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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes se font metre à l’ombre

    Aujourd’hui, vous allez apprendre comment s’est terminée l’histoire de Schlemihl (ne tremblez pas, tout compte fait, elle aurait pu avoir une fin beaucoup plus déplorable).
    Pour la partie picturale, j’ai choisi les tableaux d’Arnold Böcklin (1827 – 1901), peintre d’obédience pré-raphaëlite.
    Redécouvert dans les années 1920 par Max Ernst et Giorgio de Chirico, sa peinture se caractérise par ses créatures mythiques et ses références aux mythes germaniques. Imprégnée de mélancolie et de rêve, quelquefois assez morbide, son œuvre n’est pas dépourvue de charme que je vous laisse découvrir.
    [align=left:12bc6e6792]
    Je me concentrai : il avait raison, je m’étais trompé d’un jour dans mes calculs. Je portai la main droite à ma poitrine pour chercher ma bourse ; il devina ce que j’allais faire et recula de deux pas.
    « Non, monsieur le comte, elle est en bonnes mains, gardez-la. »
    Je le fixai d’un œil hagard, à la fois stupéfait et interrogateur ; il poursuivit :
    « Pour ma part, je ne demande qu’un bagatelle en souvenir : ayez la bonté de me signer ce billet. »
    Le parchemin portait ces mots :
    « En vertu de cette signature, je lègue mon âme au porteur de la présente, après la séparation naturelle de mon âme et de mon corps. »
    Avec une stupéfaction muette, je considérais tour à tour le billet et l’inconnu en gris. Entre-temps, il avait recueilli, au bout d’un plume nouvellement taillée, une goutte de sang qui coulait d’une blessure que m’avaient causée des épines et me présentait la plume.
    « Qui êtes-vous donc ? lui demandai-je finalement.
    - Qu’est-ce que cela peut faire ? répliqua-t-il, et d’ailleurs ne suffit-il pas de me regarder pour le voir ? Un pauvre diable, une espèce de savant et de physicien qui ne reçoit que de modestes remerciements de ses amis pour les services que ses remarquables talents lui permettent de leur rendre, et qui n’a d’autre amusement ici-bas que ses petites expériences, - mais signez donc. A droite, là en bas : Peter Schlemihl. »
    Je secouai la tête et dis :
    « Pardonnez-moi, monsieur, mais je ne signe pas ce document.
    [/align:12bc6e6792]

    Eh bien, on peut dire que le diable mène ses affaires tambour battant : demander au pauvre Peter Schlemihl comme cela, de but en blanc, de signer un papier de portée quand même rien moins que négligeable, on comprend la stupéfaction de notre héros !
    Même notre intrépide daubinette serait interloquée, je vous en fiche mon billet ! Et pour connaître ses patronymes, qu’il vous suffise que je vous révèle qu’elle pourrait avantageusement remplacer l’un des objets mentionnés dans la première phrase de ce même paragraphe, et de plus, en le faisant, elle y introduirait une certaine couleur locale.

  2. #2
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    [align=left:974015aa52]
    - Vous refusez ? dit-il étonné, et pourquoi ?
    - C’est qu’il me paraît quelque peu dangereux de donner mon âme pour mon ombre !
    - Tiens, tiens, rétorqua-t-il, c’est un marché délicat ! »
    Et il éclata bruyamment de rire.
    « Puis-je vous demander ce que c’est que votre âme ? L’avez-vous jamais vue, et que comptez-vous en faire quand vous serez mort ? Vous devriez vous estimer heureux de trouver un amateur qui, de votre vivant, accepte de vous acheter cet x, cette force galvanique, ce courant polarisant ou que sais-je encore ? contre quelque chose de bien réel : votre ombre elle-même, qui vous permettra d’obtenir la main de votre bien-aimée et de réaliser tous cos vœux.
    Allez-vous vous-même jeter la pauvre enfant dans les bras de cet infâme coquin de Rascal, la lui livrer pieds et poings liés ? Non, il faut que vous voyiez ce spectacle de vos propres yeux ; venez, je vous prête mon bonnet magique (il tira quelque chose de sa poche) et nous allons nous rendre, sans être vus, dans le jardin de l’inspecteur des forêts. »
    J’avoue que j’éprouvais une grande honte à subir les railleries de cet homme. Je le haïssais du fond du cœur, et je crois que cette aversion personnelle, plus encore que mes principes ou mes préjugés, m’empêcha de racheter mon ombre, malgré le besoin que j’en avais, au prix de la signature réclamée. Il m’était tout aussi intolérable de penser que j’allais entreprendre, en sa compagnie, l’expédition à laquelle il me conviant.
    [/align:974015aa52]

    Oui, il faut avoir que le dilemma est cruel : une âme pour une ombre, c’est à s’y perdre son latin ! Or le latin, justement, notre seconde petite s’y connaît, elle qui a ses lettres, - ses chiffres aussi, du reste (espérons que ses derniers seront toujours excellents, pendant qu’on y est !) !

