Vous souhaitez vous documenter sur certaines thèmes relatifs à la bourse, n'hésitez pas à consulter notre espace dédié à la formation : "comprendre la bourse"
Page 1 sur 5 123 ... DernièreDernière
Affichage des résultats 1 à 10 sur 43
  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    Les daubinettes pratiquent l’hermétisme au son de la diane :

    Bon Dieu, mais quel livre ! Avec « Andreas » de Hofmannsthal, le « Chat Murr » de Hoffmann, les « Nuits égyptiennes » de Pouchkine et quelques autres, il fait partie d’un groupe de livres géniaux restés inachevés – ô infortune ! – mais la partie existante justifie largement l’amour fou qu’ils m’inspirent. Goûtez donc aux charmes des « Confessions du chevalier d’industrie Felix Krull », riez d’un rire sans nuages, Thomas Mann se montre ici absolument irrésistible.
    De plus, la matière littéraire choisie nous permet de nous intéresser à l’iconographie d’Hermès qui n’a pas toujours été ce jeune athlète aux formes élancées et aux sandales ailées qui vous est bien connu pour s’être réincarné en la personne de l’un de nos intervenants. Dieu des commerçants et des voleurs (et si certains disaient que c’est la même chose, je ne suis pas d’accord, sachez-le !), mais aussi dieu guérisseur comme en témoigne le caducée qui fait partie de ses attributs, et surtout, dieu ténébreux, expert en la magie et l’esotérisme, connu sous le nom d’Hermès Trismégiste (ce qui le rattache au thread de la semaine précédante, n’est-ce pas ?). Bref, je vous laisse en compagine des divinités telles qu’Hermès, mais aussi Diane, profitez-en bien !


    [align=left:d4f27c85d8] … Nous allons vous prendre à l’essai, Knoll …
    - Krull, monsieur le directeur général.
    - Ne me corrigez pas ! Pour ce que je m’en soucie, vous pourriez aussi vous appeler Knall. Votre prénom ?
    - Félix, monsieur le directeur général.
    - Voilà qui ne me convient pas non plus. Félix, cela vous a quelque chose de trop privé et de prétentieux. On vous appellera Armand.
    - Ce me sera une joie, monsieur le directeur général, de changer de nom.
    - Joie ou pas. Le garçon d’ascenseur qui par hasard se trouve quitter le service ce soir, s’appelait Armand. Vous pourrez le remplacer demain. Nous vous essayerons comme garçon d’ascenseur.
    - J’ose promettre, monsieur le directeur général, que je me monterais adroit et même me tirerai d’affaire mieux qu’Eustache …
    - Qu’est-ce qu’il y a, avec Eustache ?
    - Il arrête trop haut ou trop bas et fait ainsi des pas difficiles à monter, monsieur le directeur général. D’ailleurs, seulement quand il est avec ses pareils. Avec messieurs les voyageurs, il fait plus attention, si j’ai bien compris. Cette différence de traitement dans l’exercice de ses fonctions ne m’a pas semblé louable. [/align:d4f27c85d8]


    Ha, très charmant, mais quand meme un peu fayot, notre Félix, hein ? C’est un curieux omage qu’il rend à son futur collègue, ne trouvez-vous pas ?
    Tiens, une faute. Flûte, flûte, flûte, dirons-nous à l’instar de Mozart, mais nous ne la corrigerons cependant pas car, on ne sait jamais, elle pourrait s’avérer utile !

