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  1. #21
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    April 2003
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    [align=left:bda619b01f] Je l’attendais, celle dont je portais l’image dans mon esprit, comme elle me portait, sans contours, dans le sien, la maîtresse de la cassette, la donatrice de mes bottines à boutons, de ma canne-parapluie et de mon costume de ville, celle avec qui je vivais dans un tendre secret – et à moins qu’elle ne fût brusquement partie, il était impossible que mon attente se prolongeât longtemps.
    Dès le second soir, vers 5 heures de l’après-midi (Eustache était lui aussi en bas avec sa cabine), elle apparut dans le coin des ascenseurs de la salle, un voile noué sur son chapeau, telle que je l’avais déjà vue. Mon collègue fort insignifiant et moi nous nous tenions devant nos portes ouvertes. Elle s’avança entre nous, me regarda avec un bref écarquillement des yeux et hésita en souriant entre les deux ascenseurs. Nul doute que le mien ne l’attirât. Mais déjà Eustache s’était effacé et de la main l’invitait vers le sien. Elle pensa probablement que c’était son tour réglementaire : elle entra donc chez lui, mais se retourna, sans s’en cacher, pour me regarder par-dessus l’épaule en écarquillant encore les yeux, puis disparut dans un glissement.
    Ce fut tout pour cette fois, sauf qu’à une nouvelle rencontre avec Eustache, au rez-de-chaussée, j’appris par lui son nom. Elle s’appelait madame Houpflé et elle était de Strasbourg. « Impudemment riche, tu sais » ajouta Eustache ; à quoi je répondis avec froideur : « Tant mieux pour elle. »
    Le lendemain, à la même heure, les deux autres lifts étaient en service et je me tenais seul devant le mien quand elle reparut. Cette fois elle portait une très belle jaquette trois quarts de vison et une toque de la même fourrure. Elle revenait de faire du « shopping » car elle était chargée de plusieurs paquets peu volumineux, élégamment enveloppés et ficelés. En souriant, elle observa ma courbette accompagnée d’un respectueux « madame » qui avait quelque chose d’une invitation à danser, et se laissa enfermer avec moi dans la cabine voltigeante, illuminée. Pendant ce temps, on me sonnait du quatrième étage. [/align:bda619b01f]


    Medcost


  2. #22
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    April 2003
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    [align=left:b2e461cfaf] - Deuxième, n’est-ce pas, Madame ? demandai-je, comme elle ne m’avait donné aucune indication.
    Au lieu de se retirer au fond de la petite cabine derrière moi, elle était à mes côtés, près de la porte, et ses regards allaient tour à tour de ma main maniant le commutateur à mon visage.
    - Mais oui, deuxième, dit-elle. Comment le savez-vous ?
    - Je le sais, tout simplement.
    - Ah ? Le nouvel Armand, si je ne me trompe ?
    - A votre service, Madame.
    - On peut dire, répliqua-t-elle, que ce changement marque un progrès dans la composition du personnel.
    - Trop aimable, Madame.
    Le timbre de son contralto suave vibrait d’une agitation nerveuse. Mais pourtant, pendant que je faisais cette réflexion, elle ma parla de ma propre voix.
    - Je voudrais, dit-elle, vous féliciter de l’agréable son de votre voix.
    Les mêmes mots qu’avait employés le conseiller ecclésiastique Château.
    - Je serais infiniment heureux, Madame, répondis-je si ma voix n’offensait pas votre oreille.
    De nouveau on sonna d’en haut. Nous étions au deuxième étage. Elle ajouté :
    - C’est en effet une oreille musicale et sensible. Du reste, l’ouie n’est pas le seul de mes sens qui soit susceptible.
    Elle était étonnante ! Je la soutins délicatement au sortir de l’ascenseur, comme s’il y avait le moindre motif d’être soutenue et dis :
    - Permettez-moi de vous débarrasser enfin de vos fardeaux, Madame, et de les porter à votre chambre. [/align:b2e461cfaf]


