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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes désapprouvent les chinoiseries

    C’est un livre bien curieux que « Mémoires d’une dame de cour dans la Cité interdite ». Il constitue en fait l’unique document qui permette de connaître la vie du palais des empereurs de Chine vers la fin de la dynastie mandchou Qing (1644-1911)
    He Rong Er, l’auteur de ces mémoires, est entrée à la cour impériale en tant que dame de cour (terme qui recouvre plusieurs hiérarchies tout en signifiant, « concubine de l’empereur ») à treize ans et y est restée jusqu’à ses dix-huit ans lorsque, sur l’ordre de l’impératrice douairière, elle a été mariée à un eunuque. Elle raconte la vie de la cour, les manies et les distractions des empereurs et des impératrices. Elle nous éclaire aussi sur le rôle des dames de cour, ces concubines dont le nombre pouvait atteindre plusieurs miliers et dont la vie était rien moins que rose. Les événements décrits dans le texte ci-dessous se sont passés autour des années 1900. Je voudrais que tous les contempteurs de l’ « occidentalisation forcée » lisent ce récit effrayant, révoltant, horrible.

    Et, pour illustrer ce texte, quelques exemples vraiment ravissants des terres-cuites chinoises, datant pour la plupart des XVII-XVIII siècles qui prouve –positivons, mes amis ! –que la Chine ancienne, n’a pas fait que rendre la vie de ses sujets insupportable, mais a produit des œuvres d’art remarquables.

    [align=left:dc13609a6b] Déplacement

    Oui, dans le palais, les règles étaient strictes et nombreuses.
    Etre dame de cour, c’était aussi être capable de « marcher sans bouger la tête, et rire sans montrer les dents ». Quand nous marchions, nous ne pouvions nous retourner et regarder ce qui était derrière nous. Quand nous riions, nous ne pouvions pas faire entendre notre rire. Dans un moment d’hilarité, nous ne pouvions que rire avec les lèvres mi-closes. Par contre, nous devions toujours garder un sourire aux lèvres. Jamais il ne fallait avoir un visage morose ou une mine d’enterrement. Mais surtout, nous étions vouées au silence. Ce qu’il ne fallait pas demander, on ne le demandait pas ; ce qu’il fallait taire, on le taisait. Quand nous étions en mission, nous n’osions même pas parler entre nous. Imaginez que chacune était recouverte d’une épaisse couche de cire … personne ne pouvait révéler ce qu’il pensait réellement. Nous nous sentions prisonnières dans un étau de glace. Du moins c’est ce que j’ai éprouvé à mes débuts à la cour. Je pleurais, dans un coin caché, à l’abri des regards des autres. Mais après quelques années, mes larmes se sont séchées. Mon destin est dur … Je n’ai jamais connu la vie d’une femme normale. La vraie vie d’une femme commence avec le mariage, alors que ma vie s’achevait avec mon mariage. Que je pleure maintenant au point de devenir aveugle, cela ne changera rien …
    [/align:dc13609a6b]

    Lorsqu’on regarde la peinture chinoise (je vous renvoie à un autre thread où j’en avais posté quelques exemple) avec des femmes qui, telles des papillons ou des gaies COXinelles, évoluent gracieusement parmi les arbres en fleurs, il est difficile de s’imaginer ce qu’était en réalité leur vie.

  2. #2
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    [align=left:0af7871ff3] Durant mes années de service à la cour, je n’ai jamais quitté une seule fois le palais sans être accompagnée. Dès les premiers jours, les tantes nous annonçaient qu’en le quittant toute seule, nous risquions de subir la plus grande des punitions. « Franchir seule la porte du palais ? Même la peine de mort n’est pas trop sévère pour punir cette infraction », répétaient-elles souvent. Pour celle qui osait marcher comme bon lui semblait dans la cour, la règle ordonnait « de mutiler la jambe gauche et de casser la jambe droite ». Quand à celle qui pénétrait dans les autres palais sans permission, « elle serait au moins expulsée du palais si on ne lui coupait pas la tête. »
    On pouvait sortir avec l’impératrice ou exceptionnellement seule, mais sur son ordre, pour porter des cadeaux dans les autres palais. Nous allions rarement au palais de l’Est. Le Palais que nous connaissions bien était Chang Chun Gong, le palais des Printemps éternels. La maîtresse Long Yu l’habitait. Cependant, même quand nous lui apportions des cadeaux, nous ne pouvions nous y rendre seules. Pour y prendre des affaires ou les apporter, il fallait toujours être en couple. Quand nos familles nous rendaient visite, nous étions conduites auprès d’elles par les eunuques ; nous n’étions pas seules non plus.

