Vous souhaitez vous documenter sur certaines thèmes relatifs à la bourse, n'hésitez pas à consulter notre espace dédié à la formation : "comprendre la bourse"
Page 1 sur 5 123 ... DernièreDernière
Affichage des résultats 1 à 10 sur 42
  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    Les daubinettes se jettent à l’eau

    Bonjour à tous,

    Ce soir, nous allons nous intéresser à Edouard Mörike, dont le lyrisme en appelle beaucoup au silence, comme sa vie en appelle beaucoup à la tranquillité. La prose de cet écrivain suabe, grand représentant du mouvement allemand romantique du XIX siècle, est mélodique et sereine, empreinte d’un humour doux et bienveillant, elle est comme illuminée par son sourire.
    Ce sont les tableaux d’un autre génie germanique, Lucas Cranach (ou Kranach) l’Ancien qui illustrent la légende de la Belle Ondine.



    Histoire de Lau La Belle
    Edouard Mörike

    [align=left] Le Pot-au-Bleu, ou Trou-d’Azur, est cette grande et ronde cuvette d’une source merveilleuse, au pied d’une abrupte paroi rocheuse, juste derrière le couvent. De là part vers l’orient une petite rivière, la Bleue, qui va se jeter dans le Danube. Ce bassin est fait, intérieurement, comme un profond entonnoir, et ses eaux sont du plus bel azur, si splendide que les mots ne sauraient le décrire ; mais qui les puise, pourtant, les voit claires et transparentes dans la cruche.

    La légende commence comme un innocent récit aux couleurs GUImauve, mais ne vous y trompez pas, vous n’allez pas vous ennuyer un instant !


  2. #2
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    2

    [align=left:95cc0a5095] Sur le fond, donc, tout au fond, il y avait une fois une ondine à la longue et flottante chevelure. Son corps était en tous points semblable à celui d’une vraie et belle femme, à l’exception de ceci, qu’elle avait les doigts et les orteils joints par une palmure blanche et fine comme une fleur, plus délicate encore qu’un pétale de pavot.
    Dans la bourgade, de nos jours encore, on peut voir un grand bâtiment, jadis un cloître de femmes et transformé depuis en une auberge qui en a gardé le nom, puisqu’elle s’appelle en effet l’Auberge des Nonnes. Il n’y a guère que soixante ans encore, dans cette auberge était accroché le portrait à l’huile de la Dame des eaux, et les couleurs y étaient distinctes encore malgré la fumée et le temps. On l’y voyait les mains croisées sur la poitrine, le visage d’un blanc grave, les cheveux noirs, et ses yeux, des yeux qu’elle avait fort grands, étaient bleus. Les gens la nommaient, soit la perfide Lau du Pot-au-Bleu, soit et aussi bien Lau la Belle ; car à l’égard des gens elle se montrait tantôt méchante et tantôt bonne. A cette époque, quand elle était colère, elle laissait déborder l’entonnoir, mettant en danger la ville et le cloître ; aussi les bourgeois lui apportaient-ils, en une manière de pèlerinage, - une procession solennelle qui se reproduisait souvent, - toutes sortes de cadeaux pour l’apaiser, tels que vaisselle d’or et d’argent, coupes, bols, petits couteaux et autres objets de ce genre ; mais contre cela, comme coutume païenne et vrai idolâtrie, les moines se fâchèrent très honnêtement, tant et si bien que finalement ces processions cessèrent.
    [/align:95cc0a5095]

    Qu’elle est belle, Lau, avec sap eau blanche et sa chevelure d’un noir profound, si longue, SI LISSE ! De tous temps, nos voisins d’outre Rhin ont été fascinés par l’Ondine, tantôt cruelle, et tantôt bonne, mais presque toujours malheureuse. Il n’y a qu’à se souvenir de l’infortunée Ondine de La Motte-Fouqué (pillée sans scrupule par Jean Giraudoux qui a dû se dire que le sort n’avait pas été assez cruel avec elle !) ou de Lorelei de Heine, perfide et insensible.


