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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes font des drôles de révélations

    Bonjour à tous.
    Cette fois-ci, nous vous présentons un écrivain russe, Mikhaïl Boulgakov, et son roman magnifique, « Maître et Marguerite » qui a marqué toute une génération de Russes. Une anecdote personnelle, si vous me le permettez : l’époque de sa publication (il est resté longtemps interdit et donc interdit) dans deux numéros d’une vague revue littéraire (« Moscou », pour ne pas la nommer, qui, du coup, est devenue hyper-célèbre et a dû centupler son tirage !), on me les a prêtés pour 4 heures, ce qui fait que je les ai amenés à l’école et les ai lus pendant les cours. Mon activité a été imterrompue par mon professeur de physique qui, m’ayant appelée et n’ayant pas obtenu de réponse, s’est approché de moi par-derrière et s’est saisi de la revue que je tenais sur mes genoux, sous la table. Il a vu ce que c’était, m’a demandé : « Pour combien de temps vous l’a-t-on prêté ? Peu importe, du reste, allez, ne perdez plus de temps, continuez ». Et pourtant, de tous les profs, c’était le plus sévère, c’est dire l’importance que ce livre a prise dès sa parution.
    Le livre est vraiment envoûtant. Drôle et tendre, mystique et spirituel, sobre et exubérant, en un mot, totalement baroque, il ne ressemble à aucun autre de ceux que j’ai lus, - et vous savez bien que j’en ai lu une certaine quantité.
    Autre chose : la traduction française est mauvaise à un point inimaginable.
    Boulgakov n’est pas un écrivain qui travaille avec la langue, il n’a rien d’un Joyce ou d’un Nabokov. Sa langue est cependant alerte et allègre ; tout en restant classique, elle pétille comme du champagne, alors que le triste sire chargé de le traduire l’a aplatie, lestée de contresens et de faux sens, défigurée, trahie. Mais nonobstant cette très piètre performance, je suis certaine que même amoindri, ce livre ne peut laisser personne indifférent, ce qui explique mon choix de vous en poster quelques chapitres, en espérant qu’ils vous donneront envie de le lire en entier.

    Vassili Kandinski dont les tableaux agrémentent notre thread est un artiste trop célèbre pour avoir besoin d’introduction. Disons que j’ai privilégié ses tableaux de jeunesse pour que vous puissiez voir que son invention de la peinture abstraite est une conséquence logique du développement de son style personnel.

    Allez, je vous laisse avec mes deux compatriotes (encore que des tentatives de faire de Kandinski un peintre allemand se multiplient ces derniers temps, à cause de sa participation dans « Der Brügge » et « Der Blaue Reiter »), profitez bien de leur présence car ce sont deux personnes extraordinaires, vous n’aurez certes pas l’occasion de cotoyer de tels génies tous les jours !




    La magie noire et ses secrets révélés


    [align=left:42a9c07b0b] Un petit homme en chapeau melon jaune tout troué, avec un nez de couleur framboise en forme de poire, un pantalon à carreaux et des souliers vernis, monté sur une bicyclette ordinaire, à deux roues, fit son entrée sur la scène des Variétés. Au son d’un fox-trot, il fit le tour du plateau, puis poussa un cri victorieux, à la suite de quoi la bicyclette se dressa debout sur sa roue arrière. Continuant à rouler sur cette roue, le petit homme se renversa les jambes en l’air, trouva le moyen, dans cette position, de dévisser la roue avant et de l’envoyer dans les coulisses, et poursuivit sa course en pédalant avec les mains.
    Une blonde replète entra à son tour, assise sur une selle perchée tout en haut d’un long mât métallique monté sur une roue. Vêtue d’un maillot et d’une courte jupe semée d’étoiles d’argent, elle se mit, elle aussi, à décrire des cercles. En la croisant, le petit homme la salua d’un cri de bienvenue et souleva du pied droit le chapeau melon qui le coiffait.
    Enfin, on vit entrer un gamin de huit ans à figure de vieillard, qui se mit à zigzaguer entre les adultes sur une minuscule bicyclette munie d’une énorme trompe d’auto.
    Après avoir décrit quelques boucles, la petite troupe, accompagnée d’un roulement de tambour menaçant, descendit à toute vitesse vers le bord de la scène. Avec des exclamations étouffées, les spectateurs des premiers rangs se jetèrent en arrière, persuadés que les trois cyclistes allaient s’effondrer avec leurs machines dans la fosse d’orchestre. [/align:42a9c07b0b]


    Vassili Kandinski, peut-il être évalué en espèces sonnantes et trébuchantes ? Mikhaïl Boulgakov peut-il l’être ? Demandez-le donc à notre daubinette initiale, à n’en pas douter, elle a la réponse.