  2. #2
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    2

    [align=left:0696628043] - Est-ce à vous de décerner des louanges ? Au fait, seriez-vous socialiste ?
    - Mais pas du tut, monsieur le directeur général ! Je trouve la société charmante comme elle est et je brûle de mériter sa faveur. Seulement je veux dire que, si l’on connaît vraiment son affaire, on ne devrait pas être capable de la bousiller, même lorsque cela n’a pas grande importance.
    - Sachez que nous n’avons que faire des socialistes.
    - Ça va sans dire, monsieur le …
    - Allez, maintenant, Knoll ! Faites ajuster à votre taille au magasin, en bas, au sous-sol, la livrée qu’il faut ! Nous vous la fournissons mais pas les chaussures assorties et je vous ferai remarquer que les vôtres …
    - C’est là un manquement tout à fait passager, monsieur le directeur général. Il sera corrigé à votre entière satisfaction d’ici demain. Je sais ce que je dois à l’établissement et vous assure que ma tenue ne laissera à désirer sur aucun point. Je me réjouis extraordinairement de la livrée, s’il m’est permis de le dire. Mon parrain Schimmelpreester aimait m’affubler des costumes les plus divers et me complimentait toujours sur mon aisance à porter chacun d’eux, bien qu’au fond un don inné ne mérite pas la louange. Mais je n’ai encore jamais essayé un costume de liftier.
    - Ce ne sera pas un malheur, dit-il, si ainsi vêtu vous plaisez aux jolies femmes. Adieu, votre présence n’est plus nécessaire ici pour aujourd’hui. Visitez donc Paris cet après-midi ! Montez et descendez un certain nombre de fois, demain matin, avec Eustache, ou un autre et familiarisez-vous avec le mécanisme, qui est simple et ne dépassera pas votre entendement. [/align:0696628043]


    Un garçon aux dents longues comme ça, ce Krull (j’espère que notre Felix maison est moins enclin à jouer des coudes), et, comme vous ne tarderez pas à le voir, cette manière de faire porte ses fuits et plus vite que vous ne le croyez. Ce garçon sonrtant du ruisseau, qu’on a trouvé dans un panier d’OSIer - non, je plaisante, mais n’empêche, ce petit roturier est un redoutable arriviste, et quel bagoût, quel charme, perso je craque, vous laissant entrevoir la réaction habituelle et immédiate du sexe dit beau à ses simagrées .


  3. #3
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    3

    [align=left:0f44ed2555] - Il demande à être manié avec amour, répondis-je. Je m’aurai de cesse que je ne sois arrivé à éviter la moindre marche. Du reste, monsieur le directeur, ajoutai-je et je donnai à mes yeux une expression langoureuse, les paroles me manquent pour exprimer …
    - C’est bien, c’est bien, j’ai à faire, dit-il et il se détourna, non sans crisper de nouveau son visage en une grimace de dégoût.
    Je n’avais pas sujet de m’en irriter. En toute hâte (car je tenais à joindre avant midi l’horloger en question) je dégringolai un escalier menant au sous-sol, trouvai sans peine la porte marquée « Magasin » et frappai. Un petit vieux à lunettes lisait le journal, dans la pièce qui ressemblait à une resserre de fripier ou au magasin des costumes d’un théâtre, tant il y pendait de belles livrées bigarrées. J’exposai ma demande qui reçut satisfaction en un tour de main.
    - Et comme ça, dit le vieux, tu voudrais t’apprêter, mon petit, pour promener les jolies femmes en haut et en bas ?
    Ces Français ne peuvent pas s’en empêcher. Je clignai de l’œil et affirmai que c’était bien mon vœu et mon propos.
    Il me mesura d’un regard rapide, prit sur un cintre une livrée couleur sable, garnie de rouge, veste et pantalon, et me les mit tout simplement sur le bras.
    - Un essayage ne serait-il pas indiqué ? demandai-je.
    - Inutile, inutile. Ce que je te donne, t’ira. Dans cet emballage, la marchandise attirera l’attention des jolies femmes.
    Le vieux aurait bien pu avoir d’autres pensées en tête. Mais sans doute parlait-il machinalement, et tout aussi machinalement je clignotai de l’œil en retour, et l’appelai au départ mon oncle et jurai que je lui serais redevable de ma carrière.
    L’ascenseur qui desservait le sous-sol m’emporta vers le 5 étage. [/align:0f44ed2555]


    Tel une plante qui se niche parmi les branches des arbres et se nourrit de leur suc, - plante évoquée par le patronyme de la daubinette n° 3, - notre héros profite de toutes les occasions pour s’assurer un bien-être aux moindres frais.

