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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes trahies par la grammaire française

    Bonjoir à tous. Aujourd’hui, on a un programme franco-russe. La partie française est représentée par Raymond Queneau dont je vous poste quelques extraits de son remarquable livre « Les fleurs bleues ». Pourquoi Quaneau et pourquoi justement ce soir ? Il me semble que ce texte convient à merveille pour un 1er avril, une journée de tromperie et de vannes de toute sorte.
    Queneau s'amuse à brouiller les pistes : en déplaçant ou condensant des événements historiques, en déformant des noms de lieux réels ou en glissant dans leur contexte des lieux fictifs de façon discrète ou au contraire tonitruante, en inversant les directions fondamentales de la géographie, en mélangeant les personnages de la fiction aux personnages historiques, ou surtout en faisant des anachronismes de mots ou de style, ou en introduisant des leurres intertextuels – ce méli-mélo permanent est du même ordre que celui des sorites et autres faux raisonnements en logique.
    La fantaisie dans le récit, les rebondissements et l'ouverture de la fin, le roman entier semble se baser sur cette idée philosophique du "tout est possible" ("Une de mes tendances les plus profondes est de croire que tout est possible"). Queneau continue par ce qui devient un mode de vie et un principe de romancier : " A chaque instant du nouveau et de l'inattendu peuvent s'accomplir."
    L’élément russe est fourni par Victor Borissov-Moussatov (1870 – 1905). Mais pourquoi donc l’ai-je choisi pour illustrer le texte de Quaneau, puisque à prime abord, il n’existe pas deux créateurs plus dissemblables ? Eh bien, cet artiste fin du siècle dont les tableaux sont autant de rêves, de réflexions sur l’harmonie disparue (or, on parle décidément beaucoup de rêves et de rêveries, mais aussi du passé dans le texte que vous allez découvrir, sur un tout autre ton, il est vrai, hihihi), a exercé une influence décisive sur les symbolistes russes, créateurs de la Société de la Rose bleue : et voilà, comme vous voyez, on est au cœur du sujet !

    [align=left:f28c5b7748]
    Le vingt-cinq septembre douze cent soixante-quatre, au petit jour, le duc d’Auge se pointa sur le sommet du donjon de son château pour y considérer, un tantinet soit peu, la situation historique. Elle était plutôt floue. Des restes du passé traînaient encore çà et là, en vrac. Sur les bords du ru voisin, campaient deux Huns ; non loin d’eux un Gaulois, Eduen peut-être, trempait audacieusement ses pieds dans l’eau courante et fraîche. Sur l’horizon se dessinaient les silhouettes molles de Romains fatigués, de Sarrasins de Corinthe, de Francs anciens, d’Alains seuls. Quelques Normands buvaient du calva.
    Le duc d’Auge soupira mais n’en continua pas moins d’examiner attentivement ces phénomènes usés.
    Les Huns prépaient des stèques tartares, le Gaulois fumait une gitane, les Romains dessinaient des grecques, les Sarrasins fauchaient de l’avoine, les Francs cherchaient des sols et les Alains regardaient cinq Ossètes. Les Normands buvaient du calva.
    [/align:f28c5b7748]

    Notre initiale daubinette doit être coquette, puisque elle s’est dédié à la mode, mais même si les vêtements et autres frivolités ne vous intéressent pas, elle vous concerne aussi, vous les lecteurs et lectrices de ce thread !