  3. #3
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    3

    [align=left:5e83d21876] C’était pourquoi la Dame des Eaux était à ce point l’ennemie du monastère, mais non, toutefois, sans apparaître au jour et rester longtemps, découverte à mi-corps, à écouter lorsque le père Emérence jouait de l’orgue et que nul humain ne se montrait dans les parages. Il n’était pas rare, alors qu’elle portât sur la tête une couronne faite de larges feuilles, et un collier semblable aussi.
    Un jeune et impudent berger, un jour, l’épia à travers les feuilles du buisson et lui cria : « Hé grenouille, va-t’y faire beau ? » - mais plus rapide qu’un éclair et plus venimeuse qu’une vipère, elle se jeta dehors, empoigna le gamin aux cheveux et l’entraîna au fond avec elle dans ses humides appartements.
    Là, elle voulait laisser le misérable, dans son évanouissement, aller jusqu’à la mort et l’anéantissement, mais voilà que bientôt après, il reprit ses sens et revint à soi pour découvrir une porte, et parcourant escaliers et couloirs, traversant bon nombre de pièces, il gagna une belle salle où l’on était exquisément bien et au chaud en plein cœur de l’hiver. Dans un coin, où Lau et ses servantes dormaient déjà, resplendissait, à l’instar d’une veilleuse dans la nuit, une lampe suspendue au plus haut d’un grand candélabre à pieds d’or, faits comme les serres d’un oiseau. Les murs étaient couverts de riches tapis orientaux tissés de toutes les couleurs, et partout on voyait des meubles précieux. Le gamin s’empressa de descendre la lumière de son socle, regarda vivement autour de lui ce qu’il pourrait bien emporter, et tira d’une armoire quelque chose de lourd, enfermé dans un sac, pensant que c’était là de l’or.
    [/align:5e83d21876]

    Hé ben, on dirait que Lau sait se venger ! Pourtant, le garçon qu’on aurait cru cOMAteux, a vite repris ses sens et tout compte fait, son aventure s’est terminée de manière bénigne, n’est-ce pas ?


  4. #4
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    4

    [align=left:b943f3fe34] Il s’enfuit alors et s’en vint devant une petite porte de bronze qui pouvait bien avoir deux poings d’épaisseur ; il ôta le verrou qui la tenait fermée et grimpa les marches de pierre, de palier en palier, tantôt à droite, tantôt à gauche, pas moins de quatre cents degrés, pour sûr, jusqu’à la fin, où ils donnaient sur un désordre de parois rocheuses ; il lui fallut alors abandonner derrière soi la lumière et grimper au moins pendant une heure, au péril de sa vie, errant çà et là dans l’obscurité, avant enfin que, tout à coup, sa tête apparût au ras du sol. C’était la pleine nuit et une épaisse forêt l’entourait. Et lorsque, pour finir, après nombre d’allées et venues, de tâtonnements et d’erreurs, aux premières heures du matin, il parvint sur des chemins praticables, apercevant du haut des rochers la petite bourgade au-dessous de lui, il lui tarda de voir au jour ce qu’il avait dans son sac : mais voilà que ce n’était rien de plus qu’un morceau de plomb, un cône pesant, long d’un empan, avec un chas à son extrémité supérieure, et tout blanchi de vétusté.
    Furieux, il lança au loin cette pauvre vieillerie là-bas, dans la vallée, et jamais par la suite il ne parla à quiconque de son rapt, dont il se sentait honteux. Mais c’est par lui pourtant que vint aux oreilles des gens, pour la première fois, quelque chose au sujet du domicile de la Dame des Eaux.
    Il convient de savoir, à présent, que la Belle Lau n’habitait pas là parce qu’elle y fut chez elle : bien plus, elle était de sang royal étant fille de roi, et d’un sang qui, du côté maternel, la rattachait à l’espèce mi-humaine ; elle était l’épouse du roi des Nixes de la Mer Noire. Mais son mari l’avait bannie parce qu’elle ne mettait au monde que des enfants mort-nés, ce qui était dû au fait que toujours, et sans nulle raison définie, elle était triste.
    [/align:b943f3fe34]

    Il faut dire que le gamin ne manquait pas d’audace ! Au lieu de s’enfuire sans demander son reste, il a fouillé le domicile aquatique de l’Ondine et s’est emparé de quelque chose dont il devait croire que c’était un trésor inestimable, mettons, de l’or, des diamants et des EMEraudes, mais qui s’est avéré n’avoir aucune valeur. Passons sous silence l’aspect immoral du comportement du petit chenapan et admirons son courage, si vous voulez bien !


