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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes puisent à la bourse

    Adalbert von Chamisso : d’origine française, il est le type même de l’exilé. Son Peter Schlemihl, - que je propose ce soir à votre attention, - a fait le tour du monde tout comme son créateur, qui en a rapporté un très passionnant journal de voyages, fruit de sa double qualité, littéraire et scientifique.
    « Le Français en Allemagne et l’Allemand en France, catholique chez les protestants et protestant chez les catholiques, philosophe chez les gens religieux et cagot chez les gens sans préjugés ; homme du monde chez les savants et pédant dans le monde, jacobin chez les aristocrates et chez les démocrates un noble », Chamisso est l’incarnation du mouvement perpétuel, et son parcours « complet » de la planète correspond à une évolution personnelle.
    Chamisso était l’homme des paradoxes, et c’est sans doute en jouant avec son dédoublement intérieur qu’il échappa à l’angoisse d’être partout un étranger sur terre.
    Ce Français, né en 1871 au château de Boncourt, a d’abord été un émigré habitué des salons berlinois, puis un des poètes allemands les plus adulés ; cet infatigable voyageur ne rentra chez lui que pour accepter le poste de directeur du Jardin botanique – sa passion pour les rivages lointains ne devait le rattraper que plus tard, dans son agonie, quand il se mit à délirer en français et en hawaïen ; enfin et surtout, cet inoffensif herboriste qui parcourait les montagnes à la recherche de plantes rares fut aussi l’extraordinaire, l’inquiétant auteur du fameux « Peter Schlemihl » que lui enviaient Andersen, Hoffmann et Heine.
    On peut affirmer avec certitude que Chamisso faisait partie des écrivains de prédilection de Caspar David Friedrich (1774-1840), peintre qui l’accompagne dans ce thread.
    Grand romantique et mystique, ses paysages sont des décors intemporels, austères, voire hostiles. Cimetières, cahédrales en ruines, arbres desséchés ... La réflexion sur la mort et l'au-delà est omniprésente, parfois adoucie par un langage symbolique religieux d'où émane une grande spiritualité. L'homme, lorsqu'il est présent, est souvent figuré de dos. Friedrich construit ses oeuvres avec une rigueur et une précision extrêmes qui mettent en valeur le sentiment, romantique par excellence, de la solitude humaine face à l'immensité de la nature.
    [align=left:0346982595]
    Chapitre 1

    Après une traverse facile et néanmoins très éprouvante pour moi, nous arrivâmes enfin à bon port. Aussitôt débarqué, je me chargeai de mon petit bagage et, me frayant un passage à travers la foule grouillante, j’entrai dans la première maison de modeste apparence où je vis prendre une enseigne. J’exprimai le désir de louer une chambre. Le domestique me mesura du regard et m’emmena sous le toit. Je me fis apporte de l’eau fraîche et indiquer avec précision où je pourrais trouver M. Thomas John.
    « En sortant par la porte du Nord, la première maison de campagne à droite ; c’est une grande maison neuve en marbre rouge et blanc, ornée de nombreuses colonnes.
    - Bien. »
    [/align:0346982595]

    Si l’on inverse le mnémo de notre première daubinettes, - précisons qu’il compte trois lettres, - on obtiendra le début du nom d’un pays que les romantiques allemands, dont Chamisso faisait partie, faut-il vous le rappeler, rêvaient d’habiter ou du moins de visiter, contonnés comme ils l’étaient dans leur patrie nordique et brumeuse, pays qui passe pour le berceau de tous les arts !

