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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes ont le fin mot de l’histoire

    Voici la dernière partie de notre histoire, j’espère qu’elle vous plaira. Pour l’illustrer, j’ai choisi des tableaux des artistes des îles Caraïbes, pour que, après avoir vu des peintures dites naïves des peintres très célebres, vous pourriez prendre connaissance de ces artistes anonymes qui font des toiles, très colorées, très poétiques, en un mot, très charmantes.



    [align=left:f1ffe33106] La « farceuse » parut la mettre extraordinairement en joie.
    - Vous l’avez déjà trouvée ? C’est une bonne farce, n’est-ce pas ? J’ai fait exactement la même chose à maman, il y a quelques jours. Je crois qu’elle m’en veut encore aujourd’hui. Vous êtes aussi fâché ?
    La baronne n’avait pas vraiment de penchant pour les minauderies. Cependant, curieusement, elle se dressait sur la pointe des pieds quand elle donnait un baiser. Pourquoi faisait-elle ainsi ? A quoi correspondait cette habitude singulière ? Le médecin n’eut pas beaucoup de temps de réfléchir à ces questions. Le baiser qu’il avait demandé atterrit quelque part dans la région de son œil droit et faillit faire tomber son binocle de son nez.
    Le Dr Kircheisen rajusta immédiatement le lorgnon et saisit les mains de la baronne. Le moment décisif lui semblait arrivé.
    - Gretl ? murmura-t-il. Voulez-vous … veux-tu être ma femme ?
    - Me marier avec vous ? demanda la baronne d’un air pensif et quand cela ?
    - Bientôt. Dans quelques semaines, si c’est possible.
    - Non, reprit la baronne d’une voix calme et décidée.
    Mais l’instant d’après, elle sembla se raviser.
    - Ou plutôt si, corrigea-t-elle, je suis d’accord.
    Le Dr Kircheisen inspira profondément. Tout son corps tremblait d’excitation. Tout cela arrivait si vite … Ce matin encore, il ne connaissait pas la baronne – et voici que maintenant il ne pouvait déjà plus imaginer vivre sans elle. Ce matin, au déjeuner, lorsqu’elle lui avait à peine tendu la main, comment aurait-il pu, dans ses rêves les plus fous, oser imaginer le bonheur qu’il tenait maintenant entre sa main ?
    La baronne se dégagea de ses bras et regarda autour d’elle.
    - Les belles fleurs sont parties, fit-elle à voix basse.
    - Hélas ! dit le Dr Kircheisen, d’un air contrit, elles sont toutes cassées, fanées !
    Ils se turent pendant un moment, avant que le médecin commençât à dévoiler ses projets :
    - Je vais rouvrir mon cabinet de consultation. Si l’on ajoute les revenus de mes quelques biens, cela nous fera très largement de quoi vivre à l’aise. J’ai mon appartement de célibataire sur le Kohlmarkt – cinq pièces avec balcon, cuisine et tout le confort -, nous pourrions le garder, dans un premier temps. Au deuxième étage, avec ascenseur naturellement.
    - La cuisine est au deuxième étage ?
    - Evidemment.
    - Cela ne va pas, fit la baronne. Puzzi Schönborn, l’aime de maman qui s’est mariée la semaine dernière, elle, elle a la cuisine au premier étage. On prépare les repas en bas et on les envoie ensuite par le monte-plats. Je veux la même chose.
    - Je ne suis pas très averti de toutes ces questions, mais je suivrai volontiers tes conseils, mon enfant. Je vais dès aujourd’hui me mettre en rapport avec le propriétaire et lui dire que j’envisage de déménager au premier étage, reprit le Dr Kircheisen en pensant déjà avec anxiété à la manière dont il pourrait convaincre la vieille Bettina de descendre d’un étage le champ de ses activités.
    - Et que faisons-nous de l’ancienne cuisine ? demanda-t-il.
    - Une chambre noire.
    [/align:f1ffe33106]


    Notre première daubinette, dont le patronyme est composé de deux mots reliés par une conjonction, a au moins une qualité en commun avec la belle baronne, car si l’on ne saurait dire si celle-ci est dure en affaires, il est absolument indubitable que c’est une personne qui sait ce qu’elle veut.