  2. #2
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    [align=left:026028e8a4] - Tant d’histoire, dit le duc d’Auge au duc d’Auge, tant d’histoire pour quelques calembours, pour quelques anachronismes. Je trouve cela misérable. On n’en sortira donc jamais ?
    Fasciné, il ne cessa pendant quelques heures de surveiller ces déchets se refusant à l’emiettage ; puis, sans cause extérieure décelable, il quitta son poste de guet pour les étages inférieurs du château en se livrant au passage à son humeur qui était de battre.
    Il ne battit point sa femme parce que défunte, mais il battit ses filles au nombre de trois ; il battit des serviteurs, des servantes, des tapis, quelques fers encore chauds, la campagne, monnaie et, en fin de compte, ses flancs. Tout de suite après, il décida de faire un court voyage et de se rendre dans la ville capitale en petit arroi, accompagné seulement de son page Mouscaillot.
    Parmi ses palefrois, il choisit son percheron favori nommé Démosthène parce qu’il parlait, même avec le mors entre les dents.
    - Ah ! mon brave Démo, dit le duc d’Auge d’une voix plaintive, me voici bien triste et bien mélancolieux.
    - Toujours l’histoire ? demanda Sthène.
    - Elle flétrit en moi tout ébaudissement, répondit le duc.
    - Courage, messire ! Courage ! Mettez-vous donc en selle que nous allions promener.
    - C’était bien là mon intention et même plus encore.
    - Quoi donc ?
    - Partir pendant quelques jours.
    -Voilà qui me réjouit fort ! Où, messire, voulez-vous que je vous emmène ?
    - Loin ! Loin ! Ici la boue est faite de nos fleurs.
    - …bleues, je le sais. Mais encore ?
    - Choisis.
    Le duc d’Auge monta sur le dos de Sthène qui fit la proposition suivante :
    - Que diriez-vous d’aller voir où en sont les travaux à l’église Notre-Dame ?
    - Comment ! s’écria le duc, ils ne sont pas encore terminés ?
    - C’est ce dont nous nous rendrons compte.
    - Si on traîne tellement, on finira par bâtir une mahomerie.
    - Pourquoi pas un bouddhoir ? un confuciussonnal ? un sanct-lao-tsuaire ? il ne faut pas broyer du noir comme ça, messire ! En route ! et par la même occasion nous présenterons notre féodal hommage au saint roi Louis neuvième du nom.
    [/align:026028e8a4]

    Dites donc, ce texte est très ludique, n’est-ce pas ? Eh bien, c’est cette qualité qui doit plaire à notre seconde valeur qui est extrêmement joueuse.

  3. #3
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    [align=left:a1c9194a7e] Sans attendre la réponse de son maître, Sthène se mit à trotter vers le pont-levis qui s’abaissa fonctionnellement. Mouscaillot, qui ne proférait mot de peur de recevoir un coup de gantelet dans les gencives, suivait, monté sur Stéphane, ainsi nommé parce qu’il était peu causant. Comme le duc remâchait son amertume et que Mouscaillot, suivant sa prudence politique, persévérait dans le silence, seul Sthène continuait à bavarder gaiement et il lançait des gabances réjouissantes à ceux qui le regardaient passer, les Celtes d’un air gallican, les Romains d’un air césarien, les Sarrasins d’un air agricole, les Huns d’un air uttique, les Alains d’un air narte et les Francs d’un air sournois. Les Normands buvaient du calva.
    Tout en saluant très bas leur bien aimé suzerain, les manants grommelaient des menaces redoutables mais qu’ils savaient inefficaces, aussi ne dépassaient-elles pas les milites de leurs moustaches, s’ils en portaient.
    Sur la grand’route, Sthène allait bon arain et finit par se taire, ne trouvant plus d’interlocuteur, la circulation étant nulle ; il ne voulait importuner son cavalier qu’il sentait somnoler ; comme Stèphe et Mouscaillot partageaient cette réserve, le duc d’Auge finit par s’endormir.
    Il habitait une péniche amarrée à demeure près d’une grande ville et il s’appelait Cidrolin. On lui servait à manger de la langouste pas trop fraîche avec une mayonnaise glauque. Tout en décortiquant les pattes de la bête avec un casse-noisettes, Cidrolin dit à Cidrolin :
    - Pas fameux tout ça, pas fameux ; Lamélie ne saura jamais faire la cuisine.
    Il ajouta, s’adressant toujours à lui-même :
    - Mais où donc allais-je ainsi monté sur un cheval ? je ne m’en souviens plus.
    [/align:a1c9194a7e]

    Les voilà qui vont rendre visite au bon roi Louis. Cela pourrait leur permettre de faire connaissance de notre troisième daubinette car elle n’est pas étrangère à la cour royale de France : en effet, il suffit qu’on enlève la dernière lettre de son mnémo (lettre que je trouve du reste totalement superfétatoire !) pour qu’elle désigne le symbole de ladite cour, et ceci, en conservant l’orthographe d’époque, si l’on peut dire.