  4. #4
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    4

    [align=left:0e46dcae87] J’étais pressé, toujours préoccupé de savoir si Stanko en mon absence ne fouillerait pas ma mallette. Chemin faisant, il y eut des sonneries, des arrêts. Des voyageurs, - à leur entrée je me plaquai modestement contre la paroi - réclamaient le lift. Déjà dans le hall une dame voulait aller au deuxième étage, ai premier un couple qui parlait anglais demandait le troisième. La dame seule excita mon attention – le mot est bien à sa place, car je la contemplai avec un battement de cœur point dépourvu de charme.
    Cette dame, je la connaissais. Pourtant, elle n’était plus coiffée d’une cloche à plume d’autruche mais d’une « création » à larges bords, garnie de satin, avec un long voile blanc noué sous le menton et retombant sur son manteau, et ce manteau n’était pas le même que la veille mais plus léger, plus clair, à gros boutons guipés ; toutefois aucun doute n’était permis, c’était bien ma voisine de la douane, la dame avec qui ma possession de la cassette créait un lien. Je la reconnus surtout à une façon d’écarquiller les yeux qu’elle avait eue la veille lorsqu’elle discutait avec le douanier, manifestement un tic habituel, car elle le renouvelait maintenant encore, sans motif, à tut instant. Du reste, ses traits non sans beauté marquaient une tendance aux contractions nerveuses. A part ce tic, rien, me sembla-t-il, dans la complexion de cette brune quadragénaire n’était de nature à me faire regretter les rapports délicats qui n’unissaient à elle.
    Le petit duvet qui ombrageait sa lèvre supérieure ne lui seyait pas mal. Ses yeux avaient cette couleur d’un brun doré qui m’a toujours plu chez les femmes. Si seulement elle ne les écarquillait pas sans cesse de manière aussi déplaisante ! J’eus le sentiment qu’il m’incombait charitablement de lui faire perdre cette habitude assujettissante.
    Nous étions descendus en cet hôtel, ici, en même temps – si le mot descendre pouvait s’appliquer à mon cas. Un simple hasard m’avait empêché de la rencontrer déjà à la réception devant le monsieur aux rougeurs faciles. De me trouver si près d’elle dans l’étroite cabine me troublait l’esprit. [/align:0e46dcae87]


    Et voilà, la rencontre avec une jolie femme ne s’est pas fait attendre, qu’est-ce que je vous disais ? Mais ce bel, très bel éphèbe de basse extraction est un protégé de Dieu, oui oui, c’est comme si die HIMmlischen Heerscharen - les cohortes célestes – l’assistaient en permanence.



  5. #5
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    5

    [align=left:0edb7ff891] Sans rien savoir de moi, sans m’avoir jamais vu, sans même se rendre compte de ma présence, elle me portait, informe, dans sa pensée, depuis l’instant – hier soir ou ce matin ? – où en vidant sa malle elle avait constaté la disparition de sa cassette. Je ne pus me résoudre à lui supposer des pensées hostiles à mon égard, une idée hostile, si surpris qu’en puisse être le lecteur préoccupé de mon sort. Qu’elle songeât à moi, qu’elle s’interrogeât à mon sujet, cela pouvait se traduire par des démarches dirigées contre ma personne, peut-être revenait-elle précisément après une démarche de ce genre – cette possibilité plausible me traversa furtivement l’esprit mais je ne m’y arrêtai guère et elle ne put prévaloir contre le charme d’une situation où le personnage qui faisait l’objet de l’interrogation se trouvait si proche de celle qui s’interrogeait – et à son insu.
    Combien je déplorai pour nous deux que notre contact dût être si bref, appelé à durer jusqu’au second étage seulement ! Quand la femme dont je hantais la pensée descendit, elle dit au liftier roux :
    - Merci Armand.
    Qu’à peine arrivée elle connût déjà le nom du garçon, voilà qui frappait et témoignait de son affabilité. Peut-être le connaissait-elle depuis longtemps et était-elle une habituée du Saint-James et Washington. Je fus encore plus frappé par le nom lui-même, et d’apprendre que notre conducteur était précisément Armand.
    - Qui est cette dame ? demandai-je au rouquin tandis que nous poursuivions notre montée.
    En rustre qu’il était, il ne répondit pas. Néanmoins, en sortant au quatrième étage, je posai une nouvelle question :
    - Etes-vous cet Armand qui ce soir quitte le service ?
    - Ça ne vous regarde pas plus qu’une guigne, fit-il grossièrement. [/align:0edb7ff891]


    Avec la veine qu’il a, on peut parier qu’il va sortir le bon numéro au loto, qu’il va trouver la clef du coffre-fort rempli d’argent et de bijoux, bref, on dirait que notre héros est le petit chouchou de la Fortune. Et la daubinette dans tout ça ? Eh bien, cherchez bien dans la phrase précédante, vous ne manquerez certes pas de la trouver, mais un petit effort de traduction s’impose !


