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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes se croisent

    C’est un écrivain extraordinaire que je voudrais vous presenter aujourd’hui. En effet, Italo Calvino, prodigieusement intelligent, prodigieusement sensible et doué d’une imagination prodigieuse, est l’un des esprits les plus brillants de la seconde moitié du XX siècle. De plus, le sujet de son livre me fournit l’occasion de vous poster quelques enluminures médiévales que j’ai amoureusement choisies pour vous il y a déjà un bon moment. Lisez cette histoire ravissante, à l’humour absolument irrésistable, et admirez ces magnifiques images !


    [align=left:cad92a4ba3] Le chevalier inexistant

    Sous les murs rouges de Paris, s’était dépliée l’armée de France : Charlemagne devait passer les paladins en revue. Ils attendaient depuis trois grandes heures, dans la touffeur d’un après-midi de début d’été, un peu couvert, nuageux ; on mitonnait dans les cuirasses, comme dans des marmites mises à cuire à feu doux. Peut-être bien que, dans cet alignement imperturbable de chevaliers, quelqu’un déjà s’était évanoui, ou simplement assoupi : de toute façon, l’armure les maintenait bien cambrés sur leur selle, tous pareils. Et soudain, trois sonneries de trompette : dans l’air immobile, les plumails des cimiers tressaillirant comme au passage d’un vent coulis. D’un coup s’éteignit cette sorte de rumeur matine qu’on avait perçue jusque-là : ce n’était, bien sûr, que le ronflement des guerriers, assourdi par l’embouchure métallique des heaumes. Enfin ! là-bas au fond, c’était lui, Charlemagne ! Il s’avançait sur un cheval qui semblait plus grand que nature, sa barbe étalée sur sa poitrine, ses mains posées sur le pommeau de la selle. Régner et guerroyer, guerroyer et régner, pas de trêve, pas de repos : il avait quelque peu vieilli, depuis la dernière fois où ses soldats l’avaient vu.
    Devant chaque officier, il arrêtait son cheval et se tournait pour examiner l’homme des pieds à la tête.
    - Or çà, qui êtes-vous, paladin de France ?
    - Salomon de Bretagne, Sire ! » répondait l’autre à pleine voix, et la visière du heaume se relevait sur une figure congestionnée. Suivaient des indications pratiques, du genre : « Cinq mille cavaliers, trois mille cinq cents fantassins, mille huit cents hommes pour les services, cinq années de campagne.
    - Hardi, les Bretons, paladin ! » approuvait Charles, puis toc-toc, toc-toc, il poussait jusqu’au prochain chef d’escadron.
    Là, même jeu :
    - Or çà, qui êtes-vous, paladin de France ?
    - Olivier de Vienne, Sire ! » articulaient les lèvres, aussitôt soulevé le mézail du heaume. Et cette fois : « Trois mille cavaliers d’élite, sept mille hommes de troupe, vingt machines de siège. Vainqueur du païen Fiérabras, par la grâce de Dieu, et pour la gloire de Charles, roi des Francs !
    - Bien travaillé, bravo le Viennois », commentait Charlemagne ; puis, aux officiers qui l’escortaient : « Un peu maigrichons, ces chevaux, faites doubler le picotin.
    [/align:cad92a4ba3]

    Je me demande comment notre daubinettes initiale s’accommoderait à cette société essentiellement masculine, elle qui se situe juste à l’opposé, dans la frivolité, les fringues, les bons petits plats et que sais-je encore ?
    Ma foi, fort possible qu’elle menerait tous ces messieurs à la baguette, habile comme elle est : pensez donc gagner des sous avec les conneries dont elle s’occupe, il faut le faire !


  2. #2
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    [align=left:aabc004ef8] Il reconnaissait tous ces gens, aux armes que portait leur écu, sans nul besoin qu’ils se présentent ; seulement, l’usage voulait qu’ils découvrissent eux-mêmes leur nom et leur visage. Sans quoi, certains auraient bien pu, estimant avoir mieux à faire que d’assister à la revue, envoyer leur armure parader là, avec un autre à l’intérieur.

