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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes ont du vague à l’âme (slave)

    Cette fois-ci, les daubinettes vous présentent Karen Blixen, une conteuse danoise extraordinaire qui nous raconte une histoire merveilleuse arrivée à une petite fille et à son oncle peintre. Pour l’illustrer, elles ont choisi les tableaux de Nicolas de Staël, artiste d'origine russe, comme son nom ne l'indique pas, superbement doué, tendre et lyrique comme le récit de Blixen.
    Bonne lecture !


    [align=left:86f056b6ac] LES CHEVAUX FANTOMES

    Dans la grande maison, une enfant malade était couchée. Pendant quelque temps, sa santé s’était améliorée, puis elle fit une rechute soudaine et, à partir de ce moment, tout se passa comme si elle refusait de guérir.
    Le médecin réputé qu’on avait fait venir de la ville déclara qu’elle n’était plus malade, et qu’elle n’avait qu’à se lever. Mais la petite fille ne bougeait pas de son lit, où elle restait allongée, molle et apathique comme une poupée de chiffons. Quand on lui parlait, elle gardait les yeux fermés mais lorsqu’elle avait l’impression que personne ne l’observait, elle les ouvrait et regardait droit devant elle, fixement et tristement ; parfois de grosses larmes glissaient sous ses longs cils. Elle refusait de manger et de parler et quand ses nurses essayaient de l’encourager à se lever, elle pleurait et s’écriait que ses jambes lui faisaient mal.
    L’enfant avait six ans et se prénommait Oenone, mais on l’appelait Nonny. C’était une belle petite fille aux yeux bleux et à l’abondante chevelure brune. Elle était enfant unique et avait toujours été gâtée : son petit lit de malade était entouré de jouets magnifiques. [/align:86f056b6ac]


    La première des daubinettes de cette semaine est l’une de mes préférées, je vous en ai parlé à plusieurs reprises. C’est vrai que son graphique fait peur, mais cette chute s’explique par des raisons sérieuses mais ponctuelles qui appartiennent déjà au passé. D’aucuns disent que cette petite ne fait que miser sur la bêtise et l’inculture des gens ou plutôt de l’un des deux sexes, mais au moins, on peut dire que la bêtise paie : elle est rentable, notre daubinette, elle fait des beaux bénéfices qu’elle ne dépense pas tous en parfums, fards et belles fringues, comme laissent entendre les mysogynes, non, elle est trop sensée pour faire cela !


  2. #2
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    [align=left:8a3f6c6436] La maison dans laquelle elle était couchée datait d’il y a deux cents ans. C’était une demeure de couleur grise et de belle apparence, au milieu d’un vaste parc. Elle appartenait à la même famille depuis de nombreuses générations et avait fait l’objet de bien des récits étranges et romanesques. On racontait par exemple que, dans le salon de cette maison, un père avait joué sa fille unique au Pharaon, et l’avait perdue ; que dans le hall avait eu lieu un duel dont l’issue avait été fatale ; et encore, qu’un siècle auparavant la jeune maîtresse de maison avait abandonné son mari et s’était enfuie avec le palefrenier, emportant avec elle tous les bijoux de famille.
    La mère de Nonny, qui avait hérité cette maison d’une vieille tante, avait pris grand plaisir à la moderniser avec l’aide de son mari. Chacune des chambres disoisait maintenant d’un poste de radio, et les anciennes écuries avaient été transformées en suporbes garages.
    Le docteur déclara à la mère de Nonny :
    - Chgère madame, nous avons affaire à un cas très rare. Nous assistons à un choix délibéré entre la vie et la mort, et c’est une enfant de six ans qui va faire ce coix ! Et dites-vous bien que Nonny a une volonté étonnante. [/align:8a3f6c6436]


    Dites donc, un père qui joue sa fille, j’ai envie de dire, « Putain, quel cas ! » Malheureusement, le terme « putain » n’est absolument pas de mise dans le cas, - encore ! – de notre deuxième daubinette, mais tout de même, pour un « honnête père de famille », le bonhomme se pose un peu là, ne trouvez-vous pas ?