  6. #6
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    6

    [align=left:d1d98ba650] - Si, répondis-je, cela me regarde tout de même un peu. En effet, à présent, Armand c’est moi. Je mets mes pas dans vos pas. Je suis votre successeur et j’espère faire moins que vous figure d’ours mal léché.
    - Imbécile ! dit-il en guise de salut et il me claqua au nez la porte grillagée.
    Stanko dormait quand je rentrai au dortoir n°4. En toute hâte, je pros ma mallette dans le casier, la portai dans le cabinet de toilette et en retirai la cassette à laquelle, Dieu merci, l’honnête Stanko n’avait pas touché. Après avoir ôté ma jaquette et mon gilet, je passai à mon cou la ravissante parure de topazes, j’assujettis, non sans peine, le fermoir sur ma nuque. Je remis ensuite mes vêtements, fourrai dans mes poches le reste des bijoux, peu encombrants, surtout la rivière de diamants. Après quoi je reportai la malle à sa place, accrochai ma livrée dans l’armoire près de la porte du corridor, enfilai mon paletot, coiffai ma casquette puis dégringolai les cinq étages, par répugnance d’avoir à faire le trajet avec Armand, je pense, - et filai vers la rue de l’Echelle au Ciel.
    Les poches bourrées de trésors, je n’avais pas les quelques sous nécessaires pour me payer l’omnibus. Force me fut de courir dans des conditions difficiles, car il me fallait demander mon chemin et de plus la pente ascendante fatiguait mes pieds et entravait la rapidité de ma marche. Je mis bien trois quarts d’heure pour atteindre le cimetière Montmartre dont je m’étais enquis. De là je me dirigeai facilement (car les indications de Stanko se révélèrent exactes) par la rue Damrémont jusqu’à la ruelle adjacente des Vierges Prudentes et m’y étant engagé, je fus en quelques pas au but.
    Une ville-mammouth comme Paris se compose de plusieurs quartiers et communes dont bien peu laissent deviner la majesté de l’ensemble. Derrière la façade somptueuse qu’elle tourne vers l’étranger, la capitale abrite un élément petit-bourgeois de petite ville, qui s’y livre complaisamment à son propre mode d’existence. [/align:d1d98ba650]


    Ah ah ah, les bijoux, déjà ! Tiens, notre daubette n° 6 (au nom bien plébéien, pourtant) en commercialise justement, mais elle ne s’intéresse qu’à fournir aux riches messieurs des porte-cigare de luxe, des briquets et des stylos étincelants, ainsi que les écrins pour lesdits objets. Vous y êtes ?


  7. #7
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    7

    [align=left:3e0cb3b3bb] Parmi les habitants de la rue de l’Echelle au Ciel, plus d’un n’avait sans doute pas vu depuis beau temps le scintillement de l’avenue de l’Opéra, le tumulte cosmopolite du boulevard des Italiens. Une province idyllique m’environnait. Sur la chaussée étroite aux pavés en têtes de chat, des enfants jouaient. Le long des paisibles trottoirs d’alignaient des habitations modestes. Aux rez-de-chaussée, çà et là, une échoppe, la boutique d’un épicier, d’un boucher ou d’un boulanger, un atelier de sellerie, se signalaient par des étalages bien pourvus. Il devait y avoir aussi un horloger. J’eus tôt fait de trouver le n° 92. Sur la porte de la boutique on lisait : « Pierre Jean-Pierre Horloger » à côté de la devanture qui présentait toutes sortes d’instruments servait à mesurer le temps, montres de poches pour messieurs et dames, réveils en fer-blanc et pendules de cheminée bon marché.
    Je pressai la sonnette et entrai, au tintement d’une sonnerie que déclencha l’ouverture de la porte. Le patron était assis, le cercle en bois d’une loupe incrusté dans l’œil, derrière sa table-vitrine où s’étalaient sous verre d’autres montres et chaînes. Il examinait les rouages d’une montre dont le propriétaire avait évidemment à se plaindre. Le tic-tac polyphonique des horloges et pendules autour de nous emplissait la boutique.
    - Bonjour, maître, dis-je. Savez-vous que j’aurais envie d’acheter une montre de poche pour mon gilet, peut-être avec une jolie chaîne ?
    - Personne ne vous empêche, mon petit, répondit-il en dévissant de son œil la lentille. Probablement pas en or ?
    - Pas nécessairement, répliquai-je. Je ne suis pas pour le clinquant. Je tiens à la qualité du mécanisme, à la précision.
    - Voici de bons principes. Donc, une montre en argent, dit-il. Il ouvrit l’abattoir intérieur de la vitrine et retira quelques pièces de sa marchandise qu’il étala sur le dessus de la table. [/align:3e0cb3b3bb]