  4. #4
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    [align=left:2aadf28884] D’ailleurs, c’est bien ça les rêves ; jamais de ma vie je ne suis monté à cheval. Jamais de ma vie non plus je ne suis monté à bicyclette et pourtant je monte à cheval. Il doit y avoir une explication, c’est sûr. Décidément cette langouste n’est pas fameuse et cette mayonnaise encore moins et si j’apprenais à monter à cheval ? Au Bois, par exemple. Ou bien à bicyclette ?
    - Et tu n’aurais pas besoin de permis de conduire, lui fait-on remarquer.
    - Passons, passons
    On apporte ensuite le fromage.
    Du plâtre.
    Un fruit.
    Des vers d’y logeaient.
    Cidrolin s’essuie la goule et murmure :
    - Encore un de foutu.
    - Ce n’est pas ça qui t’empêchera de faire la sieste, lui dit-on.
    Il ne répond pas ; sa chaise l’attend sur le pont. Il se couvre le visage d’un mouchoir et le voilà bientôt en vue des murailles de la ville capitale, sans se préoccuper du nombre des étapes.
    - Chouette, s’écrie Sthène, nous y sommes.

    Le duc d’Auge s’éveillait, avec l’impression d’avoir fait un mauvais repas. C’est alors que Stèphe, qui n’avait rien dit depuis le départ, éprouva le besoin de prendre la parole en ces termes :
    - Alme et inclyte cité …
    - Silence ! dit Sthène. Si l’on nous entendait parler, notre bon maître serait accusé de sorcellerie.
    - Brrr, fit le duc.
    Et son page itou.
    - Brrr, dit Mouscaillot.
    Et pour montrer de quelle façon il convenait de s’exprimer pour un cheval, Sthène hennit.
    Le duc d’Auge descendit à la Sirène rotre, qu’un trover de passage lui avait un jour recommandée.
    - Noms, prénoms, qualités ? demanda Martin, l’hébergeur.
    [/align:2aadf28884]

    Mais qui rêve de qui, est-ce Cidrolin ou le duc d’Auge ? Et quelle différence entre les deux personnages, pas vrai ? L’un agit alors que l’autre s’adonne au doux farniente. Mais ce qui les rapproche c’est que tous les deux font fonctionner leur - disons méminges ? - en permanence, en appliquant le précepte bien connu qui stipule qu’on existe tant qu’on cogite (encore que j’en connaisse certains …). Trouver ma daubinette est un jeu d’enfant pour celui qui, à l’instat du duo ci-dessus, sait faire fonctionner les siens.

  5. #5
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    [align=left:9250eae4ac] - Duc d’Auge, répondit le duc d’Auge, Joachim me prénomme et suis accompagné de mon dévoué page Mouscaillot, fils du comte d’Empoigne. Mon cheval a pour nom Sthène et l’autre a pour nom Stèphe.
    - Domicile ?
    - Larche, près du pont.
    - Tout cela me semble fort catoliche, dit Martin.
    - J’espère bien, dit le duc, car tu commencer à m’embrener avec tes méchantes questions.
    - Que Messire me pardonne, c’est ordre du roi.
    - Tu ne vas pas encore me demander ce que je viens faire dans la ville capitale ?
    - Nul besoin ! Messire vient voir nos putains qui sont les plus belles de toute la chrétienté. Notre saint roi les hait fort ; mais elles participent avec ardeur aux finances de la prochaine croisade.
    - Moult te goures, hébergeur. Je viens voir où en sont les travaux de l’église Notre-Dame.
    - La tour au sud est bien avancée et l’on va commencer celle au nord et la galerie qui les joint. On refait aussi les parties hautes pour donner plus de lumière.
    - Assez ! hurla le duc. Si tu me racontes tout, je n’aurai plus qu’à m’en retourner chez moi, ce que point ne souhaite.
    - Ni moi non plus, aussi vous apporterai-je incontinent le souper.
    Le duc mangea copieusement, puis il alla se coucher et dormit de fort bon appétit.
    Il n’avait pas encore terminé sa sieste que deux nomades le réveillèrent en l’interpellant du haut de la berge. Cidrolin leur répondit par signes, mais sans doute les autres n’entendaient-ils pas ce langage, car ils descendirent le talus jusqu’à la planche passerelle et montèrent sur la péniche. Il y avait un campeur mâle et un campeur femelle.
    - Esquiouze euss, dit le campeur mâle, mà vie sind lots.
    - Bon début, réplique Cidrolin.
    - Capito ? Egarrirtes … lostes.
    - Triste sort.
    - Campigne ? Lontano ? Euss … smarriti …
    - Il cause bien, murmure Cidrolin, mais parle-t-il européen vernaculaire ou le néo-babélien ?
    - Ah, ah, dit l’autre avec les signes manifestes d’une vive satisfaction. Vous ferchteer l’iouropéen ?
    [/align:9250eae4ac]

