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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes sont-elles des maîtresses idéales

    Bonsoir à tous,

    Aujourd’hui, nous avons choisi de vous poster quelques chapitres d’un livre de Robert Musil, L’homme sans qualités, roman étonnant, touffu, charmeur, drôle et inachevé. Cet écrivain est sans conteste parmi les tout premier du XX siècle (ce n’est pas pour rien que le grandissime Thomas Mann le portait aux nues, même si cette admiration n’était pas payée de retour). Pour les illustrer, nous vous proposons de découvrir l’œuvre d’Egon Schiele, un artiste viennois du début du même siècle, peintre maudit, ayant eu à subir le mépris de la foule qui criait au scandale, peintre qui n’a retrouvé sa place dans l’histoire de la peinture moderne qu’à titre posthume.

    [align=left:18c941e83a] L’Homme sans qualités dont il est question dans ce récit s’appelait Ulrich, et Ulrich (qu’il est désagréable de devoir continuellement appeler par son prénom quelqu’un que l’on ne connaît encore qu’à peine ! mais, par égard pour son père, le no de famille doit être tenu secret), Ulrich, donc, avait donné le premier échantillon de sa manière dès la fin de l’adolescence, dans une dissertation sur une pensée patriotique. Or, le patriotisme, en Autriche, était quelque chose de tout à fait particulier. [/align:18c941e83a]

    Notre daubinettes initiale protége une très belle et très sage femme, non, que dis-je, ce n’est pas une femme, c’est une vraie déesse, alors que son mnémo nous renvoit phonétiquement au nom d’un célèbre écrivain français grand admirateur de Robert Musil auquel nous avons consacré le présent thread.


  2. #2
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    [align=left:151ac1a482] Voyez les enfants allemands : ils apprenaient tout bonnement à mépriser les guerres des enfants autrichiens, et on leur enseignait que les enfants français avaient pour ancêtres des libertins énervés que la seule vue d’un fantassin allemand à grande barbe faisait fuir, fussent-ils des milliers ; et les enfants français, les enfants russes, les enfants anglais eux aussi souvent vainqueurs, apprenaient la même leçon en renversant les rôles, et avec toutes les modifications souhaitables. Comme les enfants sont fanfarons, qu’ils aiment jouer aux gendarmes et aux voleurs et sont toujours prêts à tenir pour la première du monde la famille Y., de la rue du grand X ., pour peu que le hasard en ait fait leur propre famille, rien n’est plus aimé que de les gagner au patriotisme.
    En Autriche, les choses étaient un peu moins simples : si les Autrichiens étaient bien sortis vainqueurs de toutes les guerres de leur histoire, la plupart d’entre elles ne les en avaient pas moins obligés à quelque cession. Ce sont des choses qui font penser. [/align:151ac1a482]


    Très intelligent, Musil : voyez comme il nous révèle la genèse de toutes les incompréhensions et conflits entre nations. Mais notre seconde daubinette pourrait le faire aussi, sans doute, comme en témoigne son nom !


  3. #3
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    [align=left:ac65954eee] Ulrich écrivit qu’un véritable patriote ne devait pas se croire en droit de juger son pays meilleur que les autres et même, en un éclair qui lui parut particulièrement beau, bien que sa lueur l’eût plutôt ébloui qu’illuminé, il avait ajouté à cette phrase déjà suspecte une autre phrase : à savoir que Dieu lui-même préfère sans doute parler de sa création au potentiel (hic dixerit quispiam : ici, l’on avancera peut-être que …), car Dieu crée le monde en pensant qu’il pourrait tout aussi bien être différent. Ulrich avait été très fier de cette phrase, mais peut-être ne s’était-il pas exprimé assez clairement, car elle provoqua un véritable scandale, et on faillit le chasser de l’école ; mais on ne résolut rien, incapable qu’on était de décider s’il fallait vois dans sa téméraire observation un outrage à la patrie ou un blasphème. [/align:ac65954eee]

    Manifestement, cet Ulrich est quelqu’un de remarquable et pas mancheot, pour écrire des choses aussi sensées. Eh bien, la troisième daubinette de notre sélection n’est pas mancheote elle non plus, encoir qu’elle soit un drôle d’oiseau, tout comme Ulrich, et vous allez le voir.