  2. #2
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    2

    [align=left:bef80ce519] - Naturellement ! Tu as vraiment beaucoup de sens pratique ! dit le médecin avec une admiration sincère. J’en suis malheureusement dépourvu. Tu fais de la photographie ?
    - Non.
    - Moi non plus.
    - Cela ne fait rien. Il faut absolument que nous ayons une chambre noire. Papa aussi en a une, avec des lampes rouges et des lampes vertes. Mais je n’ai pas le droit d’y entrer. Pour ne pas tout lui abîmer et tout lui casser, répète-t-il.
    Elle réfléchit un instant et reprit :
    - Il faut aussi que le téléphone soit à côté de mon lit.
    - Dans la chambre ? Est-ce que c’est la mode, aujourd’hui ?
    - Naturellement. Le matin de bonne heure, quand je me réveillerai, je demanderai tout de suite à la cuisine ce que l’on mange à midi ; puis j’appellerai papa : « Allô ! Ici ton petit moineau ! Il est neuf heures et demie et je suis encore au lit ! » Comme cela va être amusant ! Mais je ne crois pas que papa voudra.
    - Qu’il voudra quoi ?
    - Que je me marie.
    Le Dr Kircheisen ne dit mot. D’après l’expérience dont il pouvait disposer en la matière, il devait convenir que la baronne, avec son scepticisme, se montrait beaucoup plus perspicace que lui.
    - Tant pis, reprit la jeune demoiselle après un instant de réflexion, nous resterons fiancés ! Mais il faut que nous gravions nos initiales quelque part, avec un cœur autour. C’est de cette façon qu’a fait mon ancienne préceptrice, quand elle s’est fiancée avec l’employé des postes. Là, sur cet arbre ! Il y a encore assez de place.
    Le Dr Kircheisen trouva la proposition charmante. Il sortit son couteau de poche et, à grands coups, tailla ses initiales ainsi que celles de la baronne sur le tronc du manguier ; puis il dessina autour un cœur stylisé.
    La baronne parut tout à fait satisfaite de son œuvre.
    - Voilà ! Ainsi, dit-elle, nous sommes vraiment fiancés. Adieu, maintenant. Il est déjà tard. Je ne suis pas tranquille. Il faut que je m’en aille.
    En un geste charmant qui traduisait son anxiété, elle porta les mains à ses joues et, l’instant d’après, gagna la porte.
    Le Dr Kircheisen la suivit du regard. Puis il sortit son calepin et nota : « Parler avec le propriétaire du déménagement de la cuisine ; faire une demande auprès de l’administration des téléphones pour un nouveau branchement … » Il rangea son carnet. « Le mieux est que je dépose ma demande dès demain car il faut au moins six mois, à Vienne, pour obtenir une nouvelle ligne … »
    Le Dr Kircheisen tendit l’oreille. S’il ne s’abusait, c’était un bruit de pas qui se rapprochaient. Effectivement, deux silhouettes traversaient le jardin en direction de la serre. C’étaient le baron et le vieux Philippe. Que venaient-ils faire si tard dans la serre ? Le vieux monsieur aurait-il conçu quelque soupçon ? voulaient-ils tous les deux surprendre la baronne ?...
    [/align:bef80ce519]


    Quant à notre deuxième valeur, son mnémonique exprime – phonétiquement, mais très fidèlement, ce que le Docteur ressent envers la jeune aristocrate.

