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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes luttent contre l’injustice

    Bonjour à tous.
    Aujourd’hui, je vous poste le début d’une nouvelle vraiment magnifique d’un écrivain prodigieux qu’était Heinrich Kleist, romantique à l’âme noble dont la prose implacable comme de l’acier trempé ne peut laisser personne insensible. Et ce sont des tableaux d’un autre génie allemand, Hans Hollbein, peintre à l’œil précis de chirurgien, qui fournissent l’élément pictural de notre thread.


    Michael Kohlhaas
    Heinrich von Kleist

    [align=left:01584893fa] Au bord de la Havel, vers le milieu du XVI siècle, demeurait un marchand de chevaux appelé Michael Kohlhaas ; fils d’un maître d’école, il dut l’un des hommes les plus justes de son époque, et en même temps l’un des plus terribles. Jusqu’à la trentième année de son âge, on aurait pu prendre cet homme extraordinaire comme modèle du bon citoyen. Il possédait, dans un village qui lui doit encore son nom, un domaine agricole où il vivait tranquillement de commerce, élevant dans la crainte de Dieu les enfants que sa femme lui avait donnés, en leur inculquant le goût du travail et la loyauté. Parmi ses voisins, il ne s’en trouvait pas un qui n’eût à se féliciter de son honnêteté bienveillante et de sa droiture ; bref, si cet homme n’avait pas abusé d’une vertu, le monde n’aurait pu que bénir sa mémoire. Mais son sentiment de la justice devait faire de lui un brigand et un meurtrier.
    Un jour qu’il se rendait à cheval dans le pays voisin en emmenant une troupe de jeunes chevaux, tous bien nourris et de robe luisante, il réfléchissait justement à l’emploi qu’il ferait du profit qu’il espérait en tirer dans les foires, se disposant, en bon négociant qu’il était, à en réserver une partie en vue de nouveaux bénéfices, mais décidé aussi ç en consacrer une autre à jouir du moment présent. Comme il arrivait à l’Elbe, non loin d’un superbe manoir sis en territoire saxon, il se trouva devant une barrière qu’il n’avait jamais vue auparavant sur cette route. Il s’y arrêta avec ses chevaux, à un moment où la pluie redoublait ses rafales, et il appela le garde dont le visage morose apparut bientôt à une fenêtre. [/align:01584893fa]


    Le mnémo de notre première daubinette représente un pronom démonstratif qui a la particularité d’être homonyme d’un autre pronom, possessif, celui-ci. Il est à noter que si le texte ci-dessus est exempt du premier, le second y est employé une fois, à vous de le trouver !


  2. #2
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    [align=left:f142608b0b] Le marchand de chevaux lui dit d’ouvrir le passage.
    - Qu’est-il donc arrivé de neuf par ici ? s’enquit-il un bon moment après, quand le douanier sortit de la maison.
    - Privilège du prince régnant, répondit l’homme, qui compléta aussitôt : accordé au jeune seigneur Wenzel von Tronka.
    - Ainsi donc, c’est Wenzel qu’il s’appelle, le jeune seigneur ? fit Kohlhaas en inspectant du regard le château et ses fins créneaux qui surveillaient toute la campagne alentour. Serait-ce que le vieux seigneur est mort ?
    - D’un coup de sang, répondit le douanier qui relevait la flèche de la barrière.
    - Hum ! dommage, commenta Kohlhaas. Un respectable vieux seigneur, qui prenait joie au va-et-vient des hommes, encourageant et facilitant lez mouvement du commerce dès qu’il en avait l’occasion !!! Un jour, il avait même fait faire une chaussée de pierre parce qu’une de mes juments s’était cassé la patte, là-bas, à l’endroit où le chemin entre au village.
    « Bon, alors, qu’est-ce que je dois ? demanda-t-il ensuite, fouillant péniblement sous son manteau malmené par le vent, pour en tirer les quelques sous réclamés par le garde-frontière qui maudissait le mauvais temps et grommelait des « pressons ! pressons ! » [/align:f142608b0b]


    Tiens, encore un possessif, et toujours pas de démonstratif. Il est vrai que le style de Kleist ne l’est pas non plus : tout au contraire, est sobre et retenu et - d’autant plus efficace, c’est de l’art véritable – et qui pourrait l’apprécier mieux que notre seconde valeur, dont c’est la raison d’être ?


