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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes se la jouent à l’Ovide

    Bonjour à tous.
    L’on ne présente un écrivain tel que Franz Kafka. Sa « Métamorphose » est l’une des nouvelles les plus étonnantes, les plus étranges, lesplus fascinantes de toute la littérature mondiale. Chaïm (prononcer Khaïm) Soutine qui fait son pendant pictural n’est en revanche peut-être pas connu de tout le monde. Né en 1893 en Luthuanie et mort à Paris en 1943, cet artiste que l’on rattache à la 1ère Ecole de Paris, est cependant absolument inclassable.
    Les portraits de Soutine sont de véritables biopsies dans le caractère du modèle. L'artiste arrache l'expression du modèle, il désarticule son corps, le livre aux démons de la dissymétrie, puis il lui restitue son visage au superlatif pour que celui-ci révèle miraculeusement sa personnalité authentique.. Soutine rend chacun à son universalité de témoin de l'espèce humaine. S'il excelle à montrer la souffrance intime d'un être, il ne se cantonne pas dans ce registre ; il peut aussi bien faire ressortir l'ironie, l'étonnement, le repliement sur soi ou l'attente méditative.
    Pour Soutine, l'essentiel d'un portrait est dans l'expression de l'être humain. Le reste - les habits, les objets familiers, le décor - n'est qu'accessoire. L'ensemble est saisi dans la touffeur d'une atmosphère fauve, presque asphyxiante, aux accords rutilants des violacés, des rouges, des jaunes... une palette titianesque ou tintoresque. Outre le visage, le peintre saisit les mains de ses modèles. Des mains éloquentes, convulsives, obstinées, pleines d'ardeur au combat ou, au contraire, résignées, des mains aussi expressives que les visages.
    Souvent, elles sont plus grandes que ceux-ci ; elles en sont le contrepoint, à la base du tableau.
    Beaucoup de natures mortes de Soutine pourraient aussi bien s'intituler "autoportrait en animal sacrifié". Témoin, cette pièce de boeuf, suspendue, tête en bas, et occupant dans sa verticalité obsessionnelle toute la surface de la toile, chair nue visqueuse, sanguinolente, fendue sur la cage intérieure éviscérée. En haut à droite, se détache du fond livide, la signature de l'artiste. Elle est posée là, comme le titre attaché au sujet représenté.
    Il n'y a rien de mort, ni de silencieux dans cette véhémente communion.
    Les natures mortes de Soutine sont cependant trop somptueuses pour s'en tenir à une dénonciation de la cruauté envers les êtres sans défense. En elles, il y a autant de fascination que d'accusation. Elles ont la même ambiguïté que ses portraits, partagés entre misanthropie craintive et compassion émue qui le rapprochent de Kafka.

    [align=left:41af0b6f86]
    Franz Kafka
    Métamorphose

    En se réveillant un matin après des rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte. Il était sur le dos, un dos aussi dur qu’une carapace, et, en relevant un peu la tête, il vit, bombé, brun, cloisonné par des arceaux plus rigides, son abdomen sur le haut duquel la couverture, prête à glisser tout à fait, ne tenait plus qu’à peine. Ses nombreuses pattes, lamentablement grêles par comparaison avec la corpulence qu’il avait par ailleurs, grouillaient désespérément sous ses yeux.
    « Qu’est-ce qui m’est arrivé ? » pensa-t-il. Ce n’était pas un rêve. Sa chambre, une vraie chambre humaine, juste un peu trop petite, était là tranquille entre les quatre murs qu’il connaissait bien. Au-dessus de la table où était déballée une collection d’échantillons de tissus – Samsa était représentant de commerce – on voyait accrochée l’image qu’il avait récemment découpée dans un magazine et mise dans un joli cadre doré.
    [/align:41af0b6f86]

    Dès le début, on est immeregé dans cette atmosphere de “Métamorphose”, elle est raréfiée, c’est celle qui règne dans les hautes aLTItudes. On se sent claustrophobes, mais on est aussi fascines par cette ambiance et attires à l’intérieur du récit …