  3. #3
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    3

    [align=left:682ea5cddc] Le Dr Kircheisen chercha vite, autour de lui, un endroit où se cacher. Il ne fallait pas qu’on le découvrît … Comment expliquer, sinon, sa présence au baron ? Là-bas, derrière la table de jardin avec tous les pots de fleurs … Personne n’irait le chercher là-bas …
    - Tu peux entrer tranquillement, déclara le baron, il n’y a plus de serpents, je les ai tous exterminés.
    Le baron Vogh s’approcha lentement du manguier, la tête baissée. Le vieux serviteur suivait à quelques pas derrière son maître, lui aussi les yeux baissés vers le sol, comme s’il n’était pas rassuré.
    Puis le baron posa les mains sur le tronc de l’arbre indien et caressa presque délicatement l’écorce craquelée.
    Le Dr Kircheisen, dans sa cachette, osait à peine respirer. Il observait avec inquiétude l’étrange comportement du baron. Qu’arriverait-il s’ils découvraient, lui et son serviteur, le cœur gravé dans l’écorce, avec ses initiales et celles de la baronne ?
    - Regarde, Philippe : il porte déjà les fruits !
    La main du baron plongea dans le feuillage. La branche qu’elle saisit se plia, puis repartit en arrière. Le vieux Philippe s’approcha, prit un fruit de la main de son maître, l’examina longuement et mordit dedans.
    - Quel goût étrange ! dit-il, on dirait presque des abricots ou des concombres …
    - Dans quelque temps, fit le baron d’une voix morne et lasse, tous ces fruits seront desséchés ou en train de pourrir par terre. Les feuilles se faneront, le tronc moisira et partira en miettes …
    - Monsieur le baron doit bien regretter maintenant, souffla le vieux Philippe d’une voix étranglée par l’émotion. Monsieur le baron peut bien se désespérer, maintenant qu’il est trop tard …
    - Peut-être n’est-il pas encore trop tard … Certes, le docteur refuse de donner son sérum … Dieu lui pardonne, il ne sait pas la responsabilité qu’il prend !
    - Peut-être que si monsieur le baron lui racontait ce qui s’est passé …
    - Il ne me croirait pas. Il me rirait au nez. Mais ULAM SINGH reviendra peut-être encore une fois à lui ! Il s’est déjà réveillé une fois, il était parfaitement lucide, il a réclamé aussitôt du chanvre et essayé d’avaler un mouchoir. C’est toujours ainsi qu’il a commencé ses expériences. Pourvu qu’il se réveille encore une fois !
    - J’ai toujours mis en garde monsieur le baron ! J’ai prié tous les saints pour que monsieur le baron laisse tomber cet étranger qui n’est certainement pas chrétien, en tout cas pas catholique. Mais personne n’écoute jamais un vieil homme comme moi !
    - A quoi bon me rappeler tout cela Philippe ! C’est vrai, j’ai été bien imprudent …
    - Présomptueux … ! Monsieur le baron me pardonne …
    - Oui, c’était de ma part pure folie, présomption, témérité. Il y a beaucoup de gens qui gâchent leur vie à jouer, à boire ou avec des femmes. Mais personne n’a encore jamais gaspillé sa vie avec autant de légèreté et de frivolité que moi. Et pas seulement la mienne ! S’il n’y avait que moi, ce ne serait rien !
    [/align:682ea5cddc]


    Quelle serre magnifique ! De beaux arbres, des fleurs exotiques, il n’y manque que d’oiseaux multicolores. Remarquez, on pourrait y envoyer notre daubette No 3,- car on peut à juste titre la traiter de nom d’oiseau, -même si ce n’est pas le genre ce n’est pas exavctement le genre de volatile qu’on s’attendrait de voir parmi la flore tropicale.

  4. #4
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    4

    [align=left:10e0679f8e] - Monsieur le baron ne devrait pas parler ainsi …
    - Non, ce n’est pas moi qui compte. Mais j’ai entraîné dans le malheur une innocente. Ma pauvre enfant …
    Le baron s’interrompit tout à coup. Quelque chose avait attiré son attention. Sans un mot, en proie à une vive émotion, il fixait des yeux le tronc du manguier …
    « Aurait-il découvert les initiales ? se demanda aussitôt le médecin … Va-t-il continuer à parler ? Va-t-il enfin lever le voile sur tout ce mystère ? » Le Dr Kircheisen s’efforçait de tendre l’oreille. Le sang lui battait dans les tempes. Toutes ces accusations, dont il n’avait saisi que quelques bribes, cette terrible confession, dont le sens était aussi énigmatique que tout ce qu’il avait vu et entendu dans cette maison ! Et qu’est-ce que sa fiancée, pour l’amour du ciel ! avait à voir avec tout cela ? « … entraîné dans le malheur une innocente, ma pauvre enfant ! ». Quel danger, mon Dieu ! pouvait bien menacer la baronne ?...
    Un petit bruit rompit le silence, un bruit à peine perceptible, de nature indistincte. Le vieux Philippe, à ce moment, poussa un cri d’effroi :
    - Là !... Il est là !
    - Où ? cria le baron.
    - Là, Regardez ! Sur la branche, juste devant vous ! Comme il est grand ! Comme il a l’air étrange !
    - Maudite bête ! s’écria le baron d’une voix stridente, forcée vers l’aigu, qu’est-ce que tu fais là ? Ta sale engeance n’est donc pas encore éteinte ? Crève, monstre ! Tiens !... Tiens !
    On entendit un bruit de pied frappant le sol. Le médecin, depuis sa cachette, ne pouvait pas voir directement le baron, mais son ombre se dessinait sur le mur, agitée de violentes contorsions. Finalement, le baron, à bout de forces, sembla s’appuyer sur la poitrine du vieux serviteur. Il régnait à nouveau un silence profond, entrecoupé seulement par la respiration haletante du baron.
    - Il était très beau. Je n’en avais jamais vu de pareil, dit le vieux Philippe. Monsieur le baron n’aurait pas dû s’énerver ainsi. Il n’y avait aucune raison.
    - Viens, Philippe, allons-nous-en ! dit le baron à voix basse.
    Le médecin entendit les deux vieillards s’éloigner à pas traînants, puis reconnut le crissement des gonds de la porte d’entrée … Il était à nouveau seul. Il sortit alors de sa cachette et examina l’endroit où le baron avait écrasé quelque chose par terre.
    Un grand papillon gisait sur le sol, complètement broyé. Les ailes effrangées tremblaient encore légèrement. Elles étaient d’un noir profond avec, sur celles de devant, une barre blanche … « On dirait … pensa-t-il soudait, ne serait-ce pas un papilio hector ? La taille correspond à peu près : presque aussi large que la paume de la main. Les barres blanches ainsi que, sur les ailes arrière, cette rangée de petites taches rouge sang … Il n’y a pas de doute ! C’est bien le papilio hector, le superbe lépidoptère tropical aux teintes ténébreuses.
    [/align:10e0679f8e]