  2. #2
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    [align=left:b683f9581a] Mais les bicyclettes s’arrêtèrent net au moment précis où elles menaçaient de basculer dans l’abîme, sur la tête des musiciens. Avec un « Hop ! » retentissant, les trois cyclistes quittèrent d’un bond leurs engins et saluèrent. La blonde envoya des baisers au public, tandis que le gamin lançait un appel grotesque de son énorme trompe.
    Les applaudissements firent trembler la salle, le rideau bleu à la grecque se referma sur les cyclistes, la lumière verte des inscriptions lumineuses « Sortie » s’éteignit, et sous la coupole centrale, dans le réseau des cordes de trapèzes, s’allumèrent des globes blancs, éblouissants comme le soleil. L’entracte commençait, avant la troisième partie.
    Le seul homme que les miracles de la technique vélocipédique de la famille Giulli avaient laissé parfaitement indifférent était Grigori Danilovitch Rimski. Assis à son bureau dans la solitude la plus complète, il mordait ses lèvres minces, et, de temps en temps, son visage se crispait. A la singulière disparition de Likhodéïév s’ajoutait maintenant la disparition tout à fait imprévue de Varionoukha.
    Rimski savait où il était parti, mais il était parti … et n’était pas revenu ! Rimski haussa les épaules et murmura pou lui-même : « Mais pour quel motif ? »
    Et chose étrange : pour un homme aussi pratique que le directeur financier, le plus simple était évidemment de téléphoner là où il avait envoyé Varionoukha, afin de savoir ce qui lui était arrivé là-bas. Or, jusqu’à dix heures du soir, il n’avait pu se résoudre à donner ce coup de téléphone. [/align:b683f9581a]


    Ce Rimski, vous ne le connaissez pas encore, mais je vous assure que c’est un personnage fort déplaisant, discourtois avec ses égaux et surtout, faisant subir maintes brimades à ses subordonnés, hélas, assez nombreux.
    Je me demande comment réagirait à son comportement notre valeur No 2 (issue d’un mariage que l’on est tenté de considérer comme réussi) compte tenu du fait que des brimades et autres quolibets, ça doit la connaîttre !


  3. #3
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    [align=left:84d2b2b9a2] A dix heures donc, en se faisant véritablement violence, Rimski décrocha l’appareil, et s’aperçut aussitôt que son téléphone était mort. Un commissionnaire vint lui apprendre que les autres appareils du théâtre étaient tous également hors d’usage. Cet événement – désagréable, certes, mais non surnaturel – acheva, on ne sait pas pourquoi, d’abattre le directeur financier, tout en le réjouissant, car il le débarrassait ainsi de l’obligation de téléphoner.
    Au moment où la petite lampe rouge qui annonçait le début de l’entracte se mettait à clignoter au-dessus de la tête du directeur financier, un appariteur entra et annonça que l’artiste étranger était arrivé. Le directeur financier, sans savoir pourquoi, frissonna, et, l’air plus lugubre qu’une nuée d’orage, il se rendit dans les coulisses pour accueillir l’artiste, puisqu’il n’y avait plus personne pour le faire.
    Dans le couloir où stridulait déjà la sonnette d’appel, une petite foule de curieux s’était ressemblée, sous divers prétextes, pour regarder dans la grande loge d’acteur. Il y avait là des illusionnistes en robes éclatantes et turbans, un patineur en blouson de tricot blanc, un diseur d’histoires au visage blême de poudre et un maquilleur.
    La nouvelle célébrité avait étonné tout le monde par son frac d’une longueur inhabituelle et d’une coupe admirable, et par le loup noir qui masquait son visage. Mais plus étonnants encore étaient les deux compagnons du magicien noir : un grand type à carreaux avec un lorgnon fêlé et un chat noir, gros et gras, qui était entré dans la loge sur ses pattes de derrière et s’était assis avec une parfaite aisance sur un canapé, clignant des yeux à la lumière des lampes nues de la table de maquillage.
    Rimski essaya de sourire, ce qui donna à son visage un air aigre et méchant, et salua le taciturne magicien qui s’était assis sur le canapé à côté du chat. Il n’y eut pas de poignée de main. [/align:84d2b2b9a2]