    - Et vous ?
    Le roi s’était arrêté devant un chevalier à l’armure toute blanche ; seul un petit liséré noir courait, courait sur les bords ; à ceci près, immaculée, impeccable, sans la moindre éraflure, le moindre défaut dans les joints, et surmontée, à la cime du casque, d’un panache hérité d’in ne sait quelle race de volatile du Levant, diapré de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. L’écu était armorié d’un blason entre les pans drapés d’un grand manteau ; au centre du blason, deux autres pans de manteau s’ouvraient sur un petit blason, qui portait à son tour un troisième blason drapé, plus minuscule encore. D’un tracé toujours plus délié, on avait figuré tout un trompe-l’œil de draperies qui s’écartaient les unes sur les autres, et, tout au fond, il devait y avoir encore quelque chose, mais on n’arrivait plus à distinguer, tant le dessin se faisait menu.
    - Et vous, là, si soigneux de votre mise … » lança Charlemagne : à mesure que la guerre se prolongeait, il trouvait de moins en moins souvent chez ses paladins pareil souci de toilette.
    - Je suis, « la voix montait, métallique, du fond du heaume bien bouclé, comme si, aux lieux de larynx, les lames d’acier elles-mêmes eussent vibré, avec un léger prolongement en écho, « Agilulfe Edme Bertrandinet des Guildivernes et autres de Carpentras et Syra, chevalier de Sélimpie et de Fez !
    - Haaa … », fit Charlemagne, et sa lèvre inférieure, arrondie en avant, émit un léger trompetis, comme pour dire : S’il fallait que je me souvienne de tous les noms, ce serait gai ! Mais aussitôt il fronça le sourcil : « Et pourquoi ne relevez-vous pas la visière, qu’on voie votre visage ?
    Le chevalier ne bougea point ; sa dextre, prise dans le gantelet de fer bien ajusté, serra plus fort le troussequin de la selle, tandis que l’autre bras, qui portait l’écu, parut agité d’un frisson.
    - Hé ! paladin, c’est à vous que je parle ! insista Charlemagne. Pourquoi diantre ne montrez-vous pas votre visage au roi ?
    La voix sortit, nette, de la ventaille du heaume.
    - C’est que je n’existe pas, Majesté.
    - Eh bien ! vrai ! s’écria l’empereur. Voici que nous avons en renfort un chevalier inexistant ! Faites voir un peu.
    [/align:aabc004ef8]

    Vous avez vu ça ??? Le chevalier Agilulfe n’existe pas !!! Non mais, c’est la première fois que ça m’arrive, lire les répliques de quelqu’un qui n’a pas d’existente propre ! Je ne sais même pas quoi dire, je fais : ah ! et oh ! et hé ben ! bref, je ne m’exprime du coup que par des onOMAtopées !


  3. #3
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    [align=left:506d39d3c6] Agilulfe parut hésiter un instant ; puis, d’une main sûre, mais lente, il releva sa visière. Le heaume était vide. Dans l’armure blanche au beau plumail iridescent, personne.
    - Tiens, tiens ! On en voit des choses ! fit Charlemagne. Et comment vous acquittez-vous de vos charges, vu que vous n’y êtes pas ?
    - A force de volonté, Sire, dit Agilulfe, et de foi en la sainteté de notre cause !
    - Eh ! Eh ! voilà qui est bien dit, c’est justement ainsi que l’on fait son devoir. Ma parole, pour quelqu’un qui n’existe pas, je vous trouve gaillard !
    Agilulfe était en serre-file. L’empereur avait à présent passé tout le monde en revue ; il fit faire une volte à sa monture, et s’éloigna vers le pavillon royal. Il n’était plus jeune ; et il préférait écarter les questions par trop ardues.

    La trompette sonna le « rompez-les-rangs ». On vit, comme à l’ordinaire, les chevaux remuer en désordre, et la grande forêt des lances s’incliner, ondoyer ainsi qu’un champ de blé où passe le vent. Les chevaliers glissaient de leur selle, faisaient quelques pas pour se dégourdir les jambes, les écuyers entraînaient les coursiers par la bride. Quand les paladins émergèrent de la cohue et du grand nuage de poussière, ils étaient réunis en petits groupes sous l’ombrage mouvant des panaches multicolores ; ils prenaient leur revanche de ces longues heures d’immobilité forcée à coups de farces et de bravades, d’histoires de femmes et de querelles de préséance.
    Agilulfe s’avança un peu pour se joindre à un de ces rassemblements, puis, sans qu’on sût pourquoi, s’approcha d’un autre cercle, mais sans tenter de s’y mêler, et personne ne lui prêta attention. Il resta un moment indécis, arrêté derrière l’un ou l’autre, sans intervenir dans la discussion ; à la fin, il s’éloigna. C’était le crépuscule ; à la cime du casque, les plumes irisées semblaient toutes de la même couleur indistincte ; seule la blanche armure se détachait, bien nette, sur le pré.
    Agilulfe, comme s’il se fût senti nu tout d’un coup, eut le geste de croiser les bras et de rentrer les épaules.
    Puis il se ressaisit et, à grandes enjambées, marcha en direction des écuries. Arrivé là, il jugea que le pansage des chevaux n’était point exécuté dans les règles, tança les écuyers, infligea des punitions aux palefreniers, inspecta les divers postes de travail, répartit les corvées en expliquant point par point à chacun comment il devait accomplir sa tâche, se faisant répéter ce qu’il venait de cire pour s’assurer qu’on l’avait bien compris. Et comme il ne s’écoulait pas une heure qu’on ne découvrît quelque négligence commise dans leur service par ses collègues officiers, les paladins, il les faisait venir l’un après l’autre, les arrachant à la détente des soirées passées en agréables causeries, relevait, d’un ton courtois mais avec minutie, leurs manquements, et vous les dépêchait, l’un au guet, l’autre à l’inspection des factionnaires, un autre encore avec la patrouille ; et ainsi de suite. Il avait raison à tous coups, et les paladins ne pouvaient protester ; mais ils ne dissimulaient pas leur mauvaise humeur.
    Agilulfe Edme Bertrandinet des Guildivernes et autres de Carpentras et Syra était, sans conteste, un soldat modèle ; mais tous le trouvaient antipathique.
    [/align:506d39d3c6]