    Et pour couronner le tout, il faudrait éclairer cette jungle d’un clair de lune romantique à souhait, et là, notre quatrième daubinette pourrait nous être d’une grande utilité, malgré le fait qu’elle ne soit pas francophone.

  5. #5
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    [align=left:d28b603a67] « Fait étrange : ces animaux – le terrible tik paluga, les désagréables sangsues et maintenant le superbe papilio hector -, tous sont originaire de Ceylan ! Qu’est-ce que cela peut bien signifier ? Est-ce un hasard si ces animaux tropicaux qui surgissent ici de manière si étrange viennent de la même région ? Cette colère absurde qui a saisi le baron à la vue du magnifique papillon ! Comme il l’a massacré ! Avec la même hargne que lorsqu’il s’est acharné sur les précieuses lianes fleuries… » Soudain, le Dr Kircheisen se souvint de cette exclamation d’horreur poussée par le baron, qui lui avait paru ce matin si ridicule et dont il comprenait seulement maintenant, d’un seul coup, la raison – « Dieu du ciel ! s’était écrié le baron, il y a aussi des mouches tsé-tsé à Ceylan ? »
    Il lui fallait se rendre à l’évidence : c’était exclusivement des exemplaires de la faune de Ceylan qui semblaient menacer et harceler le baron. Qu’est-ce que cela voulait dire ?
    Le Dr Kircheisen ne trouvait pas de réponse à cette question.
    Il sortit de la serre, mais ces propos étranges tenus pas le baron ne laissaient pas de l’inquiéter. « Dieu lui pardonne ! avait dit le vieil homme, il ne sait pas la responsabilité qu’il prend ». Et puis, il y avait ce terrible danger qui semblait menacer la baronne : « J’ai entraîné dans le malheur une innocente. Ma pauvre enfant ! ».
    Le Dr Kircheisen avait pris sa décision. Il n’aurait pas un poids sur sa conscience. Il ne refuserait pas plus longtemps le sérum au baron. « Peut-être que – l’idée lui traversa l’esprit – peut-être que finalement … s’il tient tant à ce sérum je pourrai obtenir en échange son accord pour notre mariage ! Je fais sans doute une entorse à la loi en utilisant ce sérum ; mais Ulam Singh est de toute façon condamné et, surtout, il y a ce danger inconnu que court la baronne … Cela suffit à justifier ma décision … »
    Profondément absorbé dans ses pensées, le Dr Kircheisen traversa le jardin et regagna sa chambre.