    Ah, enfin, il s’est décidé ! Visiblement, il n’avait aucune envie de passer le coup de fil fatidique, mais les affaires sont les affaires, non ? elles demandent des sacrifices. Eh bien, ma daubette No 3 ne me contredirait certes pas, elle qui est spécialiste en la matière !


  4. #4
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    [align=left:fe41c8e40f] En revanche, le type à carreaux se présenta lui-même, avec désinvolture, au directeur financier, comme « l’assistant de monsieur ». Ce fait provoqua l’étonnement du directeur financier, et, une fois de plus, un étonnement désagréable : dans le contrat, il n’y avait jamais été question d’un assistant.
    D’un ton contraint et très froid, Grigori Danilovitch demanda à l’espèce de clown qui s’était ainsi jeté à sa tête où se trouvaient les accessoires de l’artiste.
    - Vous êtes notre joyau céleste, inestimable monsieur le directeur ! répondit d’une voix chevrotante l’assistant du magicien. Nous avons toujours nos accessoires sur nous, et les voici ! Ein, zwei, drei !
    En disant ces mots, il agita sous les yeux de Rimski ses doigts noueux, et, soudainement, tira de l’oreille du chat la propre montre en or du directeur financier, avec sa chaîne. Jusqu alors, cette montre se trouvait dans la poche du gilet de Rimski, sous son veston fermé, et la chaîne était passée dans une boutonnière.
    Involontairement, Rimski mit les mains sur son ventre, les curieux firent « Ah !.. » et la maquilleur qui jetait un coup d’œil par la porte émit un grognement approbateur.
    - C’est votre montre ? Prenez, je vous en prie ! dit le personnage à carreaux avec un sourire impertinent, et, dans une paume sale, il présenta son bien à Rimski effaré.
    - Vaut mieux pas s’asseoir à côté de lui dans le tramway, chuchota gaiement le diseur d’histoires au maquilleur.
    Mais le coup de la montre n’était rien en comparaison du tour qu’exécuta le chat. Il se leva brusquement du canapé, se dirigea sur ses pattes de derrière vers la console que surmontait un miroir, enleva avec ses pattes de devant le bouchon d’une carafe, versa de l’eau dans un verre, la but, remit le bouchon en place et s’essuya les moustaches à l’aide d’un chiffon à démaquiller. [/align:fe41c8e40f]


    Vous avez vu le truc ? C’est à faire admettre à toute l’équipe du théâtre des Variétés l’existence des forces mystérieuses, à les rendre pieux et à les faire précipiter à l’église, hein ? Et je dois dire que des prières ne seraient pas être de trop, vu ce qui les attend !
    Au fait, en faisant tout cela, ils ne feraient qu’imiter notre daubinette No 5.