    Transgene


  3. #23
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    April 2003
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    [align=left:0446b63a29] Ce disant, je lui pris ses paquets un à un et la suivis le long du corridor, laissant tout simplement ma cabine en plan. Ce n’était qu’à vingt pas. Elle ouvrit à gauche la porte du n0 23 et me précéda dans sa chambre à coucher qui ouvrait sur le salon – une chambre luxueuse, parquetée, avec de grands tapis de Perse, des meubles en merisier, un large lit de cuivre recouvert de satin capitonné. Sur la chaise longue de velours gris et sur la tablette de verre de la petite table, je déposai les paquets tandis que Madame ôtait sa toque et dégrafait sa jaquette de fourrure.
    - Je n’ai pas ma femme de chambre sous la main, dit-elle. Elle loge à l’étage supérieur. Voudriez-vous vous montrer obligent jusqu’au bout en m’aidant à ôter ce vêtement ?
    - Avec un plaisir immense, répondis-je, et je me mis à l’œuvre, mais tandis que je m’activais pour débarrasser ses épaules de la fourrure doublée de soie, tiède de la chaleur de son corps, elle tourna vers moi son visage encadré d’une opulente chevelure brune, où sur le front s’étalait en toute liberté une mèche blanche, ondée, pâlie avant les autres et ouvrant un instant les yeux, puis le regard rêveur noyé derrière ses paupières plissées, elle dit :
    - Tu me déshabilles, audacieux valet ?
    Une femme invraisemblable, et qui ne mâchait pas ses expressions ! Ebahi mais plein de sang-froid, je composai ma réponse, en ces termes :
    - Plût au ciel, Madame, que l’emploi de mon temps me permît d’interpréter ainsi la situation et de continuer à mon gré une occupation si charmante !
    - Tu n’as pas du temps de reste, pour moi ?
    - Malheureusement pas en ce moment, Madame. Mon ascenseur attend là dehors, la porte ouverte, on le sonne d’en haut et d’en bas et peut-être à cet étage-ci des voyageurs sont-ils rassemblés devant. Je perdrais ma place si je le négligeais plus longtemps. [/align:0446b63a29]


    Etam


  4. #24
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    April 2003
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    [align=left:d01d3191f2] - Mais tu aurais du temps pour moi – si tu en avais à me consacrer ?
    - Un temps infini, Madame !
    - Quand auras-tu du temps de reste pour moi ? demanda-t-elle ; de nouveau ses yeux s’écarquillèrent un instant puis me jetèrent un regard langoureux ; et, gainée dans son tailleur gris-bleu, elle se pressa contre moi.
    - Je serai libre à onze heures, répondis-je d’une voix sourde.
    - Je t’attendrai, fit-elle sur le même ton. Prends ceci comme gage !
    Et tout à trac, ma tête fut entre ses mains et sa bouche sur la mienne, pour un baiser qui alla très loin – assez loin pour en faire un gage singulièrement attachant.
    Certes, je devais être un peu pâle quand je déposai sur la chaise longue sa jaquette de fourrure que je tenais toujours à la main, et me retirai.
    En effet, trois clients attendaient, perplexes, devant la porte ouverte de la cabine. Je dus me confondre en excuses, non seulement de mon retard – je prétextai une commission urgente – mais aussi parce qu’avant de les ramener au rez-de-chaussée, je les fis monter d’abord au quatrième où l’on m’avait appelé mais où il n’y avait plus personne. En bas, il me fallut essuyer des rebuffades pour la perturbation que j’avais occasionnée dans le service ; je les repoussai en expliquant que j’avais été obligé de conduire à sa chambre une dame prise de faiblesse.
    « Madame Houpflé – une faiblesse ? Une femme qui a tant d’allant ? » Cet « allant », pensai-je, lui est d’ailleurs facilité par son âge, très supérieur au mien, et par ma situation sociale subalterne, à laquelle elle a appliqué une épithète si lyrique. « Audacieux valet ! » avait-elle dit – une femme vraiment pleine de poésie ! « Tu me déshabilles, audacieux valet ! » Ce mot saisissant me trotta par la tête toute la soirée, durant les six heures qui me séparaient du moment où j’aurais « du temps de reste pour elle ». [/align:d01d3191f2]


