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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes font de l’opéra

    Hugo von Hofmannsthal (n’imitez pas cette ignare de Ruggieri et ne dites pas « OfmannCHTal », cela se prononce bien « ST » pour des raisons ayant à voir avec l’étymologie du nom) était un génie. Encore un, me demanderez-vous, tout en périphrasant, sans le soupçonner, une blague littéraire russe ? Oui, parfaitement. Il est incompréhensible qu’il soit si peu connu en France, ce grand poète, essayiste, penseur, bref, tout ce que vous voulez et bien davantage dont on ne parle que de la collaboration avec Richard Strauss. Elle était assurément très heureuse - jamais, ni avant, ni après, il n’y a eu d’opéras dont la musique se fondait si merveilleusement avec le livret. Du reste, Hofmannsthal a retravaillé la nouvelle que je vous poste aujourd’hui pour en faire le livret d’« Arabella », mais je préfère de loin cette première version, fraîche et enbaumante comme une rose. C’est très viennois fin-de-siècle, c’est virevoltant, c’est pétillant, c’est tendre, c’est féerique, c’est alerte, mais c’est aussi diablement intelligent car Hofmannsthal l’était à un degré supérieur.

    J’ai choisi d’agrémenter cette nouvelle de toiles de Renoir. Pourquoi ? Eh bien, pas de raison particulière, sinon que même si Renoir est moins sophistiqué que HVH, c’est la peinture du bonheur, toute baignée de doux rayons de soleil, aérienne, avec un rien de nostalgie qui ne fait qu’ajouter à la félicité de celui qui la regarde, bref, qu’elle va à ravir à ce conte de fées version moderne.


    Lucidor
    Personnages d’une comédie inédite


    [align=left:d434ca1774] Vers la fin des années 70. Mme von Murska habitait un petit appartement dans un hôtel du centre. Sans être illustre, le nom qu’elle portait n’était pas non plus tout à fait obscur : par certains propos, elle laissait entendre qu’un bien de la famille situé dans la partie russe de la Pologne, et lui appartenant de droit à elle et à ses enfants, se trouvait momentanément sous séquestre, ou soustrait de quelque autre façon à ses propriétaires légitimes. Certes, elle paraissait dans la gêne, mais vraiment juste pour le moment. Avec sa grande fille, Arabella, son fils cadet Lucidor et une vieille chambrière, elle occupait trois chambres et un salon dont les fenêtres donnaient sur la rue Kärstner. Elle avait accroché au mur quelques portraits de la famille, des cuivres et des miniatures, étalé sur un guéridon un bout de velours ancien brodé à ses armoiries, disposé dessus quelques pots et petits paniers en argent, du joli travail français du XVIII siècle, et c’était là qu’elle recevait. [/align:d434ca1774]

    Quelle curieuse, - et heureuse – coïncidence que cette valeur initie les daubinettes d’aujourd’hui, n’est-ce pas ?


  2. #2
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    [align=left:ca5020ff7b] Elle avait envoyé des lettres, fait des visites, et comme elle possédait un peu partout une quantité incroyable d’attaches, elle se trouva assez rapidement à la tête d’une sorte de salon.
    C’était un de ces salons plutôt mal définis, qui passent pour « possibles » ou p »impossibles » selon la sévérité des censeurs. Quoi qu’il en soit, Mme von Murska était tout ce qu’on voulait, mais certainement pas vulgaire ou ennuyeuse, et sa fille, d’une distinction plus rare encore, tant dans sa personne que dans son maintien, et d’une extraordinaire beauté. En se présentant entre quatre et six, on était sûr de trouver la mère, et presque jamais sans compagnie ; la fille, on ne la voyait pas toujours ; quant au jeune Lucidor âgé de treize ou quatorze ans, seuls les intimes le connaissaient.
    Mme von Murska était une femme vraiment cultivée, et sa culture n’avait rien de banal.
    [/align:ca5020ff7b]

    Ah quelle belle fille que cette Arabella ! Tiens, le mnémonique de notre daubinette No 2, composé des 3 consonnes, pour peu qu’on le complète de deux voyelles, pourrait décrire l’état dans lequel tombent les hommes amenés à contempler cette beauté.