  4. #4
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    4

    [align=left:8d7ce69a6b] Il poursuivait alors son éducation au lycée Marie-Thérèse, établissement distingué qui fournissait à l’Etat ses plus nobles soutiens ; et son père, irrité de l’affront que lui valait ce fils indigne, l’envoya à l’étranger, dans un petit institut belge sis dans une ville inconnue et qui, administré avec un heureux sens de l’industrie et n’exigeant que des prix modiques, avait un grand mouvement d’élèves plus ou moins dévoyés.
    Ulrich y apprit à étendre à toutes les nations son dédain de l’idéal des autres.
    Depuis, seize ou dix-sept ans avaient passé, comme nuiages au ciel.
    Ulrich ne les regrettait pas plus qu’il n’en était pas fier ; arrivé en sa trente-deuxième année, il les considérait simplement avec surprise. Entre-temps, il avait vécu ici ou là, pafrois aussi, brièvement, dans sa patrie, et partout il avait fait des choses estimables et d’autres inutiles.
    [/align:8d7ce69a6b]


    Tel un papillon ou, disons, une COXilelle, Ulrich voletait dans sa vie, avant de revenir à sa ville natale pour s’y fixer. Est-ce une bonne idée ? Ce n’est pas moi qui vais vous le dire, il faudrait que vous lisiez le livre pour savoir cela.


  5. #5
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    5

    [align=left:5c7fc9ff12]
    On a déjà laissé entendre qu’il était mathématicien, et il n’est pas besoin d’en dire davantage à ce sujet pour l’instant ; en effet, dans toute profession, pourvu qu’on l’exerce par amour et non plus de l’argent, arrive un moment où les années qui s’accumulent paraissent ne plus mener à rien.
    Après que ce moment eut quelque peu traîné en longueur, Ulrich se rappela qu’on accorde au pays natal le mystérieux pouvoir de rendre à la réflexion des racines et un terreau, et il s’y installa avec les sentiments d’un promeneur qui s’assied sur un banc pour l’éternité, tut en préssentant déjà qu’il ne va pas tarder à le quitter.

    C’est alors que, mettant de l’ordre dans sa maison, comme dit la Bible, il fit l’expérience dont l’attente avait été, somme toute, sa véritable occupation. Il s’était mis dans l’agréable obligation de réinstaller à neuf, et à sa guise, la petite propriété laissée à l’abandon. De la restauration fidèle à l’irrespect total, il avait le choix entre toutes les méthodes, et tous les styles, des Assyriens au cubisme, se présentaient à son esprit.
    [/align:5c7fc9ff12]

    Réaménager sa maison, quelle chose exaltante, mais aussi difficile. Le plus important, me semble-t-il est de trouver une idée générale, une clef, pourrait-on dire. A partir de cela, la tache devient aisée. Eh bien, notre cinquième daubinette pourrait être d’un grand secour à ceux qui manquent d’idées, son nom le proclame haut et fort, même s’il ne le fait en français.


  6. #6
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    6

    [align=left:1100b03494]
    Quel choix fallait-il faire ? L’homme moderne naît en clinique et meurt en clinique : il faut que sa demeure ressemble à une clinique ! Cet impératif venait d’être formulé par un architecte d’avant-garde, tandis qu’un autre, réformateur de l’aménagement, exigeait des parois amovibles sous prétexte que l’homme doit apprendre à vivre en confiance avec son semblable et cesser de s’en isoler par goût de séparatisme.
    Des temps nouveaux venaient de commencer (il en commence à chaque minute) : à temps nouveaux, style nouveau !
    Par bonheur pour Ulrich, le petit hôtel, dans l’état où il le trouva, possédait déjà trois styles superposés, de sorte qu’il était vraiment impossible, dans de telles conditions, de satisfaire à toutes cesces à la fois ; il ne s’en trouva pas moins profondément ébranlé par la responsabilité de cette maison à installer, et une menate qu’il avait pu lire plus d’une fois dans des revues d’art : « Dis-moi comment tu es logé et je te dirai qui tu es » planait sur sa tête.
    [/align:1100b03494]


    L’architecte d’avant-garde susmentionné a dû bien faire fonctionner ses … pour arriver à cette conclusion !


  7. #7
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    [align=left:0a4115b040] Après un examen approfondi de ces revues, il décida qu’il aimait encore mieux prendre lui-même en main l’aménagement de sa personnalité et il se mit à dessiner son futur mobilier. Mais, à peine avait-il imaginé quelque forme expressive et puissante qu’il songeait qu’on pourrait tout aussi bien la remplacer par une forme fonctionnelle, svelte et robuste comme une machine ; quand il projetait une forme de style béton armé, comme émaciée par sa propre puissance, il se rappelait les formes maigres, avant-printanières, d’une fillette de treize ans et commençait à rêver au lieu d’agir.