    Aufeminin


  5. #25
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    [align=left:d733642ce7] Il me blessait un peu, ce mot, et pourtant me comblait de fierté ; pour l’audace, je n’en avais aucunement ressenti, elle me l’avait imposée et dictée. Quoi qu’il en fût, à présent, j’en avais à revendre. Elle me l’avait singulièrement inoculée par ce gage si attachant.
    A sept heures, je la fis descendre pour le dîner. Elle rejoignit d’autres voyageurs en tenue du soir que j’étais allé quérir aux étages supérieurs, et entra dans ma cabine, vêtue d’une merveilleuse robe de soie blanche à courte traîne, dentelles et tunique brodée, ceinturée d’un ruban de velours noir, le cou cerclé d’un collier de perles parfaites au chatoiement laiteux, qui pour sa chance – et la malchance de maître Jean-Pierre – ne s’étaient point trouvées dans la cassette. Force me fut d’admirer l’art consommé avec lequel elle m’ignora – et cela, après un baiser si appuyé !... Je me vengeai à la sortie, en passant la main non pas sous son coude, mais sous celui d’une dame âgée, fantomatiquement pomponnée. J’ai idée que je la vis sourire de ma charitable galanterie.
    A quelle heure regagna-t-elle sa chambre ? Je ne sais. Mais onze heures finiraient bien par sonner. A cette heure-là, un seul ascenseur assurait le service et les liftiers des autres appareils avaient congé. Ce soir j’étais l’un d’eux. Pour me rafraîchir après la corvée du jour avant que d’aller au plus tendre des rendez-vous, je me rendis d’abord à la chambre d’eau puis descendis à pied au second. Le corridor avec son passage rouge feutrant les pas était déjà plongé dans un calme absolu.
    Je jugeai séant de toquer à la porte du salon de madame Houpflé, au n° 25, mais ne reçus pas de réponse. J’ouvris donc la porte extérieure du 23. sa chambre, et l’oreille penchée, frappai discrètement au battant intérieur.
    Un « entrez » interrogatif, d’une voix un peu étonnée, me parvint. J’obéis à l’invite puisque j’avais licence de négliger l’étonnement. La pièce baignait dans la pénombre rougeâtre de la petite lampe de chevet à abat-jour de soie qui seule l’éclairait. [/align:d733642ce7]


    Seché


  6. #26
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    April 2003
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    [align=left:95cadd1b9f] Mon œil prompt à se familiariser avec les aîtres eut tôt fait d’apercevoir l’audacieuse occupante du lit – je lui rends volontiers le qualificatif qu’elle m’avait appliqué - sous un édredon de satin pourpre.
    Le somptueux lit de cuivre jaune, la tête vers le mur et la chaise longue à son pied, se dressait, dégagé, assez près de la fenêtre voilée d’épais rideaux. Ma voyageuse étendue, les bras croisés derrière la nuque, portait une chemise de nuit en batiste à manches courtes, au décolleté encadré d’une cascade de dentelle. Elle avait défait son chignon pour la nuit et noué les tresses en diadème au-dessus de son front, de façon à former une torsade lâche, très seyante. La mèche blanche, ondée, était à présent rejetée de son front griffé de quelques rides. La porte sitôt refermée, j’entendis retomber un loquet que l’on pouvait actionner du lit au moyen d’un cordon.
    Brusquement, elle écarquilla ses yeux d’or, un instant, à son habitude ; mais ses traits restèrent un peu crispés par une sorte de simulation nerveuse, quand elle dit :
    - Comment ? Quoi ? un employé de la maison, un domestique, un jeune homme qui fait partie du personnel entre chez moi à pareille heure, quand déjà je repose ?
    - Vous en avez exprimé le souhait, Madame – répondis-je en m’approchant du lit.
    - Le souhait ? L’ai-je exprimé ? Tu dis le souhait, et tu as l’air de penser « l’ordre », qu’une dame a donné à un petit salarié, un garçon d’ascenseur ; mais dans ton incroyable effronterie, oui, ton impudence, tu penses « le désir », la chaude, la nostalgique convoitise, tu penses cela tut simplement et avec raison, parce que tu es jeune et beau, ah ! si beau, si jeune, si audacieux !... Le souhait ! Dis-moi au moins, doux ilote, si dans ton impudence, tu as osé partager un peu ce souhait ?
    Ce disant elle me prit la main et me fit asseoir à son chevet, sur l’étroit rebord du lit. Pour garder mon équilibre, je dus allonger le bras au-dessus d’elle et m’accoter au mur du fond, en sorte que j’étais penché sur sa nudité à peine voilée d’un fin linon et de dentelles, et sa chaleur m’enveloppait d’effluves parfumés. [/align:95cadd1b9f]