    Personnage haut en couleur que ce duc d’Auge ! Heureusement que le tavernier a su le munir d’un repas copieux, sinon on imagine qu’il aurait fait un ramdam de tous les diables et en serait certainement arrivé àaux main, il n’est même pas exclu que quelqus-uns des serviteurs y auraient laissé leur peau ! Bon, pour trouver le nom de la petite, armez-vous de ciseaux pour pouvoir couper la terminaison verbale, la racine, c’est ça dont vous avez besoin !

  6. #6
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    [align=left:1289563370]] - Un poco, répondit Cidrolin ; mais posez là votre barda, nobles étrangers, et prenez donc un glass avant de repartir.
    - Ah, ah, capito : glass.
    Radieux, le noble étranger posa donc son barda, puis, dédaignant les meubles destinés à cet usage, il s’accroupit sur le plancher en croisant ses jambes sous lui avec souplesse. La demoiselle qui l’accompagnait fit de même.
    - Seraient-ils japonais ? se demanda Cidrolin à mi-voix. Ils ont pourtant le cheveu blond. Des Aînos peut-être.
    Et s’adressant au garçon :
    - Ne seriez-vous pas aïno ?
    - I ? No. Moi : petit ami de tout le monde.
    - Je vois : parifiste ?
    - Jawohl ! Et ce glass ?
    - Perds pas le nord, l’Européen.
    Cidrolin tapa dans ses mains et appela :
    - Lamélie ! Lamélie !
    On apparut.
    - Lamélie, à boire pour ces nobles étrangers.
    - Quoi ?
    - De l’essence de fenouil, par exemple, avec de l’eau pure.
    On s’éclipsa.
    Cidrolin se pencha vers les nomades.
    - Alors, mes petits oisillons, vous voilà égarrites ?
    - Paumés, dit la fille. Complètement paumés.
    - Seriez-vous française, ma mie ?
    - Pas encore : canadienne.
    - Et ce glass ? demanda l’accroupi. Schnell qu’on trinque !
    - Il est un peu casse-pieds, dit Cidrolin.
    - Oh, ce n’est pas le mauvais gars.
    - Et naturellement vous allez comme ça tous les deux au camp de campigne pour les campeurs.
    - Nous le cherchons.
    [/align:1289563370]

    L’autre jour, je me disais avec amertume qu’on vivait un temps vraiment très marqué du mercantilisme : que ce soit l’amour ou la santé, tout se monnaie ! Tenez, notre daubinette n° 6, pour ne pas aller bien loin, elle est tout à fait représentative de ce mode de fonctionnement. Mais en fait, il ne date pas d’hier, comme vous ne manquerez de vous en convaincre pour peu que vous alliez jusqu’au bout du texte que je vous propose, les hommes ont toujours été ainsi, toujours à penser au blé, à l’avoine, à l’oseille, aucun désintéressement, pff !