  5. #5
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    5

    [align=left:823c14cd21] La prédiction lui avait été faite, par sa belle-mère, qu’elle ne pourrait avoir d’enfant vivant tant qu’elle n’aurait pas ri cinq fois de tout cœur. Et la cinquième fois devait être quelque chose qu’elle ne connût point, ni non plus le vieux Nixe. Mais quelque peine que s’y adonnassent ses gens, jamais elle ne voulait réussir ; de sorte que le vieux roi avait fini par ne plus pouvoir la supporter à sa cour et l’avait envoyée en cet endroit, non loin du Danube supérieur, où demeurait sa sœur.
    Comme servantes et comme suivantes propres à la distraire et à lui faire passer le temps, sa belle-mère l’avait pourvue des plus malicieuses et rieuses jeunes demoiselles qui fussent jamais parmi la gent aux pieds de canard (car le commun de la race des ondines marche avec d’authentiques pieds de canard) ; pas moins de six fois le jour, elles l’habillaient différemment, et tout uniquement et purement pour lutter contre l’ennui (car lorsque la Dame des Eaux quittait son royaume, c’était toujours en précieuse parure, mais toujours les pieds nus) ; elles lui racontaient toutes leurs histoires et leurs contes anciens, lui faisaient de la musique, dansaient et plaisantaient pour elle.
    La chambre où le berger était allé était la « gandoir », ou chambre de repos de la princesse, relié au Trou-d’Azur par un escalier ; elle y avait passé, étendue, plus d’un beau jour et maintes nuits d’été, à cause de sa fraîcheur. Elle possédait en outre toutes sortes de joyeux animaux tels que : oiseaux, lièvreteaux et petits singes, mais surtout elle avait un nain bouffon, qui avait autrefois guéri un oncle de la princesse d’une pareille mélancolie.
    [/align:823c14cd21]

    Arf !!! Quel cruel destin que celui de Lau ! Franchement, je me demande si elle l’a mérité ! Cela nous explique pas mal de traits de son caractère, pas vrai ?
    Ah oui, j’oubliais : cherchez une onomatopée, remplacez sa première lettre par une autre, et vous aurez le mnémo de notre daubinette n° 5.


  6. #6
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    6

    [align=left:2ec6ad7b2e] Elle jouait chaque soir aux dames avec lui, et aux échecs, ou encore aux moutons et au loup, et chaque fois qu’il lui avait fait quelque maladresse en jouant un coup, il faisait d’impayables grimaces toujours différentes, ou plutôt toujours pires, irrésistibles au point que le sage Salomon soi-même n’eût pu se retenir de rire, et à plus forte raison ces demoiselles les suivantes, ou toi-même, chère lectrice, si tu t’étais trouvée là ; mais auprès de la Belle Lau, c’était sans résultat, et c’est à peine si parfois il lui arrivait d’ouvrir la bouche pour quelques mots.
    Chaque année, au début de l’hiver, arrivaient les messagers qui venaient de chez elle, et ils faisaient retenir le marteau de la porte, ce qui effrayait les soubrettes :

    Qui heurte ainsi, que notre cœur en est transi ?

    Alors ils disaient :

    Les envoyés du roi sont arrivés ici.
    Faites-nous donc savoir, et véritablement,
    Quel bien vous avez fait en usant de ce temps !

    Et les femmes répondaient :

    Les lointaines chansons, nous les avons chantées,
    Les plus lointaines danses, nous avons dansé,
    Et à un cheveu près, c’était gagné !
    Revenez, chers seigneurs, une autre année.
    [/align:2ec6ad7b2e]

    La procréation était donc refusée à la belle petite Ondine. Triste et morose, elle assistait sans joie aux réjouissances de sa cour.
    Dommage qu’elle n’ait pas songé à faire appel à notre sixième valeur qui aurait peut-être pu remédier à son malheur, du moins c’est ce que suggère (presque) son appellation.