    Actielec


  7. #27
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    April 2003
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    [align=left:bc770435b4] Un peu froissé, je l’avoue, de ce qu’elle ne cessait de souligner l’humilité de ma condition, - après tout que lui importait et que voulait-elle en faire ? – je me penchai sur elle pour toute réponse et pressai mes lèvres contre les siennes. Or, non seulement son baiser fut encore plus appuyé que celui de l’après-midi, le premier – et je ne manquai pas de répondre à ses avances – mais elle détacha ma main du point d’appui et la plongea dans son décolleté, jusqu’à sa gorge fort avenante ; et la tenant par le poignet, elle la guida tant et si bien que ma virilité en conçut un trouble angoissant qui ne put échapper à ma partenaire.
    Attendrie par cette constatation, elle roucoula avec un mélange de compassion et de joie :
    - O suave jeunesse, bien plus belle que ce corps à qui il est donné de l’enflammer !...
    Et des deux mains elle se mit à manier la fermeture de mon col, le dégrafa et le déboutonna avec une incroyable célérité.
    - Otons, ôtons, débarrassons-nous en, et de cela aussi ! fit-elle volubilement. Ote, jette, pour que je te contemple, pour que je contemple le dieu ! Fais vite !
    « Comment à ce propos, quand l’heure vous appelle n’êtes-vous pas encore prêt pour la chapelle ? Déshabillez-vous vite ! je compte les instants ! La parure de noces !!! » C’est ainsi que j’appelle les membres de dieu, j’ai soif de les contempler depuis l’instant où je r’ai vu pour la première fois ! Ah tiens, ah, à la bonne heure ! le torse sacré, les épaules, la douceur du bras ! Débarrasse-toi aussi de ceci, oh là là, voilà ce que j’appelle de la galanterie ! A moi donc, bien-aimé ! Vient à moi ! à moi !...
    Jamais il n’y eut femme au langage plus expressif !
    C’était un chant qui s’exhalait d’elle, rien d’autre. Et elle continua de s’exprimer sur ce mode quand je fus à ses côtés. Il était dans sa manière de tout définir par des mots. Mais elle tenait dans ses bras l’élève de la sévère Rozsa. Il la combla de félicité et eut l’heur de se l’entendre dire. [/align:bc770435b4]


    Linedata


  8. #28
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    April 2003
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    [align=left:4ed5108615] - O le plus doux ! ô toi, ange de l’amour, monstre de volupté ! Ah, ah, démon, frais enfant, comme tu t’y entends ! mon mari, ne s’y entend pas du tout, il n’est capable de rien sache-le. O, tu m’enivres, tu me tues ! L’extase me coupe le souffle, me brise le cœur, ton amour me fera mourir ! » Elle me mordit la lèvre, le cou. « Tutoie-moi ! gémit-elle soudain, près du paroxysme suprême. Tutoie-moi rudement pour m’humilier ! J’adore être humiliée, je l’adore ! Oh, je t’adore, petit esclave stupide qui me déshonores.
    Elle pamait. Nous pâmâmes. Je lui avais donné le meilleur de moi. Tout en jouissant d’elle, je l’avais vraiment payée de retour. Mais comment n’eussé-je point été dépité qu’à l’instant suprême elle eût chuchoté ce mot d’ »humiliation » et m’eût traité de stupide petit esclave ? Sa bouche tout contre mon corps, elle murmura de nouveau dans un souffle :
    - Vite, tutoie-moi ! Je n’ai pas encore entendu ce tutoiement, de toi à moi ! Je suis étendue là, je fais l’amour avec un jeune domestique assurément divin mais fort banal. Mais quel délice de me déshonorer ainsi ! Je m’appelle Diane, mais toi, de tes propres lèvres, traite-moi de garce, expressément ! Dis : « O toi, douce garce ! »
    - Douce Diane !
    -Non, dis « toi », dis « garce » ! Laisse-moi dans ce mot savourer à loisir mon abaissement !...
    Je me détachai d’elle ; nous étions étendus côte à côte, le cœur encore battant la chamade. Je dis :
    - Non, Diane, tu n’entendras pas de ma bouche des mots pareils ! Et j’avoue qu’il m’est très amer que tu trouves un avilissement dans mon amour …
    - Pas dans le tien ! dit-elle en m’attirant vers elle. Dans le mien ! Dans mon amour pour vous insignifiants garçons ! Ah, charmant niais, tu ne comprends pas ?é Elle prit ma tête et la cogna plusieurs fois contre la sienne en une sorte de tendre désespoir. [/align:4ed5108615]