    Qui était donc cette étrangère qui, dans la chambre d’ Ulam Singh, avait brusquement effrayé la baronne ? Une vision ? Une illusion des sens ? Une hallucination visuelle provoquée par les nerfs à vif de la baronne ? Impensable ! Il fallait que ce fût un être de chair et de sang. Car le baron l’avait aussitôt confirmé au médecin d’un ton grave et insistant, comme s’il en savait plus sur ce mystérieux phénomène qu’il ne pouvait en dire – Gretl avait effectivement vu une étrangère dans la pièce ! C’était bien une étrangère qui l’avait à ce point effrayée !
    [/align:d28b603a67]


    Le mystère s’épaissit, et notre pauvre Docteur n’a aucune chance de l’eclaircit, car pour ce faire, il faudrait qu’il puisse jeter sur la situation des regards froids, clairs et nets. Oh, et puis, pour souligner la multitide desdits regards, je n’ai qu’à ajouter au mot « nets » encore un « s », comme cela, tout le monde comprendra que c’est très important !

  6. #6
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    [align=left:ec5f43bcd0] Qui donc pouvait être cette créature mystérieuse qui était apparue à la baronne dans la pénombre de la chambre ? D’où venait-elle et où était-elle si vite retournée ? Y avait-il une porte dérobée dans l’un des murs de la pièce ? Cette nouvelle énigme, qui venait s’ajouter à toutes celles de cette maison, tarauda le médecin durant la nuit et lui interdit de trouver le sommeil.
    Les choses s’étaient déroulées de la manière suivante : vers onze heures et demie, le médecin reposa le livre qu’il feuilletait ; il était de son devoir, avant de se mettre au lit, d’aller voir encore une fois son malade ; muni de sa seringue et de son thermomètre, le Dr Kircheisen quitta ainsi sa chambre.
    Il s’arrêta au milieu du couloir. Une lumière pâle sortait de la chambre du malade, qui pouvait provenir de la flamme vacillante d’une bougie. Il entendit du bruit, des voix … Qu’est-ce que le baron pouvait faire, à une heure si tardive, auprès d’ Ulam Singh ?
    Le Dr Kircheisen s’approcha. La porte était entrouverte.
    - Cela ne sert à rien, monsieur ! Il faut le remettre dans son lit !
    Le médecin reconnut la voix du vieux Philippe.
    - Encore une minute seulement, Philippe ! répondit la voix du baron. Attendons encore une minute ! Il va revenir à lui. Ulam Singh, tu m’entends ?
    Il y eut un moment de silence. Une curieuse odeur sortait de la porte entrebâillée et remplissait le couloir, une odeur que le médecin ne parvenait pas à identifier. Du tabac ? le médecin inspira profondément par le nez. Non, ce n’était pas une odeur de tabac. Cela ressemblait un peu, de très loin, et rappelait les feuilles de tabac comme le parfum d’une tasse de thé brûlant peut rappeler l’arôme d’un moka …
    - Il est encore vivant ! dit la voix du vieux serviteur derrière la porte.
    - Tout a si bien marché, jusqu’à maintenant ! gémit le baron. Il faut absolument qu’il se réveille. Encore un peu de patience. Il va se réveiller …
    Je suis fatiguée. Je voudrais aller me coucher ! dit soudait la voix de la baronne.
    La baronne était donc là, avec eux ? Le Dr Kircheisen poussa aussitôt la porte.
    Un étrange spectacle, dans la pâle lumière de la pièce, s’offrit à sa vue.
    Ulam Singh était assis par terre, au milieu de la chambre. Il était inconscient, comme le médecin le remarqua au premier coup d’œil. Les yeux fermés, sa tête pendant sur son épaule droite, il était assis d’une manière curieuse, presque grotesque. Tout le corps sombre et décharné de l’Indien était complètement disloqué en une attitude invraisemblable : le pied droit sur la cuisse gauche, la gauche sur la cuisse droite, très haut, presque au niveau de la hanche ; la main gauche tenait la pointe du pied droit tandis que la droite pendait librement le long du corps. Le baron était penché sur l’Indien, les yeux rivés sur son visage, avec une expression à la fois de crainte et d’espoir. Le vieux Philippe, à genoux sur le sol derrière Ulam Singh, lui essuyait le front et les tempes avec un linge mouillé.
    Un petit tas de cendres incandescentes, devant Ulam Singh, dégageait des volutes de fumée bleuâtre ; c’étaient elles qui emplissaient toute la pièce de cette odeur étrange que le médecin avait déjà sentie dans le couloir.
    Deux bougies allumées étaient posées sur la table. La baronne était assise dans un fauteuil, les yeux fermés.
    [/align:ec5f43bcd0]


    Il est quand-même très prude, ce médecin, n e trouvez-vous pas ? Il n’y a qu’à voir son comportement vis-à-vis son amoureuse.
    Et la dabinette dans tout ça ? Eh bien, vous n’avez qu’à trouver dans la phrase initiale le mot qui, expurgé de ses voyelles, vous en donne le mnémo !