  2. #2
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    [align=left:65f36b5656]
    Il était encore tôt. Je déficelai aussitôt mon paquet, en tirai la redingote noire que j’avais récemment fait retourner, me vêtis proprement en choisissant mes meilleurs habits, pris sur moi la lettre de recommandation qui m’avait été remise, et partis vois l’homme qui devait m’aider à réaliser mes modestes espérances. Après avoir gravi la longue rue du Nord et atteint la porte de la ville, je vis les colonnes briller dans la verdure. « C’est donc ici », pensai-je. J’essuyai avec mon mouchoir la poussière sur mes souliers, rajustai ma cravate et tirai la sonnette en me recommandant à la grâce de Dieu. La porte s’ouvrit brusquement.
    Après un interrogatoire dans le vestibule, le portier me fit annoncer et j’eus l’honneur d’être introduit dans le part où M. John faisait sa promenade en compagnie de quelques amis. Je reconnus à sa corpulence, qui n’avait d’égale que sa suffisance, l’homme qu’on m’avait décrit. Il me reçut très bien – comme un riche traite un pauvre diable – se tourna même vers moi, sans pour autant se détourner du reste de la compagnie, et prit la lettre que je lui tendais.
    « Ainsi vous venez de la part de mon frère ; il y a longtemps que je n’ai pas entendu parler de lui. Il est en bonne santé, j’espère ?... C’est là, continua-t-il en s’adressant à ses amis, sans attendre ma réponse et en se servant de ma lettre pour désigner une colline, c’est là que je fais construire le nouveau bâtiment. »
    Il rompit le cachet, sans interrompre la conversation qui portait sur la richesse.
    « Celui qui ne possède pas au moins un million, déclara-t-il péremptoirement, celui-là, passez-moi le mot, n’est qu’un coquin !
    [/align:65f36b5656]

    Le mnémo de la seconde daubinette n’est pas sans lien avec la patrie des Romantiques elle non plus : en effet, son mnémo (qui est composé de 3 lettres, comme le précédent) vous fournissent le début d’un substantif – ou d’un verbe, c’est comme vous préférez, - qui désigne dans la langue de la patrie de Chamisso une action absolument indispensable pour vivre si l’on n’est pas né avec une cuiller en or en bouche !

  3. #3
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    [align=left:8c318d377d]
    - Ah ! comme c’est vrai ! » m’écriai-je avec une totale et débordante ferveur.
    « Restez, cher ami, j’aurai peut-être le temps plus tard de vous dire ce que je pense de ceci », dit-il en me montrant la lettre, qu’il glissa aussitôt dans sa poche. Et il revint à ses amis. Il offrit le bras à une dame, d’autres messieurs s’empressèrent auprès des autres jolies femmes ; chacun trouva celle qui lui convenait, et l’on se dirigea processionnellement vers la colline où fleurissaient les roses.
    Je suivais à distance, peu soucieux de m’imposer, car personne ne s’occupait plus de moi. La compagnie était fort en train, on s’amusait à des riens, on plaisantait, et si parfois l’on parlait sérieusement de choses frivoles, on bavardait plus souvent à la légère de choses sérieuses ; on se moquait surtout des amis absentes et de tout ce qui les concernait. J’étais trop étranger à tout cela pour comprendre et surtout trop préoccupé et trop replié sur moi-même pour prendre goût à pareilles devinettes.
    Nous avions atteint la roseraie. La belle Fanny – qui paraissait être la reine du jour – décida, par caprice, de briser elle-même une branche en fleur ; elle se blessa à une épine ; un peu de sang pourpre, comme jailli des roses aux teintes sombres, coula sur sa jolie main. Cet événement mit tout le monde en émoi. On se mit en quête de taffetas d’Angleterre. Un homme silencieux, élégant, maigre, élancé, assez âgé, qui se tenait à l’écart, et que je n’avais pas encore remarqué, mit aussitôt la main dans une poche bien ajustée de son habit de taffetas gris, coupé à l’ancienne mode, en tira un petit portefeuille, l’ouvrit et tendit à la dame, avec un salut respectueux, l’objet réclamé.
    [/align:8c318d377d]

    Notre daubette n°3 pourrait être assimilée à une déesse : en effet, son nom est presque synonyme du patronyme de cette dernière, qui apparaît très tôt le matin pour que l’horizon s’embrasse.

