L'argent évaporé
de l'aide humanitaire

Détournement de fonds, gaspillages, opacité des comptes: dix ans après le scandale de l’ARC, les dérives des associations sont encore légion. Et pourtant les Français n’ont jamais été aussi généreux…

Une enquête réalisée par Thierry Fabre.
Rassurons tout de suite les fondus du Téléthon : une partie des 100 millions d'euros recueillis chaque année par l'Association française contre les myopathies (AFM) est bien affectée à la recherche sur les maladies neuro-musculaires, comme promis par les organisateurs. Le reste ? Il sert, selon la Cour des comptes, à égayer le quotidien des dirigeants de l'association, dont la mission n'est, il est vrai, pas rigolote tous les jours. Non contents de se verser les plus gros salaires du secteur caritatif (7 676 euros par mois en moyenne pour les dix principaux cadres de l'AFM), ces soldats de l'humanitaire s'offrent des costards et des sous-vêtements de bonne coupe (un seul salarié a ainsi dépensé pour 8 601 euros en quatre ans), roulent dans des voitures de fonction, se font rembourser des taxis à tire-larigot (la Cour est tombée sur un délectable "Nice-Monaco" en date du 25 décembre), et se tapent des virées dans des quatre-étoiles à Bora Bora, sous prétexte que les myopathies n'épargnent pas les îles et que la réflexion est plus féconde au soleil. On arrête ?

Pas encore, car il y a pire. Avec l'argent du Téléthon, l'AFM a également acheté une coquette villa dans l'Essonne, afin d'y loger décemment sa directrice de l'époque. N'ayant aucun enfant à biberonner (à la différence de l'ancien ministre de l'Economie et des Finances, Hervé Gaymard), celle-ci s'y est trouvée fort à l'aise entre les cinq chambres et le jardin de 1 000 mètres carrés. Histoire de la mettre de bonne humeur, l'association n'a pas hésité par ailleurs à lui payer une femme de ménage, des meubles, un jardinier, ainsi que ses communications téléphoniques (83 000 euros, en tout, en cinq ans). Les frais de fonctionnement de l'AFM ont été multipliés par deux en sept ans.