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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes pratiquent l’haltérophilie

    [color=darkred][i] Bon, alors on continue notre périple doré !
    Je vous poste la suite – et fin – d’aventures de ces chercheurs d’or que sont le Grand Combinateur Ostap Bender et ses compagnons d’armes, Choura Balaganov et Alexandre Panikowski.
    Cette fois-ci, les tableaux qui agrémentent ce thread sont dus aux pinceaux de Alexei von Jawlensky (186-1941). Deux pays se disputent ce peintre expressionniste d’origine russe qui s’est établi vers 1896 en Allemagne et y a participé avec Kandinski dans de grands mouvements artistiques du début du XX siècle, sans toutefois rompre ses liens avec la vie artistique de son pays d’origine comme en témoignent ses participations aux expositions des peintres d’avant-garde à Moscou dans les années 1910-1920.

    [align=left] La voiture stoppa et les Antilopiens fatigués mirent pied à terre. Dans les blés mûrissants, les grillons forgeaient leur humble petit bonheur. Les voyageurs s’étaient déjà assis en cercle autour de la route, que la vieille Antilope ne parvenait pas à se calmer. Parfois c’était la carrosserie qui émettait un craquement, parfois le moteur d’où parvenait un tintement.
    Dans son inexpérience, Panikovski avait allumé un brasier tel qu’on aurait dit qu’un village entier était en feu : les flammes reniflaient et se tordaient de tous côtés. Pendant que ses compagnons luttaient contre la colonne de feu, Panikovski courbé en deus s’enfuit dans les champs et en revint avec un concombre crochu encore tiède.
    - Ne faites pas de la nourriture une religion, lui dit Ostap en le lui arrachant et il mangea lui-même le légume.
    On soupa grâce à Kozlewicz, qui avait eu la prévoyance d’emporter du saucisson, et on s’endormit sous les étoiles.
    - Allons, dit Ostap à Kozlewicz quand il s’éveilla à l’aube, préparez-vous dignement. Une journée comme celle qui nous attend aujourd’hui, votre baquet à moteur n’en a jamais connue et n’en connaîtra jamais d’autre.
    Balaganov s’empara d’un seau cylindrique portant l’inscription »Maternité d’Arbatov » et courut chercher de l’eau à la rivière. Adam Casimirovitch souleva le capot de son véhicule, plongea les mains dans le moteur et se mit à tripoter ses entrailles de cuivre. Quant à Panikovski, il s’adossa à l’une des roues et se mit à observer tristement, sans cligner les yeux, le segment de soleil rouge-airelle qui se levait à l’horizon. Il avait un visage ridé avec une quantité de traits typiquement séniles : poches sous les yeux, veinules agitées de tremblements, plaques rougeâtres. C’était le visage d’un homme qui a vécu une longue vie honnête, possède des enfants adultes, boit le matin pour sa santé du café à la chicorée et écrit de temps à autre sous le pseudonyme « L’antéchrist » dans le journal mural de l’entreprise où il est employé.
    - Voulez-vous que je vous raconte la façon dont vous mourrez ? demanda soudain Ostap à Panikovski.
    Le vieillard sursauta et se détourna.
    - Cela se passera ainsi. Un jour vous rentrerez dans votre chambre froide et déserte de l’hôtel Marseille, dans le petit chef-lieu d’arrondissement où vous aura conduit cotre profession vous vous sentirez brusquement mal. Une de vos jambes se refusera à fonctionner

    La valeur qui ouvre notre sélection est très célèbre : elle a été immortalisée par plusieurs peintres parmi les plus grands dont Botticelli ou encore Arcimboldo cher à notre Crilander. Si je vous dis que c’est une petite qui s’épanouit lorsque la nature fleurit après une longue (beaucoup trop longue, à mon goût période de sommeil), qui cultive les fleurs, je suis sûre que vous vous écriez instantanément : mais voyons, c’est … !
    Eh bien, c’est exactement ça !