    Transmettre les signaux

    A la cour, sauf exception, on vivait toujours dans le silence ; il était absolument interdit de parler à haute voix, et même de chuchoter. Conduites par une sorte d’horloge intérieure, nous savions toujours ce qu’il fallait faire à un moment ou à un autre, que ce soit quotidiennement ou lors d’occasions spécifiques. Entre les gens de cour il existait une entente harmonieuse de travail, que je n’ai plus jamais retrouvée nulle part ailleurs. Nous communiquions essentiellement au moyen de signes, sans prononcer un seul mot. En frappant par exemple deux fois les doigts de la main droite sur la paume de la main gauche, nous indiquions à l’autre ce qu’elle devait faire.
    [/align:0af7871ff3]

    Historiquement, le rôle de la femme en Chine n’a jamais été enviable. Je ne dis pas que tout était merveilleux ailleurs, mais enfin, je ne connais pas d’autres pays où les petites filles étaient tuées à la maissance. Notre dauxième daubinette pourrait susciter pas mal d’espoirs chez les Chinois qui, s’ils en apprenaient l’existence, pourraient croire qu’elle est capable d’influer sur le sexe des enfants à naître !

  3. #3
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    [align=left:1d3fb542f9] Ainsi le matin, quand l’impératrice se levait, pendant que les dame de cour de service de nuit, qui l’avaient aidée à se coucher, l’habillaient et lui mettaient ses chaussures, celles qui restaient à l’extérieur devaient rester très attentives et surveiller ce qui se passait à l’intérieur. Quand elles voyaient deux doigts sortir du rideau, elles frappaient doucement des deux mains. Dès que les dames de cour, devant la porte du palais, entendaient le signal de mains, elles entraient avec une bassine d’eau chaude destinée à toiletter le visage de l’impératrice douairière. Quand l’impératrice rentrait de l’audience quotidienne, les jeunes eunuques annonçaient son arrivée. Immédiatement, tout le personnel du palais se mettait à son poste en attendant le signal du chef. Pour ceux qui se trouvaient loin de lui, le chef frappait des mains sur sa poitrine ; pour ceux qui étaient plus proches, il frappait des mains sur les pans de sa courte robe. Parler était transgresser un sévère tabou. Nous ne nous exprimions qu’avec nos yeux et nous transmettions les appels avec des clins d’œil. En d’autres termes, il fallait en toute occasion avoir les yeux vifs, l’esprit clair et une totale disponibilité. Arriver à cette maîtrise de soi demandait beaucoup de temps. Si nous avions l’air empotées et manquions de réflexes rapides, nous étions vite exclues des bonnes missions. Les filles qui étaient entrées en même temps que moi étaient toutes affectées à de petites besognes secondaires. Leur statut avait baissé et elles ne pouvaient plus toucher à quoi que ce soit d’important. Dans ce cas, rares étaient ceux qui voulaient encore leur rendre service. Les gens de la cour étaient mesquins et facilement méprisants. Nous devions faire tout ce que nous pouvions, au risque de subir les supplices, pour rester à côté de l’impératrice. Sinon, pas la moindre petite place dans le palais pour nous asseoir ne nous était offerte. [/align:1d3fb542f9]

    Ah, cette daubinettes ! Quelle rouste qu’elle nous a offerte récemment, c’est à croire que les détenteurs de ses titres, faut de leur situation financière désastreuse, pourraient ne plus avoir besoin du tout de ce que nomme son mnémonique. Mais soyons optimistes, encore une fois, et espérons que les mauvaises nouvelles, - et le mauvais comportement de la valeur, - sont dans le passé et qu’elle va regagner le terrain perdu.