  3. #3
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    [align=left:4d18b499e4] « Mais oui, mon vieux, fit observer Kohlhaas, si l’arbre dont on a fait cette barrière était resté dans la forêt, cela n’en eût été que mieux pour vous et moi !
    Ayant payé, il voulut partir, mais à peine était-il engagé sous la barrière qu’une nouvelle voix, derrière lui, l’interpella depuis la tour :
    - Halte, là-bas, le maquignon !
    Et Kohlhaas vit le prévôt du château refermer brusquement une fenêtre et se précipiter en bas pour le rejoindre.
    « Qu’est-ce qu’il y a encore, maintenant ? » se demanda Kohlhaas en immobilisant ses chevaux.
    Le prévôt arriva, encore en train de boutonner son gilet sur son gros ventre, se penchant en avant pour lutter contre la bourrasque, et il lui demanda son laissez-passer.
    - Un laisser passer ? s’étonna Kohlhaas. Pour autant que je sache, je n’en ai point ; mais si l’on veut bien me décrire cette chose et me dire seulement à quoi diable cela ressemble, il se pourrait, si cela se trouve, que j’en sois pourvu.
    Le prévôt, non sans lui jeter un regard de côté, répliqua qu’aucun marchand de chevaux ne pouvait franchir la frontière avec ses bêtes sans un permis des autorités territoriales. Le maquignon assura qu’il avait passé dix-sept fois cette frontière dans sa vie sans un permis de ce genre ; qu’il connaissait fort bien toutes les ordonnances et prescriptions de l’autorité princière ayant trait à sa profession ; que tout cela ne pouvait être qu’une erreur, sur laquelle il demandait instamment qu’on voulût bien réfléchir : on ne devait pas le retenir ici plus longtemps pour rien, vu que son étape de la journée était assez longue. [/align:4d18b499e4]


    La situation telle décrite ci-dessus, mentionnant force ordonnances et prescriptions qui régissaient le passage des frontières, me rappelle l’état des choses en ex-URSS le lendemain de sa désagrégation : c’est tout juste si chaque village n’avait pas instauré de droits de passage, donc circuler dans le pays sans BouRSe délier n’était pas une chose aisée !


  4. #4
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    [align=left:c21f4df5d5] Le prévôt répondit qu’il avait beau dire, mais que, la dix-huitième fois, il ne passerait pas au travers ; l’ordonnance en question venait juste de paraître, et il lui fallait ou se faire délivrer le laissez-passer sur place ou bien s’en retourner d’où il venait.
    Le marchand de chevaux, que ces exactions illégales commençaient à exaspérer, descendit de cheval après une courte réflexion, confia sa monture à un valet et déclara qu’il allait parler de cela au jeune seigneur von Trotka en personne. Aussi se dirigea-t-il vers le château, suivi par le prévôt qui grommelait à propos d’avides grippe-sous et de bonnes saignées nécessaires. Tous les deux pénétrèrent dans la salle en se mesurant du regard.
    Or il se trouvait que le jeune seigneur menait joyeuse beuverie avec quelques compagnons ; tous riaient à n’en plus finir de quelque facétie, au moment où Kohlhaas s’approcha pour présenter sa réclamation. Le jeune seigneur lui demanda ce qu’il voulait et les chevaliers, en voyant l’étranger, se turent, mais à peine le marchand avait-il entamé sa requête au sujet des chevaux que toute la bande s’exclama :
    - Des chevaux ? Où sont-ils ?
    Et chacun de se ruer à la fenêtre pour les regarder. A la vue de leurs robes étincelantes, ils se précipitèrent dans la cour à la suite du jeune seigneur. La pluie avait cessé. Le prévôt, le régisseur et les valets s’attroupèrent autour des chevaliers, et tous se mirent à examiner les bêtes par le menu. Les louanges de l’un allaient à l’alezan brûlé au chanfrein marqué de blanc ; un autre préférait le brun châtaigne ; un troisième flattait le cheval pie à taches brun foncé ; tous s’accordaient, en tout cas, à les trouver vifs comme des cerfs, et tels qu’il ne s’en élevait pas de meilleurs dans le pays. [/align:c21f4df5d5]