  4. #4
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    [align=left:8d155154c5]
    Elle le reçut sans remarquer celui qui le donnait et sans même le remercier ; quand la blessure fut bandée, on continua à gravir la colline, au sommet de laquelle on voulait jouit du vaste panorama qui, par-delà le vert labyrinthe formé par le parc, s’étendait jusqu’à l’immense océan.
    Le coup d’œil était réellement splendide. Un point lumineux apparaissait à l’horizon entre le flot sombre et le ciel bleu.
    « Qu’on m’apporte une lunette ! » cria John, et avant même que la valetaille accourue à cet appel se fût mise en mouvement, l’homme gris, saluant avec modestie, avait plongé sa main dans la poche de son habit, en avait tiré une belle lunette de Dollond, et l’avait remise à M. John. Celui-ci, la portant aussitôt à son œil, informa la compagnie qu’il s’agissait du vaisseau qui avait quitté la rade la veille, et que des vents contraires retenaient en vue du port. La lunette passa de main en main, sans revenir dans celles de son propriétaire ; quant à moi, je regardais l’homme avec ébahissement, ne comprenant comment ce gros instrument était sorti d’une poche aussi minuscule ; ce détail ne semblait avoir frappé personne et l’on ne se souciait pas plus de l’homme gris que de moi-même.
    On servit des rafraîchissements et les fruits les plus rares de toutes les parties du monde dans les récipients les plus précieux. M. John faisait les honneurs avec aisance et distinction, et m’adressa la parole pour la seconde fois :
    « Mangez donc, vous n’avez pas eu de fruits quand vous étiez en mer. »
    [/align:8d155154c5]

    Ah les femmes, elles font tourner la tête aux pauvres mâles, elles les font faire des folies, comme vous ne tarderez pas à le voir pour peu que vous lisiez la nouvelle jusqu’au bout. Eh bien, la petite valeur n°3 leur est consacrée, aux femmes, des belles, des moins belles, des jeunes, des un peu âgées, bref, elle ne fait pas de discrimination, elle s’occupe de toutes les femmes, et cette occupation lui procure, paraît-il, de très beaux bénéfices.

  5. #5
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    [align=left:7ce2f8783d]
    Je m’inclinai, mais il ne s’en aperçut pas car il parlait déjà à quelqu’un d’autre.
    On se serait volontiers installé sur le gazon, au flanc de la colline, pour contempler le paysage, si l’on n’avait craint l’humidité du sol. Un des convives déclara que c’eût été joie divine d’étendre ici des tapis turcs, si l’on en avait eu. On n’avait pas plutôt exprimé ce désir que déjà l’homme à l’habit gris portait la main à sa poche et avec son air de modestie, d’humilité même, en tirait un riche tapis turc battu d’or. Les domestiques en prirent possession, comme si la chose allait de soi, et le déployèrent à l’endroit choisi. La compagnie y prit place sans façons ; quant à moi, stupéfait, je considérai une fois de plus l’homme, la poche, le tapis qui mesurait plus de vingt pieds de long sur dix de large, et je me frottai les yeux, ne sachant que penser de ce sortilège, d’autant plus que personne ne manifestait le moindre étonnement.
    J’aurais bien voulu obtenir quelques éclaircissements sur ce personnage, mais je ne savais à qui m’adresser ; j’étais encore plus intimidé par ceux qui servaient les maîtres que par les maîtres qui se laissaient servir. Enfin, je repris courage et m’approchai d’un jeune homme qui me parut moins impressionnant que les autres et qui était souvent demeuré à l’écart. Je le priai tout bas de me dire qui était cet homme si prévenant qui se tenait là, avec son habit gris.
    « Sans doute voulez-vous dire celui qui ressemble à un brin de fil échappé à l’aiguille d’un tailleur ?
    Oui, celui qui est seul.
    Je ne le connais pas », me répondit-il et, apparemment peu désireux de prolonger la conversation, il se détourna et se mit à bavarder de la pluie et du beau temps avec un autre invité.
    [/align:7ce2f8783d]

    Cet homme en gris, il a une facilité suprenante à procurer à la compagnie toute sorte de choses et notamment, ce superbe tapis – à croire qu’il est dans le textile, ce qui le rapprocherait de notre daubette n°5 qui elle aussi aurait pu leur offrir un beau tapis (non pas oriental, certes, mais ce n’est pas bien grave, n’est-ce pas ?).