    Notre daubinettes n° 7, à la difference de sa consoeur n° 8 ne s’intéresse pas du tout aux choses matérielles, elle est toute dévoué à l’intellect. D’ailleurs, l’astucieux Felix a dû activement fait travailler les siens, pour développer sa stratégie chez l’horloger.


  8. #8
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    8

    [align=left:61589c08ce] C’était un petit bonhomme hâve, aux cheveux hérissés, d’un jaune grisâtre, avec le genre de joues qui commencent beaucoup trop haut, tout de suite sous les yeux, et jettent une ombre blafarde sur la partie du visage où normalement elles devraient s’arrondir. Configuration déplorable qui malheureusement se rencontre parfois.
    Je m’emparai de la montre à remontoir en argent qu’il m’indiquait et m’informai du prix. Il s’élevait à vingt-cinq francs.
    - Au fait, mon maître, dis-je, je n’ai pas l’intention de payer comptant cette montre qui me plaît beaucoup. Je voudrais ramener notre marché à la forme plus primitive du troc. Voyez-vous cette bague ? »
    Et je tirai l’anneau à perle grise que, pour la circonstance, j’avais tenu en réserve dans un endroit spécial, la pochette rapportée sur la poche droite de ma veste. « Mon idée, expliquai-je, était de vous vendre cette jolie pièce et de recevoir de vous la différence entre sa valeur et le prix de la montre – autrement dit, de prélever le coût de la montre sur le produit net de la bague – ou encore, de vous prier de déduire le prix de la montre pour lequel je suis d’accord, sur les … mettons deux mille francs que, bien sûr, vous m’offrirez pour la bague. Que vous semble de la petite transaction ?
    D’un regard aigu, les yeux plissés, il examina la bague au creux de ma main puis me dévisagea de même, tandis qu’un léger frémissement agitait ses joues mal placées.
    - Qui êtes-vous et d’où tenez-vous cette bague ? demanda-t-il d’une voix sourde. Pour qui me prenez-vous et quel marché me proposez-vous ? Sortez immédiatement de la boutique d’un honnête homme !
    Contrarié, je baissai la tête et dis après un bref silence, avec chaleur :
    - Maître Jean-Pierre, vous commettez une erreur. Une erreur due à la méfiance, à laquelle il est vrai je devais m’attendre, mais votre connaissance des hommes aurait dû vous en préserver. Vous me dévisagez. Eh bien ? ai-je l’air d’un … enfin de quelqu’un pour qui vous craignez de devoir me prendre ? [/align:61589c08ce]


    Vieux filou que cet horloger qui cherche à gruger le jeune Felix et à le déposseder à vil prix des biens mal acquis. Et dire que même maintenant, il y a des gens malhonnêtes comme ça et qui se la coulent douce.
    Ah, que ne suis-je pas préfet de Paris, j’éditerais un uKAZ en vertu duquel ils seraient mis en taule tous tant qu’ils sont !


