Alternative économiqes. Avril 1995.



Pour réduire [le] risque collectif, […] deux voies sont possibles. La première consisterait à mettre, selon l’expression de James Tobin (prix Nobel 1981) "un peu de sable dans les rouages", pour réduire la volatilité excessive de ces fonds. On peut y parvenir en augmentant les dépôts de garantie (deposits) exigés des intervenants qui achètent ou vendent sur les marchés de produits dérivés. Ainsi, leur intervention deviendrait plus coûteuse, puisqu’immobilisant des capitaux plus importants. Si le deposit n’est que de 10% - cas le plus fréquent actuellement -, l’effet de levier est de 10 : avec 1000F, je peux acheter ou vendre des contrats pour 10.000F. Pour peu que j’effectue un aller-retour spéculatif réussi, me rapportant 1 ou 2% des contrats sur lesquels j’interviens, la rentabilité devient exceptionnelle, puisque 1000 F effectivement déposés m’auront rapporté 100 ou 200 F en un ou deux jours.

En augmentant le deposit, on réduit donc cet effet de levier. Mais c’est pour cette raison que se sont développés les marchés d’options : ils permettent de tourner l’obstacle du deposit tout en offrant un effet de levier encore plus important : une faible variation du cours d’une action engendre une variation beaucoup plus importante du cours des options de vente ou d’achat.

Si le marché des actions devient moins rentable, les opérateurs vendent pour acheter ailleurs, par exemple sur celui des obligations qui, du fait de la pression de la demande, tendront à augmenter.


Un ratio de solvabilité est un rapport minimal que les banques doivent respecter entre les fonds qu’elles possèdent en propre et les crédits qu’elles ont consentis (qui comportent toujours un risque de non remboursement) ; voir par exemple la définition du ratio Cooke.

C’est pourquoi James Tobin propose une taxe faible - 0,5% - mais qui, prélevée sur chaque transaction en devise, pourrait augmenter considérablement le coût de la spéculation : "Le montant de cette taxe serait trop faible pour décourager les opérations commerciales ou les mouvements de capitaux non spéculatifs", écrit-il dans le dernier Rapport sur le développement humain (éd. Economica, 1994). Certes, cela ne supprimerait pas la spéculation interne, puisque seuls seraient concernés les marchés dérivés en devises, cependant, la baisse des cours boursiers (par exemple) se traduirait par une hausse des cours sur un autre marché, et non plus par une fuite des capitaux, puisque les fonds quittant un marché interne n’auraient pas intérêt à se placer sur un marché externe. Le principal obstacle est qu’il faudrait qu’une telle taxe soit levée par tous les pays. On en est loin et chacun attend que les autres commencent.

D’où la deuxième voie, celle dite de la réglementation prudentielle. Elle vise à imposer aux opérateurs, et notamment aux banques, le respect d’un certain nombre de règles : ratio de solvabilité impliquant de proportionner les engagements au montant des capitaux propres (c’est-à-dire propriété de l’institution financière), appels de marge (c’est-à-dire augmentation du deposit toutes les fois que les variations de cours le font tomber en-dessous d’une proportion déterminée), surveillance des marchés, comptabilité transparente, etc. Force est de reconnaître que toutes ces mesures, déjà largement appliquées, n’ont pas empêché les choses de dégénérer.



Si le marché des actions devient moins rentable, les opérateurs vendent pour acheter ailleurs, par exemple sur celui des obligations qui, du fait de la pression de la demande, tendront à augmenter.


Un ratio de solvabilité est un rapport minimal que les banques doivent respecter entre les fonds qu’elles possèdent en propre et les crédits qu’elles ont consentis (qui comportent toujours un risque de non remboursement) ; voir par exemple la définition du ratio Cooke