  2. #2
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    [align=left:6722738aa2]
    Elle représentait une dame munie d’une toque et d’un boa tous les deux en fourrure et qui, assise bien droite, tendait vers le spectateur un lourd manchon de fourrure où tout son avant-bras avait disparu.
    Le regard de Gregor se tourna ensuite vers la fenêtre, et le temps maussade – on entendait les gouttes de pluie frapper le rebord en zinc – le rendit tout mélancolique. « Et si je redormais un peu et oubliais toutes ces sottises ? » se dit-il ; mais c’était absolument irréalisable, car il avait l’habitude de dormir sur le côté droit et, dans l’état où il était à présent, il était incapable de se mettre dans cette position.
    Quelque énergie qu’il mît à se jeter sur le côté droit, il tanguait et retombait à chaque fois sur le dos. Il dut bien essayer cent fois, fermant les yeux pour ne pas s’imposer le spectacle de ses pattes en train de gigoter, et il ne renonça que lorsqu’il commença à sentir sur le flanc une petite douleur sourde qu’il n’avait jamais éprouvée.
    « Ah ! mon Dieu », songea-t-il, « quel métier fatigant j’ai choisi ! Jour après jour en tournée. Les affaires vous énervent bien plus qu’au siège même de la firme, et par-dessus le marché je dois subir le tracas des déplacements, le souci des correspondances ferroviaires, les repas irréguliers, et mauvais, et des contacts humains qui changent sans cesse, ne durent jamais, ne deviennent jamais cordiaux. Que le diable emporte tout cela ! » Il sentit une légère démangeaison au sommet de son abdomen ; se traîna lentement sur le dos en se rapprochant du montant du lit afin de pouvoir mieux redresser la tête : trouva l’endroit qui le démangeait et qui était tout couvert de petits points blancs dont il ne sur que penser : et il voulut palper l’endroit avec une patte, mais il la retira aussitôt, car à ce contact il fut tout parcouru de frissons glacés.
    [/align:6722738aa2]

    Les deux créateurs qui font l’objet de notre thread de ce soir n’ont pas eu la vie facile, bien au contraire. Ont-ils trop chèrement payé leur art ? Eh bien, c’est notre daubinettes ui pourrait nous le dire, elle qui est spécialiste en la matière.


  3. #3
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    [align=left:042d51eaf1]
    Il glissa et reprit sa position antérieure. « A force de se lever tôt », pensa-t-il, « on devient complètement stupide. »
    L’être humain a besoin de son sommeil. D’autres représentants vivent comme des femmes de harem. Quand, par exemple, moi je rentre à l’hôtel dans le courant de la matinée pour transcrire les commandes que j’ai obtenues, ces messieurs n’en sont encore qu’à prendre leur petit déjeuner. Je devrais essayer ça avec mon patron ; je serais viré immédiatement.
    Qui sait, du reste, si ce ne serait pas une très bonne chose pour moi. Si je ne me retenais pas à cause de mes parents, il y a longtemps que j’aurais donné ma démission, je me serais présenté devant le patron et je lui aurais dot ma façon de penser du fond du cœur. De quoi le faire tomber de son comptoir ! Il faut dire que ce ne sont pas des manières, de s’asseoir sur le comptoir et de parler de là-haut à l’employé qui de plus est obligé d’approcher tout près, parce que le patron est sourd. Enfin, je n’ai pas encore abandonné tout espoir ; une fois que j’aurai réuni l’argent nécessaire pour rembourser la dette de mes parents envers lui – j’estime que cela prendra encore de cinq à six ans -, je ferai absolument la chose. Alors, je trancherai dans le vif.
    Mais enfin, pour le moment, il faut que je me lève, car mon train part à cinq heures. »
    [/align:042d51eaf1]

    Un homme qui, tel un OSIris, est découpé en petits morceaus, démembre, pour être reconstitué par l’artiste, tels nous apparaissent les personages des tableaux de Soutine, et le procédé de Kafka n’est au fond guère different, me semble-t-il : cette autopsie d’un être vivant avec ses réflexions et ses souffrances.


  4. #4
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    [align=left:e7f425af35]
    Et il regarda vers la pendule-réveil dont on entendait le tic-tac sur la commode. « Dieu du ciel ! » pensa-t-il. Il était six heures et demie, et les aiguilles avançaient tranquillement ; il était même la demie passée, on allait déjà sur moins un quart.
    Est-ce que le réveil n’aurait pas sonné ? on voyait depuis le lit qu’il était bien réglé sur quatre heures ; et sûrement qu’il avait sonné. Oui, mais était-ce possible de ne pas entendre cette sonnerie à faire trembler les meubles et de continuer tranquillement à dormir ? Eh bien, on ne pouvait pas dire qu’il eût dormi tranquillement, mais sans doute son sommeil avait-il été d’autant plus profond. Seulement, à présent, que fallait-il faire ? Le train suivant était à sept heures ; pour l’attraper, il aurait fallu se presser de façon insensée, et la collection n’était pas remballée, et lui-même était loin de se sentir particulièrement frais et dispos.
    Et même s’il attrapait le train, cela ne lui éviterait pas de se faire passer un savon par le patron, car le commis l’aurait attendu au départ du train de cinq heures et aurait depuis longtemps prévenu de son absence. C’était une créature du patron, sans aucune dignité ni intelligence. Et s’il se faisait porter malade ?
    Mais ce serait extrêmement gênant et suspect, car depuis cinq ans qu’il était dans cette place, pas une fois Gregor n’avait été malade. Sûrement que le patron viendrait accompagné du médecin de la Caisse Maladie, qu’il ferait des reproches à ses parents à cause de leur paresseux de fils et qu’il couperait court à toute objection en se référant au médecin de la Caisse pour qui par principe il existe uniquement des gens en fort bonne santé, mais fainéants.
    [/align:e7f425af35]

