La Tribune - édition du 23/12/2004


Pascal Aubert


Depuis hier, la Commission européenne mène désormais par deux manches à zéro dans le match qui l'oppose au géant américain du logiciel, Microsoft. Mais comme la firme fondée par Bill Gates dispose de gros - et même très gros - moyens pour défendre ses intérêts et son image, la partie va se poursuivre. D'autant plus sûrement que le juge de la cour de Luxembourg, qui statuait hier, a donné le sentiment de l'y encourager. A quoi bon multiplier ainsi les recours et les procédures ? A quoi bon perdre du temps en arguties juridiques longues et lentes alors que le progrès technologique - en particulier dans le domaine des logiciels - avance, lui, à tombeau ouvert ? La bataille en cours ressemble à s'y méprendre à celle que Microsoft a livrée ces dernières années contre l'autorité antitrust américaine. L'issue risque d'être semblable. Le géant du logiciel a perdu dans les prétoires mais il a remporté la victoire sur le terrain commercial, le seul qui importe vraiment. Son logiciel de navigation sur Internet a laminé tous ses rivaux aujourd'hui confinés à une part de marché marginale. L'histoire se répète à présent sur le terrain des logiciels multimédias. Grâce à sa force de frappe, Microsoft impose peu à peu son standard au détriment d'acteurs plus anciens mais moins puissants. Comme hier, le numéro un mondial du logiciel peut bien sortir défait du contentieux actuel avec Bruxelles si, entre-temps, il a réussi à prendre sur le marché une avance décisive. Car la grande force de la marque fondée par Bill Gates réside dans la fidélité passive et silencieuse des dizaines de millions d'utilisateurs de ses produits. Le plus souvent initiée à l'univers Microsoft dès ses premiers pas dans le monde de l'informatique et d'Internet, cette grande famille universelle - particuliers et entreprises - ne nourrit pas à l'égard de ses méthodes commerciales les mêmes griefs que la petite communauté des activistes anti-Microsoft et des concurrents du géant de Redmond. Quelle que soit l'issue finale de la bataille juridique en cours, il y a de fortes chances qu'une grande majorité de ces clients continuera d'accorder sa préférence à un environnement et à des logiciels dans lesquels elle se sent à son aise.