  2. #2
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    2

    [align=left:f88be9416e] Vous resterez couché sur une banquette en bois, affamé et le visage hirsute, et personne, Panikovski, personne ne viendra vous rendre visite, personne n’aura pitié de vous. Vous n’avez pas eu d’enfants par avarice et les femmes que vous avez eues, vous les avez abandonnées. Vous allez souffrir une semaine entière. Votre agonie sera affreuse. Vous mourrez lentement et tout le monde en aura assez. Vous ne serez pas encore tout à fait mort que le gérant de l’hôtel, ce bureaucrate, aura déjà envoyé une note au service du logement afin d’obtenir un cercueil gratuit destiné … Quels sont vos nom et patronyme ?
    - Mikhaïl Samuelévitch, répondit Panikovski ahuri.
    - … un cercueil gratuit destiné au citoyen Panikovski M.S. Mais ne pleurez pas. Vous tiendrez bien encore un an ou deux. Et maintenant, au travail. Nous devons nous préoccuper de l’aspect relations publiques de notre expédition.
    Ostap prit dans la voiture sa trousse de médecin accoucheur et la posa sur l’herbe.
    - Ceci est mon bras droit, dit le Grand Combinateur en flattant les flancs rebondis et boudinés de la trousse. Il y a là tout ce dont peut avoir besoin un citoyen élégant de mon âge et de mon envergure.
    Ostap Bender s’accroupit au-dessus de sa trousse, comme un prestidigitateur chinois ambulant au-dessus de son sac magique, l’ouvrit et se mit à en retirer divers objets. Ce fut d’abord un brassard rouge marqué »Service d’ordre » en caractères dorés. Suivirent sur l’herbe une casquette de milicien aux armes de Kiev, quatre jeux de cartes strictement identiques et toute une liasse de documents munis de sceaux violets. L’équipage de l’Antilope, bouche bée, faisait cercle. Et de nouveaux objets ne cessaient d’apparaître.
    - Vous, mes pigeons, leur dit Ostap, vous ne comprendrez naturellement jamais pourquoi un honnête pèlerin soviétique tel que moi ne peut se passer d’une blouse de médecin.
    Outre la blouse, la trousse recelait un stéthoscope.
    - Je ne suis pas chirurgien, reprit-il. Je suis névropathologue et psychiatre. Ce qui m’intéresse, ce sont les âmes de mes clients. Malheureusement, je ne rencontre jamais que des âmes stupides.
    Il tira encore à la lumière du jour un alphabet pour sourds-muets, des cartes postales de charité, divers badges émaillés et une affiche le représentant lui-même en turban et pantalon bouffant. L’affiche comportait le contenu suivant : [/align:f88be9416e]

    Notre seconde daubinette est tout à fait à sa place dans ce thread, tout comme elle serait tout à fait à sa place dans l’Antilope, assise à côté du Kozlewicz le conducteur, et lui indicant la direction à suivre, puisqu’il s’agit d’une spécialiste en la matière !

  3. #3
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    3

    Chez nous prochainement !!!!
    Un illustre brahmane et yogi de Bombay !
    Le fils du Grand Costaud !
    Le disciple favori de Rabindranath Tagore !
    Jochanaan Maroussidzé
    (Artiste émérite de l’Union)
    Ses numéros à la Sherlock Holmes
    Le fakir hindou. La poule invisible.
    Les bougies de l’Atlantide. La chambre de l’Enfer.
    Le prophète Samuel
    Répond aux questions des spectateurs.
    Matérialisation des esprits
    Et distribution d’éléphants.
    Prix des places : de 50 kopecks à 2 roubles


    [align=left:244aca09de]Un turban sale et poisseux apparut à son tour.
    - J’ai assez rarement recours à cette plaisanterie, dit Ostap. Figurez-vous que ceux qui se laissent prendre par le brahmane sont le plus souvent des hommes de progrès, comme les directeurs des clubs de cheminots. Le travail est facile, mais rebutant. Personnellement, je n’ai que répugnance à être le disciple favori de Rabindranath Tagore. Quant au prophète Samuel, on lui pose toujours les mêmes questions : « Pourquoi n’y a-t-il pas de beurre ? » ou bien : « Etes-vous juif ? »
    Ostap finit par trouver ce qu’il cherchait : une boîte métallique vernie, contenant des petits pots de porcelaine avec de la peinture au miel, ainsi que deux pinceaux.
    - La voiture qui roule en tête de la course d’endurance doit être ornée d’au moins un slogan, dit Ostap.
    Et sur une longue bande de cotonnade jaunâtre que lui fournit son inépuisable trousse, il traça en lettres capitales cette inscription à la peinture marron : [/align:244aca09de]

    Vive la course d’endurance, triomphatrice
    Des routes défoncées
    Et de l’incurie administrative !