    Et de plus, des BaNDes d’individus armés se tapissaient juste après chaque frontière, pour dépouiller définitivement le pauvre voyageur, comme si les efforts des douaniers n’étaient pas suffisants, quelle vie ! Heureusement que ça appartient au passé, mais j’en ai gardé une inimitié fortement ancrée envers toute cette gent douanière.


  5. #5
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    [align=left:179ce93ca5] Jovial, Kohlhaas répondit que ses chevaux n’étaient pas meilleurs que les chevaliers qui auraient à les monter et il les invita à s’en rendre acquéreurs.
    Le jeune seigneur, que le solide alezan séduisait fort, s’enquit des prix, cependant que son régisseur le poussait à acheter une paire de moreaux qu’il espérait pourvoir utiliser à l’exploitation du domaine, pour laquelle on manquait de bêtes. Le maquignon s’était déclaré, les chevaliers trouvèrent ses prix trop élevés et le jeune seigneur lui lança que, s’il avait de telles exigences pour ses chevaux, il n’avait plus qu’à se mettre en selle pour retrouver la Table Ronde et s’adresser au roi Arthur.
    Voyant le prévôt et le régisseur chuchoter entre eux tout en jetant des regards significatifs sur la paire de chevaux à robe noire, Kohlhaas eut un sombre pressentiment et résolut de faire tout son possible pour leur laisser les chevaux.
    - Seigneur, dit-il au junker, j’ai acheté ces moreaux il y a six mois pour vingt-cinq florins d’or ; donnez-m’en trente et vous les avez.
    Deux chevaliers, qui se trouvaient aux côtés du jeune seigneur, exprimèrent sans ambages que les bêtes valaient largement ce prix-là ; celui-ci déclara pourtant qu’il était prêt à faire la dépense pour l’alezan, mais non point pour les moreaux, et il se disposa à se retirer. Kohlhaas lui dit alors qu’ils concluraient peut-être un marché la prochaine fois, quand il repasserait avec ses chevaux. Sur quoi il prit congé du jeune seigneur, attrapa la bride de son cheval et se disposa à s’en aller. Mais à ce moment, le prévôt s’avança hors du groupe et lui rappela que sans laissez-passer, qu’il le comprenne une fois pour toutes, il n’avait pas le droit de poursuivre son voyage. [/align:179ce93ca5]


    La cinquième daubinette a ceci de particulier qu’il n’y a qu’une lettre qui la distingue de notre valeur initiale. Cependant, son nom n’a rien à voir avec les pronoms, non, c’est un substantif pur et dur, et il est très utilisé dans des langues à déclinaisons, comme celle de Kleist, - et la mienne.