  4. #4
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    [align=left:8b65bdcd0b] Interdiction de gifler

    Il était interdit aux eunuques ou aux tantes de gifler les jeunes dames de cour lorsqu’elles commettaient des fautes. Car toute la vie d’une femme était attachée à son visage. Sa richesse et son bonheur en dépendaient. Mais frapper la bouche des eunuques était une punition très courante. Il aurait fallu qu’une dame de cour commette les fautes les plus ignobles pour être ainsi battue. Une fois, l’impératrice a enjoint la maîtresse Long Yu de gifler la concubine Zhen Fei. Ce fut la plus grande honte de sa vie. Elle se trouvait ainsi reléguée au-dessous du rang de simple servante. (A la cour, les épouses de l’empereur étaient appelées maîtresses). Il était également interdit aux dames de cour de se frapper au visage entre elles. Si la supérieure nous prenait en flagrant délit et nous dénonçait auprès du chef des services, nous avions droit à des remontrances. Dans chaque palais, se trouvait un vieil eunuque dont la fonction consistait à superviser l’exécution des règles ancestrales : nous pouvions éventuellement aller nous plaindre auprès de lui de nos problèmes. Mais nous faisions rarement appel à lui, de peur de provoquer d’autres ennuis, plus désagréables.

    La position à adopter pour dormir.

    Trois choses étaient extrêmement difficiles à supporter à la cour : la première concernait la manière de dormir. Les règles là-dessus étaient très strictes : il était interdit à une dame de cour de se coucher sur le dos, car elle était alors face au ciel. Elle devait se mettre sur le flanc et replier les jambes pour se mettre en boule. Pourquoi dormir de cette façon ? me demandez-vous. Vous savez que tous les gens de la cour croyaient en l’existence des dieux. Dans chaque palais régnaient plusieurs dieux.
    [/align:8b65bdcd0b]

    Encore un bel exemple d’un méga-morflage ! Mais ce type de valeurs est risqué, on vous la dit et on saisit chaque opportunité de vous le rappeler. Ses cours se sont stabilisés et il se peut qu’elle commence à remonter. Mais attention, elle risque d’être extrêmement volatile !
    Pour trouver la dénomination de notre daubette, cherchez parmi les homonymes des termes utilisés dans la deuxième phrase du paragraphe précédent.

  5. #5
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    [align=left:bd365443fa] Dans la nuit, ils sortaient et inspectaient le palais dans ses moindres recoins, pour protéger l’impératrice douairière, l’empereur, les maîtresses. Si les dames de cour dormaient sans façon, en déployant leur poitrine et en écartant les jambes, elles risquaient d’être prises en flagrant délit de postures honteuses par les dieux, et ceux-ci en auraient été offensés. Cette faute était particulièrement grave. Outre cette règle inflexible, chaque dame de cour avait ses propres tabous personnels.
    Par exemple, en dormant, certaines n’osaient pas même mettre leur main sous leur joue. Il paraît que cette posture signifiait la tristesse, les larmes. Elle pouvait porter une malédiction qui pèserait à jamais sur leur vie.
    J’ai reçu des coups pour avoir dormi en mauvaise position. Ainsi j’ai gardé toute ma vie l’habitude de dormir repliée en chien de fusil.

    Interdiction de trop manger de peur … de faire des gaz.

    La deuxième et la troisième chose difficile étaient de manger équilibré pour éviter de faire des gaz. Vous savez, il n’était guère facile de servir l’impératrice. De la tête aux pieds, il fallait être impeccable. Nous étions proches d’elle et ne devions surtout pas sentir mauvais. Pendant de longues années je n’ai pas mangé une seule fois de poisson, de peur d’en porter les relents. Si par hasard nous avions des gaz pendant le service, nous violions la règle ancestrale et commettions la « grade impolitesse. » La seule chose que nous pouvions faire pour éviter ces situations désagréables, était d’équilibrer chacun de nos repas. Nous ne mangions pas vraiment à notre faim. Dès que la tante nous jetait un coup d’œil, nous posions aussitôt nos bols sur la table. Pendant les nuits, nous avions droit à un souper (on l’appelait jia chai, « plat ajouté »). Mais personne n’osait le prendre et nous préférions rester le ventre vide jusqu’au matin.
    [/align:bd365443fa]

    Notre cinquème daubette s’apparente dans un certain sens à la quatrième (et aussi à une autre, figurant parmi les valeurs à conserver), mais s’en distingue par une particularité de son caractère qui la fait pleurer le Pape, alors que ses consoeurs sont peut-être agnostiques ou même athées !