  3. #3
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    [align=left:1a3864c22a]
    Ce qu’il y avait de plus intime en moi se révoltait de voir ce personnage rampeur et haïssable, ce gnome ricaneur, se glisser avec ses persiflages entre ma bien-aimée et moi, entre nos deux cœurs déchirés et sanglants. Je résolus de considérer le passé comme irrévocable et ma chute comme fatale, et, me tournant vers lui, je lui dis :
    - Monsieur, je vous ai vendu mon ombre pour cette bourse qui en soi présente des avantages incontestables, et je m’en suis assez repenti. Ce marché peut-il être annulé, au nom de Dieu ? »
    Il secoua négativement la tête avec une fort vilaine grimace. Je poursuivis :
    « Dans ce cas, je ne vous vendrai plus rien de ce qui m’appartient, même au prix de mon ombre, ainsi que vous me l’offrez, et je ne signe donc rien. Il en résulte aussi que le travestissement auquel vous me conviez serait incomparablement plus divertissant pour vous que pour moi ; veuillez donc m’excusez et, puisqu’il n’y a rien d’autre à faire … séparons-nous !
    - Je regrette, monsieur Schlemihl, que vous refusiez avec tant d’obstination l’affaire que je vous proposais en toute amitié. Peut-être serai-je plus heureux une autre fois. A bientôt ! A propos, permettez-moi donc de vous montrer que je ne laisse pas à l’abandon les choses que j’achète, mais que je les conserve avec soin et que je les ménage bien. »
    Il tira aussitôt mon ombre de sa poche et, la déployant d’un geste adroit sur la lande, retendit à se pieds du côté du soleil, en sorte qu’il eut deux ombres, la mienne et la sienne, qui, toutes deux, étaient à son service, car la mienne devait lui obéir, elle aussi, et devait se soumettre et se conformer à tous ses mouvements.
    [/align:1a3864c22a]

    Pour retrouver la raison sociale de notre troisième valeur, il faut donner dans les démonstratifs, qui sont, comme chacun le sait, au nombre de trois. Et celui qui nous intéresse se trouve être le seul à être absent du paragraphe de la nouvelle posté ci-dessus, curieux hein ?.

  4. #4
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    [align=left:a6e1c5e7c1]
    Le moment tant attendu était venu : je revoyais ma pauvre ombre, assujettie à un esclavage indigne, au moment même où à cause d’elle j’étais dans une détresse indicible ! Alors mon cœur se brisa et je pleurai amèrement. L’odieux personnage faisait parade de l’ombre dérobée, et il eut l’impudence de renouveler sa proposition :
    « Elle est encore à vous ; un trait de plume et vous sauvez la pauvre Mina des griffes du coquin, pour l’amener dans les bras du comte vénéré. Je vous l’ai dit, un trait de plume suffit. »
    Mes larmes redoublèrent, mais je me détournai et lui fis signe de s’éloigner.
    C’est alors que survint Bendel qui, très inquiet, avait suivi mes traces jusque-là. Quand ce fidèle entre les fidèles me trouva en larmes et vit mon ombre – on ne pouvait s’y tromper – au pouvoir de l’étrange inconnu en gris, il résolut aussitôt de me rendre mon bien, même de force, et comme il n’était guère diplomate, il prit l’homme à partie et, sans autre préambule, lui enjoignit de me restituer sur-le-champ ce qui m’appartenait. Celui-ci, pour toute réponse, tourna le dos au brave garçon et s’éloigna.
    Mais Bendel leva son gourdin et, emboîtant le pas à l’homme en gris, lui dit sentir sans ménagement, tout en répétant ses paroles, toute la vigueur de son bras noueux. L’autre, comme s’il était habitué à un pareil traitement, baissa la tête, courba les épaules et, sans rien dire, continua sa route d’un pas paisible à travers la lande, m’enlevant à la fois mon ombre et mon fidèle serviteur. J’entendis encore longtemps le bruit sourd résonner à travers la solitude, jusqu’à ce qu’il se perdît dans le lointain. Comme autrefois, j’étais seul avec mon malheur.
    [/align:a6e1c5e7c1]

    Alors, la question que je vous pose maintenant est la suivante : une ombre est-elle une oeuvre d’art ? Non, ne vous pressez pas de répondre négativement, elle mérite qu’on y réfléchisse sérieusement. Parce que si c’est le cas, notre daubinette présente pourrait débloquer la situation qui semble désespérée.

