Vous souhaitez vous documenter sur certaines thèmes relatifs à la bourse, n'hésitez pas à consulter notre espace dédié à la formation : "comprendre la bourse"
Page 1 sur 5 123 ... DernièreDernière
Affichage des résultats 1 à 10 sur 44
  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    Les daubinettes cultivent les haricots

    Bonjour à tous.
    Après une interruption, les daubinettes réapparaissent, plus belles et opulentes que jamais, ou du moins, je voudrais qu’elles le soient. Ayant été un peu occupée hier soir, je vous les poste aujourd’hui.
    Pour la partie littéraire, je vous propose un conte de Ernst Theodor Anédée Hoffmann, un écrivain que j’adore, à l’imagination vraiment stupéfiante, ironique, drôle, tendre, en un mot, romantique par exellence. Ce sont les images des tableaux de Claude Monet que j’ai choisies pour agrémenter le texte hoffmannien.
    Pourquoi Monet ? Tout simplement parce que, n’ayant pas trouvé un artiste qui ait produit assez de tableaux représentant les légumes, j’ai dû me rabattre sur les fleurs. Mais pourquoi donc tenais-je tant à vous doter de légumes ? Eh bien, c’est ce que vous saurez lorsque vous aurez lu le conte !



    Fiancée de roi
    Conte véridique
    Ernst Théodore Amédée Hoffmann

    Chapitre premier
    qui
    présente au lecteur
    divers personnages,
    lui révèle leurs rapports respectifs
    et annonce plaisamment toutes sortes
    d’événements merveilleux et surprenants
    qui feront la matière des chapitres suivants


    [align=left:2d84d70275] C’était une année bénie. Les champs regorgeaient de blé, de froment et d’avoine ; les jeunes paysans allaient à la cueillette des petits pois et le bétail broutait le trèfle ; quant aux cerisiers, ils étaient si lourdement chargés de fruits que la gent picoreuse, pourrant décidée à piller toutes les branches, se voyait obligée d’en laisser la moitié pour plus tard. Jour après jour, le monde entier se rassasiait goulûment à la prestigieuse table d’hôte de la nature.
    Or, dans le potager de M. Dapsul von Zabelthau, les légumes étaient plus beaux que partout ailleurs ; aussi n’y avait-il rien d’étonnant à ce que demoiselle Ännchen débordât de joie.
    Il convient de dire sans plus tarder qui étaient ce M. Dapsul von Zabelthau et cette demoiselle Ännchen. [/align:2d84d70275]


    Les héros du conte présentés ci-dessus sont modestes, mais ne vous y trompez pas, il va s’y agir de personnes aLTIères et notamment, du souverain d’un pays vaste et riche !


  2. #2
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    2

    [align=left:43d0b7312d] Peut-être le hasard d’un voyage t’a-t-il un jour conduit, cher lecteur, dans la belle vallée qu’arrose tendrement le Main. Là, des brises matinales exhalent leur tiède haleine parfumée sur la compagne qui scintille sous les feux du soleil déjà haut. Ne supportant pas de rester plus longtemps emprisonné dans ta voiture, tu mets pied à terre et tu traverses en flânant le bois derrière lequel, en roulant vers la vallée, tu as aperçu un petit village. Tu vois alors venir à ta rencontre un homme grand et sec, dont le l’étrange accoutrement retient ton attention. Il porte un petit chapeau de feutre gris, juché sur une perruque du plus beau noir ; il est d’ailleurs tout entier vêtu de gris ; sa haute canne elle-même est laquée de gris. Cet homme d’approche donc à longs pas, mais, bien qu’il te regarde fixement de ses grands yeux enfoncés, il semble ne pas te remarquer.
    « Bien le bonjour, monsieur ! » lui cries-tu, comme il te bouscule presque en passant. Il sursaute, comme soudain tiré d’un rêve, repousse légèrement du doigt son petit chapeau et te répond d’une voix pleurarde et caverneuse : »Le bon jour ? Oh ! oui, monsieur ! nous pouvons nous estimer bien heureux d’avoir une si belle matinée ! Les pauvres habitants de Santa-Cruz ! deux tremblements de terre, et maintenant des pluies diluviennes ! »
    Tu te demandes, cher lecteur, ce qu’il convient de répondre à ce singulier personnage. Mais, tandis que tu médites sur ce point, il a déjà (« Avec votre permission, monsieur ! ») effleuré doucement ton front et examiné la paume de ta main. « Que le ciel vous bénisse, monsieur, vous êtes né sous une bonne étoile ! » dit-il enfin de sa voix toujours aussi pleurarde et aussi caverneuse. Puis il passe son chemin. [/align:43d0b7312d]


    Le patronyme de notre daubinette N°2 est DIRECTement lié au domaine qui nous a tous réunis sur cet excellent site (et ne vous avisez pas de me dire qu’il n’est pas excellent, car je vais sévir !)


