68248701] Le lendemain soir, il entra avec ses deux amis et prit place à l’une de mes tables ; car je faisais le service de cinq tables. J’allai vers lui comme d’habitude, mais je rougis et fis semblant de ne pas le voir. Lorsqu’il me fit signe, j’avançai.
    Je dis :
    « Vous n’étiez pas là hier.
    « Qu’elle a la taille fine, notre serveuse ! dit-il à ses camarades.
    Je demandai : « De la blière ?
    - Oui », répondit-il.
    Et, courant presque, j’allai chercher les trois demis. [/align:2f68248701]


    Comme le héros de notre nouvelle, la petite No 3 ne fréquente, - si tant est qu’elle les fréquente, - les cafés toute seule, non, elle forme tout un groupe ce qui est clairement indiqué dans sa raison sociale, encore qu’elle ait préféré amputer ce terme de sa dernière lettre, pour que cela fasse plus chic, sans doute. Quoi dire d’autre, sinon que comme beaucoup d’autres, sa dénomination comporte la particule qui a tant fait rêver il y a quelques années, mais là encore, elle se distingue : à la différence de ses consoeurs virtuelles, ladite particule n’est pas séparée par un point.

  4. #4
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    [align=left:2db6db52b5] Quelques jours passèrent.
    Il me donna une carte de visite en disant :
    « Portez cela à … »
    Je pris la carte avant qu’il eûr fini et la portai à la dame en jaune. Dans l’intervalle, je lus son nom : Wladimierz T.
    Lorsque je revins, il me regarda d’un air interrrogateur.
    « C’est fait, dis-je.
    - Vous n’avez pas eu de réponse ?
    - Non. »
    Alors, il me donna un mark et dit en souriant :
    « Pas de réponse, c’est aussi une réponse, n’est-ce pas ? »
    Toute la soirée, il resta à regarder la dame et ses compagnons. A onze heures, il se leva et se rendit à sa table. Elle l’accueillit froidement : en revanche, ses deux messieurs s’entretinrent avec lui et lui posèrent en souriant des questions pleines de malice. [/align:2db6db52b5]


    Vous avez vu comme la petite servante se souvient tous les faits et gestes de son chéri ? Ah l’amour, quand tu nous tiens ! Cela ne m’étonnerait qu’elle ait tenue un journal, où elle notait la moindre parole de Wladimierz T., soigneusement, avec les aLINéas et tout le tremblement.

  5. #5
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    [align=left:f2e43db886] Il ne resta là que quelques minutes et, lorsqu’il revint, je lui fis remarquer qu’il avait renversé de la bière sur l’une des poches de son paletot. Il ôta celui-ci, se retourna vivement en jetant un coup d’œil vers la table de la dame du cirque.

    J’essuyai le paletot et il me dit en souriant :
    « Merci, esclave. »
    En l’aidant à le passer, je lui caressai le dos à la dérobée.
    Il s’assit, abômé dans ses pensées. L’un de ses amis redemanda de la bière et je pris son demi pour le remplir. Je voulus prendre aussi la demi de T.
    « Non », dit-il en posant sa main sur la mienne. [/align:f2e43db886]


    Notre palindromique daubinette No 5 serait d’une grande utilité à ce buveur de bière de Waldimierz, même si pour l’instant, elle se consacre toute entière à une autre boisson euphorisante.

  6. #6
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    [align=left:0fce541851] A ce contact, je perdis l’usage de mon bras, et il dut le remarquer car il retira ausitôt sa main.
    Le soir, je priai pour lui deux fois, à genoux devant mon lit. Et de joie, j’embrassai ma main droite, qu’il avait touchée.

    Un jour, il me donna des fleurs, plein de fleurs. Il avait acheté à la fleuriste tout le contenu de son panier au moment d’entrer ; elles étaient fraîches et rouges. Il les laissa longtemps devant lui sur la table. Aucun de ses amis ne l’accompagnait.
    Aussi longtemps que je le pus, je restai à le regarder derrière un pilier, je pensais : « Wladimierz T., il s’appelle.
    Une heure, peut-être, passa. Il regardait continuellement la pendule.
    Je lui demandai :
    « Vous attendez quelqu’un ? »
    Il me regarda d’un air absent et dit soudait :
    « Non, je n’attends personne. Qui attendrais-je ? [/align:0fce541851]


    J’angoisse qui se dégage des pages de ma nouvelle est grande, l’on pressent qu’il va arriver un malheur, que ces deux-là ne sont pas destinés à mener une existence longue et tranquille, non, leur vie est intense, mais elle ne peut être que brève, ce qui fait que les chances de notre daubinette No 6 de les accueillir dans un de ses tablissements pour leur assurer une vieillesse sereine sont des plus réduits. C’est dommage hein ?

  7. #7
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    [align=left:aa420bcd7f] - Je pensais seulement que, peut-être, vous attendiez quelqu’un, repris-je.
    - Tenez, dit-il. C’est pour vous. »
    Et il me donna cette masse de fleurs.