  5. #5
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    5

    [align=left:2f49d15441] Cette fois, personne ne fit « Ah !.. », et tout le monde resta bouche bée. Seul le maquilleur murmura avec enthousiasme :
    - Quelle classe !..
    Mais la sonnerie retentit pour la troisième fois et tous, très excités et goûtant à l’avance un numéro qui promettait d’être du plus haut intérêt, quittèrent la loge en se bousculant.
    Une minute plus tard, dans la salle, les globes s’éteignaient, une loueur rougeâtre jaillissait de la rampe pour inonder le bas du rideau, celui-ci s’entrouvrait un instant sur la scène brillamment éclairée, et le public vit paraître un homme rondelet, gai comme un pinson, dont l’habit était fripé et le linge d’une fraîcheur douteuse. Tout Moscou le connaissait : c’était le fameux présentateur Georges Bengalski.
    - Eh bien, citoyens ! dit Bengalski en arborant un sourire enfantin. Vous allez assister maintenant … (Bengalski s’interrompit brusquement, et, changeant de ton, reprit) : A ce que je vois, l’assistance est encore plus nombreuse pour la troisième partie. Vraiment, ce soir, la moitié de la ville est ici ! Ça me rappelle un ami que j’ai rencontré ces jours-ci. Je lui dis : »Pourquoi ne viens-tu jamais nous voir ? Hier soir, je t’assure, nous avions la moitié de la ville ! ». Et il me répond : « Mais moi, j’habite dans l’autre moitié ! ». (Bengalski fit une pause pour laisser éclater le rire général, mais comme personne ne rit, il continua)…
    - Eh bien, vous allez assister à un numéro présenté par M. Woland, l’illustre artiste étranger : une séance de magie noire ! Oui, oui, vous savez aussi bien que moi (et Bengalski ponctua ses paroles d’un sourire entendu) que la magie noire n’a jamais existé et que tout cela est pure superstition. Mais le maestro Woland possède au plus haut degré la technique de l’illusionnisme, ce que vous pourrez constater vous-mêmes au cours de la partie la plus passionnante de son numéro, c’est-à-dire lorsqu’il révélera les secrets mêmes de sa technique ! Alors, tous ensemble ! Pour sa technique prodigieuse, et pour la révélation de ses secrets, nous réclamons : monsieur Woland ! monsieur Woland ! [/align:2f49d15441]


    Héhé, je peux vous dire que ce salopard de Bengalski est tombé sur plus fort que lui, oui, oui, bien plus fort ! A sa place, à la vue du magicien noir, je me sauverais en courant ou du moins, je me protégerais avec un attribut d’une déesse grecque dont notre petite No 5 a adopté le nom (de l’attribut, s’entend, pas de la déesse).



  6. #6
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    [align=left:95b8213d4a] En achevant de débiter de galimatias, Bengalski joignit les mains et les agita d’un air engageant vers la fente du rideau, à la suite de quoi les deux pans de celui-ci s’écartèrent lentement avec un léger bourdonnement.
    L’entrée du magicien, suivi de son interminable assistant et du chat solidement planté sur ses pattes de derrière, plut énormément au public.
    - Un fauteuil, ordonna Woland d’une voix égale.
    A la seconde même, sans que l’on pût savoir d’où il venait, un fauteuil apparut sur la scène, et le magicien s’y assit.
    - Dis-moi, ami Fagot ! s’enquit Woland auprès du bouffon à carreaux, qui portait donc apparemment, outre « Koroviev », un autre nom, dis-moi, d’après toi, la population moscovite n’a-t-elle pas changé considérablement ?
    Le magicien regarda le public muet de saisissement à la vue de ce fauteuil qui était apparu dans les airs.
    - Considérablement, messire, répondit doucement Fagot-Koroviev.
    - Tu as raison. Ces citadins ont beaucoup changé … extérieurement, je veux dire … comme la ville elle-même, d’ailleurs … Les costumes, inutile d’en parler, mais on peut voir maintenant ces … comment donc, tramways, automobiles …
    - Autobus, suggéra respectueusement Fagot.
    Le public écoutait attentivement cette conversation, croyant qu’elle servait de prélude à des tours de magie. Les coulisses étaient bondées d’artistes, de techniciens et d’employés du théâtre, entre les figures desquels apparaissait le visage pâle et tendu de Rimski. [/align:95b8213d4a]


    Et voilà, les jeux ne vont plus tarder à commencer. Notre daubinette No 6 qui est très tendance les placerait assurément dans un local à la mode, par exemple, dans une usine successivement désaffectée et rénovée, mais Boulgakov a tout simplement pour le théâtre ce qui au fond n’est pas plus mal.