  7. #7
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    [align=left:9aee3137ac] - Que se passe-t-il ici ? demanda le médecin. Qu’est-il arrivé avec Ulam Singh, monsieur le baron ?
    Aucun des trois n’avait encore remarqué la présence du médecin. C’est alors que le baron sursauta. Troublé, embarrassé, il offrait à cet instant, dans ses vêtements trop larges pour lui, un aspect pitoyable.
    - Ulam Singh a appelé, balbutia-t-il, il s’est réveillé et a quitté son lit. Vous n’avez rien entendu, docteur ?
    - Non, dit le médecin, pourtant je guette les moindres bruits qui proviennent de sa chambre. Il est curieux que vous l’ayez entendu appeler. Ma chambre est beaucoup plus près que la vôtre.
    - Il ne nous reste plus qu’à le remettre dans son lit, interrompit le baron, aide-moi, Philippe !
    - Que signifie ceci ? demanda le Dr Kircheisen en désignant le petit tas de cendres, tandis que les deux autres hissaient l’Indien dans son lit.
    - Du chanvre, dit le baron, c’est du chanvre. Ulam Singh aime cette odeur. Allez-vous rester auprès du malade ? Verriez-vous un inconvénient à ce que je passe également la nuit à son chevet ?
    - Monsieur le baron, fit le médecin après un court instant de réflexion, je vais d’abord, avant toute chose, faire une injection au patient. Je désirerais ensuite vous parler un moment seul à seul. Voulez-vous m’attendre dans ma chambre ?
    - Très volontiers, docteur ! Viens, mon petit moineau, tu as envie de dormir, n’est-ce pas ?
    Le baron et le vieux serviteur sortirent de la chambre. La baronne se leva de son fauteuil, à moitié endormie, prit la bougie et fit mine de suivre son père. Mais le médecin saisit sa main et la retint.
    - Gretl ! murmura-t-il, je vais parler à ton père.
    - J’veux dormir, chuchota la baronne.
    - Je te vois demain, au déjeuner ?
    La baronne leva la tête et regarda le médecin de ses yeux embués de sommeil. A cet instant, elle poussa un cri d’effroi et laissa tomber la bougie qu’elle tenait à la main.
    Il fit soudain nuit noire dans la pièce.
    - Gretl, qu’est-ce qui t’arrive ? demanda le médecin, effrayé.
    - La femme ! s’écria la baronne en s’agrippant des deux mains au bras du Dr Kircheisen, l’étrangère !
    - Où cela, Gretl ?
    - Ici dans la pièce !
    - Il n’y personne d’autre, ici, que le jardinier et nous deux !
    - J’ai peur. Je veux m’en aller.
    Le Dr Kircheisen conduisit la baronne hors de la chambre. Dans le couloir, il alluma la lumière. La demoiselle avait dû effectivement avoir une peur violente, car son visage était blême et elle tremblait de tout son corps. Le Dr Kircheisen lui prit la main et tâta son pouls.
    [/align:9aee3137ac]


    Les répliques de la petite baronne montrent bien son effroi, encore que je ne comprenne pas la violence de sa réaction. Pour ce qui est de notre petite à nous, elle porte le patronyme qui pourrait remplacer l’un des mots de ma première phrase sans aucun dommage pour son sens. Vous y êtes, j’espère ?