    Je dis merci, mais je ne parvins pas à parler, juste à murmurer. Je fus emportée pour une joie écarlate, je me retrouvai hors d’haleine près du comptoir où j’avais quelque chose à comander.
    « Que voulez-vous ? demanda la serveuse.
    - Qu’est-ce que vous en pensez ? demandai-je à mon tour.
    - Ce que j’en pense ? dit la serveuse. Vous êtes folle !
    - Devinez qui m’a donné ces fleurs », dis-je.
    Le régisseur passa.
    « Vous n’avez pas servi sa bière au monsieur à la jambe de bois, l’entendis-je dire.
    - C’est Wladimierz », dis-je en me dépêchant d’aller porter la bière. [/align:aa420bcd7f]


    La daubinette No 7 a un mnémonique qui se marie à merveille avec ce thread, vu qu’il est identique au début du nom de l’un des deux créateurs qui l’illustrent.

  8. #8
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    [align=left:ce772a9196] T. n’était pas encore parti. De nouveau, je le remerciai quand il se leva. Il trésaillit et dit :
    « En fait, je les avais achetées pour une autre. »
    Soit, il les avait peut-être achetées pour une autre. Mais c’est moi qui les avait reçues. Je les avais reçu avant celle à qui elles étaient destinées. Et il m’avait laissée aussi l’en remercier. Bonne nuit, Wladimierz.
    Le lendemain il pleuvait.
    Je pensai : « Vais-je mettre ma robe noire ou ma verte, aujourd’hui ? La verte. C’est la plus neuve, donc je la prends ». J’étais très joyeuse.
    Quand j’arrivai à l’arrêt, il y avait une dame qui attendait le tramway sous la pluie. Elle n’avait pas de parapluie. Je lui offris le mien, mais elle déclina poliment. Alors, je refermai mon parapluie pendant que j’attendais. Ainsi, la dame ne sera pas seule à être mouillée, pensai-je. [/align:ce772a9196]


    Oh, il lui a offert des fleurs. Et peu importe que ces fleurs aient été destinées à une autre, elle est folle de joie, elle entend des sons des violons, non, que dis-je, c’est tout un orchestre symphonique qui résonne dans sa pauvre tête !


  9. #9
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    [align=left:b28dcc4904] Le soir, Wladimierz vint au café.
    « Merci pour les fleurs d’hier, dis-je fièrement.
    - Quelles fleurs ? demanda-t-il. Ne parlons plus de ces fleurs.
    - Je voulais vous en remercier », dis-je.
    Il haussa les épaules et répondit :
    « Ce n’est pas vous que j’aime, esclave. »
    Ce n’était pas moi qu’il aimait … soit. Je ne m’étais pas attendue à cela et je ne fus pas choquée. Mais je le voyais chaque soir, il s’asseyait à l’une de mes tables, pas ç une autre, et c’était moi qui lui servais sa bière. Soyez remercié d’être retourné à la même place, Waldimierz.
    Le lendemain soir, il arriva tard. Il dit :
    « Avez-vous beaucoup d’argent, esclave ?
    - Non, malheureusement, répondis-je, je suis une pauvre servante ». [/align:b28dcc4904]


    Hm hm, il lui demande de l’argent, ça vous inquiète pas ? Il ne manque plus que, se souvenant des exploits d’un certain Raskolnikov (ce qui ne serait pas tellement surprenant vu l’admiration qu’avait Hamsun pour Dostoïevski, il en parle du reste dans son journal de voyage que je vous recommande avec autant d’ardeur) il l’accompagne chez elle et qu’il l’occisse pour quelques malheureux sous, il en a tout le genre !

  10. #10
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    [align=left:84b986ae92] Alors, il me regarda et dit en souriant :
    « Vous ne me comprenez sûrement pas. J’ai besoin de quelque argent jusque demain.
    - J’ai un peu d’argent, j’ai cent trente marks chez moi.
    -Chez vous, pas ici ? »
    Je répondis :
    « Attendez un quart d’heure et accompagnez-moi quand on fermera, je l’aurai. » Il attendit un quart d’heure et m’accompagna. Seulement cent marks, dit-il. Il marcha tout le temps à mes côtés, ne me laissant jamais passer devant ou derrière, comme font bien des fois les beaux messieurs.
    « Je n’ai qu’une chambrette, dis-je lorsque nous nous arrêtâmes au portail de ma maison.
    - Je ne monte pas, répondit-il. J’attends ici ».
    Il attendit.[/align:84b986ae92]


    La traduction de cette nouvelle est très bien faite, je trouve. Au fait, savez-vous que presque tout l’œuvre de Hamsun a été traduit par Régis Boyer, grand traducteur qui a su conserver toute la beauté de la prose hamsunienne. Pourtant, le rythme et l’accentuation, bref, la … du norvégien, est très dissemblable de celle du français.

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