    Le cas de Gregor semble désespéré. Même notre daubette n° 4 qui intervient dans le domaine de la santé, n’aurait pas pu faire grand-chose pour quelqu’un qui a subi une transformation aussi radicale.


  5. #5
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    [align=left:375f998cda]
    Et du reste, en l’occurrence, aurait-il entièrement tort ? Effectivement, à part cette somnolence vraiment superflue chez quelqu’un qui avait dormi longtemps, Gregor se sentait fort bien et avait même particulièrement faim.
    Tandis qu’il réfléchissait précipitamment à tout cela sans pouvoir se résoudre à quitter son lit – la pendulette sonnait juste six heures trois quarts -, on frappa précautionneusement à la porte qui se trouvait au chevet de son lit. « Gregor », c’était sa mère qui l’appelait, « il est sept heures moins un quart. Est-ce que tu ne voulais pas prendre le train ? » La douce voix ! Gregor prit peur en s’entendant répondre :
    C’était sans aucun doute sa voix d’avant, mais il venait s’y mêler comme par en dessous, un couinement douloureux et irrépressible qui ne laissait aux mots leur netteté qu’au premier instant, littéralement, pour ensuite en détruire la résonance au point qu’on ne savait pas si l’on avait bien entendu. Gregor avait d’abord l’intention de répondre en détail et de tout expliquer, mais dans ces conditions il se contenta de dire :
    « Oui, oui, merci maman, je me lève. » Sans doute la porte en bois empêchait-elle qu’on notât de l’extérieur le changement de sa vois, car sa mère fut rassurée par cette déclaration et s’éloigna d’un pas traînant. Mais ce petit échange de propos avait signalé aux autres membres de la famille que Gregor, contre toute attente, était encore à la maison, et voilà que déjà, à l’une des portes latérales, son père frappait doucement, mais du poing, en s’écriant : « Gregor, Gregor, qu’est-ce qui se passe ? » Et au bout d’un petit moment il répétait d’une voix plus grave sur un ton de reproche : « Gregor ! Gregor ! »
    [/align:375f998cda]

    La daubinettes n° 5, elle, aurait au moins pu être utile pour essayer d’identifier la nature du mal qui avait frappe le héros de cette nouvelle.


  6. #6
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    [align=left:10c17050bb]
    Et derrière l’autre porte latérale, la sœur de Gregor murmurait d’un ton plaintif :
    « Gregor ! Tu ne te sens pas bien ? Tu as besoin de quelque chose ? »
    A l’un comme à l’autre, Gregor répondit « je vais avoir fini », en s’imposant la diction la plus soignée et en ménageant de longues pauses entre chaque mot, afin que sa vois n’eût rien de bizarre. D’ailleurs, son père retourna à son petit déjeuner, mais sa sœur chuchota :
    « Gregor, ouvre, je t’en conjure. » Mais Gregor n’y songeait pas, il se félicita au contraire de la précaution qu’il avait apprise dans ses tournées et qui lui faisait fermer toutes les portes à clé pour la nuit, même quand il était chez lui.
    Il entendait d’abord se lever tranquillement et en paix, s’habiller et surtout déjeuner ; ensuite seulement il réfléchirait au reste, car il se rendait bien compte qu’au lit sa méditation ne déboucherait sur rien de sensé. Il se rappela que souvent déjà il avait ressenti au lit l’une de ces petites douleurs, causées peut-être pas une mauvaise position, qui ensuite, quand on était debout, se révélait être purement imaginaire, et il était curieux de voir comment les idées qu’il s’était faites ce matin allaient s’évanouir peu à peu.
    Quant au changement de sa voix, il annonçait tout simplement un bon rhume, cette maladie professionnelle des représentants de commerce, aucun doute là-dessus.
    Rejeter la couverture, rien de plus simple ; il n’avait qu’à se gonfler un peu, elle tomba toute seule. Mais la suite des opérations était plus délicate, surtout parce qu’il était excessivement large. Il aurait eu besoin de bras et de mains pour se redresser ; or, au lieu de cela, il n’avait que ces nombreuses petites pattes sans cesse animées des mouvements les plus divers et de surcroît impossibles à maîtriser.
    [/align:10c17050bb]