  8. #8
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    [align=left:738087590e] C’est alors que le baron fit irruption dans le couloir, suivi par le vieux Philippe.
    - Gretl, où es-tu ? s’écria le baron. Qu’est-il arrivé ? Pourquoi as-tu crié ?
    Le Dr Kircheisen haussa les épaules.
    - Ce sont ses nerfs qui lui ont joué un mauvais tour. Elle prétend, fit-il avec un sourire, elle prétend … avoir vu une étrangère dans la chambre.
    - Tu as vu une femme, Gretl ? demanda le baron.
    - Oui. Au milieu de la pièce. Elle avait une bougie à la main et m’a regardée fixement. J’ai peur, papa.
    Le baron et le vieux serviteur échangèrent un regard.
    - Va te reposer, ma chérie ! dit le père, n’aie plus peur ! Elle ne reviendra plus. Philippe va rester auprès de toi toute la nuit, mon petit moineau, et moi aussi, s’il le faut.
    - Ce n’est qu’un peu de fièvre, tout au plus. La baronne a probablement cru reconnaître une silhouette féminine dans la fumée bleuâtre du chanvre. Ou bien votre fille serait-elle sujette à des hallucinations ? demanda le médecin avec une légère nuance d’inquiétude, lorsque la baronne se fut éloignée.
    - Non, docteur. Il ne s’agit ni de fumée de chanvre ni d’hallucination. Ma fille a réellement vu une étrangère dans la chambre. C’est bien une femme étrangère qui a effrayé à ce point Gretl, dit le baron d’un ton grave en retournant dans la chambre du malade.
    Il alluma la lumière et regarda autour de lui.
    - Evidemment ! Je m’en doutais ! dit-il
    Il se pencha et ramassa une grande toile brune.
    - Aidez-moi, docteur, demanda-t-il, nous allons la remettre à sa place.
    - Vous voulez dire que l’étrangère n’était autre que cette toile ?
    - Non. Je vous ai dit que Gretl avait véritablement vu quelqu’un.
    Il grimpa sur une chaise et s’employa à masquer avec la toile le grand miroir mural d’où elle avait apparemment glissé.
    - Monsieur le baron, dit le médecin, nous pourrions avoir tout de suite notre petite conversation.
    - Oui. Je vous écoute.
    - J’ai refusé, cet après-midi, de vous donner le sérum que vous me réclamiez. J’ai réfléchi entre-temps. Je suis décidé à utiliser ce remède, si vous le désirez.
    [/align:738087590e]


    Quelle heureuse nouvelle que cette décision du Docteur dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle est inattendue ! Quel retournement des événements ! C’est une chance qu’il logeait chez le baron et a donc pu le lui dire sans devoir user de téléphone qui, comme on l’a vu, ne fonctionnait à cette époque pas très bien, ce qui s’explique sans doute par le fait que notre daubinette No 8 n’était pas encore en activité !

  9. #9
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    [align=left:c3bb8069d1] - Vous parlez sérieusement ? s’écria le baron qui laissa tomber la toile et, aussi vite qu’il le pouvait, descendit de la chaise. Maintenant ? Tout de suite ?
    - Un peu de patience ! fit le médecin. Il faut d’abord que j’aille chercher chez moi la préparation et mon réchaud. Tout sera prêt demain, à sept heures et demie.
    - Comment pourrais-je jamais vous remercier ! s’exclama le baron dans un accès de joie débordante. Je n’aurai pas assez de toute ma fortune pour vous témoigner ma gratitude !
    - Si vous estimez que le service que je vous rends est si précieux, alors je vous demanderai peut-être …
    - Eh bien, fit le baron, demandez ! Demandez-moi ce que vous voulez !
    - … la main de votre fille, dit le médecin à voix basse.
    - La main de qui ?
    - De votre fille !
    - Vous plaisantez ?
    Le médecin perdit patience.
    - Monsieur le baron ! fit-il d’un ton décidé, vous avez tort de prendre ainsi la chose de haut. J’ai un certain renom dans les milieux scientifiques et je suis correspondant de deux académies. Je suis matériellement indépendant. Ma découverte, le sérum Karasin, pourvu que je parvienne à l’améliorer, est susceptible de me rapporter beaucoup et peut-être même de me rendre célèbre dans le monde entier.
    Le baron regarda le médecin d’un air songeur.
    - Vous avez raison, docteur ! dit-il. Je vous demande pardon : j’ai été aveugle. C’était à prévoir … (il se frappa le front). Comment cela a-t-il pu m’échapper ?
    - Puis-je donc compter sur votre acceptation, monsieur le baron ?
    - je vous accorderai la main de ma fille si vous me la demandez demain.
    - Je vous remercie, monsieur le baron.
    - Si vous me la demandez demain, répéta le baron avec insistance. Et maintenant, bonne nuit, docteur ! Vous m’avez dit que tout serait prêt demain matin, n’est-ce pas ? Je sens que je vais beaucoup mieux dormir, ce soir.