  5. #5
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    [align=left:34150d8f4b]
    Chapitre VI

    Abandonné sur la lande déserte, je me sentis accablé par un fardeau sans nom et une insupportable angoisse. Pas de borne, pas d’issue, pas de limite à mon infinie misère ; ivre de rage, je m’abreuvais du poison nouveau que l’inconnu avait versé sur mes blessures. Quand j’invoquai l’image de Mina et que sa douce figure m’apparut pâle et en larmes, telle que je l’avais vue pour la dernière fois, le jour où j’avais suivi tant d’outrages, je vis surgit entre elle et moi, impudent et sarcastique, le spectre de Rascal ; je me cachai le visage et pris la fuite, mais l’atroce vision ne me lâchait pas. Elle me poursuivit jusqu’à ce que je tombe sur le sol, haletant, secoué de sanglots entrecoupés.
    Tout cela pour une ombre ! Une ombre que j’aurais pu obtenir d’un trait de plume ! Je réfléchissais à la surprenante proposition et ç mon refus. Tout en moi était chaos ; je n’avais plus ni jugement, ni esprit.
    Le jour s’écoula. J’apaisai ma faim avec des fruits sauvages, étanchai ma soif dans le ruisseau le plus proche ; la nuit tomba, je m’étendis sous un arbre. Le froid du petit matin me tira d’un pesant sommeil, où je m’entendais râler comme si j’agonisais. Bendel devait avoir perdu ma trace, et je me réjouissais à cette pensée.
    Je ne voulais pas retourner chez les hommes qui m’avaient fait fuir peureusement comme les bêtes sauvages de la montagne. Je vécus ainsi trois jours d’anxiété.
    Le matin du quatrième jour me trouva dans une plaine sablonneuse que le soleil éclairait de ses rayons ; j’étais assis sur es débris de rochers, en plein soleil ; j’aimais maintenant jouir de cette vision dont j’avais été longtemps privé. Je savourais tristement le désespoir qui m’avait envahi.
    [/align:34150d8f4b]

    Voyez comme il est content de pouvoir rester sous les rayons du soleil, et pourtant, cette pOSItion n’a à mon avis rien de confortable. Décidément, on n’est jamais satisfait de ce qu’on a, il suffit que quelque chose nous soit impossible pour qu’on soit d’accord de vendre son âme (enfin, pas tout à fait, mais vraiment, peu s’en faut) pour avoir cet objet de notre désir. Ah, les hommes !

  6. #6
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    [align=left:de1717f540]
    Tout à coup, un bruit léger m’arracha à ma rêverie ; prêt à fuir, je jetai un regard autour de moi ; je ne vis personne ; mais sur le sable ensoleillé glissa une ombre humaine qui n’était pas sans ressemblance avec la mienne et qui, cheminant seule, semblait avoir perdu son maître.
    Alors s’éveilla en moi un puissant désir. Ombre, pensai-je, cherches-tu un bon maître ? Je serai ce maître. Et je m’élançai pour la prendre : si je réussissais à marcher avec elle de façon qu’elle fût juste à mes pieds, elle s’y attacherait peut-être et, avec le temps, pourrait s’habituer à moi.
    Z mon premier mouvement, l’ombre prit la fuite, et je dus entamer une poursuite acharnée : pour rattraper la fugitive à la course légère, l’espoir d’échapper à ma situation galvanisa mes forces. Elle fuyait vers un bois encore éloigné, dans l’ombre duquel j’allais infailliblement la perdre ; dès que je m’en aperçus, l’effroi me traversa le cœur comme un éclair, attisa mon désir, me donna des ailes – je gagnais sur elle, je me rapprochais, j’allais l’atteindre. Elle s’arrêta pile et se retourna vers moi. Comme un lion sur sa proie, je m’élançai d’un bond puissant pour en prendre possession – et, contre toute attente, je me heurtai ç un corps résistant et dur. Je reçus alors, sans rien voir, les bourrades les plus inouïes peut-être qu’un homme ait jamais ressenties.
    Sous l’effet de la peur, je fermai convulsivement les bras et serrai de toutes mes forces la chose invisible qui se dressait devant moi. Dans ma précipitation, je tombai en avant de tout mon long, entraînant sous moi l’homme que je tenais et qui me devint enfin visible.
    [/align:de1717f540]

    Le pauvre Peter Schlemihl, perturbé comme il l’est, semble errer sans but ou en d’autres termes, avoir enclenché son pilote automatique. Dommage qu’il n’ait pas pu profiter de l’assistance de notre sixième valeur qui aurait pu lui être de quelque secours, vu son domaine d’activité (enfin, je m’avance un peu car de ce dernier, je ne sais strictement rien, mais je me base sur ce que laisse entendre son patronyme – qui fait justement l’objet de vos recherches).