  3. #3
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    [align=left:eee87059d2] Dans le grand monde de Vienne, dont elle s’imaginait vaguement faire partie, sans avoir toutefois avec lui que des relations marginales, elle se serait trouvée en tant que « bas-bleu » dans une position délicate. Mais il y avait dans sa tête un tel méli-mélo de faits réels, de projets, d’intuitions, d’erreurs, d’enthousiasmes, d’expériences et d’appréhensions, qu’il n’était nul besoin de s’arrêter à ce qu’elle avait tiré des livres.
    Sa conversation galopait d’un sujet à l’autre en empruntant les raccourcis les plus inimaginables ; son agitation pouvait faire pitié – en l’entendant parler, on savait, sans qu’elle eût besoin de le mentionner, qu’elle souffrait d’insomnies jusqu’à la démence, et se rongeait de soucis, de manœuvres, et d’espérances déçues – mais il était très amusant et vraiment instructif de l’écouter, et sans vouloir se montrer indiscrète, elle l’était parfois à un point terrible. Bref, c’était une folle, mais de l’espèce agréable.
    [/align:eee87059d2]

    En ajoutant une voyelle au milieu de la dénomination de notre troisième valeur, on obtient un terme qui désigne quelque chose qui était inaccessible aux femmes du temps de Hofmannstahl (ou presque) CAR elles n’étaient pas encore émancipées. Heureusement que nous nous sommes bien rattrapées depuis, pas vrai, Messieurs les Smiliens ?


  4. #4
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    [align=left:18f91377d4] Elle avait l’âme bonne, et c’était au fond une femme charmante et rien moins qu’ordinaire. Mais cette existence difficile pour laquelle elle n’était pas faite l’avait jetée dans un tel état de déséquilibre, qu’à quarante-deux ans elle passait déjà pour un phénomène. La plupart de ses jugements et de ses conceptions étaient originaux et d’une grande délicatesse de sentiment ; mais ils tombaient presque toujours parfaitement hors de propos et sans convenir le moins du monde à la personne ou à la situation dont il était question.
    Plus un être lui était proche, plus elle manquait de lucidité à son égard ; et il eût été contraire à la règle qu’elle ne se fût pas fait de ses deux enfants l’idée la plus fausse, et adopté aveuglément la conduite qu’elle lui dictait. A ses yeux Arabella était un ange, et Lucidor une robuste petite créature au cœur sec.
    [/align:18f91377d4]

    L’une, ange, et l’autre, démon : la situation est chère à un célèbre écrivain français contemporain à HVH et victime d’une blague nabokovienne très-très irrespectueuse, dont le mnémo de notre cinquième petite vous livre le prénom.


  5. #5
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    [align=left:a60dd47f82] En réalité, Arabella était le portrait de son défunt père : un très bel homme, hautain, difficile et impatient, qui méprisait facilement, mais enrobait son mépris sous des dehors exquis, qui avait été respecté ou jalousé par les hommes, aimé de beaucoup de femmes, et foncièrement insensible. Le petit Lucidor, par contre, était le sentiment même.
    Mais je préfère dire dès à présent que Lucidor n’était pas un jeune monsieur, mais une fille, et s’appelait Lucile. L’idée de produire sa fille cadette en travesti durant le temps de son séjour à Vienne était venue à Mme von Murska en un éclair, comme toutes ses inspirations, mais n’en avait pas moins des racines et des prolongements d’une inextricable complexité.
    [/align:a60dd47f82]

    Vous avez vu ça ? Lucidor était une fille ! Perso j’adore les histoires de travestis, c’est très mozartien, très allègre, un peu troublant. Alors, que va-t-il advenir de la petite Lucile ? Vous ne le saurez que si vous allez jusqu’au bout du thread car la clef de l’énigme se trouve à la fin de la nouvelle, c’est le mnémo de notre daubinette No 5 qui vous le dit et les cléfs elle s’y connaît !


  6. #6
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    [align=left:62eb6b25fc] Ici, il s’agissait avant tout de jouer un coup inédit dans la partie qu’elle poursuivait contre un vieil oncle fort mystérieux, mais qui par bonheur existait réellement, habitait même Vienne, et était peut-être – tous ces espoirs et ces machinations restaient extrêmement vagues – la véritable raison qui lui avait fait élire cette ville comme lieu de résidence. Néanmoins le travestissement présentait aussi d’autres avantages, tout à fait réels, ceux-là, et parfaitement évidents. On s’arrangeait plus facilement d’une fille que de deux d’âge légèrement différent ; car il faut se rappeler qu’il y avait presque quatre ans d’écart entre les deux jeunes filles ; on s’en sortait ainsi à moindres frais. Ensuite, sa position de fille unique était pour Arabella, plus favorable encore, meilleure même que celle d’aînée ; et la présence du ravissant petit « frère », une sorte de groom, ne faisait que rehausser encore l’éclat de la jeune personne. [/align:62eb6b25fc]

    Ce « petit frère » devait être réellement ravissant : je le vois en costume de velours sombre, avec un grand col de LIN blanc immaculé qui souligne ses traits fins et délicats, et vous ?