    - Allez-y, allumez ! ordonna le Dr Kircheisen.
    Le vieux Philippe craqua une allumette et enflamma le réchaud à alcool.
    Le Dr Kircheisen, pendant ce temps, avait ouvert sa trousse de cuir noir et répandu son contenu sur la table. D’une boîte plate en fer-blanc, il sortit une fiole qu’il commença à chauffer avec précaution à la flamme du réchaud.
    - Philippe ! souffla le baron, appelle la baronne ! Dis-lui de venir tout de suite !
    Ulam Singh avait un visage terreux, presque blafard. Ses côtes saillaient sous sa peau sombre. Tout son corps tremblait à chaque respiration.
    D’un geste vif, le Dr Kircheisen enfonça l’aiguille et pressa sur le piston. Puis il se releva, passa derrière le lit et reposa sa seringue.
    Le corps penché en avant, le baron gardait les yeux rivés sur le malade, dans l’attente d’une réaction.
    - Cela va venir … dit le médecin, encore un peu de patience …
    - Il va se réveiller maintenant ? demanda le baron dont la voix tremblait d’émotion.
    - Regardez vous-même !
    [/align:c3bb8069d1]


    Il est vrai que les propos TeNuS par le baron pourrait sembler offensants. Pourtant, il n’en est rien, je vous en donne ma parole !

  10. #10
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    10

    [align=left:edf081d680] - C’est un vrai miracle … chuchota le baron.
    - Oh non ! Il s’est passé exactement la même chose avec l actrice Hallasch. Le sérum fait toujours la même chose.
    Une violente secousse parcourut le corps d’ Ulam Singh. Ses genoux se replièrent à angle aigu, puis retombèrent lentement. Sa tête se dressa d’un mouvement brusque.
    C’est alors qu’il ouvrit les yeux. Ils étaient effrayants : les pupilles étaient dilatées comme des noisettes, cerclées d’un petit rond jaunâtre. Le malade se redressa péniblement, haleta bruyamment et retomba sur sa couche.
    - Ulam Singh! s’écria le baron.
    L’Indien tourna la tête et remua les lèvres. Mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il ferma les paupières et resta un moment comme inanimé.
    Une minute s’écoula. Le baron, toujours penché au-dessus de l’Indien, lança un regard timide, plein d’anxiété, vers le médecin. « Le sérum ne ferait-il pas effet ? suppliait ce regard. Faites quelque chose, docteur ! Dites au moins quelque chose ! »
    Le Dr Kircheisen fit un signe de tête au baron, pour le rassurer … Un signe qui voulait dire que tout allait bien … Encore quelques secondes de patience. Il n’y avait aucune raison de s’inquiéter. Le sérum ne pouvait pas manquer de faire effet …
    Aucun des deux n’avait prononcé un mot. Et pourtant chacun s’était compris. Le baron poussa un léger soupir de soulagement. Le Dr Kircheisen sortit sa montre et compta les secondes. Entre-temps, la baronne était entrée dans la chambre sans faire de bruit et regardait tour à tour, de ses grands yeux bleus étonnés et inquiets, le malade, le médecin et son père.
    Et puis, enfin, cela arriva. Le Dr Kircheisen eut un sourire satisfait et remit sa montre dans la poche de son gilet. Ulam Singh s’était brusquement redressé, droit comme un cierge, sur son lit. Il sembla reconnaître seulement le baron, fit de grands signes avec les bras et proféra quelques mots inarticulés, des bribes de langue étrangère, qui tenaient à la fois du criaillement et du ricanement.
    Mais c’est le baron qui à cet instant cria encore plus fort qu’ Ulam Singh. Ayant attrapé l’Indien par l’épaule, il le secouait et poussait des cris incompréhensibles. Ce n’étaient que quelques mots qu’il criait à l’oreille de l’Indien, mais toujours les mêmes, qu’il répétait sans cesse, avec des gestes implorants, frénétiques, désespérés. Tous deux s’excitaient en hurlant comme des fous, aucun ne voulait laisser parler l’autre.
    [/align:edf081d680]


    Le sourire satisfait du Docteur, hein ? Il ne se prend pas pour la moitié de rien, ce cher homme de l’art, je dirais même qu’il est assez imbu de lui-même. Mais après tout, c’est, comment dire, c’est umain, pas vrai ?

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