  6. #6
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    [align=left:bc66d2aa96] Tous les mois, nous avions droit à une portion différente de gâteaux ou de fruits. Par exemple, du jour du solstice d’été à la fin de cette même saison, nous avions droit à une pastèque par personne. Mais nous craignions de manger des choses froides et crues. Parfois, pour nous amuser, sur le perron devant la cuisine nous levions très haut la pastèque et la jetions par terre pour la voir se briser en mille morceaux.
    Alors qu’en servant l’impératrice douairière, nous effectuions un service considéré supérieur aux autres, nous devions en fait subir toutes ses contraintes. Imaginez un peu ! au début, nous étions toutes des petites filles de douze et treize ans. Nous avions peur de perdre la face, de faire des gaz devant l’impératrice ou encore de provoquer des ennuis beaucoup plus graves et de perdre ainsi la chance de la servir. Même les maîtresses, les petites maîtresses et les gege (les princesses) qui souhaitaient rendre visite à l’impératrice douairière étaient obligées de jeûner afin de respecter les règles de politesse. /…/

    Apprendre à tresser et à coudre

    Les dames de cour n’avaient pas le droit d’apprendre à lire : encore une règle ancestrale ! Notre statut était inférieur à celui des eunuques qui pouvaient s’instruire. Pendant nos moments de loisir, nous devions apprendre à coudre, à broder, à tresser et à tricoter. Les tantes ne négligeaient pas notre apprentissage. Elles parvenaient toujours à nous occuper en nous donnant à coudre ou à découdre des vêtements, des robes, des vestes et des maillots, sous prétexte qu’ils étaient trop longs ou trop étroits ! Beaucoup croient que nous menions une vie oisive, qu’il nous suffisait d’ouvrir la bouche pour manger et de tendre mains et bras pour que l’on nous habille. Ils ont tort. Nous étions loin d’être paresseuses. Une tante était spécialement chargée de nous apprendre à broder, à tresser ; une mère nous enseignait la couture. Les mauvaises apprenties étaient sévèrement punies.
    [/align:bc66d2aa96]

    Non, mais vous voyez ça, elles n’avaient PAS LE DROIT d’apprendre à lire, Putain, mais c’est vraiment un CAS ces gens ! Décidément, j’ai envie de hurler lorsque je lis ces mémoires et que je vois la condition dégradante dans laquelle on maintenait les femmes, difficile de plaisanter dans ces conditions !

  7. #7
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    [align=left:ea7f9b1cbe] Le palais des Beautés était le plus grand palais sous le ciel. Il ne manquait jamais d’argent à la trésorerie. Par contre, il paraît qu’à l’intérieur du palais de l’Est, du palais de la Miséricorde et de la Tranquillité, il arrivait qu’on ne puisse pas payer le salaire mensuel à temps ; alors les dames de cour vendaient leurs travaux de broderie, de tressage et de couture pour avoir de l’argent de poche.
    Quand une dame de cour quittait le palais, au moment de sa retraite, elle sortait ainsi au moins avec une paire de mains habiles ! C’était une des faveurs de la cour. Notre spécialité était le tressage. Nous prenions à pleine main des fils de tout genre, de tout coloris : fils de perle, fils de souris, fils d’or. Et nos dix doigts ne se lassaient pas de tramer, de lever, de crocher, d’assembler. Nous confectionnions des étoffes aux dessins chatoyants de figures en un clin d’œil. C’était magnifique ! Quelquefois, pour plaire à l’impératrice, j’assemblais des fils colorés et les fixais tous à l’extrémité d’un banc. De l’autre côté, je les tirais avec les dents, les tendais, les raidissais, tandis que mes dix doigts commençaient à sautiller, à bouger et à faire des va-et-vient sans répit. Il me fallait très peu de temps pour faire apparaître une chauve-souris qui valait bien les vraies chauves-souris qui voltigeaient le long du sentier reliant le palais des Beautés et le palais des Printemps éternels. Si j’arrivais à amuser l’impératrice douairière, elle se mettait à rire de joie. Elle qui était si savante, qui avait tant lu, elle connaissait ces louanges sur les demoiselles d’antan, et parfois nous les récitait : « Elles étaient tellement belles que les oiseaux tombaient du ciel et les poissons se cachaient de honte au fond des eaux. Elles avaient des mains aussi habiles que celles de la déesse Qi Xian. » Elle ajoutait alors : « Je ne crois pas que ce qu’elles savaient faire dépassait vos compétences ! » Il paraît que nos travaux de tressage valaient très cher. Des gens les vendaient au marché des antiquités de Liu Li Chang, et aussi au marché à la porte d’An Ding Meng. Je suis fière de ce métier artisanal dont nous seules savions les secrets. /…/
    [/align:ea7f9b1cbe]