    Ils sont quand même bien sympathiques, ces quatre mecs qui n’ont décidément pas froid aux yeux et qui escroquent allègrement tous ces cocos-cons et assimilés. Notre daubinette n° 3 dirait sans doute que ce sont de vrais hommes, seulement, si l’on se base sur son patronyme, elle ne le dirait pas en français.

  4. #4
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    [align=left:7a8692e7db] Fichée sur deux baguettes, l’oriflamme se déployé au-dessus de la voiture. Lorsque celle-ci démarra, l’oriflamme se gonflant au vent prit une apparence si résolue que nul ne pouvait plus alors nourrir de doutes quant à la nécessité de terrasser grâce à la course d’endurance les routes défoncées, l’incurie administratrice et peut-être aussi, qui sait, le bureaucratisme et le laisser-aller. Les passagers de l’Antilope se redressèrent. Balaganov enfonça sur sa tête rousse une casquette qui traînait dans sa poche. Panikovski retourna ses machettes et les laissa dépasser de deux centimètres. Kozlewicz, lui, avait surtout pris soin de la voiture, qu’il avait lavée avant de partir. Le soleil se mit à se refléter sur les flancs irréguliers de l’Antilope. Même le commandant de bord clignait gaiement des yeux, tout en taquinant ses subordonnés.
    - Village à bâbord, cria Balaganov, la main en visière sur le front. Nous arrêtons-nous ?
    - Derrière nous, lui répondit Ostap, viennent cinq automobiles de qualité supérieure. Les rencontrer n’entre pas dans nos plans. Nous devons au plus vite procéder à l’écrémage. Pour toutes ces raisons je propose d’effectuer le prochain arrêt dans la ville d’Oudoïev. C’est d’ailleurs là que doit nous attendre le tonneau d’essence. Accélérez, Casimirovitch !
    - Répondons-nous aux acclamations ? demanda Balaganov inquiet.
    - Répondre par des saluts et des sourires. Interdiction d’ouvrir la bouche. Sinon, Dieu sait ce que vous allez sortir.
    Le village annoncé accueillit la voiture avec sympathie. Mais l’hospitalité coutumière y prenait des formes curieuses. On avait visiblement informé les autorités locales du passage de quelqu’un sans lui préciser qui, ni dans quel but. Aussi avait-on ressorti à cette occasion toutes les devises et maximes élaborées au cours des années précédentes.
    Le long de la grand-rue des écoliers sagement rangés tenaient des pancartes démodées de toutes tailles et toutes formes : [/align:7a8692e7db]

    Bienvenue à la ligue du temps et à son fondateur,
    Le camarade Kerjentsev !

    Ni lord Curzon ni les bourgeois
    Chez nous ne font régner la loi !

    Jardins d’enfants et maternelles
    Sont des enfants amis fidèles !


    J’ai déjà fait remarquer que le sexe dit beau brillait par son absence dans le livre dont je vous cite de larges extraits. Notre daubinette n° 4 n’en serait certainement pas contente car son mnémonique à elle laisse entendre que c’est une adepte inconditionnelle de la parité (du moins, en abrégé).