    SQLI


  9. #29
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    April 2003
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    [align=left:7923519531] « Je suis une femme de lettres, sache-le, une intellectuelle ! Diane Philibert, sous ce nom de plume. Naturellement tu ne l’as jamais entendu – comment le connaîtrais-tu ? ce nom figure sur tant de livres ; des romans, tu comprends, pleins de psychologie, pleins d’esprit et des volumes de vers passionnés. Oui, mon pauvre chéri, ta Diane est d’une intelligence extrême …Mais l’esprit … hélas !... (elle cogna de nouveau nos têtes l’une contre l’autre, un peu plus fort que tantôt) comment comprendrais-tu cela ? L’esprit est éperdument épris de ce qui n’est pas intellectuel, ce qui est vivant et beau dans sa stupidité, oh, il est épris de l’être beau et divinement stupide, jusqu’à la folie, jusqu’à se renoncer, jusqu’à se renier soi-même, il s’agenouille devant lui, il l’adore dans la volupté de l’abdication, de l’abaissement et éprouve une ivresse à être avili par lui …
    - Eh bien, chère enfant, - je parvins tout de même à l’interrompre – à supposer que je sois tant soit peu beau, et que la nature ait été généreuse à mon égard, tu ne devrais pas me croire tout à fait idiot, même si tes romans et tes poèmes …
    Elle me coupa la parole, ravie d’une manière que je n’avais point cherchée.
    - Tu m’appelles chère enfant ? s’écria-t-elle en m’enlaçant avec fougue, elle enfonça sa bouche dans mon cou. Ah, c’est merveilleux ! beaucoup mieux encore que douce garce ! C’est une volupté bien plus profonde que celles que tu m’as fait goûter, toi, artiste en amour ! Un petit liftier nu est couché auprès de moi et me dit « chère enfant », à moi, Diane Philibert ! C’est exquis ! ça me transporte ! Armand chéri, je ne voulais pas te froisser, je ne voulais pas dire que tu es particulièrement bête. Toute beauté est bête, tout simplement parce qu’elle est objet de sublimation pour l’esprit.
    - Laisse-moi te voir, tout entier. – Ah ciel, que tu es beau ! Ce torse si doux dans sa rigueur tendre et claire, le bras mince, les nobles côtes, les cuisses rentrées, et hélas, ces jambes d’Hermès … [/align:7923519531]


    Sasa Industries


  10. #30
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    April 2003
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    [align=left:b7b37344c0] - Mais voyons, Diane, cela n’est pas bien ! C’est moi, au contraire qui devrais voir en toi toute la beauté …
    - Des sornettes ! Vous autres, vous vous figurez cela ! Nous, femmes, nous avons la chance que nos courbes vous plaisent telles qu’elles sont. Mais le divin, le chef d’œuvre de la création, le prototype de la beauté, c’est vous, les jeunes, les très jeunes gens aux jambes d’Hermès. Sais-tu qui est hermès ?...
    - J’avoue qu’en ce moment …
    - Céleste ! Diane Philibert connaît l’amour avec un garçon qui n’a jamais entendu parler d’Hermès ! Quel délicieux abaissement pour l’esprit ! Je vais te dire, doux nigaud, qui est Hermès ! C’est l’agile dieu des voleurs …
    Interdit, je rougis. Je la regardai de près, me livrai à une conjecture qu’aussitôt j’abandonnai ; une pensée me vint, que je repoussai encore ; elle la noya d’ailleurs dans les aveux qu’elle exhalait entre mes bras, dans un murmure, puis tout à coup, haussant sa voix chaude et chantante :
    - Croiras-tu, mon aimé, que je n’ai jamais aimé que toi, oui, toi seul, depuis que s’est éveillé ma sensibilité ? C’est-à-dire, bien sûr, pas toi, mais l’idée de toi, le suave instant que tu incarnes ! Appelle ça une perversion, mais je hais l’homme adulte, à barbe d’adulte, au torse velu, l’homme mûr et plus encore l’homme supérieur, éminent, affreux, épouvantable ! Supérieure, je le suis moi-même ; c’est précisément cela que je trouverais pervers, de coucher avec un penseur !
    - De tout temps, je n’ai jamais aimé que vous, les adolescents – déjà, fillette de treize ans, je m’amourachais des gamins de quatorze, quinze ans. Le type a un peu grandi à mesure que je prenais de l’âge, mais à mon goût, pour ma nostalgie sensuelle, il n’a jamais dépassé dix-huit ans … Quel âge as-tu ?
    - Vingt ans, déclarai-je.
    - Tu parais plus jeune. Tu es déjà un peu trop vieux pour moi. [/align:b7b37344c0]


    Solving


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