  3. #3
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    3

    [align=left:355d80eaa6] Eh bien, cet homme étrange n’est autre que M. Dapsul von Zabelthau ; son unique et modeste patrimoine est ce petit bourg de Dapsulheim que tu aperçois dans un site charmant et où te voici en train de pénétrer. Tu voudrais y déjeuner, mais l’auberge te semble triste ; pendant la fête paroissiale, toutes les provisions ont été épuisées et comme tu ne veux pas te contente de lait, on te conseille d’aller jusqu’à la demeure seigneuriale où demoiselle Ännchen ne manquera pas de te recevoir aimablement et de t’offrir tout ce dont elle disposera. Tu t’y rends donc sans plus de façons.
    Il n’y a pas grand-chose à dire de ce petit château, si ce n’est peut-être qu’il a bel et bien des portes et des fenêtres, comme jadis celui du baron de Tondertonktonk en Westphalie. Mais au-dessus de la porte d’entrée resplendissent les armoiries de la famille von Zabelthau, sculptées sur bois dans le style néo-zélandais. Cette demeure offre cependant une étrange particularité : sa façade nord s’appuie contre le mur d’enceinte d’un ancien château féodal, maintenant en ruine, de sorte que la porte de derrière était autrefois celle par laquelle on pénétrait dans la grande cour, au milieu de laquelle se dresse, toujours intacte, la haute tour ronde du donjon.
    Par la porte principale, surmontée des armoiries, sort une jeune fille aux joues rouges qui s’avance à ta rencontre. Elle est bien jolie, avec ses yeux bleu clair et ses cheveux blonds ; tout au plus pourrait-on lui trouver la taille un peu lourde, les formes un peu rondes ; mais elle est l’amabilité même ; elle t’invite à entrer, comprend aussitôt ce qui t’amène et t’apporte le plus succulent des laits, une grosse tartine de beurre, puis du jambon cru qui te semble venir de Bayonne et un petit verre d’eau-de-vie de betterave. [/align:355d80eaa6]


    Tiens donc ! La taille un peu lourde et les formes rondes de demoiselle Ännchen seraient des défauts ? Mais soyons COHérents : c’est exactement les qualités que nous recherchons chez nos daubinettes, n’est-ce pas vrai ?


  4. #4
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    4

    [align=left:67e73da908] Tout en s’affairant, cette jeune fille parle d’un ton dégagé de tout ce qui concerne la culture de la terre et fait preuve en ce domaine de solides connaissances. Mais soudain, une voix puissante et terrible semble tomber du ciel : »Anna !... Anna !... Anna ! »
    Tu manifestes de l’inquiétude, mais demoiselle Anna te dit le plus aimablement du monde : « C’est papa. Il est revenu de sa promenade et il m’appelle de son cabinet de travail pour que je lui monte son petit déjeuner. - … De son cabinet de travail ? » demandes-tu avec étonnement. « Oui, répond demoiselle Anna, ou plutôt demoiselle Ännchen, comme disent les gens. Le cabinet est tout là-haut, dans la tour, et papa m’appelle par le porte-voix. » Alors, cher lecteur, demoiselle Ännchen ouvre l’étroite porte de la tour et s’élance dans l’escalier, chargée de ce même en-cas dont tu viens de te délecter, c’est-à-dire d’une bonne portion de pain et de jambon accompagnée d’eau-de-vie de betterave. Mais, un instant après, elle est redescendue et t’entraîne vers le beau jardin potager ; là, elle t’entretient avec volubilité de brassica acephala, de valerianella olitoria, de turnip anglais, de cacaliers, de petits moellier, de Grands Mogols et de brocolis, et tu risques fort d’en rester coi si tu ignores que ces termes de choix désignent tout bonnement des choux et des salades.
    Je pense que cette courte visite à Dapsulheim suffira, cher lecteur, à te donner une idée des tenants et aboutissants de cette famille au sujet de laquelle je me propose de te raconter des événements tous plus étranges et plus incroyables les uns que les autres.
    Dans sa jeunesse, M. Dapsul von Zabelthau n’avait guère quitté le château de ses parents qui possédaient des biens assez considérables. [/align:67e73da908]


    On dirait que M. Dapsul von Zabelthau souffre d’une maladie étrange et inquiétante, quel dommage que notre daubette N° 4 ne soit pas là pour déterminer la nature du mal dont il est atteint !