    Dire que ces dames de la cour étaient censées être des personnes aLTIères, alors qu’elles étaient traitées comme des esclaves. Toute la vie réglée comme le papier à musique, pas un moment de tranquillité, vraiment, quel destin enviable …

  8. #8
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    [align=left:01bba35e76] Palais des Beautés et palais des Corps harmonieux

    L’impératrice douairière était convertir au bouddhisme. Lorsqu’elle rencontrait des obstacles dans ses affaires politiques, elle faisait appel au Bouddha en habit blanc. Elle avait fait dresser un autel pour celui-ci, dans une chambre obscure située dans l’aile est du palais des Beautés, nommée chambre de méditation. Dès l’entrée, une grande statue blanche du Bouddha, posée sur une table, happait le regard. Adossé au mur du nord, face au sud, le Bouddha occupait la position impériale. L’impératrice douairière respectait particulièrement cette statue : n’occupait-elle pas cette place unique à laquelle elle-même avait droit, un siège face au sud ? Elle brûlait des encens tibétains, baissait les paupières, joignait les mains et restait longtemps silencieuse, en position de méditation et de prière. La moindre perturbation était interdite. C’était la seule statue religieuse vénérée dans tout le palais. L’impératrice douairière était assez superstitieuse. A part le bouddhisme, elle croyait aussi au chamanisme mandchou. Elle disait souvent : « Un vrai descendant direct du ciel doit être sous la protection de tous les dieux. » A ses moments de mauvaise humeur, elle se retirait dans cette salle. Il lui arrivait aussi d’y lire des rapports politiques.
    Aux antipodes de cette salle obscure, à l’ouest du palais, se trouvaient sa chambre à coucher et son cabinet de toilette. Contre le mur du nord était placé un grand lit, plus grand qu’un lit à deux personnes. Fait de briques creuses, il était couvert de coussins : en été, une seule épaisseur de coussins, en hiver, trois. Le jour du solstice d’été, on mettait une moustiquaire de gaze ; le jour du solstice d’hiver, un rideau en peau de souris. Au coin sud-est était placée une grande coiffeuse, l’objet le plus cher à l’impératrice qui y rangeait tous ses produits de beauté, qu’elle avait elle-même composés. Le matin, le midi et le soir, elle passait au moins deux heures devant la coiffeuse. Elle aimait se faire belle et nous confiait parfois ses petits secrets.
    [/align:01bba35e76]

    Notre actuelle daubinettes a quelques traits en commun avec l’impératrice douairière : en effet, il fallait bien que cette dernière sache naviguer dans des eaux troubles pour évincer toutes ses rivales, concentrer le pouvoir entre ses mains et occuper la position centrale à la Cour impériale de Chine jusqu’à sa mort !