  6. #6
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    [align=left:7935db52dd]
    Le soleil commençait à briller avec ardeur et à incommoder les dames ; la belle Fanny, avec sa nonchalance et son étourderie habituelles, demanda à l’homme gris, que personne, à ma connaissance, n’avait encore interpellé, si d’aventure il n’avait pas aussi une tente sur lui. Il lui répondit par une profonde inclination, comme si on lui avait fait un honneur immérité, et déjà il portait la main à sa poche, d’où je le vis tirer des étoffes, des piquets, des cordes, des ferrements, en un mot tout ce qu’il faut pour dresser la tente la plus magnifique. Les jeunes messieurs aidèrent à la dresser ; elle couvrait toute l’étendue du tapis – et personne n’y trouva rien d’extraordinaire.
    Depuis un certain temps déjà, j’étais assez peu rassuré et même franchement inquiet ; quelle ne fut pas ma surprise quand, au vœu suivant, je le vis tirer encore de sa poche trois chevaux de selle, je dis bien trois beaux grands chevaux noirs avec leur selle sortant de cette même poche, d’où étaient sortis déjà un portefeuille, une longue-vue, un tapis broché de vingt pieds de long sur dix de large et une tente de mêmes dimensions avec tous les piquets et tous les ferrements nécessaires ! Si je ne t’assurais pas avoir vu ce spectacle de mes propres yeux, tu ne le croirais certainement pas.
    Malgré l’humble contenance de cet homme pâle et le peu d’attention que les autres lui accordaient, je ne pouvais le quitter des yeux et il en vint à m’inspirer une terreur bientôt insupportable.
    Je résolus de me dérober, ce qui me parut facile eu égard à mon rôle insignifiant. Je voulais retourner à la ville, tenter ma chance le lendemain auprès de M. John et, si j’en trouvais le courage, le questionner sur l’étrange homme gris. Ah, si j’avais pu réussir à m’échapper.
    [/align:7935db52dd]

    Au fait, vous ai-je dit que Chamisso, non content d’être un grand écrivain, était aussi un grand voyageur ? Eh bien, voilà, désormais c’est fait. Difficile de nommer un pays qu’il n’ait pas visité : il est allé en Australie, en Océanie, aux Amériques aussi, bien sûr, et notamment, il a parcouru toute l’Amérique du Nord, de New-York jusqu’aux contrées sauvages de l’Extrême Ouest. Et pour trouver le mnémo de la valeur faisant l’objet du présent message, vous n’avez qu’à traduire l’expression que je viens d’employer dans sa langue d’origine.