  7. #7
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    [align=left:2f93a3045c]
    Tout l’événement trouvait enfin son explication. L’homme devait avoir le nid d’oiseau invisible, qui rend également invisible celui qui le tien mais non son ombre, et apparemment il l’avait ensuite lancé loin de lui. Je promenai les yeux autour de moi, découvris bientôt l’ombre du nid invisible, bondis et ne manquai pas le précieux butin. Je tenais le nid dans mes mains. J’étais invisible et sans ombre.
    L’homme se releva promptement et promena ses regards de tous côtés pour voir son vainqueur, n’aperçut dans l’immense plaine ensoleillée ni le vainqueur ni son ombre, qu’il cherchait anxieusement des yeux. Il n’avait pas eu le temps de remarquer et ne pouvait supposer que moi-même je fusse dépourvu d’ombre. Quant il fut convaincu que tout avait disparu sans laisser de trace, il s’abandonna au désespoir et s »’arracha les cheveux. Quant à moi, le trésor que j’avais conquis me donnait à la fois le moyen et le désir de me mêler de nouveau aux hommes. Je ne manquais pas de prétextes pour excuser à mes propres yeux mon brigandage indigne, ou plutôt je n’en eux pas besoin, et pour échapper à toute pensée de cette sorte, je m’éloignai en hâte, sans un regard pour le malheureux don j’entendis longtemps derrière moi les cris d’épouvante. C’est ainsi du moins que m’apparurent alors les circonstances de cet événement.
    Je brûlais de retourner au jardin de l’inspecteur des forêts et de vérifier ce que m’avait annoncé l’homme que je haïssais tant, mais je ne savais pas où j’étais ; pour examiner les environs, j’escaladai la colline la plus proche ; de son sommet, je vis à mes pieds la petite ville toute proche et le jardin. Mon cœur battit, mes yeux se remplirent de larmes d’un nouveau genre ; j’allais la revoir.
    [/align:2f93a3045c]

    D’ailleurs, la septième daubinettes elle aussi aurait pu lui prêter main forte, pour l’aider à s’orienter dans les terres désolées qu’il parcourrait en tout sens. Je dirai plus : même s’il s’était aventuré sur les eaux, lnotre petite n’aurait pas déclaré forfait, bien au contraire !

  8. #8
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    [align=left:4604475daf]
    Un désir impatient et anxieux hâtait mes pas le long du sentier le plus court. Sans être vu, je dépassai quelques paysans qui venaient de la ville. Ils parlaient de moi, de Rascal et de l’inspecteur des forêts ; je ne voulus pas prêter l’oreille et pressai le pas.
    Tremblant d’impatience, j’entre dans le jardin ; un rire me frappa les oreilles, je frissonnai, jetais un rapide cop d’œil alentour : personne. Je continuai d’avancer ; j’avais l’impression d’entendre à côté de moi comme un bruit de pas ; mais on ne voyait rien : sans doute mon oreille m’abusait. Il était encore tôt ; il n’y avait personne dans le bosquet du comte Peter ; le jardin était vide ; j’errai dans les allées que je connaissais bien, me risquai vers la maison. Le bruit me suivait, plus distinct. Le cœur serré d’angoisse, je m’assis sur un banc placé au soleil en face de la porte. Il me sembla entendre l’invisible créature s’asseoir près de moi en ricanant.
    La clé tourna dans la serrure, la porte s’ouvrit et l’inspecteur des forêts parut, des papiers à la main.
    Je sentis comme un brouillard me passer sur la tête, me retournai et, à ma grande terreur, vis l’homme en habit gris assis près de moi, qui me regardait avec un sourire satanique. Il m’avait coiffé de son bonnet magique ; à ses pieds gisaient paisiblement, côte à côte, nos deux ombres, la sienne et la mienne ; il jouait négligemment avec le parchemin et, tandis que l’inspecteur, plongé dans ses papiers, allait et venait à l’ombre du bosquet, il se pencha avec abandon vers mon oreille et chuchota :
    « Si vous aviez accepté mon invitation, nous serions également assis ensemble, deux têtes sous un même bonnet, - Fort bien ! Fort bien !
    [/align:4604475daf]

    Il n’est pas étonnant que l’histoire de Peter Schlemihl soit devenue célèbre dans le monde entier : le CAS est exemplaire, et Freud avec ses acolytes ont pas mal brodé dessus, mais laissons donc tomber ces psy de moins que rien, la nouvelle est merveilleuse, remarquablement bien écrite, et n’a pas besoin d’être interprêtée pour vous procurer le plaisir le plus pur.