    C’était là (dans une affaire qui, somme toute, ne le otouchait pas de fort près) cette fameuse incohénrence des idées, cette prolifération privée de centre qui caractérisent le temps présent et en constituent l’arithmétique particulière, ce coupage de cheveux en quatre à la poursuite d’une unité toujours fuyante. Ulrich finit par ne plus imaginer que des pièces irréalisables, des chambres turnantes, des installations kaléidoscopiques, des changements à vue pour l’âme, et ses idées perdaient de la consistenance à mesure. [/align:0a4115b040]


    Pour l’instant, le ton de Musil est neuter et mesuré, mais ne vous y trompez pas, c’est un écrivain SARcastique pour ne pas dire caustique, et très fin. J’apprécie beaucoup son humour, un peu pince-sans-rire, et j’aimerais bien que vous partagiez mes sentiments.


  8. #8
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    [align=left:98d5a5e6ac] Il en arriva enfin au point vers lequel il avait été secrètement attiré. Son père eût dit à peu près : « Si on le laissait faire à sa tête, il finirait par se la taper contre les murs à force de perplexité », ou bien « Quand on peut faire tout ce qu’on veut, on a bientôt fait de ne plus savoir quoi désirer ». Ulrich se répétait ces sentences avec ravissement. Cette sagesse ancestrale lui semblait d’une extraordinaire nouveauté.
    Il faut que l’homme se sente d’abord limité dans ses possibilités, ses sentiments et ses projets par toutes sortes de préjugés, de traditions, d’entraves et de bornes, comme un fou par la camisole de force, pour que ce qu’il réalise puisse avoir valeur, durée et maturité … En cérité, c’est à peine si l’on peut mesurer la portée de cette idée !

    Ainsi donc, l’Homme sans qualités, une fois de retour au pays, ne craignit pas de faire ce deuxième pas, et de sa laisser modeler de l’extérieur par les corconstances de la vie ; à ce point de ses réflexions, il abandonna carrément l’installation de sa maison au génie de ses furnisseurs, bien persuadé que pour la tradition, les préjugés et l’étroitesse, il pouvait se reposer sur eux. [/align:98d5a5e6ac]


    Savez-vous que lorsque vous vous dites : « Ah, si je … », vous inversez (phonetiquement) le nom de notre daubinette n° 8 ?



  9. #9
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    [align=left:7be3f31ca6]
    Lui-même se contenta de rafraîchir les lignes anciennes qui étaient déjà indiquées, les sombres ramures de cerf sous les voûtes blanches du petit vestibule, le sévère plafond du salon ; pour le reste, il ajouta tout ce qui lui parut pratique et confortable.
    Quand tout fut terminé, il ne lui rsta plus qu’à secouer la tête en se disant : voilà donc la vie qui est censée petre la mienne ?
    C’était un délicieux petit palais qu’il possédait là ; du moins pouvait-on l’appeler ainsi, car il était exactement tel qu’on se figure une de ces résidences de bon goût pour grands personnages imaginées par les maisons de meubles et de tapis, les ensembliers qui sont dans ce domaine à l’avant-garde.

    Il ne manquait plus que de remonter l’exquise mécanique : alors, on eût vu ruler des équipages dans l’allée, emportant de hauts dignitaires et des dames de qualité, des laquais sauter à bas des marchepieds et demander non sans méfiance à Ulrich : »Où donc est votre maître, mon brave ? »…
    Il était à peine redescendu de la lune qu’il se réinstallait comme s’il ne l’avait jamais quittée. [/align:7be3f31ca6]


    Je me demande s’il a fait faire des rideaux avec ces petits plis qui forment une espèce de quadrillage ? Ces plis ont ceci de particulier que les trois premières lettres de leur nom vous donnent le mnémo de notre valeur présente.


  10. #10
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    [align=left:233a02e79e]
    Léone, ou un déplacement de perspective.


    Quand on a mis de l’ordre dans sa maison, il faut se chercher une femme. En ce temps-là, l’amie d’Ulrich s’appelait Léontine et chantait dans un petit théâtre de Variétés ; elle était grande, élancée sans maigreur, d’une impassibilité provocante, et il la prénommait Léone.
    Elle l’avait frappé par les humides ténèbres de ses yeux, quelque expression douloureusement passionnée de son beau, long et régulier visage, et les chansons pleines de sentiment qui tenaient lieu, chez elle, de chansons obscènes.
    Ces chansonnettes démodées avaient pour thème l’Amour, la Fidélité, la Séparation, les Murmures de la fôret ou les Truites étincelantes. Léone, grande et seule jusqu’à la moelle des os, était debout sur la petite scène et patiemment, d’une voix de mère de famille, jetait ses chansons au public ; les rares fois où s’y glissaient malgré tout de légères incongruités, l’effet en était d’autant plus saugrenu que cette fille soulignait des mêmes gestes, péniblement épelés, le tragique et le facétieux.
    [/align:233a02e79e]


    Pas mal, cette LeonTIne, hein ? Un beau petit lot, et chanteuse avec ça. Avouez, messieurs, que vous auriez bien voulu être à la place de notre Homme sans qualités ?


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