    Pas evident, de cohabiter avec une personne qui s’est transformée en un insecte, plusieurs questions se posent d’emblée. Il en est notamment une qui aurait certainement intéressée en premier lieu notre sixième daubinettes : c’est celle de son alimentation.


  7. #7
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    [align=left:28afc4eb95]
    Voulait-il en plier une, elle n’avait rien de plus pressé que de s’étendre ; et s’il parvenait enfin à exécuter avec cette patte ce qu’il voulait, les autres pendant ce temps avaient quartier libre et travaillaient toutes dans une extrême et douloureuse excitation. « Surtout, ne pas rester inutilement au lit », se dit Gregor.
    Il voulut d’abord sortir du lit en commençant par le bas de son corps, mais ce bas, que du reste il n’avait pas encore vu et dont il ne pouvait guère se faire non plus d’idée précise, se révéla trop lourd à remuer ; cela allait trop lentement ; et quand, pour finir, prenant le mors aux dents, il poussa de toutes ses forces et sans précaution aucune, voilà qu’il avait mal visé : il heurta violemment le montant du lit, et la douleur cuisante qu’il éprouva lui apprit à ses dépens que pour l’instant, le bas de son corps en était peut-être précisément la partie la plus sensible.
    Il essaya donc de commencer par extraire du lit le haut de son corps, et il tourna prudemment la tête vers le bord.
    Cela marcha d’ailleurs sans difficulté, et finalement la masse de son corps, en dépit de sa largeur et de son poids, suivit lentement la rotation de la tête. Mais lorsqu’enfin Gregor tint la tête hors du lit, en l’air, il eut peur de poursuivre de la sorte sa progression, car si pour finir, il se laissait tomber ainsi, il faudrait un vrai miracle pour ne pas se blesser à la tête. Et c’était le moment ou jamais de garder à tout prix la tête claire ; il aimait mieux rester au lit.
    [/align:28afc4eb95]

    Ses nombreux problèmes doivent être gérés par la famille qui a le malheur de voir son fils et frère subir une telle metamorphose, d’où le désarrois des proches, leur sentiment d’impuissance qui provient de l’absence de comprehension entre le malade et le monde sain.
    Pour identifier le mnémo de notre septième daubinette, il faut retrouver un mot dans la phrase précédente et l’expurger de toutes ses voyelles.


  8. #8
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    [align=left:b021d58052]
    Mais lorsque, au prix de la même somme d’efforts, il se retrouva, avec un gémissement de soulagement, dans sa position première, et qu’il vit à nouveau ses petites pattes se battre entre elles peut-être encore plus âprement, et qu’il ne trouva aucun moyen pour ramener l’ordre et le calme dans cette anarchie, il se dit inversement qu’il ne pouvait, pour rien au monde, rester au lit et que le plus raisonnable était de consentir à tous les sacrifices, s’il existait le moindre espoir d’échapper ainsi à ce lit. Mais dans le même temps il n’omettait pas de se rappeler qu’une réflexion mûre et posée vaut toutes les décisions désespérées. A de tels instants, il fixait les yeux aussi précisément que possible sur la fenêtre, mais hélas la vue de la brume matinale, qui cachait même l’autre côté de l’étroite rue, n’était guère faite pour inspirer l’allégresse et la confiance en soi.
    « Déjà sept heures », se dit-il en entendant sonner de nouveau la pendulette, « déjà sept heures, et toujours un tel brouillard. » Et pendant un moment il resta calmement étendu en respirant à peine, attendant peut-être que ce silence total restaurerait l’évidente réalité des choses.
    Mais ensuite il se dit : « Il faut absolument que je sois tout à fait sorti du lit avant que sept heures et quart ne sonnent. D’ailleurs, d’ici là, il viendra quelqu’un de la firme pour s’enquérir de moi car ils ouvrent à sept heures. Et il entreprit dès lors de basculer son corps hors du lit de tout son long et d’un seul coup. S’il se laissait tomber de la sorte, on pouvait présumer que la tête, qu’il allait dresser énergiquement, demeurerait intacte.
    [/align:b021d58052]

    La huitième daubette s’apparente au héros de cette nouvelle en ceci que les deux sont capables de s’élever dans les airs, meme s’ils n’appartiennent pas à la meme espèce.