  9. #9
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    [align=left:174e8f8866]
    – Mais rendez-moi aussi mon nid d’oiseau ; vous n’en avez plus besoin et vous êtes trop honnête pour refuser de me le restituer ; mais point de remerciement, je vous assure que je vous l’ai prêté de bon cœur.
    Il le prit sans rencontrer la moindre résistance, le fourra dans sa poche et se mit à rire, mais si fort, à vrai dire, que l’inspecteur se retourna. Je restai assis comme pétrifié.
    « Vous devez tout de même reconnaître, poursuivit-il, qu’un tel bonnet est beaucoup plus commode. Il ne couvre pas seulement son homme, mais aussi l’ombre qu’il projette, et tout ce qu’il a envie d’emporter avec lui. Voyez, aujourd’hui j’en ai encore deux. »
    Il rit de nouveau.
    Mettez-vous bien ceci dans la tête Schlemihl : ce qu’on ne fait pas de bon gré tout de suite, on finit par le faire contraint et forcé. Suivez mon conseil, rachetez l’objet, reprenez votre fiancée (il est encore temps) et faisons pendre Rascal, ce qui nous sera aisé aussi longtemps qu’il y aura de la corde. Tenez, je vous donne mon bonnet par-dessus le marché.
    La mère sortit, la conversation s’engagea.
    « Que fait Mina ?
    - Elle pleure.
    - Quelle sotte enfant ! On ne peut pourtant rien y changer !
    - Sans doute, mais la donner si tôt à un autre … Oh ! cher mari, tu es cruel envers ta propre enfant.
    [/align:174e8f8866]

    Il y a un côté propre au romantisme allemand (souvenez-vous de Hoffmann), c’est ce mélange d’onirisme avec des détails très terre-à-terre d’une COHérence absolue, et aussi un humour que j’apprécie énormément. J’espère que vous êtes du même avis et que cette histoire vous enchante comme elle m’enchante moi.

  10. #10
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    10

    [align=left:965b580095]
    - Non, maman, tu vois cela sous un faux jour. Si elle vient à être la femme d’un homme très riche et honoré, elle n’aura même pas versé toutes ses larmes d’enfant qu’elle sera consolée de son chagrin comme d’un mauvais rêve, et elle remerciera Dieu, elle nous remerciera nous-mêmes, tu verras !
    - Dieu t’entende !
    - Sans doute possède-t-elle maintenant des bien très appréciables ; mais après l’éclat produit par sa malheureuse histoire avec cet aventurier, crois-tu qu’il se trouvera si tôt un parti aussi convenable que M. Rascal ? Sais-tu quelle fortune il possède, M. Rascal ? Il a pour six millions de terres, ici, dans le pays, quittes et libres de toute hypothèque, payées comptant. J’ai eu les documents entre les mains ! C’est lui qui m’a devancé partout et qui m’a pris sous le nez ce qu’il y avait de meilleur ; il a en outre un portefeuille d’actions valant trois millions et demi dans la maison Thomas John.
    - Il doit avoir beaucoup volé.
    - En voilà des histoires ! Il a sagement mis de côté quand d’autres gaspillaient.
    - Un homme qui a porté la livrée !
    - Sottises ! Il a une ombre sans défaut !
    - Tu as raison, mais … »
    L’homme à l’habit gris se mit à rire et me regarda. La porte s’ouvrit et Mina sortit. Elle s’appuyait au bras d’une femme de chambre ; des larmes silencieuses coulaient sur ses belles joues pâles. Elle s’assit dans un fauteuil qu’on lui avait préparé sous les tilleuls et son père prit une chaise près d’elle.
    [/align:965b580095]

    Comme je vous ai dit, cette semaine, mes daubinettes ont salement dégusté, et je suis d’avis que c’était la punition pour avoir conclu un pacte avec le diable. Du coup, je me demande si nous n’avons pas intérêt à nous faire dévotes, à faire nos génuflexions, de dire nos prières et de jeûner (la Pâque orthodoxe n’est fêtée cette année que le 1er Mai, on est donc en plein Carême). Eh bien, notre daubette présente pourrait m’instruire sur le modus operandi, et je vais lui demander de ce pas de m’aider !

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