  7. #7
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    [align=left:35c737467d] Bengalski qui s’était réfugié sur le côté de la scène, avait l’air quelque peu interdit. Il leva légèrement le sourcil et, profitant d’une pause, déclara :
    - L’artiste étranger exprime son admiration enthousiaste pour Moscou, pour ses progrès dans le domaine technique, et aussi pour les Moscovites, et Bengalski fit deux sourires, l’un adressé au parterre, l’autre aux galeries.
    Woland, Fagot et le chat tournèrent la tête vers le présentateur.
    - Ai-je exprimé une admiration enthousiaste ? demanda le magicien à Fagot.
    - Nullement, messire, vous n’avez exprimé aucune admiration enthousiaste, répondit celui-ci.
    - Que dit donc cet homme ?
    - Tout simplement des mensonges ! déclara le collaborateur à carreaux d’une voix qui retentit dans tout le théâtre, puis il se tourna vers Bengalski et ajouta : Je vous félicite, citoyen menteur !
    Des rires fusèrent des galeries, Bengalski sursauta et ouvrit de grands yeux.
    - Mais ce qui m’intéresse, naturellement, ce ne sont pas tant ces autobus, téléphones, et autres …
    - Machines, suggéra Fagot.
    - Précisément, je te remercie, dit lentement le magicien de sa profonde voix de basse, que cette question beaucoup plus importante : ces citadins ont-ils changé intérieurement ?
    - Question de la plus haute importance, en effet, messire.
    Dans les coulisses, on commença à se regarder et à hausser les épaules. Bengalski était rouge, Rimski blême. Mais, comme s’il avait deviné cette inquiétude naissante, le magicien dit :
    - Mais nous causons, cher Fagot, nous causons, et le public commence à s’ennuyer. Montre-nous donc, pour commencer, une petite chose toute simple. [/align:35c737467d]


    Un drôle de tableau, je trouve : une salle fébrile, les spectateurs qui n’en peuvent plus d’attendre, et un ILOt de sérénité sur la scène, avec le magicien et ses assistants (oui, je dis bien ses, car il ne faut surtout pas oublier le chat !).


  8. #8
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    [align=left:942dc6535b] Une rumeur de soulagement parcourut la salle. Longeant la rampe, Fagot et le chat gagnèrent chacun un côté de la scène. Fagot fit claquer ses doigts, lança d’un air conquérant : »Trois, quatre ! », pêcha en l’air un jeu de cartes, le battit, et l’envoya au chat sous la forme d’un long ruban qui traversa toute la scène. Les cartes se rassemblèrent dans les pattes du chat, qui les renvoya de la même façon. Le long serpent se déroula avec un froissement satiné, et Fagot, ouvrant le bec comme un oisillon, avala tout le paquet, carte par carte. Le chat salua alors en faisant un rond de jambe de sa patte arrière droite, ce qui eut pour effet de déchaîner une rafale d’applaudissements.
    - Quelle classe ! Quelle classe ! cria-t-on avec enthousiasme dans les coulisses.
    Mais Fagot, le doigt tendu vers le parterre, déclara :
    - Honorables citoyens ! Le jeu de cartes se trouve présentement au septième rang, dans le portefeuille du citoyen Partchevski, entre un billet de trois roubles et une convocation au tribunal pour une affaire de pension alimentaire que ce citoyen doit payer à la citoyenne Zelkova.
    Le parterre s’agita, des spectateurs se levèrent à moitié, et, finalement, un citoyen qui répondait précisément au nom de Partchevski, le visage empourpré par l’étonnement, tira de son portefeuille le jeu de cartes, qu’il brandit à bout de bras, ne sachant qu’en faire.
    - Gardez-le donc en souvenir ! cria Fagot. Vous avez eu bien raison, hier au dîner, de dire que, sans le poker, la vie à Moscou serait pour vous absolument insupportable.
    - Vieux truc ! lança une voix de la galerie. Ce type, au parterre, est un compère !
    - Vous croyez ? glapit Fagot, les yeux vers la galerie. Dans ce cas, vous faites partie de la même bande, parce que le jeu de cartes est dans votre poche !
    Des mouvements divers agitèrent la galerie, puis une voix lança joyeusement :
    - C’est vrai ! Le voilà … Hé mais ? C’est des billets de dix roubles ! [/align:942dc6535b]


    Pas mal, la pluie de billets hein ? Cela vous plairait-il d’assister à une telle séance ? Mais comme vous n’allez pas tarder à voir, cette mâne qui tombe du ciel met en évidence les pires manifestations de la nature humaine : tel un squirrhe, la cupidité prend possession des spectateurs !
    Ah oui, et la daubinette ? Eh bien, cherchez et vous trouverez, surtout si je vous dis qu’un mot de la dernière phrase comporte toutes les lettres de son mnémo.


