Les formulaires demandant aux Français de choisir leur médecin traitant, sous peine d'être moins bien remboursés, arrivent dans les boîtes aux lettres. Il faut se décider avant juillet. Nos conseils pour comprendre ce système compliqué.




ET VOUS, vous choisissez quel médecin traitant ? Les Français sont pour la première fois confrontés concrètement à la réforme de la Sécurité sociale. Depuis lundi commencent à arriver dans les boîtes aux lettres des formulaires vous demandant de choisir votre praticien de référence. C'est une vraie révolution dans un pays où la médecine libérale fait figure de dogme, et où l'on n'a jamais été habitué à désigner à la Sécu le nom de notre praticien de référence, sésame maintenant nécessaire pour être bien remboursé (voir page 3) .


La première réaction des Français est l'inquiétude. Hier, 3 000 appels ont été passés au numéro vert de la plate-forme téléphonique spécialement mise en place pour donner des explications aux patients sur cette réforme compliquée*. Preuve de l'intérêt majeur de nos concitoyens pour ce sujet. Que disent les gens ? « Ils nous demandent à quelle date ils vont recevoir le formulaire, quel médecin il faut choisir, et s'ils sont obligés ou non d'en prendre un », indique-t-on à la Caisse nationale d'assurance maladie. Certains patients n'ont pas traîné. Hier, par exemple, le docteur Jean Doubovetzky, praticien à Albi et auteur du très actuel « Comment choisir son médecin » ( Editions Balland. ), a fait signer cinq formulaires à ses patients qui se sont engagés à le prendre comme médecin traitant. Cette réforme lancée par le ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy, a pour ambition d'en finir avec un mal français, le nomadisme médical à l'excès. En changeant autant de fois qu'ils le souhaitent de praticiens, les Français augmenteraient chaque année un peu plus le trou colossal de la Sécu qui s'élevait en 2004, à 12,9 milliards d'euros. L'idée forte est donc de les inciter à passer d'abord par la case médecin traitant, qui centralisera dorénavant tout leur dossier médical, afin qu'ils n'aillent plus au gré de leur envie consulter comme bon leur semble tel ou tel spécialiste.
« Un effet pervers » Cette thèse est soutenue par Jean Mérel, président de l'Association française des diabétiques, qui estime que « cette réforme va remettre de l'ordre dans le suivi des patients et obligera les médecins à davantage respecter les règles de bonnes pratiques médicales ». Mais ce qui ressemble cependant assez fort à du dirigisme médical se heurte aussi à de fortes résistances. « C'est davantage de bureaucratie, de paperasses, et trop de pouvoirs donnés aux médecins généralistes », lance un président d'association de malades. Mais le coeur du problème est le risque, selon certains, d'un accroissement des inégalités face aux soins. « Des patients à faibles ressources vont se retrouver, par un effet pervers, au bord de la route, sans médecin traitant. Il y a en effet une lacune dans le texte, jusque-là passée inaperçue. Rien n'oblige un médecin traitant à accepter votre demande d'inscription », s'alarme Alexandre Biosse-Duplan, chargé de mission à l'UFC-Que choisir. Selon cet organisme, qui demande une modification du texte, des patients « sans intérêt » aux yeux des médecins, parce que pauvres, toxicomanes, ou très compliqués à soigner, auront plus de mal à convaincre un médecin traitant de signer l'imprimé officiel que des retraités possédant un bon revenu, et atteints d'une affection simple à soigner. A ses yeux, le risque d'une médecine à deux vitesses n'a jamais été aussi présent.

* 0 820 773 333 pour les patients. A partir de lundi, un autre numéro est mis en place pour les médecins, au 0 820 773 030.