  6. #6
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    [align=left:ebc3a378c2] Kohlhaas se retourna et demanda au jeune seigneur si vraiment cette disposition, qui détruisait sa profession, avait plein effet. Le jeune seigneur, la mine embarrassée, lui répondit en s’en allant :
    - Oui, Kohlhaas, il te faut payer le droit de passage. Explique-t’en avec le prévôt et va ton chemin.
    Kohlhaas l’assura qu’il n’avait pas du tout l’intention de tourner les ordonnances qui pouvaient exister sur l’exportation des chevaux ; il promit qu’en passant par Dresde, il ferait établir son passeport à la chancellerie privée, et il demanda que, seulement pour cette fois, puisqu’il ignorait tout de cette exigence, on le laissât aller.
    - Soit, dit le jeune seigneur alors que la bourrasque reprenait de plus belle et lui perçait ses maigres membres. Qu’on laisse aller ce pauvre bougre ! Allons ! ajouta-t-il à l’adresse des chevaliers.
    Et il se tourna pour rentrer au château.
    Le prévôt lui remontra alors que le marchand devrait au moins laisser un gage pour garantir qu’il se ferait bien délivrer le permis. Le jeune seigneur s’immobilisa un moment sous le porche d’entrée. Kohlhaas s’enquit de la nature du gage, argent ou objet, qu’il lui fallait laisser pour les moreaux, sur quoi le régisseur, en grommelant dans sa barbe estima qu’il pouvait bien laisser les chevaux eux-mêmes.
    - Si fait ! opina le prévôt, c’est ce qui va pour le mieux. Une fois muni du laisser passer, il pourra les reprendre n’importe quand.
    Abasourdi par une exigence aussi éhontée, Kohlhaas s’adressa au jeune seigneur qui serrait frileusement contre lui les pans de son habit et lui rappela qu’il avait précisément l’intention de vendre ces chevaux. [/align:ebc3a378c2]


    Décidément : le mnémo de la sixième valeur ne diffère du nom de la daubinette No 5 que d’une seule lettre. Visiblement, elle pratique volontiers la redondance car elle a supprimé une consonne dudit nom pour la remplacer par une autre, déjà présente, qu’elle a doublé tout simplement, comme si une seule ne lui suffisait pas. Mais enfin, chacun fait ce qu’il veut, n’est-ce pas ?


  7. #7
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    [align=left:0a41dcee3a] Mais comme au même moment une rafale chassait à travers le porche tout un paquet de pluie et de grêle, le jeune seigneur lança, pour en terminer une bonne fois :
    - S’il ne veut pas laisser les chevaux, rejetez-le de l’autre côté de la barrière !
    Et il s’en fut.
    Le maquignon, voyant bien qu’il lui fallait céder à la violence, résolut d’en passer par où ils voulaient, puisqu’il ne lui restait rien d’autre à faire. Il détacha les deux chevaux noirs et les mena dans une écurie que le prévôt lui désigna. Il laissa avec eux un valet bien veiller sur les bêtes jusqu’à son retour ; après quoi, il se remit en route, avec le reste des chevaux, pour Leipzig et la foire où il voulait être présent, non sans se demander avec perplexité si la promulgation d’un tel arrêté en Saxe n’était pas due au récent développement de l’élevage des chevaux dans ce pays.
    A Dresde, Kohlhaas possédait, dans un faubourg, une maison avec quelques écuries, d’où il avait coutume de rayonner vers les marchés régionaux de moindre importance ; dès son arrivés dans cette ville, il se rendit à la chancellerie privée, où il connaissait quelques conseillers : ceux-ci le confirmèrent dans ce qui avait été de toute façon sa conviction première, à savoir que toute cette histoire de laisser passer n’était qu’un conte. Muni, sur sa demande, par les conseiller mécontents, d’une pièce attestant que cette affaire était sans fondement, Kohlhaas sourit de la farce que lui avait jouée le maigre junker, quoiqu’il ne vît pas bien encore quel pouvaient en être le but. A quelques semaines de là, ayant vendu à sa convenance les chevaux qu’il avait amenés avec lui, il s’en revint à Tronkenburg, sans éprouver d’autre amertume en son cœur que celle qu’il ressentait de la misère ordinaire du monde. [/align:0a41dcee3a]


    Ah, la septième daubinette ! D’abord, je l’adore, bien que cela fasse un moment qu’elle ne répond plus favorablement à mes œillades ! Et de surcroît, vu le développement des événements dans notre nouvelle, Kohlhaas aurait bien besoin de notre daubinette, qu’elle le protège !


