La Tribune - édition électronique du 20/09/2004 à 9:14

Les desseins de Vincent Bolloré dans le capital d'Havas sont impénétrables. Mais pour s'assurer une plus-value, il va lui falloir encore rester.


Participera, participera pas ? Sur le marché, tout le monde s'interroge sur les intentions de Vincent Bolloré, le nouveau premier actionnaire de Havas avec plus de 10% du capital certifiés, peut-être davantage avant un prochain franchissement de seuil : suivra-t-il l'augmentation de capital de 400 millions d'euros que le groupe publicitaire s'apprête à lancer ? Dans une partie de poker menteur dont il est familier, il se mure dans un mutisme comminatoire, conditionnant sa participation à l'opération à la mise en place d'un directoire et d'un conseil de surveillance afin d'y placer ses hommes. Le PDG d'Havas a d'ailleurs fait savoir que le changement de structure serait décidé avant la fin du mois, alors que la levée de fonds aura lieu du 27 septembre au 6 octobre.

Dès demain, Vincent Bolloré devra cependant déjà se dévoiler. Selon la réglementation boursière, un délai de cinq jours de Bourse suivant son franchissement des 10% lui était laissé pour déclarer ses intentions. Mais il ne serait guère étonnant que dans un premier temps il se contente d'une formule évasive comme ce fut dans le cas lors de son passage des 10% dans le capital d'Ingenico. Une formule selon laquelle il "n'exclut pas dans l'immédiat de poursuivre, par des sociétés appartenant au groupe Bolloré, des opérations sur ces actions" et il "n'envisage pas, dans l'immédiat, de prendre le contrôle de la société, mais se réserve, en fonction de l'évolution des circonstances, de modifier sa position".

Personne ne croit à l'argument avancé par son entourage d'une prise de participation conforme à sa stratégie de développement dans les médias : la publicité n'a guère à voir avec le cinéma, la Gaumont, la SFP, la TNT, etc, où Boloré a investi par ailleurs. En revanche, une certitude s'impose : il est entré dans le capital avec l'espoir d'empocher une belle plus-value, comme dans les autres dossiers où il s'est illustré, Bouygues, Pathé, Rue Impériale. Or pour l'instant, sans que le prix de revient exact de ses actions Havas soit connu, sa plus-value potentielle peut être évaluée grossièrement autour de 12 millions d'euros, à peine 10%. Un montant modeste qui pourrait l'inciter à rester au capital sans se faire diluer, donc à suivre l'augmentation de capital, ce qui lui en coûtera, à hauteur de sa participation, environ 42 millions d'euros supplémentaires... Pour l'heure, son entrée dans Havas n'a rien du formidable coup de bol. A lui de montrer qu'il peut en faire un "coup de Bolloré".


par Delphine Cuny