  7. #7
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    7

    [align=left:6eb85805d2] - Vous êtes quasiment arrivés. C’est le long du fleuve, à moins de cinq cents mètres d’ici en amont.
    - Wie sind arrivati ? s’écria le garçon en se remettant sur pieds d’un seul mouvement. Sri hundred yards ? Andiamo !
    Il remit son barda sur le dos, un barda qui devait bien faire la tonne.
    - On attend l’essence de fenouil, dit la fille sans bouger.
    - Ouill, ouill.
    Il redescendit sa tonne de paquetage et se rassit avec le même naturel que si le plancher avait été un lotus.
    Cidrolin sourit à la fille et lui dit d’un air complimenteur :
    - C’est dressé.
    - Dressé ? comprenons pas.
    - Eh bien oui, il obéit au doigt et à l’œil.
    Elle haussa les épaules.
    - Vous êtes un feignant de la méninge, dit-elle. Il reste parce qu’il est libre, pas parce qu’il est dressé. S’il était dressé, il irait tout de suite au camp de campigne pour les campeurs. Il reste parce qu’il est libre.
    - Il y en a de l’idée dans une petite tête comme ça, murmura Cidrolin en regardant plus attentivement la Canadienne et notamment le blond duvet de ses cuisses et la semelle de ses souliers. Eh oui, de l’idée …
    Là-dessus, on apporta l’essence de fenouil et l’eau plate. Ils burent.
    - Et comment nomadez-vous ? demanda Cidrolin. A pied, à cheval, en voiture ? en hélico, en vélo, en auto ?
    - En stop, répondit la fille.
    - En auto-stop ?
    - Bien sûr en auto-stop.
    - Moi, je voyage parfois en autotaxi. C’est moins économique.
    - L’argent on s’en fout.
    - D’accord. Et mon essence de fenouil ?
    - Pas mauvais. Je préférons l’eau pure.
    - Ici elle n’est jamais pure. Le fleuve c’est l’égout et le robinet le chlore.
    [/align:6eb85805d2]

    N’est pas drôle ? Notre sixième valeur, - qui intervient dans le même domaine que la précédente, soit dit en passant, - lui a volé la première syllabe de son patronyle pour le développer en tant que second vocable du sien ! Quant au premier vocable du nom de notre daubinette-l=lagieuse, je ne vous en dirai qu’une chose : c’est un palindrome.

  8. #8
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    8

    [align=left:34eb6a973e] - Vous ne voulez pas qu’il vous chante quelque chose ?
    - Pour quoi faire ?
    - Pour vous remercier.
    - De l’essence de fenouil ?
    - De l’accueil.
    - C’est gentil. Merci.
    La fille se tourna vers le garçon et lui dit :
    - Chante.
    Il fouilla dans son équipement et en retira un banjo de taille minime dont aussitôt il gratta les cordes. Après quelques accords préliminaires, il ouvrit la bouche et ils entendirent ces mots :
    - J’aime Paimpol et sa falaise, son clocher et son vieux pardon …
    - Où a-t-il appris ça ? demanda Cidrolin lorsque ce fut fini et qu’il eut remercié le virtuose.
    - A paimpol, bien sûr, répondit la Canadienne.
    - Suis-je bête, dit Cidrolin en se tapant le front. Je n’y avais pas pensé.
    Le minibanjo réintégra le rucksack. Le garçon reprit de nouveau la position debout et il tendit la main à Cidrolin.
    - Sanx, dit-il, et à rivedertchi.
    Et à la fille :
    - Schnell ! Onivati oder onivatipa ?
    La fille se lève avec grâce et se harnache illico.
    - C’est dressé, dit Cidrolin à mi-voix.
    Le nomade protesta :
    - Nein ! Nein ! Pas tressé : libre. Sie ize libre. Anda to the campus bicose sie ize libre d’andare to the campus.
    - Je sais, je sais.
    - Adieu, dit la fille en tendant à son tour la main à Cidrolin. Merci encore et on reviendra peut-être vous voir si on a le temps.
    - C’est ça, dit Cidrolin.
    [/align:34eb6a973e]

    Oui, donc, on reprend : qui rêve de qui là-dedans, est-ce Cidrolin ou le duc d’Auge ? il y a comme qui dirait une énigme pour percer laquelle, il faut lire le livre jusqu’à la fin (et je vous préviens que je n’ai aucune intention de vous le poster en totalité, car il est beaucoup trop long – il n’y aura donc pas de suite), et ce n’est que là que vous trouverez la clef du mystère, à moins que notre daubette présente ne décide de vous aider.