  7. #7
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    [align=left:1090b1f489]
    Je m’étais déjà glissé sans encombre à travers la roseraie et, descendant la colline, je me trouvais sur une pelouse découverte de toutes parts, quand, par crainte d’être surpris hors des allées et foulant l’herbe, je jetai autour de moi un regard investigateur.
    Quelle ne fut pas mon épouvante quand je vis l’homme à l’habit gris, qui m’avait suivi et maintenant s’avançait vers moi. Il ôta son chapeau et s’inclina plus profondément que personne ne l’avait jamais fait devant moi. Il voulait évidemment me parler et je ne pouvais me dérober sans grossièreté. Je soulevai également mon chapeau, le saluai à mon tour et restai nu-tête en plein soleil, comme si j’avais pris racine. Je le regardais fixement, malgré ma frayeur, comme un oiseau ensorcelé par un serpent. Lui-même paraissait très mal à l’aise ; il ne leva pas les yeux, s’inclina à plusieurs reprises, s’approcha et me parla d’une voix basse et mal assurée, à peu près sur le ton qu’aurait adopté un mendiant.
    « Que monsieur veuille bien excuser mon indiscrétion et me pardonner si j’ose l’aborder alors qu’il ne me connaît pas ; j’ai une prière à lui adresser. Qu’il daigne me permettre …
    - Mais au nom du ciel, monsieur, éclatai-je malgré ma frayeur, que puis-je faire pour un homme qui … ? »
    Nous demeurâmes cours tous deus, et j’ai bien l’impression que nous nous mîmes à rougir.
    Il reprit la parole après un instant de silence :
    « Pendant le temps assez bref où j’ai eu le bonheur de me trouver près de vous, j’ai pu contempler – permettez-moi de vous le dire – avec une indicible admiration l’ombre si belle que vous projetez au soleil, avec une sorte de noble nonchalance, comme si vous n’y faisiez pas attention – oui, cette ombre superbe, que je vois à vos pieds.
    [/align:1090b1f489]

    Le mnémo de la présente valeur, en s’inversant, désigne un organisme qui a joué un grand rôle dans l’amélioration de la condition d’une partie de notre société. Il serait d’ailleurs intéressant de savoir ce que ledit organisme pense de la daubinette n° 4 ?

  8. #8
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    [align=left:16b9a4ba49]
    Vous pardonnerez, j’espère, une proposition pour le moins téméraire. Ne seriez-vous pas disposé à me céder cette ombre ? »
    Il se tut, et j’eus l’impression qu’un claquet de moulin me tournait dans la tête. Quel accueil faire à une offre aussi singulière ? Je me dis qu’il devait être fou, et, enchaînant sur un ton en rapport avec l’humilité du sien, je lui répondis :
    « Allons, mon brave, votre ombre à vous ne vous suffit-elle pas ? Vous me proposez un marché d’un genre tout à fait spécial. »
    Il dit aussitôt :
    « J’ai dans ma poche quelques objets qui pourraient bien ne pas paraître sans valeur à monsieur ; le prix fort me semble encore bien faible pour cette ombre inestimable. »
    Je me sentis glacé d’épouvante au souvenir de la poche et me demandai comment j’avais pu l’appeler « mon brave ». Je repris la parole et essayai tant bien que mal de réparer ma maladresse en me montrant extrêmement poli.
    « Monsieur, veuillez pardonner à votre serviteur très dévoué. Je ne saisis sans doute pas très bien votre intention ; comment pourrais-je donc … ? »
    Il m’interrompit :
    « Je sollicite seulement l’autorisation de ramasser cette ombre de grande valeur et de la mettre dans ma poche ; quant à la manière dont je m’y prendrai, c’est mon affaire. En contrepartie, et pour témoigner ma gratitude à monsieur, je lui laisse le choix entre tous les trésors que j’ai dans ma poche : l’herbe magique de Glaucus, la mandragore, les cinq sous du Juif errant, l’écu voleur, la nappe du page de Roland, le diable dans la bouteille, le tout au prix qui vous conviendra ; ou plutôt, non, car cela ne vous intéresse sans doute pas ; le chapeau magique de Fortunatus, remis à neuf récemment, et soigneusement rajeuni : et aussi une bourse magique, comme la sienne ».
    [/align:16b9a4ba49]

    La daubinettes n°8 pourrait, quant à elle, susciter l’intérêt aussi bien de la n°4 que la n°7, du moins, c’est ce que laisse supposer son nom. Cela dit, je crois que vu l’objet social de notre petite, la 4 part largement gagnante !