    Antipathique, CERtes, il l’est, mais il ne faut pas voir que le mauvais côté des choses : ce chevalier, quoique inexistant, est un brave soldat, il est consciencieux et honnête, or parles temps qui courraient, ces qualités n’étaient peut-être pas très fréquentes !


  4. #4
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    [align=left:481fbbacf0] Les armées au bivouac ont des nuits réglées comme le cours des astres : les tours de faction, l’officier de garde, les rondes des sentinelles. Le reste, l’agitation incessante des troupes en guerre, le remue-ménage journalier d’où l’imprévu risque à chaque instant de surgir comme un cheval qui brusquement regimbe, tout cela fait trêve, à présent que le sommeil accable, sans exception, guerriers et quadrupèdes de la Chrétienté ; ceux-ci debout, en sabot, lançant à l’occasion un braiement ou un hennissement ; ceux-là délivrés enfin de leur heaume et de leur cuirasse, bien aises d’avoir retrouvé leur réalité d’êtres humains divers et irremplaçables : les voilà tous, déjà, qui ronflent.
    En face, dans le camp des infidèles, c’est le même spectacle : les guetteurs qui font les cent pas, le chef de poste qui regarde couler dans la clepsydre les ultimes grains de sable et s’en va réveiller les hommes du quart suivant, l’officier qui profite de cette nuit blanche pour écrire à son épouse. Et les patrouilles, la chrétienne et la sarrasine, s’avancent chacune de cinq cents pas, poussent jusqu’aux abords d’un petit bois, sans jamais se rencontrer, font demi-tour ; rentrées au campement, elles rapportent que tout est calme, et puis se vont coucher. La lune et les étoiles glissent, silencieuses, sur les deux camps ennemis. Nulle part on ne dort aussi bien qu’à l’armée.
    Seul de tous, Agilulfe était privé de ce soulagement. Dans son armure blanche bardée de toutes pièces, sous sa tente, une des mieux rangées et des plus confortables du camp chrétien, il essayait de demeurer étendu, et il songeait : non pas cette songerie paresseuse et flottante de celui que le sommeil gagne, mais des raisonnements toujours précis et rigoureux. Au bout d’un moment, il se dressait sur un coude, pris du besoin de vaquer à quelque occupation manuelle : astiquer son épée, pourtant resplendissante, frotter de graisse les joints de son armure …
    Cela ne durait guère : le voilà qui déjà se mettait debout, sortait de la tente, serrant sa lance et son écu, et ce blanc fantôme errait à travers le cantonnement. Du fond des tentes coniques, montant comme un sourd concert de souffles d’hommes endormis. Ce que pouvait être le bonheur de fermer les yeux, de perdre tout sentiment de soi-même, de s’abîmer dans le gouffre de sa propre durée, et puis, au réveil, de se retrouver tel qu’avant, prêt à tisser de nouveau les fils de son existence, cela, Agilulfe était incapable de le concevoir ; l’envie qu’il éprouvait devant cette faculté de dormir accordée aux personnes existantes, restait un sentiment confus, l’envie de quelque chose dont on n’a pas la moindre notion. Ce qui le frappait surtout, et l’emplissait de malaise, c’était le spectacle des pieds nus qui dépassaient, ici et là, du bord des tentes, le gros orteil dressé : le camp plongé dans le sommeil était le règne des corps, un immense étalage de vieille chair d’Adam, qui sentait fort la boisson et la sueur d’une journée de bataille. A l’entrée des pavillons, les armures démontées gisaient, vides, en attendant qu’au petit jour écuyers et valets d’armes viennent les fourbir et les apprêter. Agilulfe passait, attentif, nerveux, méprisant : le corps de tous ces gens qui avaient un corps lui inspirait, bien sûr, un trouble qui ressemblait à de l’envie, mais aussi une crispation d’orgueil et de hautaine fierté. C’étaient là ces barons fameux, ces compagnons si renommés ? L’armure, signe de leur grade, de leurs titres, de leurs hauts faits, de leur force et de leur vaillance, la voilà : réduite à une coquille, un monceau de ferraille vide ; et à côté, ces corps qui ronflaient, la figure enfouie dans l’oreiller, un filet de bave au coin des lèvres entrouvertes.
    [/align:481fbbacf0]