  8. #8
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    [align=left:e8393cb737] Le prévôt du château ne dit rien quand il lui montra son attestation, et lorsqu’il lui demanda s’il pouvait à présent ravoir ses chevaux, la seule réponse de l’autre fut qu’il n’avait qu’à descendre les chercher. Or, en traversant la cour, le marchand eut déjà le désagrément d’apprendre que son valet, en raison paraît-il de son comportement inconvenant, avait été roué de coup et chassé de Tronkenburg quelques jours seulement après qu’il l’y avait laissé. Kohlhaas questionna le garçon qui lui apprenait cette nouvelle : qu’avait-il donc fait, ce valet ? Le jeune garçon répondit qu’il n’en savait rien, et ouvrit au maquignon, dont le cœur se gonflait déjà d’appréhension, l’écurie où étaient logés les chevaux. Mais quelle ne fut pas la stupéfaction du marchand quand, au lieu des deux moreaux brillants de robe et bien nourris, il vit une pitoyable paire de haridelles efflanquées. Leurs os pointaient comme des portemanteaux, et les malheureuses bêtes, le poil tout collé et la crinière emmêlée, faute de soins et d’attention, offraient l’image même de la détresse dans le règne animal ! En voyant qu’ils bougeaient à peine et qui l’accueillaient avec un faible hennissement, Kohlhaas, furieusement indigné demanda ce qui avait bien pu arriver à ses chevaux. Le garçon qui l’accompagnait répondit qu’aucun malheur ne s’était abattu sur eux, qu’ils avaient bien reçu leur ration quotidienne de fourrage, mais qu’à cause de l’insuffisance de bêtes de trait, on les avait un peu employés au travail des champs.
    Sacrant contre cet abus de pouvoir odieux et prémédité, Kohlhaas, conscient de son impuissance, ravala néanmoins sa rage, et il prenait déjà ses dispositions, puisqu’il ne lui restait rien d’autre à faire, pour quitter avec les chevaux ce repaire de brigands, lorsque le prévôt fit son apparition, attiré par les éclats de voix, et s’enquit de ce qui se passait. [/align:e8393cb737]


    Le mnémonique de la huitième valeur est aussi un substantif de la plus pure eau. Et l’eau, justement, il s’en passe, ce parasyte qui vient se greffer sur ses congénères et qui prospère en les asséchant, comme le vilain junker dont il est question dans la nouvelle que vous êtes en train de lire, - ou du moins, je l’espère.


  9. #9
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    [align=left:01db3169f3] - Ce qu’il y a ? explosa Kohlhaas, ce qu’il y a ? Qui est-ce qui a donné au jeune seigneur von Tronka et à ses gens la permission de se servir pour les travaux des champs des moreaux qu’il m’a fallu laisser en garde chez lui ?
    Et il poursuivit en lui demandant si c’étaient là des façons humaines : puis, d’un coup de verge, il essaya de réveiller les bêtes exténuées, et lui montra qu’elles étaient bien incapables de bouger.
    Le prévôt, après l’avoir dévisagé un bon moment avec insolence, répondit :
    - Voyez ce rustre impertinent ! Comme si le butor n’avait pas avant tout à remercier Dieu que ses rosses soient encore en vie ! Et qui s’en serait occupé, je vous le demande, puisque le palefrenier s’était enfuit ? N’était-il pas juste que les chevaux aient travaillé aux champs pour rembourser le fourrage qu’on leur donnait ? Assez de sornettes ! Vous n’avez pas à faire d’histoires ici, ou bien j’appelle les chiens, et je saurai ramener la tranquillité dans la cour du château.
    Le marchand de chevaux avait le cœur qui cognait contre son pourpoint. L’envie le brûlait de précipiter cette infâme grosse panse dans le fumier et de lui enfoncer du pied son visage couperosé dans la fange. Mais son sens de la justice, aussi délicat qu’une balance d’orfèvre, le faisait hésiter : il n’était pas encore certain dans le fond de son cœur de la culpabilité de l’adversaire. Tout en avalant sans mot dire les insultes qu’il venait d’entendre, il s’avança donc vers ses chevaux, lissa un peu leur crinière et, pour mieux juger de la situation, demanda d’une voix contenue de quoi son valet avait bien pu se rendre coupable pour qu’on l’éloignât du château. [/align:01db3169f3]