  5. #5
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    5

    [align=left:60717d5571] Son précepteur était un singulier vieillard qui non seulement lui enseigna les langues étrangères, et en particulier les langues orientales, mais entretint en outre son penchant pour le mysticisme, ou plus exactement pour la mystagogie. Quand cet homme mourut, il laissa à son jeune élève toute une bibliothèque des sciences occultes, dans laquelle Dapsul se plongea avec délices.
    Les parents moururent à leur tour et le jeune homme partit pour ces pays lointains dont son précepteur avait éveillé en lui la curiosité ; il parcourut l’Egypte et les Indes. Au bout de longues années, il revint sur ses terres ; un cousin les avait administrées avec tant de zèle qu’il ne lui restait plus que le petit village de Dapsulheim. Mais il aspirait trop à conquérir l’or radieux d’un monde supérieur pour s’inquiéter beaucoup des richesses d’ici-bas ; il remercia donc son cousin en termes émus et lui sut gré de lui avoir conservé l’aimable bourg de Dapsulheim avec son beau donjon édifié tout exprès, semblait-il, pour qu’on pût s’y livrer à des recherches astrologiques ; M. Dapsul von Zabelthau y fit aussitôt installer son cabinet de travail. Le cousin, dans sa sollicitude, attira encore l’attention de M. Dapsul von Zabelthau sur la nécessité de se marier. Celui-ci en convint et épousa sur-le-champ la demoiselle que son cousin avait choisie pour lui. Elle quitta la maison aussi vite qu’elle y était entrée : elle mourut après lui avoir donné une fille.
    Le cousin s’occupa si bien du mariage, de baptême et de l’enterrement que Dapsul, du haut de sa tour, ne s’aperçut presque de rien, d’autant moins qu’il y eut en ce temps-là dans le ciel une comète extraordinaire sous l’influence de laquelle se croyait placé le mélancolique Dapsul, qui s’attendait toujours à quelque catastrophe. [/align:60717d5571]


    Pauvre petite orpheline que la petite Ännchen ! J’espère que son papa s’est adressé à notre daubinette N° 5, qui s’est consacrée entièrement à l’instruction et à la pédagogie, pour qu’elle se charge de l’éducation de la petite fille !


  6. #6
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    6

    [align=left:5c8d4e3c1d] La fillette, guidée par une vieille tante qui s’en réjouissait fort, manifestait un penchant parqué pour l’agriculture. Demoiselle Ännchen dut, comme on dit, prendre ses grades.
    Elle commença par être gardeuse d’oies, puis successivement servante, première servante, intendante et maîtresse, de sorte que les bienfaits de la pratique vinrent solidement éclairer et étayer la théorie. Elle adorait les oies et les canards, les poules et les pigeons, les bœufs et les moutons ; et la race délicate des jolis petits porcs ne la laissait pas non plus indifférente, bien qu’elle n’allât jamais, comme cette jeune fille de je ne sais plus quel pays, jusqu’à parer un petit cochon blanc d’un ruban et d’une clochette et à en faire son favori.
    Mais ce qu’elle préférait à tout le reste, et même à la culture fruitière, c’était son jardin potager. Grâce aux excellents préceptes d’agriculture de sa grand-tante, demoiselle Ännchen, ainsi que notre ami lecteur n’aura pas manqué de s’en apercevoir déjà aux propos qu’elle tenait, avait vraiment acquis de solides connaissances ; mais pour ce qui était de retourner la terre, de répandre la semence, de piquer les plants, demoiselle Ännchen, non contente de diriger le travail, mettait vaillamment la main à l’ouvrage. Elle avait, et les plus mauvaises langues ne pouvaient le lui contester, un fameux coup de pioche. Ainsi, tandis que M. Dapsul von Zabelthau s’absorbait dans ses observations astrologiques ou dans d’autres problèmes de nature occulte, demoiselle Ännchen, après la mort de sa vieille tante, menait de son mieux la maison, l’un poursuivant de célèbres recherches tandis que l’autre se livrait avec adresse et avec zèle aux tâches de ce monde.
    Il n’y avait donc rien d’étonnant, comme nous le disions plus haut, à ce qu’Ännchen débordât de joie à la vue du jardin qui, celle année-là, regorgeait de légumes choisis. [/align:5c8d4e3c1d]