    Notre daubinettes n° 4 a un nom compose de trois mots dont le dernier pourrait désigner le genre d’accords que tous ces barons, marquis et autres rois avaient l’habitude de conclure. Par contre, je me demande s’ils auraient compris le mot initial vu qu’ils ne connaissaient pas notre florissant monde de consommation, réduits à vivre dans une société féodale, les pauvres.


  5. #5
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    [align=left:ae7e5f7b0a] Mais lui, non, jamais on ne pourrait le mettre en pièces, le défaire : à toute heure du jour et de la nuit, il était et restait Agilulfe Edme Bertrandinet des Guildivernes et autres de Carpentras et Syra, fait tel jour chevalier de Sélimpie Citérieure et de Fez, auteur, pour la gloire des armes chrétiennes, de telle et telle prouesse, et responsable, dans l’armée de l’empereur Charlemagne, du commandement de telle et telle unité. En outre, détenteur de la plus belle et blanche armure de tout le camp, que jamais il ne quittait. Et supérieur, comme officier, à tant d’autres qui faisaient sonner haut leurs grands mérites ; sans mentir, le meilleur de tous. C’était bien lui, pourtant, qui marchait dans la nuit comme une âme en peine /…/
    Le ressentiment vague qui l’avait envahi peu à peu se donna soudain libre cours : il tira son épée du fourreau, la brandit à deux mains, et se mit à l’abattre de toute sa force sur les chauves-souris qui passaient à sa portée. Peine perdue : elles s’obstinaient à voler à leur guise, sans but ni raison ; à peine si le déplacement d’air les secouait. Agilulfe brassait l’air de son épée ; maintenant, il ne cherchait même plus à atteindre les chauves-souris ; ses coups de taille suivaient des trajectoires plus régulières, conformes aux canons des joutes d’escrime à l’espadon ; tiens, voilà qu’il s’était mis à faire l’exercice. Comme s’il se fût entraîné en vue de la bataille prochaine, il repassait toute la théorie des revers, feintes et parades.
    Brusquement, il s’arrêta. Surgi de derrière une haie, là, au sommet du tertre, un jeune homme l’observait. Il avait la poitrine couverte d’une mince cotte ; pour tout armement, une épée.
    - Oh, chevalier ! s’écria-t-il, navré de vous interrompre ! C’est pour la bataille que vous vous entraînez ? Parce que, dès l’aube, on va livrer bataille, n’est-ce pas ? Accordez-moi de faire avec vous deux ou trois exercices. » Et après un silence : « Je suis arrivé au camp hier … Ce sera mon premier combat … Et tout ressemble si peu à ce que j’avais imaginé …
    Agilulfe était dressé, de côté, son épée serrée contre sa poitrine, bras croisés, retranché à l’abri de son écu.
    - Les dispositions en vue d’un éventuel engagement son arrêtées par l’Etat-major, et communiquées à messieurs les officiers et aux hommes de troupe une heure avant le début des opérations.
    Le jeune homme laissa paraître son dépit, à voir qu’on freinait ainsi sa belle ardeur ; pourtant, dominant un léger bégaiement, il reprit du même ton enflammé :
    - C’est que moi, eh bien voilà, je viens juste de rejoindre l’armée ; pour venger la mort de mon père … Et je voudrais que vous, les anciens, vous me disiez, s’il vous plaît, comment je dois m’y prendre, pendant la bataille, pour me trouver en face de ce chien galeux, ce païen d’émir Izoard, oui, lui-même, je veux lui enfoncer ma lance dans les côtes, comme il a fait à mon valeureux père, que Dieu l’ait toujours en Sa droite, le regretté marquis Gérard de Roussillon !
    - Rien de plus facile, jeune homme », dit Agilulfe. On sentait à présent dans sa voix une certaine véhémence, propre à l’homme qui, n’ignorant rien des statuts et des protocoles, se complait à étaler son érudition et à confondre du même coup l’incompétence de l’interlocuteur : « Il faut que tu adresses une requête à la Surintendance des Duels, Vengeances et Atteintes à l’Honneur, en spécifiant les motifs de ta démarche ; l’autorité examinera quelle est la façon meilleure de te mettre en mesure d’obtenir la réparation sollicitée.
    [/align:ae7e5f7b0a]

    Pourtant, meme dans ce type de société, ils se débrouillaient plutôt bien, comme vous n’allez plus tarder à le voir (enfin, les plus persévérants d’entre vous, ceux qui n’ont pas abandonné la lecture de cette histoire qui m’enchante), et on ne peut que les admirer, car il ne devait pas être simple habiter le monde peuplé par des dragons et autres cHIMères (un peu comme nous les Russes, dans le pays du socialisme triomphant !)