  5. #5
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    5

    [align=left:4ad517f3fa] Il y avait en outre un grand nombre de pancartes exécutées en caractères slavons et portant toutes uniformément : »Soyez les bienvenus ! »
    Tout cela passa très vite devant les yeux des voyageurs qui, cette fois, agitaient sans crainte leurs chapeaux. Panikovski ne put se retenir. Malgré l’interdiction, il se leva dans la voiture et lança un slogan incompréhensible, barbare du point de vue politique. Mais de toute façon, avec le bruit du moteur et les cris de la foule, personne ne comprit ce qu’il avait dit.
    - Hip, hip, cria Ostap.
    Kozlewicz ouvrit le pot d’échappement et la voiture lâcha une traînée de fumée bleue qui fit éternuer les chiens courant derrière.
    - Où en est l’essence ? demanda Ostap. Y en a-t-il assez pour aller jusqu’à Oudoïev ? Nous n’avons que trente kilomètres à faire. Une fois là-bas, nous leur prendrons tout.
    - Cela devrait suffire, répondit Kozlewicz d’un ton peu convaincu.
    - Et pas de maraudage, ajouta Ostap en inspectant ses troupes d’un œil sévère. Je ne tolérerai aucune infraction à la loi. C’est moi qui commande la parade.
    Panikovski et Balaganov prirent un air gêné.
    - Tout ce dont nous avons besoin, les Oudoïeviens nous le donneront d’eux-mêmes. Vous le verrez. Faites de la place pour le pain et le sel.
    L’Antilope mit une heure et demie à parcourir les trente kilomètres. Pendant le dernier kilomètre, Kozlewicz s’agita beaucoup, pressant la manette des gaz et branlant de la tête d’un air désolé. Mais tous ses efforts, et même les cris et les objurgations de Balaganov, n’y purent rien : le brillant finish dont rêvait Adam Casimirovitch ne put se matérialiser faute d’essence.
    Le moteur cala piteusement au beau milieu de la rue alors qu’il ne restait que cent mètres à parcourir jusqu’à la tribune entrelacée de guirlandes de rameaux de sapin en l’honneur des hardis automobilistes.
    La foule se jeta avec de grands cris à la rencontre de la Lorraine-Ditrich venue du fond des âges. Les épines de la gloire s’enfoncèrent aussitôt dans le noble front des voyageurs. Energiquement retirés de l’auto, ils se sentirent secoués par une foule en délire, comme s’ils étaient des noyés que l’on devait absolument ramener à la vie.
    Kozlewicz resta à côté de la voiture tandis que l’on conduisait ses compagnons à la tribune où avait été prévu un petit meeting improvisé de trois heures. Un jeune homme di genre automobiliste se fraya un chemin jusqu’à Ostap.
    - Et les autres voitures ? lui demanda-t-il.
    [/align:4ad517f3fa]

    La daubette n° 5 m’est très chère : une fois, j’ai gagné plein de sous en achetant par erreur à sa place son homonyme. Eh bien, l’homonyme avait fait l’objet d’une OPA assez avantageuse, alors que la daubinette propre sur elle qui nous occupe présentement avait morflé, - eh oui, ça arrive ! Mais j’espère vivement que cette fois-ci, elle prendra résolument le chemin du Nard-Nord.

  6. #6
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    [align=left:423709ac9d] - Attardées, répondit Ostap d’un ton indifférent. Les crevaisons, les pannes, l’enthousiasme de la population : tout cela retarde.
    - Vous êtes la voiture du commissaire ? insista l’amateur d’automobilisme. Klieptounov est avec vous ?
    - J’ai disqualifié Klieptounov, fit Ostap, mécontent.
    - et le professeur Piessotchnikov ? Il est en Packard ?
    - En packard.
    - Et Véra Cruz, la femme de lettres ? continua l’amateur curieux. Voilà quelqu’un que je voudrais voir ! Elle et le camarade Niéjinski. Il est aussi avec vous ?
    - Vous savez, dit Ostap, je suis très fatigué par la course.
    - Et vous-même, vous êtes en Studebaker ?
    - Vous pouvez considérer notre voiture comme une Studebaker, fit Ostap de plus en plus furieux, mais jusqu’à présent, c’était une Lorraine-Ditrich. Vous êtes satisfait ?
    L’amateur d’automobilisme ne fut nullement satisfait.
    - Pardon, s’exclama-t-il avec l’impertinence de la jeunesse, mais il n’y a pas de Lorraine-Ditrich dans la course ! J’ai lu dans le journal qu’il y avait deux Packard, deux Fiat et une Studebaker.
    - Allez vous faire voir avec votre Studebaker ! hurla soudain Ostap. Qui est-ce, Studebaker ? C’est un de vos parents, Studebaker ? Votre père s’appelle Studebaker ? Qu’est-ce que vous avez à importuner les gens ? On lui dit en bon russe que la Studebaker a été remplacée au dernier moment par une Lorraine-Ditrich, et il est là à vous casser les pieds ! Studebaker !
    Les membres du service de d’ordre avaient depuis longtemps écarté le jeune homme qu’Ostap battait encore des bras en marmottant :
    - Des experts, qu’ils se croient ! Des experts comme ceux-là, ils sont bons à tuer ! Il lui faut une Studebaker !
    Le président du comité de réception entama dans son discours de bienvenue une si longue série de propositions subordonnées qu’il ne parvint pas à s’en dépêtrer avant une demi-heure. Le commandant de bord passa tout ce temps dans une grande inquiétude, car il observait du haut de sa tribune les allées et venues dans la foule de Balaganov et de Panikovski, un peu trop vives à son gré. Mais en leur faisant des yeux terribles, Ostap finit par clouer sur place les fils du lieutenant Schmidt.
    [/align:423709ac9d]

    Notre sixième valeur vient tout juste de subir un sévère revers : plusieurs jours durant, elle a dévissé sans discontinuer. Mais, astucieuse comme Ostap Bender (il faut que je vous dise que son patronyme est devenu en Russie synonyme de quelqu’un de très futé et très habile) elle semble trouver la parade, puisque elle monte, et en volumes, s’il vous plaît !
    M’est avis qu’on peut y risquer un kopeck, car elle pourrait nous ouvrir la porte de la caverne au trésor, et de plus, c’est une très bonne commerciale !