    Quelle GéNéreuSe nature que cette Ännchen : du matin au soir, la voilà qui retourne la terre, répend la semence, pique les plants … Tant d’application ne pouvait que porter ses fruits - ou plutôt légumes – n’est-ce pas ?


  7. #7
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    7

    [align=left:6a515ce58d] Mais plus riche et mieux venu que tous les autres était un champ de carottes qui promettait une récolte absolument extraordinaire.
    - Oh ! mes belles, mes jolies carottes ! ne cessait de s’exclamer demoiselle Ännchen en battant des mains.
    Et elle bondissait et dansait tout autour comme un enfant comblé de présents par le petit Jésus. On eût même dit que les jeunes carottes, sous la terre, prenaient part à sa joie, car, de toute évidence, on entendait un léger rire monter du sol.
    Ännchen, sans y prendre autrement garde, courut à la rencontre d’un valet qui tenait à bout de bras une lettre et lui criait :
    - C’est pour vous, demoiselle Ännchen ! Gottlieb l’a rapportée de la ville.
    Ännchen reconnut à l’écriture que cette lettre venait du jeune. Amandus von Nebelstern, fils unique d’un propriétaire du voisinage, et actuellement étudiant. Quand il vivait encore au village de son père et qu’il accourait chaque jour à Dapsulheim, Amandus avait acquis la certitude que, de toute sa vie, il ne pourrait jamais aimer aucune autre femme que demoiselle Ännchen.
    Or demoiselle Ännchen, de son côté, avait l’intime conviction qu’il lui serait toujours impossible de témoigner le moindre intérêt à aucun autre jeune homme que son Amandus aux belles boucles brunes. Tous deux étaient donc convenus de se marier le plus tôt possible et de former le couple le plus heureux de la terre. Amandus, d’un naturel jusqu’alors simple et gai, était tombé, à l’Université, entre les mains de Dieu sait quels gens qui non seulement l’avaient persuadé de son extraordinaire talent poétique, mais l’avaient même incité à cultiver la redondance. [/align:6a515ce58d]


    Il faut croire que notre sixième daubette est assez grégaire, mais en tout cas, elle n’est pas plus bête ni plus conne qu’une autre, il n’est même pas exclu qu’elle soit plus futée que bien d’autres, attendez seulement qu’elle se mette en marche et vous verrez !


  8. #8
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    8

    [align=left:612697b559] Il y parvint si bien qu’il sut, en peu de temps, s’élever bien au-delà de ce que de vils prosateurs appellent raison et entendement tout en prétendant à tort que l’un et l’autre peuvent fort bien s’accorder avec l’imagination la plus vive.
    La lettre était donc du jeune Amandus von Nebelstern. Demoiselle Ännchen l’ouvrit avec joie et lut :
    « Puisses-tu voir, puisses-tu sentir, puisses-tu deviner ton Amandus, étendu dans l’herbe et caressé par l’haleine parfumée qu’exhalent en ce soir vaporeux les fleurs des orangers, et levant vers le ciel un regard empreint de l’amour le plus pur, de la ferveur la plus tendre !
    « Il tresse une couronne de thym et de lavande, de roses et d’œillets et aussi de narcisses aux yeux jaunes et de pudiques violettes. Et ces fleurs sont des pensées d’amour, des pensées qui vont vers toi, ô Anna !... Mais la froide prose sied-elle aux lèvres enthousiastes ?... Entends, entends plutôt mon amour te parler en sonnet :
    Le feu d’amour jaillit et mille soleils ;
    Le plaisir fait sa cour à tous les cœurs épris.
    Luisant dans le ciel noir, de brillantes étoiles
    Se mirent dans les flots de larmes de l’amour !
    La volupté cruelle a broyé – ô délices ! –
    Le doux fruit savoureux, enfant de l’amertume.
    Des mauves horizons le désir me fait signe,
    Et tout mon être fond de douloureux plaisir. [/align:612697b559]


    Oh quels beaux vers ! Dans son sonnet, le jeune Amandus a atteint les sommets de HIMalaya !