  9. #9
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    [align=left:854e955e52]
    - La bourse de Fortunatus ! » m’écriai-je ; malgré ma terreur, ce seul mot avait suffi pour me fasciner. Je chancelai et crus voir briller devant mes yeux les doubles ducats.
    « Que monsieur me fasse la grâce d’examiner cette bourse et de l’essayer. »
    Il mit la main dans sa poche et en tira, par deux forts cordons de cuir, une bourse de gros maroquin assez grande, solidement cousue, qu’il me remit. J’y plongeai la main et en tirai dis pièces d’or, puis dis autres de plus, puis dix autres encore ; je lui tendis la main sans plus attendre :
    « Tope là ! marché conclu ; je vous donne mon ombre en échange de la bourse. »
    Il frappa dans la main que je lui tendais, s’agenouilla devant moi sur-le-champ, et je le vis peu à peu, avec une dextérité digne d’admiration, détacher mon ombre du gazon ; il la souleva, la roula, la plia et enfin la mit dans sa poche. Il se releva, me salua une fois de plus, puis revint vers le bosquet de roses. J’eux alors l’impression qu’il riait sous cape. Mais je tenais solidement la bourse par les cordons. Autour de moi, la terre était tout ensoleillée, et je n’avais pas encore retrouvé mon équilibre.

    Chapitre II

    Je repris enfin mes esprits et me hâtai de quitter ce lieu o* j’espérais ne plus rien avoir à faire. Sans plus attendre, je remplis mes poches d’or, puis nouai solidement les cordons de la bourse autour de mon cou et la dissimulai contre ma poitrine. Je quittai le parc sans attirer l’attention, arrivai sur la grand-route et pris la direction de la ville. Plongé dans mes pensées, j’approchais de la porte, quand j’entendis crier derrière moi :
    « Jeune homme ! hé ! jeune homme ! mais écoutez donc ! »
    [/align:854e955e52]

    Ha ! Voilà le chapitre clé de la nouvelle, voilà ce qui explique tout ce qui va advenir ! Mais tiens, notre petite n°9 pourrait se substituer à l’un des termes de ma phrase précédente, pour peu qu’on connaisse des langues étrangères !

  10. #10
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    10

    [align=left:1af01d7059]
    Je me retournai : une vieille criait après moi :
    « Faites attention, monsieur, vous avez perdu votre ombre.
    Je lui jetai une pièce d’or pour la remercier du renseignement, qui partait d’une bonne intention, et poursuivis ma route en marchant sous les arbres.
    Arrivé à la porte, il me fallut écouter la sentinelle s’écrier à son tour :
    « Où monsieur a-t-il laissé son ombre ? »
    Quelques femmes prirent le relais :
    « Jésus-Marie ! le pauvre homme n’a pas d’ombre ! »
    Ces jérémiades commençaient à m’importuner, et j’évitai soigneusement de marcher au soleil. Mais ce n’était pas possible partout, notamment dans la Grand’rue, que j’allais devoir traverser et, pour mon malheur, à l’instant même où les garçons sortaient de l’école. Un maudit garnement, un bossu, je le vois encore, remarqua aussitôt que je n’avais pas d’ombre. Il me signala à grands cris à tous les écoliers et gamins du faubourg, qui se mirent aussitôt à me conspuer et à ma traîner dans la boue :
    « Les gens qui se respectent ont l’habitude d’emmener leur ombre avec eux quand ils vont au soleil. »
    Pour m’en débarrasser, je leur jetai de l’or par poignées et sautai dans un fiacre que des âmes charitables me procurèrent.
    Dès que je fus seul dans la voiture, je me mis à pleurer amèrement. Je commençais à pressentir que si, en ce bas monde, l’or l’emporte sur le mérite et la vertu, l’ombre est encore plus appréciée que l’or lui-même ; moi qui avais toujours sacrifié la richesse à ma conscience, voici que je venais de livrer mon ombre pour de l’or ; que pouvait-il, que devait-il advenir de moi ici-bas ?
    [/align:1af01d7059]

    Ainsi, notre héros a réglé tous ses problèmes pécuniaires. La seule ombre au tableau, si je puix dire, c’est qu’il a laissé son ombre dans l’aventure, c’est clair et net, c’est même doublement net, et notre daubinette le certifie !

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