  3. #3
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    [align=left:64fcf4fa95] - Que voulez-vous dire, docteur ? demanda la mère.
    - Le monde d’un jeune enfant, reprit le médecin, tourne en général autour d’une seule personnalité particulièrement magnétique : que ce soit une jeune maman très admirée n’a rien que de naturel. Depuis trois semaines, Nonny vous a eue toute à elle, et maintenant, elle ne veut pas mettre un terme à cette agréable situation. Elle tient à être malade afin que vous vous inquiétiez à son sujet : peut-être voudra-t-elle mourir pour que vous la regrettiez.
    - Mais que dois-je faire ? s’exclama la jolie jeune femme. Et, ajouta-t-elle après un instant, les yeux remplis de larmes, comment se fait-il que nous représentions une malédiction pour ceux que nous aimons ?
    - Il faut que vous partiez, dit le docteur, et que Nonny comprenne que vous ne reviendrez que lorsqu’elle sera parfaitement rétalbie, et qu’à ce moment-là vous resterez ensemble pour de bon. Votre époux a fait allusion à un voyage de quinze jours à travers la France. Je vous conseille de partir dès demain.
    La mère de Nonny regarda le médecin, puis elle laissa errer son regard au loin par la fenêtre. [/align:64fcf4fa95]


    Notre troisième valeur se consacre tout entière à notre chère, - et qui risque de le devenir de plus en plus, - santé, mais cela ne l’empêche pas de soigner l’aspect esthétique des choses : en effet, elle s’est choisi un patronyme bien sonnant, nous rappelant certaines déesses antiques dont on avait pas mal parlé, et aussi le monde végétal dans sa plus attrayante émanation.


  4. #4
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    [align=left:afb751f030] - Vous laissez votre enfant en d’excellentes mains, reprit le docteur. Miss Anderson est sérieuse et sûre, mis Brown est une infirmière diplômée, et votre petite bonne d’enfant suédoise est complètement dévouée à sa tâche. Quant à moi, je passerai tous les jours.
    - Peut-être en effet, fit la mère lentement, serait-il bon de nous éloigner un peu.
    - Nous allons nous engager tous les qutre à parler de vous à Nonny tous les jours, reprit le docteur, et à lui répéter que plus vite elle guérira, plus tôt vous lui reviendrez. Notre petite obstinée devra alors faire usage de sa concentration non pas pour mourir mais pour guérir.
    - Mon frère arrive demain de Paris, dit la mère. Je lui ai télégraphé pour lui demander de venir.
    - Votre frère le peintre ? demanda le médecin. Ce jeune homme qui fait des dessins si amusants pour Nonny ? C’est précisément l’homme de la situation. Il fera tous les jours à Nonny la description de votre voyage, et pourra même lui en fournir les illustrations. [/align:afb751f030]


    Il faut croire que notre quatrième daubette est assez grégaire, - c’est du moins ce que laisse entendre son patronyme, - et qu’elle met la barre très haut. Si je vous dis qu’elle est aussi polyglotte, vous n’aurez aucun mal à identifier la petite, pas vrai ?


  5. #5
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    [align=left:86045bd9a5] C’est ainsi que la maman de Nonny partit pour la France avec son mari, dans leur nouvelle grosse automobile.
    Elle vroisa par hasard son frère au port d’embarquement. Ils déjeunèrent ensemble à l’hôtel et tandis que Pater, son mari, allait jeter un coup d’œil sur sa voiture, le frère et la sœur causèrent longuement en prenant le café.
    Ils étaient jumeaux et se ressemblaient beaucoup, de sorte que leurs amis les avaient surnommés Viola et Sébastien. Ils s’étaient toujours parfaitement bien entendus. Cedric avait étonné sa famille d’abord par son désir de devenir peintre et ensuite, par le succès relatif qu’il s’était taillé dans ce métier. Il vivait à Paris au milieu d’un groupe d’artistes dont il pensait grand bien, tout en considérant avec modestie sa propre production. C’était un agréable jeune homme aux manières douces, qui jouissait de l’équilibre psychologique propre aux gens dont la famille vit depuis des générations dans une situation financière stable, qu’elle soit indifféremment excellente ou misérable. [/align:86045bd9a5]


    Oh la barbare daubinette dont la raison sociale, pour branchée qu’elle est, ne se prête absolument pas aux devinettes ! Les lettres les moins usées, le nom de consonnance exotique mais dont la signification, si tant est que signification il y a, me reste totalement inconnue, que vouez-vous que je vous dise de plus ? Allez, je vous laisse à vos recherches !