  6. #6
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    [align=left:a67c8f215e] Le garçon qui, en nommant son père, s’attendait tout de même à quelque marque de surprise déférente, fut choqué d’abord par le ton, plus encore que par le contenu de cette déclaration. Ensuite, il essaya de réfléchir à ce que ce paladin lui avait dit, mais pour n’en tenir aucun compte et garder son enthousiasme intact.
    - Mais, chevalier, ce ne sont pas les surintendances qui me tracassent, vous comprenez, c’est que je me demande si, en pleine bataille, ce courage que je sens en moi, cette fureur qui me permettrait d’en étriper non pas un, mais une centaine, de ces mécréants, sans parler de mon habileté, parce que je suis bien entraîné, vous savez … oui, je me demande si là, dans toute cette mêlée, avant que j’aie pu m’orienter un peu, comment dire … Si je n’arrive pas à mettre la main sur ce chiens d’infidèle, ou s’il m’échappe, je voudrais savoir ce que vous faites dans ces cas-là, vous chevalier, lorsque dans le combat vous avez à régler une affaire personnelle, une affaire capitale pour vous et pour vous seul …
    Agilulfe répondit, péremptoire :
    - J’observe en tous points le règlement. Fais de même, tu t’en trouveras bien.
    - Pardonnez-moi », dit le garçon, et il restait là, comme une statue. « Je ne voulais pas vous importuner. J’aurais bien aimé faire quelques exercices à l’épée avec vous, un paladin ! Vous savez, je suis fort en escrime ; mais parfois, le matin de bonne heure, je sens mes muscles comme engourdis, rouillés, ils ne fonctionnent pas comme je voudrais. A vous aussi, cela arrive ?
    - Moi ? Jamais, coupa Agilulfe.
    Déjà il lui avait tourné le dos et s’éloignait.

    Le jeune homme marcha vers le cantonnement. C’était l’heure indécise qui précède l’aube. Mais on remarquait, entre les tentes, un peu de mouvement. La diane allait bientôt sonner, les états-majors s’affairaient. Près des quartiers du haut commandement et des chefs de corps, s’allumaient les torches, dont la flamme contrastait avec la clarté pâle filtrée du ciel. Ce jour qui commençait, serait-il vraiment celui de la bataille, comme le bruit en courait depuis la veille ? Le nouvel arrivant était en proie à la plus vive agitation, une agitation différente, pourtant, de celle qu’il avait pressentie, de celle aussi qui l’avait emporté jusque-là : à vrai dire, c’était plutôt une impatience de sentir sous ses pieds la terre ferme, car tout ce qu’il touchait lui semblait à présent sonner creux.
    [/align:a67c8f215e]

    La medicine non plus n’était pas très au point : pour guérir les maladies, on utilisait toute sorte de choses passablement barbares et peu ragoûtantes comme par exemple des crapeaux séchés et réduits en poudre. C’est très net : j’aime pas leurs remèdes et je n’accepterais jamais d’en prendre !