  7. #7
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    [align=left:4e92d7c9cf] - Je suis heureux, camarades, déclara Ostap dans son discours de réponse, d’avoir troublé le silence patriarcal de la ville d’Oudoïev par l’intermédiaire du klaxon automobile. L’automobile, camarades, n’est pas un luxe, mais un moyen de transport. Le coursier de fer remplace la jument villageoise. Nous organiserons la production en série des automobiles soviétiques. Nous terrasserons grâce à la course d’endurance les routes défoncées et l’incurie administrative. J’ai fini, camarades. Un léger repas pour nous remettre, et nous reprendrons notre long parcours.
    Pendant que la foule, immobile au pied de la tribune, écoutant les paroles tomber de la bouche du prétendu commissaire de la course, Kozlewicz déployait une activité trépidante. Il remplit son réservoir avec une essence qui, comme l’avait annoncé Ostap, était bien de qualité supérieure. Il prit sans se gêner trois jerricanes supplémentaires et changea aux quatre roues pneus et chambres à air ; il s’empara d’une pompe et même d’un cric. Ce faisant, il mit à sec le stock opérationnel et même permanent du dépôt de ravitaillement automobile de la ville d’Oudoïev.
    La question technique ayant été ainsi résolue, il n’y avait plus de problèmes pour atteindre Tchernomorsk. Certes, les voyageurs manquaient d’argent, mais cela ne troublait pas le commandant de bord : les voyageurs avaient fait à Oudoïev un excellent déjeuner.
    - L’argent de poche ne doit pas nous préoccuper, dit-il. Il traîne çà et là sur la route, nous le ramasserons au fur et à mesure de nos besoins.
    L’antique cité d’Oudoïev, fondée en 794 et la ville de Tchernomorsk, qui datait de 1794, étaient séparées l’une de l’autre par mille années et par mille kilomètres de routes en dur ou en terre battue. /…)/[/align:4e92d7c9cf]

    Le doux fardeau de la gloire


    [align=left:4e92d7c9cf] Le commandant de bord, le chauffeur, le mécanicien et la bonne à tout faire se sentaient tous en pleine forme.
    La matinée était fraîche. Le soleil se noyait dans un ciel nacré. Dans l’herbe chantait le menu peuple des oiseaux. Ceux qu’on nomme les « pastourelles », les merles russes, traversaient lentement la route, presque sous les roues de la voiture. L’horizon des steppes exhalait des senteurs si vivifiants que, si Ostap avait été un simple écrivain paysan du groupe le Pis d’Acier, il n’aurait pu y tenir, serait descendu de voiture afin de s’asseoir sur l’herbe et aurait commencé séance tenante à rédiger, sur des feuillets arrachés à un calepin de voyage, une nouvelle commençant en ces termes :
    [/align:4e92d7c9cf]

    Ha, je m’imagine notre compagnie moyennement honnête, ayant extorqué au pauvre millionnaire Koreïko le million tant convoité, et quitté le Russie soviétique que ne peut absolument satisfaire leurs aspirations, à Rio de Janeiro, se promenant dans les artères animés habillés en pantalons blancs immaculés, prenant une bière à la terrasse d’un café. On peut présumer qu’un beau garçon tel qu’Ostap ne laisserait pas indifférentes les belles Brésiliennes et qu’elles apprécieraient à coup sûr son physique qui tient d’un dieu grec apparenté dans un certain sens à notre présente daubinette puisqu’elle a emprunté le nom d’une localité où une statue dudit dieu avait été trouvé pour en faire son patronyme.