  9. #9
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    9

    [align=left:c8492ff830] L’impétueux ressac roule ses flots brûlants ;
    L’intrépide nageur s’enhardit froidement
    A s’y précipiter d’un bond souple et puissant.

    La jacinthe fleurit aux rives de l’espoir.
    Mon tendre cœur s’entrouvre et s’apprête à saigner ;
    Mais du sang de ce cœur naît la belle racine !

    « Puisses-tu, ô mon Anna, quand tu liras cette quintessence de tous les sonnets, être parcourue par la divine ivresse qui m’inonda tout entier quand je l’écrivis et que je lus ensuite, avec un ineffable enthousiasme, à des esprits en harmonie avec le mien et pressentant, eux aussi, les valeurs suprêmes de la vie. Et puisses tu, ô toi la plus tendre des amies, puisses-tu songer alors à ton fidèle, à ton bienheureux
    « Amandus von Nebelstern !
    « P.S. N’oublie pas, ô noble vierge, de joindre à ta réponse quelques livres de ce tabac de Virginie que tu cultives toi-même. Il brûle bien et a meilleur goût que celui de Porto-Rico que fument ici les camarades qui vont tenir séance à l’auberge. »
    Demoiselle Ännchen pressa la lettre contre ses lèvres :
    - Oh ! la chère, la bonne lettre ! Et ces vers charmants, tous si bien tournés ! Ah ! si seulement j’étais assez instruite pour comprendre tout cela ! Mais seul un étudiant, sans doute, en est capable ! Je me demande de quelle racine il veut parler ? Peut-être bien de la longue carotte anglaise, qui est toute rouge ? à moins que ce ne soit de la valerianella ? Le cher homme ! [/align:c8492ff830]


    Notre daubette N°9 parle elle aussi des hauteurs, seulement, elle ne le fait pas en français, ni toute seule, mais en bonne compagnie.


  10. #10
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    10

    [align=left:d6361c5856] Le jour même, demoiselle Ännchen s’empressa de faire un paquet de tabac et d’aller porter au maître d’école, afin qu’il les lui taillait soigneusement, douze de ses plus belles plumes d’oie. Car elle voulait s’installer dès le soir pour commencer à répondre à cette lettre délicieuse.
    Quand elle sortit de la véranda, le même rire se fit encore entendre sous le sol, et, eût-elle été un tout petit peu attentive, elle n’aurait pu manquer de percevoir la voix menue qui lui criait : »Arrache-moi ! Arrache-moi ! Je suis mûre ! bien mûre ! bien mûre ! » Mais, comme nous l’avons déjà dit, elle n’y prêta pas attention. [/align:d6361c5856]

    Chapitre deuxième
    Qui contient
    Un premier événement prodigieux
    Et d’autres faits non moins surprenants
    Sans lesquels le conte annoncé
    N’en serait pas un

    [align=left:d6361c5856] M. Dapsul von Zabelthau avait l’habitude de descendre à midi de son observatoire pour prendre, en compagnie de sa fille, un repas frugal, toujours rapide et silencieux, car il répugnait à toute conversation. Ännchen, de son côté, ne l’importunait guère de ses discours, d’autant plus qu’elle savait bien que son papa, dès qu’il prenait la parole, disait toutes sortes de choses singulières et incompréhensibles qui lui faisaient tourner la tête. Mais ce jour-là, tout excitée par la magnifique floraison du potager et par la lettre de son bien-aimé Amandus, elle parla de ces deus événements, passant sans cesse de l’un à l’autre. [/align:d6361c5856]


    Ah cette daubette ! Toujours aussi branché, son patronyme, et toujours aussi difficile à lui trouver une définition – trop difficile, à vrai dire, pour que je continue mes tentatives, donc débrouillez-vous sans mon assistance !


Page 1 sur 5 123 ... DernièreDernière

Règles de messages

  • Vous ne pouvez pas créer de nouvelles discussions
  • Vous ne pouvez pas envoyer des réponses
  • Vous ne pouvez pas envoyer des pièces jointes
  • Vous ne pouvez pas modifier vos messages
  •