    Le mnémo de la valeur présente est comporte 3 lettres, - jusque là, rien de très original, me direz-vous. Oui, d’accord. Seulement, il faut en ajouter autant pour obtenir un substantif qui désigne un homme en langue de Kleist, alors qu’en langue de Shacespeare, sans qu’on y ajoute quoi que ce soit, il désigne l’ensemble des hommes. Alors, vous dites toujours que c’est un nom ordinaire ? Ah, vous vous taisez ? Eh bien, j’étais sûre de vous en boucher un coin !


  10. #10
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    10

    [align=left:0c779dc651] - Le drôle a été arrogant ! répondit le prévôt. Il s’est élevé contre un changement nécessaire d’écurie, prétendant, pour ses rosses, faire passer la nuit dehors aux montures de deux jeunes seigneurs qui arrivaient à Tronkenburg !
    Kohlhaas eût volontiers donné le prix de ses chevaux pour avoir là son valet et comparer sa version des faits avec celle de ce prévôt mafflu et fort en gueule. Sans bouger de là, il continuait à démêler les crins des moreaux et réfléchissait à ce qu’il devait faire dans cette situation quand, tout soudain, la scène changea avec l’irruption dans la cour du jeune seigneur von Tronka revenant de la chasse au lièvre, entouré d’un essaim de chevaliers, de valets et de chiens. Lorsque le jeune seigneur s’enquit de ce qui se passait, le prévôt prit aussitôt la parole tandis qu’à la vue de l’étranger la meute des chiens, d’un côté, aboyait férocement contre lui et que, de l’autre, les chevaliers hurlaient pour les faire taire. Le prévôt exposa donc, en défigurant odieusement les choses, que ce maquignon se révoltait et faisait tout une affaire parce que ses chevaux avaient été quelque peu employés. Eclatant enfin d’un rire dédaigneux, il affirma que l’homme refusait de reconnaître ces chevaux comme les siens.
    - Ce ne sont pas mes chevaux, Monseigneur ! s’exclama Kohlhaas. Ce ne sont pas là des chevaux qui valaient trente florins d’or ! Je veux ravoir mes chevaux : bien nourris et en pleine santé !
    Le junker, une brusque pâleur au visage, descendit de cheval et lança :
    - Si ce bougre d’e… ne veut pas reprendre ses chevaux, il n’a qu’à les laisser ! Günther, Hans, venez ! appela-t-il en époussetant d’un revers de la main son haut-de-chausses. Et déjà sous la voûte d’entrée avec les chevaliers de sa suite :
    - Qu’on apporte du vin ! commanda-t-il encore.
    Puis il pénétra dans ses appartements.
    Kohlhaas déclara qu’il appellerait l’équarisseur et ferait abattre ses chevaux plutôt que de les conduire, dans l’état où ils se trouvaient, à ses écuries de Kohlhaasenbrück. Sans plus s’occuper des haridelles qu’il laissa sur place, il enfourcha son cheval bai, tout en avertissant qu’il saurait obtenir justice, et il quitta les lieux. [/align:0c779dc651]


    La daubinette No 10 est richement pouvue : son nom est composé de trois mots. Mais bizarrement, pour former son mnémo, on n’a manifestement tenu compte que tu premier. Pourtant, les deux autres sont très importants, me semble-t-il, car leur absence la banalise : il existe plein de valeurs, aussi bien au comptant qu’au SRD, qui comportent le terme ayant servi pour son mnémo.


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