  7. #7
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    [align=left:fa9aae7889] Il croisait parfois des paladins déjà bouclés dans leurs cuirasses miroitantes, dans leurs heaumes sphériques empanachés, la visière rabattue sur leur visage. Le garçon se tournait pour les observer ; une envie le prenait d’imiter leur démarche : ils avaient une si fière façon de rouler les hanches, d’un mouvement qui faisait pivoter cuirasse, casque et épaulières, comme si tout cela était d’un seul tenant. Le voilà parmi ces invincibles paladins, prêt à rivaliser avec eux dans les combats, armes à la main, à devenir leur pair ! Mais les deux qu’il était en train de suivre, au lieu de monter à cheval, vinrent s’installer derrière une grande table encombrée de cartes : c’étaient sans doute deux chefs très importants. Le jeune homme courut se faire reconnaître :
    - Je suis Raimbeau de Roussillon, bachelier, fils du regretté marquis Gérard ! Je suis venu m’enrôler pour venger mon père, mort en héros sous les remparts de Séville !
    Les deux hommes portent leurs mains à leur heaume emplumé, le soulèvent en détachant le bas de la visière du gorgerin, le posent sur la table. Et sous le casque surgissent deux crânes chauves, parcheminés, deux visages à la peau un peu flasque, gonflés de poches, deux paires de moustaches clairsemés : de vraies têtes de copistes, de ronds-de-cuir barbouilleurs de papier.
    - Voyons, Roussillon, Roussillon », font-ils, en tournant les pages d’un grand registre, de leurs doigts humectés de salive. « Mais nous l’avons déjà immatriculé hier ! Qu’est-ce que tu veux ? Pourquoi n’es-tu pas dans ta compagnie ?
    - Rien … Je ne sais pas … C’est que, cette nuit, je n’ai pas réussi à fermer l’œil ; je ne pensais qu’à la bataille ; je dois venger la mort de mon père, je dois tuer l’émir Izoard, et, pour ça, il faut que j’aille … Ah, j’y suis : la Surintendance des Duels, Vengeances et Atteintes à l’Honneur, où donc se trouve-t-elle ?
    - A peine débarqué, voyez-vous ça, ce gamin, ce qu’il vient nous sortir ! Et que peux-tu bien connaître à la Surintendance ?
    - Un chevalier m’en a parlé, ah ! comment s’appelle-t-il, un qui a une armure toute blanche …
    - Zut ! Il ne manquait plus que lui ! Naturellement, avec sa manie de fourrer partout le nez qu’il n’a pas !
    - Que dites-vous ? Il n’a pas de nez ?
    Le second des deux hommes assis derrière la table renchérit :
    - Vu qu’il n’y a pas de danger qu’il attrape la rogne, il ne trouve rien de mieux que de gratter celle des autres.
    - Pourquoi n’attraperait-il pas la rogne ?
    - Et à quel endroit veux-tu qu’il l’attrape, puisqu’il n’a pas d’endroit ? Monsieur est un chevalier qui n’y est pas …
    [/align:fa9aae7889]

    J’ai quand meme l’impression que tous nos Boursosmiliens seraient ravis de vivre à l’époque décrite dans notre livre : toutes ces belles armures, les festins royaux, l’aventure, la parade militaire, pas vrai ?
    Ah oui, et pour notre daubette, il faut trouver un mot dans ma dernière phrase et l’expurger de toutes ses voyelles (oui, oui, on sacrifie toutes les voyelles sans pitié !). Les lettres survivantes vous donneront alors le mnémo de la petite chérie.


  8. #8
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    [align=left:28d2e8468f] - Comment, qui n’y est pas ? Je l’ai vu, moi ! Il y était !
    - Qu’est-ce que tu as vu ? De la ferraille … C’est quelqu’un qui est sans y être, comprends-tu, blanc-bec ?
    Jamais le jeune Raimbeau n’aurait imaginé que l’apparence pût se révéler à ce point mensongère : depuis qu’il avait rejoint le camp, il découvrait que rien n’était comme on aurait pu le croire …
    - Allons, dans l’armée de Charlemagne, on peut être chevalier, couvert de titres et de gloire, et de plus guerrier valeureux, officier irréprochable, sans avoir besoin d’exister !
    - Doucement ! Personne n’a dit : dans l’armée de Charlemagne, on peut, et cætera … Nous disons simplement ceci : dans notre régiment, il y a un chevalier comme ça et comme ça. Un point c’est tout. Quant à ce qu’il peut y avoir, ou ne pas y avoir, en règle générale, nous on veut pas le savoir. Compris ?
    Raimbeau se dirigea vers le quartier de la Surintendance des Duels, Vengeances et Atteintes à l’Honneur. Désormais, il ne se laisserait pas impressionner par les cuirasses et les heaumes empanachés : il savait que, derrière ces bureaux, les armures abritaient de petits bonshommes rabougris et poussiéreux. Et encore, Dieu merci, quand il y avait quelqu’un dedans !
    - Ainsi, tu désires venger ton père, marquis de Roussillon, officier général ! Voyons donc. Pour venger un général, la procédure la plus simple est encore d’expédier trois majors. Nous pouvons t’en réserver trois, pas trop difficiles, tu es tiré d’affaire.
    - Je me suis mal expliqué : c’est Izoard, l’émir, que je dois tuer. C’est lui qui, de sa main, a abattu le glorieux auteur de mes jours !
    - Mais oui, mais oui, nous avons très bien compris ; seulement, bousiller un émir, tu ne penses tout de même pas que ce soit chose facile … Veux-tu quatre capitaines ? Nous pouvons te garantir quatre capitaines infidèles dans la matinée. Note que quatre capitaines, c’est ce qu’on donne pour un général d’armée : ton père n’était que général de brigade.
    - Je chercherai Izoard, et je l’étriperai ! Lui, et personne d’autre !
    - Toi, tu finiras au cachot, sois tranquille, pas sur le champ de bataille ! Enfin, réfléchis un peu avant de parler ! Si on te fait des difficultés pour Izoard, il y a peut-être un motif … Si, par exemple, notre empereur, en ce moment, avait avec ton Izoard quelque transaction en cours …
    Soudain, un des bureaucrates qui jusqu’alors n’avait pas levé le nez de ses dossiers, se dressa, jubilant :
    - Pas de problème ! Pas de problème ! Inutile de donner suite ! Et vous, laissez là votre vengeance, elle est sans objet ! Olivier, l’autre jour, croyant ses deux oncles tués dans la bataille, a vengé leur mort ! En réalité, ils étaient restés sous une table à cuver leur vin ! Si bien que nous nous retrouvions avec ces deux vengeances excédentaires, un joli casse-tête ! A présent, tout s’arrange : selon nos barèmes, une vengeance d’oncle égale la moitié d’une vengeance de père. Donc, c’est comme si nous avions là une vengeance de père en blanc, déjà tirée.
    - Ah ! malheureux marquis !
    Raimbeau se sentait enrager.
    - Mais qu’est-ce qui te prend ? /…/
    [/align:28d2e8468f]