  7. #7
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    [align=left:d601dec4b8] A cela était venu s’ajouter un concours de circonstances : les idées de Mme von Murska ne prenaient jamais complètement naissance dans l’irréel, elles entremêlaient simplement d’étrange façon la réalité, le donné, avec ce que son imagination estimait plausible ou réalisable. Cinq ans auparavant – à l’âge de onze ans – Lucile avait eu le typhus, et on avait dû lui couper ses beaux cheveux. Ensuite, Lucile préférait monter à cheval à califourchon ; ce goût datait du temps où avec les gamins des paysans petits-russiens elle menait à l’abreuvoir les chevaux non sellés. Lucile accepta le travesti comme elle aurait accepté bien d’autres choses. Elle était d’un naturel patient, et même l’absurdité la plus criante devient très facilement une habitude. En outre, comme elle était effroyablement timide, la pensée de n’avoir jamais à paraître au salon ni à jouer la jeune fille de la maison la remplissait d’aise. [/align:d601dec4b8]

    Il faut dire, la musique de Strauss parvient à traduire la nouvelle de HVH avec beaucoup de finesse. On dirait que les NoTeS dancent, tant elles sont alertes, tant elles sont pleines d’un émoi printanier de jeune fille, quelle délice que cet opéra !


  8. #8
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    [align=left:2ba6b373bd] Seule la vieille femme de chambre était dans le secret ; les étrangers ne s’apercevaient de rien. Il n’est facile à personne d’être le premier à remarquer quelque chose : en général, les hommes ne sont guère doués pour voir ce qui est.
    Et puis Lucile avait vraiment des hanches de garçon, et rien qui par ailleurs aurait trop visiblement trahi la jeune fille. Le fait est que la supercherie ne fut jamais dévoilée, pas même soupçonnée, et lorsque se produisit ce retournement qui fit du petit Lucidor une fiancée, et même quelque chose de plus féminin encore, tout le monde se trouva très surpris.
    Naturellement, une jeune personne aussi belle et parfaitement accomplie que l’était Arabella ne pouvait rester longtemps sans adorateurs plus ou moins déclarés. Parmi eux, Wladimir était de loin le plus digne de retenir l’attention.
    [/align:2ba6b373bd]

    Mais quand même, à quelles astuces mène un compte en banque trop maigre hein ? Au fait, l’état de leurs finances pourrait être certifié par le mnémo de notre daubinettes No 8.


  9. #9
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    [align=left:93ba5aad7c] Très bien de sa personne, il avait en particulier des mains magnifiques. Il était mieux que fortuné, et parfaitement indépendant, sans parents ni frères ou sœurs. Son père, issu de la bourgeoisie, avait été officier dans l’armée autrichienne, et sa mère, une comtesse, appartenait à une illustre famille balte. De tout ceux qui courtisaient Arabella, il était le seul à représenter véritablement un « parti ». Là-dessus se greffait une circonstance particulière, qui enchanta littéralement Mme von Murska.
    Ce même Wladimir, précisément, se trouvait de par sa situation familiale plus ou moins allié à cet oncle si difficilement maniable, si inaccessible, et investi de tant d’importance que c’était au fond pour lui qu’on vivait à Vienne, et que Lucile était devenue Lucidor. Or, cet oncle, qui occupait tout un étage du Palais Buquoy, dans la rue Wallner, et avait été naguère un homme qui défrayait la chronique, avait fort mal reçu Mme von Murska.
    [/align:93ba5aad7c]

    Comme ça, ce Wladimir ne s’est pas du tout rendu compte que Lucidor était une jeune, très jeune demoiselle, quel benêt, ma parole. Mais bon, soyons indulgents, errare umanum est, paraît-il, alors, il ne déroge pas à la règle.


  10. #10
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    [align=left:94b739689a] Quoiqu’elle fût réellement la veuve de son neveu (plus exactement : du petit-fils du frère de son père), ce n’est qu’à sa troisième visite qu’elle avait été admise à le voir, et n’avait par la suite plus jamais été invitée, pas même au petit déjeuner ou pour prendre une tasse de thé. En revanche, il avait permis, d’assez mauvaise grâce, il est vrai, qu’on lui envoie Lucidor. Ce curieux vieux monsieur avait en effet ceci de particulier qu’il ne pouvait souffrir les femmes, pas plus les vieilles que les jeunes.
    Il y avait par contre un mince espoir pour qu’il montrât un jour à un jeune homme qui, bien que ne portant pas le même nom que lui, était tout de même de son sang, un intérêt profitable. Et cet espoir, si mince fût-il, possédait dans cette situation éminemment critique une valeur inappréciable.
    [/align:94b739689a]

    Je trouve que la valeur No 10 est merveilleusement à sa place dans ce thread où l’on parle de printemps et l’éveil des sentiments d’une jeune fille en fleurs, pas vous ?


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