  9. #9
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    9

    [align=left:fb75f08825] Il les regarda grimper le talus avec tout leur bagage.
    - C’est un métier de costaud, murmura-t-il.
    - Ils vont revenir ? demanda Lamélie.
    - Je ne crois pas. Non, ils ne reviendront jamais. Qu’est-ce que j’en aurais fait ? Ils sont à peine partis que c’est tout juste si je me souviens d’eux. Ils existent pourtant, ils méritent sans doute d’exister.
    Ils ne reviendront jamais s’égarer dans le labyrinthe de ma mémoire. C’était un incident sans importance. Il y a des rêves qui se déroulent comme des incidents sans importance, de la vie éveillée on ne retiendrait pas des choses comme ça et cependant ils intéressent lorsqu’on les saisit au maton se posant en désordre contre la porte des paupières. Peut-être ai-je rêvé ?
    Lamélie n’avait pas à lui dire oui ou non ; d’ailleurs elle n’avait pas attendu la fin de ce discours.
    Cidrolin consulta l’horloge dans le carré et constata, non sans satisfaction, que l’épisode des nomades n’avait été qu’un intermède assez bref dans le temps qu’il accordait à sa sieste et que celle-ci pouvait être reprise décemment pendant encore quelques minutes. Il s’étendit donc sur sa chaise longue et réussit à s’endormir de nouveau.

    - Que vois-je ! s’écria le roi assis sous son chêne, n’est-ce point là mon aimé Auge qui s’avance ?
    - Lui-même, sire, répondit le hobereau en s’inclinant bien bas. Mes respects, ajouta-t-il.
    - Je suis heureux de te voir en florissante santé, dit le roi. Comment va ta petite famille ?
    - Ma femme est morte, sire.
    - Tu ne l’as pas tuée, au moins ? Avec toi, on ne sait jamais.
    Le roi sourit de sa bénévolente indulgence et la flote qui l’entourait ne l’en admira que plus.
    - Et toujours pas d’héritier ? demanda le roi.
    [/align:fb75f08825]

    [align=center] Ha, cette péniche ! Mis à part qu’elle fournit à Cidrolin un cadre agréable pour ne rien foutre d’autre que de rêvasser, hospitalière, elle est ouverte à rous les campeurs, Canadiens et autres, que l’on accueillle et à qui on offre gentiment cette miraculeuse essence de fenouil réparatrice. Ma neuvième daubinette l’affirme haut et fort - mais pas en français.
    [/align

  10. #10
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    10

    [align=left:72b15dc9fd] - Hélas ! dit le duc. Je n’ai que mes triplées, ce qui est, je vous assure, un calvaire.
    - A propos de calvaire, dit le roi, je suis bien heureux de te voir. Nous préparons un nouveau croisement et nous comptons bien que tu te joindras à nous.
    - Cela ne me dit pas grand’chose.
    - Ttt, ttt. Ne prends pas parti avant d’avoir écouté le détail de la chose. D’abord, cette fois-ci, nous n’allons pas en Egypte (à quoi ça sert ?) mais nous voguons vers Carthage.
    - Cela ne me dit pas plus.
    - Carthage ? mais voyons, mon bien aimé Auge, rien que pour les souvenirs historiques … saint Augustin … Jugurtha … Scipion … Hannibal … Salambô … cela ne te dit rien ?
    - Rien du tout, sire. Moi pas être un intellectuel.
    - Ah Auge, mon bien aimé Auge, il faudra bien que tu m’accompagnes pour éventrer du mécréant.
    - Nenni, sire. Cette fois-ci, je ne suis mie dans le coup.
    - Tu ne veux plus déconfire les adorateurs de Mahom ?
    - Voyez, sire, je me suis retiré à la campagne dans mon petit châtiau, j’y élève les filles donc le bon Dieu m’a affligé, j’y soigne les sancier les fièvres paludéennes que j’ai ramenées de Madiette et autres colonies lointaines, mon sait homme de chapelain, l’abbé Onésiphore Biroton, me mène vers les voies de la sanctification, pourquoi, sire, oui, pourquoi quitterais-je ma petite province pour qu’on m’y ramène l’an suivant salé dans une jarre ?
    Le saint roi soupira.
    - Bref, dit-il, tu ne veux pas aller pourfendre el Mostanser Bllah ?
    - Qu’il se pourfende tout seul, sire, tel est mon dernier mot.
    - Ah ! je vois que j’aurai bien du mal à mener cette huitième croisade.
    Le bon saint roi en fut tout attristé.
    [/align:72b15dc9fd]

    [align=center] M’est avis que le dieu auquel la dixième valeur de ce thread est dédiée n’aurait pas du tout apprécié le comportement beaucoup trop pacifique du duc d’Auge.
    [/align

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