  6. #6
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    [align=left:df1f36a142] Annabelle expliqua à son frère que le monde d’un enfant tournait autour d’une personnalité particulièrement magnétique, et qu’elle allait en France pour sauver la vie de Nonny. Il fallait maintenant que Cedric parle d’elle à Nonny à toute heure et sans sauter un jour, et qu’il lui répète que sa mère reviendrait dès qu’elle serait complètement rétablie : il fallait enfin qu’il expédie à sa sœur des comptes rendus des progères de la petite malade à un certain nombre d’adresses en France. Cedric promit de faire tout ce qu’elle demandait.
    - Mais ce n’était pas pour cela que tu m’avais tépégraphié, ajouta-t-il.
    - Non, en effet, reconnut Annabelle. Elle marqua un temps d’arrêt, puis elle dit :
    - J’avais besoin de tes conseils.
    Elle avait déjà souvent fait appel à ses conseils.
    - Je suis à ta disposition, dit-il.
    - C’est facile à dire, dit Annabelle. Le fait est que Peter et moi, nous avons dépensé plus d’argent que nous n’en avons. C’est, je crois, ce qui s’appelle vivre au-dessus de ses moyens.
    - Vous ? s’étonna Cedric. [/align:df1f36a142]


    Cette belle et majestueuse maison qu’on aurait pu croire un ILOt de sérénité a ses problèmes : la maladie de l’enfant, les ennuis financiers des parents, oh la la, la vie n’est pas simple. Mais rassurez-vous, tout va bien se terminer, et d’ici là, j’attends de vous que vous me donniez le nom de la sixième daubette, vite !


  7. #7
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    [align=left:4f03d37ff2] - Pour l’amour du ciel, ne me brutalise pas, dit Annabelle. C’est terriblement pénible de vivre au-dessus de ses moyens. Je ne le supporte pas, et toi non plus, tu ne le supporterais sans doute pas, n’est-il pas vrai ?
    - Non, dit Cedric, qui vivait à Paris très modestement et sans aucun luxe.
    - Tu vois bien, dit sa sœur. Mais nous venons d’avoir un merveilleux coup de chance. Peter a toujours souhaité travailler. Et voilà que Sir Maurice Mendoza lui propose de le prendre comme associé dans sa société. C’est exactement ce qui conviendrait à Peter. Ne trouves-tu pas que c’est merveilleux ?
    - En effet, dit son frère.
    - Avoue que c’est merveilleux, insista sa sœur. Et moi, dans tout cela ? poursuivit-elle.
    - Oui, et toi ? demanda-t-il.
    - Oh, Cedric, s’exclama-t-elle, ne fais donc pas l’imbécile ! La vérité, c’est que Sir Maurice m’admire beaucoup.
    - Comme tout le monde, dit-il. [/align:4f03d37ff2]


    Le mnémo de notre petite No 7 pourrait faire croire qu’elle a quelque chose à voir avec la hanche, mais je me demande si c’est vraiment le cas ? Remarquez, si on regarde son profil, il indique « chimie, pharmacie, cospétiques ». Ma foi, on n’a qu’à se dire qu’elle produit des cosmétiques pour se farder les hanches, pourquoi pas après tout ? On n’arrête pas les progrès !