  8. #8
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    [align=left:2b48ecab18] Or donques les recoupes piéçà avaient germé. Le soleil qui poignait au levant estendit ses rayons partout dessus le monde. L’ancêtre Romualditch, dans son humble chaumière, humant ses blancs houseaux, sitôt s’enchifrena …
    Mais Ostap et ses compagnons n’avaient pas l’âme aux impressions poétiques. Depuis vingt-quatre heures déjà ils filaient en tête de la course. Partout on les accueillait en fanfare et avec des discours. Les enfants battaient du tambour en leur honneur. Les adultes leur offraient le déjeuner et le dîner, les ravitaillaient en pièces de rechange prévues pour d’autres. /…/
    Les Antilopiens passèrent la nuit dans un village où les militants locaux les accablèrent de prévenances. Ils le quittèrent avec une jarre de lait bouilli et le doux souvenir de l’odeur d’eau de Cologne du foin sur lequel ils avaient dormi.
    - Le lait et le foin ! s’écria Ostap lorsque l’Antilope quitta à l’aube le village. Que peut-il y avoir de mieux ? Nous pensons toujours : « J’aurai encore le temps de faire ceci ou cela. Il y aura encore dans ma vie beaucoup de lait et de foin … » En réalité, tout cela ne reviendra plus. Sachez-le donc : cette nuit, mes pauvres amis, a été la plus belle de notre vie. Et vous ne vous en êtes même pas aperçus.
    Les compagnons de Bender ne cessaient de considérer celui-ci avec respect. Ils se sentaient pénétrés d’enthousiasme à l’idée de la grande vie qui s’offrait à eux.
    - Ah, la vie est belle ! fit Balaganov. Nous roulons, le ventre plein. La chance nous attend peut-être au tournant …
    - Vous en êtes fermement convaincu ? demanda Ostap. La chance nous attend sur la route ? Peut-être même bat-elle des ailes en signe d’impatience ? « Où est, demande-t-elle, l’amiral Balaganov ? Pourquoi est-il si long à venir ? » Vous êtes timbré, Balaganov ! La chance n’attend personne. Elle va et vient dans le pays, vêtue de lin candide, et chante comme les petits enfants : « En Amérique, à ce qu’on m’a dit, on s’amuse, on boit du whisky… »
    Mais encore faut-il attraper cette naïve enfant, il faut savoir lui plaire, lui faire la cour ! Je ne vous vois pas ayant une aventure avec elle, Balaganov. Regardez-vous : vous avez l’air d’un gueux. Un homme vêtu comme vous l’êtes ne saisira jamais la chance qui passe. D’ailleurs, tout l’équipage de l’Antilope est équipé d’une manière révoltante. Je m’étonne que l’on nous prenne encore pour des participants à la course !
    [/align:2b48ecab18]

    C’est une petite daubinette que la n°8, d’accord. Mais si on lui ajoute un anglais, elle devient une valeur tout ce qu’il y a de sérieux et cotée au SRD, encore que beaucoup moins sexy que notre lilliputienne, hihihi

  9. #9
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    [align=left:5fbe505ab9] Ostap contempla avec tristesse ses compagnons de voyage et reprit :
    - Le chapeau de Panikovski me choque profondément. Sur tous les plans, d’ailleurs, il est vêtu avec un luxe ostentatoire. Cette dent en or, ces lacets de caleçons, cette poitrine velue sous la cravate … Il faut vous habiller plus simplement, Panikovski ! Vous êtes un honorable vieillard. Vous devriez porter une redingote noire et un castor. Balaganov serait mieux en chemise cow-boy à carreaux et jambières de cuir. Il aurait immédiatement l’air d’un étudiant en culture physique, alors qu’actuellement on dirait un matelot congédié pour ivrognerie. Je ne parle pas de notre honoré conducteur. Les lourdes épreuves que lui a imposées la Providence ne lui ont pas encore permis de s’habiller conformément à son état. Ne voyez-vous pas combien siérait à son visage une combinaison de cuir et une casquette en box ? Oui, mes enfants, il convient de vous équiper.
    - Pas d’argent, dit Kozlewicz en se retournant.
    - Notre chauffeur a raison, convint aimablement Ostap : nous n’avons effectivement pas d’argent. Nous manquons de ces petits ronds métalliques pour qui j’ai tant d’affection.
    L’Antilope glissa le long d’une pente. Les champs continuaient à défiler lentement le part et d’autre. Un gros hibou roux se tenait sur le bas-côté, penchant la tête et écarquillant bêtement ses yeux jaunes d’aveugle. Effrayé par les grincements de la voiture, l’oiseau déploya ses ailes, plana au-dessus des voyageurs et disparut pour vaquer à ses tristes occupations de hibou. A part cela, rien de notable ne se produisit jusqu’à une exclamation poussée par Balaganov :
    - regardez ! cria-t-il soudain. Une automobile !