  7. #7
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    7

    [align=left:ef91e9ca5d] Et ainsi ils repartaient de nouveau chez eux. Mais la Dame, après leur visite, était plus triste que jamais.
    A l’Auberge des Nonnes, la patronne était une grosse femme, Dame Beth Seysolfine : une joyeuse commère, fidèle chrétienne, accueillante et bonne ; envers les pauvres compagnons qui voyageaient, surtout, elle se montrait comme une vraie mère pour l’étranger.
    En général, c’était son fils aîné, Stéphan, lequel était marié, qui dirigeait l’auberge ; un second fils, Xavier, était cuisinier au couvent ; deux filles encore restaient avec elle. Elle avait un petit potager aux approches du bourg, tout à côté du Pot-au-Bleu.
    Une fois que dans l’avant-saison, par une chaude journée, elle s’y était rendue pour disposer ses carrés, semer les choux et les salades, planter les haricots et les oignons, elle jeta les yeux avec plaisir, comme de juste, un coup de plus par-dessus la clôture vers les belles et rafraîchissantes eaux bleues ; et elle vit avec déplaisir que tout le site était enlaidi par un vieux tas d’ordures et de cendres ; elle reprit donc la bêche, ayant terminé son propre travail et refermé la porte du jardinet, et prestement arracha le plus gros des mauvaises herbes, pour prendre ensuite dans son panier aux semences des graines de citrouille qu’elle plante ici et là dans le monticule. (L’abbé du couvent, qui ne voyait jamais sans satisfaction l’aubergiste qu’il trouvait séduisante et accorte – lui-même, à qui l’on n’eût guère donné plus de la quarantaine, était doué comme elle d’un certain embonpoint – était alors à sa fenêtre, juste au-dessus, et il la salua tout en la menaçant du doigt comme s’il l’avait prise en flagrant délit d’hostilité personnelle.)
    [/align:ef91e9ca5d]

    Mais quand meme, le vieux roi ! Je le trouve d’une insensibilité assez singulière, car chasser la belle Lau qui a pour lui les yeux de CHIMène ne témoigne pas d’un naturel aimant et inclin au pardon et à l’oubli. Si vous voulez savoir mon avis, c’est un sale type et rien de plus !


  8. #8
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    8

    [align=left:0ab575f699] Donc, ce fâcheux amoncellement se mit à verdir tout au long de l’été, que c’en était une joie, et en automne de grosses citrouilles jaunes étaient pendues sur ses flancs presque à toucher les eaux du bassin.
    Alors il arriva qu’une fois, la fille de l’aubergiste, Jutte, était descendue à la cave où se trouvait encore, datant des temps anciens, un puits ouvert avec sa margelle de pierre, elle vit avec effroi, à la lueur de sa bougie, la Belle Lau dont tout le haut du corps émergeait du puits.
    La jeune fille s’enfuit, et alla raconter la chose à sa mère ; celle-ci n’avait point peur et elle descendit seule, ne permettant même pas que son fils la suivît, par précaution, car la Dame était nue.
    La visiteuse étrange prononça cette salutation :

    Rampant, nageant, l’ondine est venue
    Par des couloirs rocheux sombres et nus
    Et sourcilleux, faire ses politesses
    A la maison des Nommes à l’hôtesse.
    Elle qui s’est, pour moi, penchée à terre,
    Qui m’a orné le Trou-d’Azur
    Avec des fruits et des verdures
    Je lui dois mon merci sincère.
    [/align:0ab575f699]

    Le mnémo de notre huitième daubinette est composé de trois lettres et il est très difficile de lui trouver une devinette (je vous l’avais déjà dit plusieurs fois), à moins qu’on ne se dise que chacune d’elles pourrait servir de lettre initiale pour une onomatopée que Dame Beth aurait pu émettre en écoutant le récit de sa fille, auquel cas vous ne manquerez pas de le trouver.