    Notre huitième valeur ressemble un peu aux ronds-de-cuir décrits dans le texte ci-dessus, ou plutôt, ces ronds-de-cuir ont ceci de particulier qu’ils ont … à tout (remplacez donc les 3 points par le nom de ma daubinette !)


  9. #9
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    9

    [align=left:73eac845be] Bien que Raimbaut n’eût jamais rêvé d’autre chose au cours de sa brève existence, il faisait ce jour-là ses premières armes. A cheval, dans sa rangée, il attendait le signe de l’assaut : chose étonnante, il n’y trouvait pas le moindre plaisir. D’abord, il avait trop de fourbi sur le dos : la cotte de mailles d’acier avec le gorgerin, la cuirasse munie du colletin et des épaulières, la manière, le heaume à bec au travers duquel il arrivait à peine à voir au-dehors ; et il portait encore la cotte d’armes par-dessus l’armure, un écu plus haut que lui, une lance qui, dès qu’on se tournait un peu, allait cogner contre la tête des collègues, et il avait sous lui un destrier qui disparaissait complètement dans le caparaçon de fer dont il était revêtu.
    Puis, même le désir de venger dans le sang de l’émir Izoard le meurtre de son père n’était plus aussi violent. On lui avait montré de grands parchemins qui portaient l’emplacement de chaque formation, et expliqué :
    - Voilà : quand la trompette sonne, tu galopes tout droit devant toi, la lance pointée, jusqu’à ce’ que tu l’embroches. L’émir Izoard combat toujours à cet endroit des lignes. Si tu ne files pas de travers, tu lui tombes dessus, c’est forcé … A moins, bien sûr, que toute l’armée ennemie ne tourne bride, mais, en principe, cela n’arrive jamais au premier choc. Ah ! entendons-nous, il peut toujours y avoir un léger décalage, mais si ça n’est pas toi qui l’embroches, t’en fais pas, ça sera ton voisin.
    Pour Raimbeau, dans ces conditions, l’affaire perdait tout intérêt.
    Le signe que la bataille était bien engagée, ce fut la toux. Il vit, là-bas, un gros nuage jaune s’avancer, puis un autre nuage se leva du sol : à leur tour, les destriers chrétiens venaient de s’élancer au galop. Raimbaut commença de tousser ; l’armée impériale toute entière toussait, toussait, engoncée dans les armures, et, ainsi toussaillant et piaffant, courait sus à la nuée infidèle ; déjà l’on entendait, à chaque instant plus proche, la tousserie sarrasine. Les deux nuages se rejoignirent ; toute la plaine retentit du fracas des gorges et des lances.
    Le coup de maître, au cours du premier choc, ce n’était point tant d’embrocher l’adversaire (on risque fort, en heurtant un écu, de rompre la lance et, qui sait, sous l’effet de la secousse, d’aller piquer du nez dans la poussière …) mais de lui faire vider les arçons : le fin du fin, c’était de glisser votre lance entre le séant et la selle, hop ! juste au moment de la caracole. Cela ne réussissait pas toujours : l’arme ainsi pointée vers le bas pouvait buter contre un obstacle, ou même se ficher en terre et, faisant levier, vous arracher vous-même de votre selle avec la violence d’une catapulte. De sorte que le heurt des premières lignes était comme un envol de guerriers accrochés à leurs lances. En outre, le moindre déplacement latéral était difficile, à cause de ces sacrées lances justement : si peu qu’on se tournât, on risquait de les enfoncer dans les côtes des amis aussi bien que des adversaires ; et voilà, c’était l’embouteillage, personne n’y comprenait plus rien. Lorsque survenaient les champions, au grand galop, l’épée dégainées, ils avaient la partie belle, et vous taillaient toute cette mêlée de leurs rudes estramaçons.
    [/align:73eac845be]