  9. #9
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    [align=left:9c52ba0dc1] Elle disait toujours : « Une femme qui ne prend ni le plaisir ni le temps de bien se coiffer ne mérite pas d’être appelée femme. » A côté de la coiffeuse, se dressait une petite table sur laquelle étaient ragées des boîtes contenant ses bijoux. Au chevet de son lit, une fenêtre non en bois mais en verre transparent rendait cette pièce différente de toutes les autres. L’impératrice dormait face à l’ouest. Il lui suffisait de soulever la moustiquaire pour voir ce qui se passait à l’extérieur. Elle était toujours au courant de tout ! /…/
    Quiconque entrait dans le palais était aussitôt de bonne humeur : son visage s’épanouissait ! De l’empereur aux princesses, des eunuques aux dames de cour, tous rayonnaient de bonheur et de bonté. Personne n’avait les sourcils froncés ! Et cette gaieté n’était pas feinte. Nous apprenions à être heureuses au fond de nous-mêmes, à avoir grande envie de rire tout en restant timides et discrètes. Notre bouche légèrement entrouverte laissait apparaître un sourire sur notre visage ; nos gestes étaient à la fois lestes et modérés.
    Les vieux eunuques eux-mêmes entraient, passaient la porte légèrement courbés, la figure radieuse. Les mains le long du corps, ils avançaient lentement, sereins, sans précipitation, les pieds frôlant à peine le sol, silencieusement. Dans un léger chuchotement, ils annonçaient les nouvelles ou faisaient des rapports à leur chef. Leur voix était pure, et tout dans leur attitude marquait le respect, la docilité, l’amabilité et la politesse. Les autres dames de cour du même âge que moi étaient toutes plus belles les unes que les autres, pleines de charme, de jeunesse, de beauté et de grâce, les yeux vifs d’intelligence. Nous nous déplacions lestement, nous étions exactes et expéditives dans nos travaux et avions le visage toujours épanoui de bonheur.
    Cette merveilleuse harmonie offrait au palais une atmosphère unique. C’était la vraie saveur du palais des Beautés. Aujourd’hui, l’eau filtre à travers le toit, les fleurs se fanent, le printemps a disparu.
    [/align:9c52ba0dc1]

    Apparemment, la Cour pullulait d’eunuques ! Notre daubinette n° 9 qui évolue dans le domaine d’un art bien particulier (enfin, j’espère que je ne me trompe pas hein !) aurait pu leur être de quelque utilité, surtout immédiatement après l’opération délicate qu’ils devaient subir pour avoir l’honneur d’être admis au harem impérial.

  10. #10
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    [align=left:a4a32b3fe8] Service de nuit

    Dès xu zheng (huit heures du soir), au fin fond du palais, nous entendions les veilleurs de nuit sonnant les veilles sur les sentiers à l’ouest de la Cité Interdite. C’était le signal : tous les eunuques se retiraient. La porte d’entrée du palais se refermait. Il était désormais interdit d’entrer ou de sortir. La clé était confiée à la maison des services. Pour l’obtenir, il fallait passer par l’intendant : ce dernier notait la date et les raisons de la demande sur le dossier que le Nei Wu Fu, le ministère de l’Intérieur, consultait chaque jour par sécurité.
    Un vieil eunuque conduisait les eunuques de service de nuit devant Li Lian Ying qui inspectait et distribuait les fonctions de chacun. Deux eunuques veillaient toute la nuit à la porte du sud, bien qu’elle fût déjà fermée à clé ; deux autres à la porte du nord du palais des Corps harmonieux. Un autre faisait le guet sous l’avant-toit de la longue galerie entourant le palais des Beautés, et un dernier se postait sous la fenêtre de la chambre à coucher de l’impératrice. C’est tout ce que je sais sur les eunuques qui étaient en service de nuit. Quant à nous, les dames de cour, nous restions à l’intérieur du palais.
    Notre service commençait à neuf heures du soir. Nous étions d’habitude cinq, dont une dame de chambre qui dirigeait. Souvent, les tantes accompagnaient les nouvelles recrues. Dans le cas où l’impératrice ne se sentait pas en bonne santé, le chef pouvait ajouter du personnel : décision qu’elle prenait seule. Nous appelions le servie de nuit shang ye, « monter la garde de nuit ». Nous avions chacune une fonction précise. Les eunuques, avant de partir, nous préparaient une couverture sur laquelle nous pouvions nous étendre. A l’aube, nous avions droit à des collations. A la porte de la chambre de l’impératrice, deux suivantes montaient la garde. En été, elles se tenaient devant le rideau en planchettes de bambou ; en hiver, derrière le rideau molletonné …
    [/align:a4a32b3fe8]

    Le nom de cette daubette pourrait bien designer l’empereur de Chine, mais pour cela, il aurait fallu qu’il n’habitât pas la Chine mais un ancien pays européen. Vous saisissez ?

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