  9. #9
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    [align=left:37acbb7120]
    Le dos semblait dur : lui n’aurait sans doute rien, en tombant sur le tapis. Ce qui ennuyait le plus Gregor c’était la crainte du bruit retentissant que cela produirait immanquablement et qui sans doute susciterait, de l’autre côté de toutes les portes, sinon l’effroi, du moins des inquiétudes. Mais il fallait prendre le risque.
    Gregor dépassa déjà la moitié du lit – la nouvelle méthode était plus un jeu qu’un effort pénible, il lui suffisait de se balancer sans arrêt en se redonnant de l’élan -, il songea soudain combien tout eût été simple si on était venu l’aider : deux personnes robustes – il pensait à son père et à la bonne – y auraient parfaitement suffi ; elles n’auraient eu qu’à glisser leurs bras sous son dos bombé, à le détacher de la gangue du lit, à le laisser avec précaution opérer son rétablissement sur le sol, où dès lors on pouvait espérer que les petites pattes auraient enfin un sens. Mais, sans compter que les portes étaient fermées à clé, aurait-il vraiment fallu appeler à l’aide ? A cette idée, en dépit de tout son désarroi, il ne put réprimer un sourire.
    Il en était déjà au point où, en accentuant son balancement, il était près de perdre l’équilibre, et il lui fallait très vite prendre une décision définitive, car il ne lui restait que cinq minutes jusqu’à sept heures et quart … C’est alors qu’on sonna à la porte de l’appartement. « C’est quelqu’un de la firme », se dit-il, presque pétrifié, tandis que ses petites pattes n’en dansaient que plus frénétiquement. L’espace d’un instant, tout cela resta silencieux. « Ils n’ouvrent pas », se dit Gregor, obnubilé par quelque espoir insensé.
    [/align:37acbb7120]

    Hé Ben, je cale encore sur la daubinette n° 9 qui a, comme je vous l’ai dit plusieurs fois, un nom – et un mnémo – qui se prête hyper-difficilement aux devinettes. Et donc, je ne vous donne que deux consonnes des trois qui forment son mnémo, pour la troisième, vous n’avez qu’à faire travailler votre imagination !


  10. #10
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    [align=left:b11c3e6127]
    Mais alors, naturellement, comme toujours, la bonne alla d’un pas ferme jusqu’à la porte et ouvrit.
    Gregor n’eut qu’à entendre la première parole de salutation prononcée par le visiteur pour savoir aussitôt qui c’était : le fondé de pouvoir en personne. Pourquoi diable Gregor était-il condamné à travailler dans une entreprise où, à la moindre incartade, on vous soupçonnait de pire ? Les employés n’étaient-ils donc tous qu’une bande de salopards, n’y avait-il parmi eux pas un seul serviteur fidèle et dévoué, à qui la seule idée d’avoir manqué ne fût-ce que quelques heures de la matinée inspirait de tels remords qu’il en perdait la tête et n’était carrément plus en état de sortir de son lit ? Est-ce que vraiment il ne suffisait pas d’envoyer aux nouvelles un petit apprenti si tant est que cette chicanerie fût indispensable – fallait-il que le fondé de pouvoir vînt en personne, et que du même coup l’on manifestât à toute l’innocente famille que l’instruction de cette ténébreuse affaire ne pouvait être confiée qu’à l’intelligence du fondé de pouvoir ? Et c’est plus l’excitation résultant de ces réflexions que le fruit d’une véritable décision qui fit que Gregor se jeta de toutes ses forces hors du lit. Il en résulta un choc sonore, mais pas vraiment un bruit retentissant.
    La chute fut un peu amortie par la tapis, et puis le dos de Gregor était plus élastique qu’il ne l’avait pensé, d’où ce son assourdi qui n’attirait pas tellement l’attention. Simplement, il n’avait pas tenu sa tête avec assez de précaution, elle avait porté ; il la tourna et, sous le coup de la contrariété et de la douleur la frotta sur le tapis.
    [/align:b11c3e6127]

    Pour trouver comment s’appelle la chère petite n° 10 (et c’est vrai qu’elle est un peu chérote), vous n’avez qu’à faire l’inventaire des vêtements dont Gregor n’a plus aucun besoin et identifier celui dont l’appellation ressemble assez à son patronyme, pour peu qu’on le féminise.


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