    Bon, les chevaliers français devaient se donner du « messire » en s’interpellant, j’ipagine, mais qu’en était-il des Anglais ? Est-ce qu’ils se qualifiaient de eSQuIre, ou autrement ? je n’en ai pas la moindre idée, donc tout éclaircissement serait le bienvenu !


  10. #10
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    10

    [align=left:7a6fab85f8] Au bout d’un moment, les champions ennemis se trouvaient face à face, et les écus s’entrechoquaient. C’était l’heure des combats singuliers. Mais le sol étant déjà tout encombré de ferrailles et de cadavres, on avait du mal à se frayer un chemin : donc, quand on ne parvenait pas à s’affronter, on échangeait des gros mots. Ici, ce qui était capital, c’était la nature et le degré d’intensité de l’insulte, car, selon qu’il s’agissait d’une injure mortelle, sanglante, intolérable, ou moyenne ou bien bénigne, diverses sortes de réparation étaient requises ; et parfois c’étaient des haines implacables qu’on léguait à ses descendants. L’important était donc de se bien comprendre, chose malaisée entre maures et chrétiens, avec, chez les uns comme chez les autres, tout ce mélange des parlers les plus divers ; si jamais vous receviez une insulte indéchiffrable, comment faire ? Vous n’aviez plus qu’à la garder, au risque d’en être déshonoré jusqu’à la fin de vos jours. Aussi, à cette phase du combat, participaient les interprètes, troupe rapide, légère, juchée sur de drôles de petits bidets, qui trottait de-ci, de-là, cueillant au vol chaque injure, et la traduisant sur-le-champ dans la langue du destinataire.
    - Khar as-Sus !
    - Chiure de mouche !
    - Mushrik ! Sizi ! Mozo ! Esclavao ! Canaille ! Hijo de puta ! Zabalkan ! Etrons !
    Ces interprètes, d’un côté comme de l’autre, on était convenu, par un accord tacite, qu’il ne fallait pas les tuer. D’ailleurs, ils allaient comme le vent et si, dans toute cette pagaille, il n’était déjà pas facile d’abattre un lourd guerrier monté sur un cheval énorme qui pouvait à grand-peine bouger ses pattes, tant il les avait cerclées de fer, à plus forte raison ces diables d’acrobates ! Oh ! bien sûr, à la guerre comme à la guerre : de temps en temps, l’un d’eux y laissait sa peau. Mais après tout, ces lascars qui savaient tout juste dire « fils de pute" dans deux ou trois langues, ne devaient pas prendre de risques pour rien. Sur les champs de bataille, pour peu qu’on ait la main leste, il y a toujours à glaner, surtout si l’on arrive au bon moment : avant que ne s’abatte le grand essaim de la piétaille, qui rafle tout sur son passage.
    Pour ce qui est de butiner, les fantassins, bas sur pattes, n’ont pas leurs pareils ; seulement les cavaliers, dressés sur leurs arçons, surviennent juste au bon moment, vous les estourbissent d’un grand coup du bois de leur lance, et hissent la balle. Le butin dont il s’agit ici, entendons-nous, n’est point celui qu’on arrache sur les morts, car détrousser un cadavre est une besogne qui requiert une exceptionnelle concentration, non, simplement les choses qui se perdent. Avec cette manie de partir au combat tout chargés de harnois mis les uns sur les autres, au premier assaut le sol est jonché d’un fatras d’objets hétéroclites. Dès lors, qu’importe la bataille ? On se bat, oui, avec fureur, pour les ramasser ; et, le soir venu, de retour au cantonnement, on fait des trocs, on marchande ferme. Donne-moi ça, je te donne ça : tout compte fait, ce sont les mêmes choses qui, sans arrêt, circulent d’un camp à l’autre, d’un régiment à l’autre du même camp : mais la guerre, après tout, n’est-elle pas cet art de se passer de main en main des objets chaque fois un peu plus cabossés ?
    [/align:7a6fab85f8]

    Maintenant, c’est le tour de la dixième daubinettes et alors là, je peux vous affirmer que nos chevaliers batailleurs seraient bien content de pouvoir user de ses services, car ça leur aurait grandement facilité les communications. Pensez donc, apprendre en temps réel que l’ennemi passe à l’attaque !


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