  9. #9
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    9

    [align=left:69d77ea32c] Les spectateurs du parterre levèrent la tête. Effectivement, là-haut, quelqu’un venait de découvrir dans sa poche, avec une vive émotion, un paquet enveloppé comme on le fait dans les banques et portant l’inscription : « Mille roubles ». Tandis que ses voisins se poussaient pour mieux voir, le citoyen ahuri s’efforçait d’ouvrir un coin de l’enveloppe pour voir s’il s’agissait de vrais billets de dix roubles ou d’argent ensorcelé.
    Puis des exclamations joyeuses partirent de la galerie :
    - Cré nom, mais oui ! C’est du vrai ! Des billets de dix !
    - J’aimerais bien jouer avec un jeu de cartes comme ça ! s’écria gaiement un gros homme, au milieu du parterre.
    - Avec plaisir ! répondit Fagot. Mais pourquoi vous tout seul ? Tout le monde sera très heureux d’y participer ! (D’un ton de commandement, il ajouta) Regardez en haut !.. Une ! (Un pistolet apparut dans sa main, et il cria) Deux ! (Le pistolet fut pointé vers le plafond). Trois !
    Une flamme jaillit, le coup de feu claqua, et aussitôt, sous la coupole, plongeant entre les trapèzes, des rectangles de papier blanc commencèrent à tomber dans la salle.
    Ils tournoyaient, voletaient de tous côtés, se répandaient dans les galeries, tombaient vers l’orchestre et la scène. En quelques secondes, la pluie d’argent, de plus en plus épaisse, atteignit les fauteuils, et les spectateurs commencèrent à attraper les billets. Des centaines de mains se levèrent, les spectateurs regardaient les billets par transparence à la lumière de la scène illuminée et constataient la parfaite authenticité de leur filigrane. [/align:69d77ea32c]


    Même un tsar ne réussirait à rester de marbre, à la vue de cette averse miraculeuse ! Mais au fait, connaissez-vous l’origine du mot « tsar » ?
    En fait, il provient d’un mot latin que notre daubinette No 9 s’est choisi pour partonyme.


  10. #10
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    10

    [align=left:a636622c35] Leur odeur non plus ne laissait place à aucun doute : c’était, d’un attrait sans pareil, l’odeur des billets fraîchement imprimés. L’allégresse d’abord, puis une extrême surprise s’emparèrent de tout le théâtre. De partout fusaient les mêmes mots : « Des billets de dix ! Des billets de dix ! », des exclamations « Ha ! ha ! » et des rires joyeux. Déjà, des spectateurs rampaient dans les allées, fouillant sous les fauteuils. D’autres, nombreux, étaient montés sur les sièges pour saisir au vol les capricieux billets.
    Peu à peu, le visage des miliciens de service prit un air vaguement perplexe. Quant aux artistes, ils sortirent des coulisses et se mêlèrent sans cérémonie aux spectateurs.
    Au premier balcon, une voix lança :
    - Hé, laisse ça ! C’est à moi ! Il a volé vers moi !
    - Touche pas, sinon c’est moi qui vais te toucher ! répliqua une autre voix.
    Sur quoi, on entendit un bruit de chute. Un casque de milicien apparut au balcon. Quelqu’un fut emmené.
    Bref, l’excitation montait, et l’on ignore à quel débordement tout cela aurait abouti si, tout à coup, Fagot n’avait arrêté net, en soufflant en l’air, la pluie d’argent.
    Deus jeunes gens, après avoir échangé un regard plein de sous-entendus réjouissants, quittèrent brusquement leur place et filèrent tout droit vers le buffet. Un brouhaha général emplissait le théâtre, et tous les yeux brillaient d’excitation. Oui, vraiment on ne sait quel tour scandaleux cela aurait pu prendre si Bengalski, enfin, n’avait pris sur lui de faire quelque chose. Il parvint à se dominer et, tout en se frottant les mains d’un geste habituel, il proclama de sa voix la plus sonore : [/align:a636622c35]


    Cette valeur m’était totalement inconnue jusqu’à ce soir où, attirée par certaines propriétés de son graphique, je l’ai retenue pour figurer dans cette liste. N’empêche qu’elle pourrait s’avérer très utile au public dont le système nerveux a été mis à rude épreuve, n’est-ce pas ? Qu’en dire d’autre sinon qu’elle pourrait atteindre les cimes ?


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