  8. #8
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    [align=left:dcda7628ec] - Non, dit-elle, pas comme tout le monde, Cedric.
    - Et Peter aime bien te voir admirée, reprit-il.
    - Non, dit-elle, non, il pourrait bien ne pas aimer cela du tout, s’il était au courant.
    - Et toi, ma chérie, demanda-t-il, comment cela te plaît-il ?
    - Eh bien, Cedric, dit-elle, voici comment les choses se présentent. J’aime Peter. Cela fait sept ans que je l’aime, de sorte que j’ai un peu l’impression de le connaître par cœur. Sir Maurice, je ne le connais pas du tout. C’est un être mystérieux, sa réputation te l’aura fait deviner. Il n’est pas simplement riche, il l’est fabuleusement, comme un personnage de conte de fées. C’est la caverne d’Aladin : des rubis gros comme des cerises, des saphirs comme des grains de raisin ! Cela me rappelle nos vieilles histoires de famille, car Sir Maurice connaît si bien les pierres précieuses. Comme j’aurais aimé que notre arrière-arrière-grand-mère Annabelle n’ait pas emporté les bijoux de famille quand elle a fait sa fugue avec le palefrenier !
    - Oui, dit lentement Cedric, ces histoires d’amour romanesques entraîçnent en général quelques ennuis. [/align:dcda7628ec]


    L’arrière-arrière-gRANd-mère Annabelle ne perdait pas son nord hein ? Quelle preuve de réalisme : loin de croire qu’on peut vivre du pain et de l’eau fraîche, quand on est amoureux, elle s’est donné tous les moyens pour vivre tout à fait à l’abri de la pauvreté.


  9. #9
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    [align=left:5f961492f2] - La veille du jour où Nonny est tombée malade, dit Annabelle, nous avons dîné avec lui, et il nous a montré un gros rubis qu’il avait acheté en Hollande. Il nous a demandé s’il pouvait le faire monter en bracelet et me l’offrir, lorsque Peter et lui seraient parvenus à un accord. Ce serait, s-t-il dit, un sceau rouge pour sceller notre entente. Après cela, Nonny est tombée malade, et je ne l’ai pas revu. Nous avons devant nous ces deux semaines de voyage en France pour nous décider. Voilà. Que me conseilles-tu de faire ?
    - Peux-tu m’accorder à moi aussi ces deux semaines de réflexion ? demanda son frère.
    - Bien sûr, répondit-elle.
    A ce moment-là, Peter revint vers eux et ils changèrent de conversation.
    - Ce qu’il y a de très étrange, dit Annabelle, c’est que pendant toute sa maladie, Nonny n’a parlé que de chevaux, de courses et de chasses. Pourtant, elle n’a pour ainsi dire jamais vu de chevaux de sa vie ! Quand elle s’est mise à leur témoigner tant d’intérêt, Peter lui a acheté un jouet mécanique superbe, qui avait tout du vrai cheval. Mais cela ne lui a fait aucun plaisir.
    Ils se séparèrent. [/align:5f961492f2]


    Une autre de mes petites chouchoutes que la daubinette No 9, même son nom dit qu’elle est intranséquement géniale (enfin, c’est mon interprêtation, mais je suis convaincue d’être dans le vrai, et toc !)


  10. #10
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    [align=left:d182dfab6c] Cedric se réjouissait de ces vacances, car il voulait réfléchir à un grand tableau qu’il venait d’entreprendre, et il était heureux de se retrouver seul.
    Il n’avait jamais séjourné dans la maison de sa sœur en son absence. Cette fois, il disposait du temps et du calme nécéssaires pour la parcourir à sa guise et s’en imprégner, et elle l’impressionnait comme s’il ne l’avait encore jamais vue. « Si cette maison avait été à moi, se disait-il, je n’y aurais pas touché : je l’aurais laissée telle quelle. Et si je l’avais habitée, je serais devenu un aussi grand peintre que Zoffany ».
    Il monté dans la chambre de Nonny. Sa petite nièce était encore plus jolie que le souvenir qu’il en avait gardé. Mais pourquoi, sur ce visaghe de porcelaine, cette expression sévère et hagarde de désespoir ?
    Obéissant aux instructions qu’il avait reçues, il parla à Nonny de sa mère, décrivit le voyage qu’elle était en train de faire, et illustra ses descriptions de dessins appropriés. Nonny écouta son récit sans témoigner le moindre intérêt, et jeta à peine un coup d’œil sur les dessins. [/align:d182dfab6c]


    Il est bien content, ce Cedric, de pouvoir quitter un peu son ATElier et se prélasser sous le beau soleil dans le jardin de la propriété de sa soeurette. Réjouissons-nous pour lui, il l’a amplement mérité, en menant une vie studieuse et modeste à Paris, qu’il en profite bien de ses vacances !


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