    Par précaution, Ostap ordonna d’enlever l’oriflamme exhortant les masses à terrasser, grâce à la course d’endurance, les routes défoncées et l’incurie administrative. Pendant que Panikovski exécutait l’ordre donné, l’Antilope se rapprocha de sa congénère.
    Une Cadillac fermée, de couleur grise, stationnait sur le bord de la route. La Russie centrale qui se reflétait dans ses épaisses vitres polies paraissait plus propre et plus belle qu’elle ne l’était en réalité. La voiture était légèrement inclinée : les genoux à terre, le chauffeur démontait le pneu d’une des roues arrière. A côté de lui se tenaient trois hommes impatients, en manteaux de voyage couleur sable.
    - Vous êtes victimes d’une panne ? demanda Ostap en soulevant poliment sa casquette.
    [/align:5fbe505ab9]

    Oh la la, ils vont finir par avoir toutes les victimes de leurs blaques sur le dos, et ça se pourrait très bien que ça se termine mal, ouille ! Mais je ne veux pas anticiper, on verra si Ostap à l’imagination inépuisable trouvera encore une fois une solution, et pour l’instant, trouvez-moi la petite n° 9 : franchement, ce n’est pas difficile du tout, il faut juste expurger l’un des mots que j’ai utilisés dans ma première phrase de son unique voyelle pour avoir son mnémo.

  10. #10
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    10

    [align=left:32fc1b537e] Le chauffeur leva son visage à l’expression tendue et, sans rien répondre, se replongea dans son travail. Les Antilopiens émergèrent de leur guimbarde verte. Kozlewicz fit plusieurs fois le tour de la magnifique voiture en soupirant d’envie, puis s’accroupit à côté du chauffeur et entama avec lui une conversation technique. Panikovski et Balaganov se figèrent dans la contemplation puérile des voyageurs, dont deux avaient un maintien très hautain d’étrangers. Le troisième par contre, à en juger par l’odeur enivrante de vieilles godasses qui émanait de son manteau en caoutchouc du Résintrust, était un compatriote.
    - Vous êtes victimes d’une panne ? répéta Ostap en touchant délicatement l’épaule caoutchoutée du compatriote et en regardant pensivement les deux étrangers.
    D’un ton irrité, le compatriote se mit à évoquer le pneu qui était crevé, mais son bredouillage n’intéressait guère Ostap. Sur la grand-route, à cent trente kilomètres du chef-lieu le plus proche, en plein centre de la Russie d’Europe se promenaient en pleine liberté deus petits pigeons d’importation bien gras. Voilà qui ne laissait pas de troubler profondément le Grand Combinateur.
    - Dites-moi, fit-il en interrompant son compatriote, ces deux-là ne sont pas de Rio de Janeiro ?
    - Non, répondit le compatriote, ils sont de Chicago. Et moi, je suis l’interprète de l’Intourist.
    - Mais que font-ils donc ici, tels des preux au carrefour, au milieu de l’antique champ sauvage, loin de Moscou et du ballet Le Coquelicot, des magasins d’antiquité et du célèbre tableau de Répine Ivan le Terrible assassinant son fils ? Je ne comprends pas ! Pourquoi les avez-vous amenés ici ?
    - Ah ! qu’ils aillent au diable ! s’écria l’interprète avec tristesse. Il y a trois jours que nous battons la campagne comme des fous. Ils m’ont complètement épuisé. J’ai déjà eu affaire à beaucoup d’étrangers, mais je n’en avais encore jamais vus de pareils.
    Il fit un geste las en direction de ses clients rubiconds.
    - Les autres touristes se conduisent comme des touristes : ils explorent Moscou, achètent aux artisans des cratères en bois peint. Ces deux-là veulent se distinguer des autres. Ils se sont mis à parcourir les villages.
    - Voilà une chose louable, dit Ostap. Les grandes masses des milliardaires occidentaux veulent connaître les mœurs de la jeune campagne soviétique.
    [/align:32fc1b537e]

    Ha, ce Bender est indubitablement né sous une bonne étoile, ou encore, une certaine déesse l’a pris sous sa protection, et notre daubette n’est pas étrangère à cette situation !

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    Dernier message: 31/12/2004, 14h48

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