  9. #9
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    9

    [align=left:875fdadec8] - Je ne saurais vous reprocher votre première idée – elle est compréhensible. Mais la seconde ? Je serais déçu si elle ne s’accordait pas mieux à votre impression personnelle.
    Avec un bref hochement de tête, il continuait à scruter du regard tour à tour l’anneau et mon visage.
    - Comment connaissez-vous mon magasin ? s’enquit-il.
    - Par un camarade de travail et compagnon de chambre, répondis-je. Il est un peu souffrant pour le moment. Si vous voulez, je lui transmettrai vos souhaits de guérison. Il s’appelle Stanko.
    Il hésita encore et poursuivit son examen, levant et baissant ses joues tremblantes. Mais je voyais bien que la convoitise inspirée par la bague l’emportait sur ses craintes. Il me la prit des mains avec un coup d’œil à la porte et regagna bien vite sa place derrière l’étalage pour soumettre l’objet à l’examen de sa loupe d’horloger.
    - Elle a un défaut, dit-il en parlant de la perle.
    - Première nouvelle, répondis-je.
    - Je vous crois volontiers. Seul l’homme de métier d’en aperçoit.
    - Ma foi, un défaut si bien dissimulé ne doit guère entrer en ligne de compte pour l’estimation. Et les brillants, s’il m’est permis de vous le demander ?
    - Pacotille, de la poussière, des roses, des éclats, pur effet décoratif. Cent francs, dit-il, et il jeta l’anneau entre nous, vers moi, sur la tablette de verre.
    - J’entends sans doute mal !
    - Si vous croyez mal entendre, mon garçon, prenez vos bricoles et trottez-vous !
    - Mais alors, je ne peux pas acheter la montre.
    - Je m’en fiche, dit-il. Adieu. [/align:875fdadec8]


    La scène est, je trouve, très amusante : une drôle de SARabande que dansent nos deux protagonistes, et pas évident de deviner qui sera le plus résistant et plus tenace !


  10. #10
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    10

    [align=left:f25c0c0ff8] - Ecoutez, maître Jean-Pierre, repris-je. Je ne peux, en toute civilité, ne pas vous reprocher de traiter vos affaires avec négligence. Par excès de pingrerie, vous compromettez la poursuite de négociations qui ne font que commencer. Vous ne réfléchissez pas que cette bague, si précieuse soit-elle, n’est peut-être pas la centième partie de ce que j’ai à vous proposer. Or c’est un fait, et vous devriez en conséquence y conformer votre attitude à mon égard.
    Il ouvrit ses yeux tout grands et le tremblement de ses joues mal formées s’accentua extraordinairement. De nouveau il loucha vers la porte, puis hochant la tête, grommela entre ses dents :
    - Entre par ici !
    Il prit la bague, me fit faire le tour de la table-vitrine et m’ouvrit le passage sur un réduit sans fenêtre, sans air. Au-dessus d’une table recouverte de peluche et de crochet, il alluma une suspension à gaz. On voyait aussi un coffre-fort incombustible et un petit secrétaire, de sorte que l’endroit tenait le milieu entre la salle de séjour d’un petit bourgeois et le bureau d’affaires.
    - Vas-y. Qu’est-ce que tu as ? dit l’horloger.
    - Permettez-moi de me débarrasser un peu, répliquai-je, et j’ôtai ma jaquette. Voilà qui est mieux.
    Et au fur et à mesure, je retirai de mes poches le peigne en écaille, l’épingle de corsage au saphir, la broche en forme de petite corbeille à fruits, le bracelet à perle blanche, la bague de rubis et, comme grand atout, la rivière de brillants. Je posai les bijoux bien soigneusement séparés, sur la couverture au crochet de la table. Enfin, avec sa permission, je déboutonnai mon gilet, détachai de mon cou la parure de topaze et l’ajoutai au reste.
    - Qu’en dites-vous ? demandai-je avec une tranquille fierté. [/align:f25c0c0ff8]


    Oh, tous ces ors, toutes ces pierres précieuses qui étincellent dans la sombre arrière-boutique ! Pas étonnant que le vieux Harpagon ait complètement perdu les boules ! Mais au fait, pourquoi écrit-on « ors » ? Pourtant, ce terme provient du mot « aurea » et devrait s’écrire AURS, ne trouvez-vous pas ?


Page 1 sur 5 123 ... DernièreDernière

Discussions similaires

  1. Les daubinettes pratiquent l’haltérophilie
    Par xenia dans le forum Actions
    Réponses: 38
    Dernier message: 29/04/2005, 17h52

Règles de messages

  • Vous ne pouvez pas créer de nouvelles discussions
  • Vous ne pouvez pas envoyer des réponses
  • Vous ne pouvez pas envoyer des pièces jointes
  • Vous ne pouvez pas modifier vos messages
  •