  9. #9
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    9

    [align=left:2348aed5b2] Elle tenait à la main une sorte de toupie taillée dans une pierre aussi claire que l’eau, et la tendit à l’aubergiste, en lui disant : »Acceptez ce jouet, ma chère dame, prenez-le en souvenir de moi. Vous en aurez le meilleur usage. Tout récemment je vous ai entendue, au jardin, qui disiez à votre voisine combien vous teniez dans l’angoisse la prochaine fête de la paroisse, où toujours bourgeois et paysans finissent par tomber en discorde au point que le meurtre et l’assassinat sont à craindre.
    C’est pourquoi, ma chère dame, quand une fois de plus vos hôtes enivrés par la danse et par les libations en viendront aux querelles, alors prenez en main ce petit objet et faites-le tourner en plein brouhaha devant la porte de la salle : à travers toute la maison s’entendra une tonalité puissante et magnifique’, de sorte qu’il n’y aura personne qui ne laisse retomber les poings sur-le-champ en retrouvant sa bonne humeur, car chacun sera instantanément remis à jeun, lucide et de sang-froid. Quand il en sera ainsi, vous jetterez alors votre tablier sur la toupie qui va s’y emmêler et se tiendra tranquille. »
    [/align:2348aed5b2]

    Quelle MUNifiscence que cette toupee, taillée dans du crystal le plus pure, et possédant de si puissantes propriétés. Il n’est certes pas courant de recevoir de tels cadeaux – mais accueillir une ondine chez soi ne l’est pas non plus. La raison en serait-elle le fait qu’on n’ait plus de puits dans nos habitations ? Comme quoi, le confort moderne nous prive de quelques belles aventures. A méditer !


  10. #10
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
    Date d'inscription
    April 2003
    Messages
    6 196

    10

    [align=left:ba2ef865e2] Ainsi parla la Dame des Eaux. Dame Beth reçut avec plaisir le joyau précieux ainsi que son cordon d’or et son coffret d’ébène, appela sa fille Jutte (qui se tenait cachée juste derrière le tonneau à choucroute au pied des marches) pour lui montrer le présent, puis elle remercia la Dame et cordialement l’invita à leur venir faire visite aussi souvent qu’il lui arriverait de trouver le temps long. Après quoi l’ondine plongea et disparut.
    Il ne fallut pas longtemps pour que se révélât à l’aubergiste quel trésor elle avait reçu avec cet objet. Car non seulement il apaisait en un rien de temps, par son unique force et sa puissante vertu, les pires querelles, mais encore il attirait à l’auberge la foule des curieux. Quiconque venait au pays, manant ou prince, descendait là, attiré par l’objet.
    Notamment, il y eut bientôt le comte de Hellenstein, du Wurtemberg, et certains grands prélats ; et même un fameux duc de Lombardie qui était l’invité du duc de Bavière, et qui avait pris exprès ce chemin en se rendant en France, offrant beaucoup d’argent contre cette pièce si l’hôtelière consentait à la lui laisser. Assurément, il n’existait aucun autre pays où se pût voir et entendre une pareille chose !
    D’abord, quand cela se mettait à tourner, le son commençait doucement, puis il se faisait de plus en plus fort, toujours plus merveilleux, grave et aigu, semblable à l’harmonie de nombreux tuyaux d’orgue, qui s’épandait et montait et s’enflait d’un étage à l’autre dans la maison, de la cave au grenier, comme si les murs, les planchers, les balustrades et les piliers étaient gonflés de musique et eux-mêmes retentissaient.
    [/align:ba2ef865e2]

    Normal que le jouet merveilleux soit devenu objet de toutes les convoitises : ses PERFormances étaient tout ce qu’il y a d’étonnant ! Je me demande s’il était capable de guérir un malade sous PERFusion ou exempter une méchante femme de sa PERFidie ?


Page 1 sur 5 123 ... DernièreDernière

Règles de messages

  • Vous ne pouvez pas créer de nouvelles discussions
  • Vous ne pouvez pas envoyer des réponses
  • Vous ne pouvez pas envoyer des pièces jointes
  • Vous ne pouvez pas modifier vos messages
  •