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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes obéissent au doigt et à l’œil

    Ce Cazotte, c’était un personnage bien mystérieux ! Savez-vous qu’en 1978 et donc bien avant la Révolution, présent à une réunion de l’Académie, il a prédit à plusieurs convives (dont Condorcet et le duc de Chamfort) la fin exacte, - et assez horrible, - qui les attendait ?
    Ami de Rousseau et de Rameau, Cazotte (1719-1792) a écrit plusieurs contes à la mode orientale qui faisait rage à l’époque, après l’apparition des Lettres persanes ainsi que de la traduciton des Mille et Une Nuit, mais ensuite, il s’est tourné vers les sciences occultes et devenu adepte de la secte des martinistes. En compagnie de ses enfants qu’il a également initiés, il s’est adonné aux pratiques des Illuminés dont son livre « Le diable amoureux » fait écho.
    Fervent royaliste, sa « Correspondance mystique » lui a valu d’être condamné à mort par le tribunal révolutionnaire en 1892.
    Jean-Antoine Watteau (1684-1721) dont les tableaux illustrent les extraits du texte que je vous poste ce soir, est un rêveur sensible et tendre, mais en même temps, un artiste d’une force créatrice peu commune, qui a ouvert la voix à Chardin et La Tour et par eux, à toute la peinture française du XIX siècle.

    [align=left:d13807d4b2]J’étais à vingt-cinq ans capitaine aux gardes du roi de Naples : nous vivions beaucoup entre camarades, et comme de jeunes gens, c’est-à-dire, des femmes, du jeu, tant que la bourse pouvait y suffire ; et nous philosophions dans nos quartiers quand nous n’avions plus d’autre ressource.
    Un soir, après nous être épuisés en raisonnements de toute espèce autour d’un très petit flacon de vin de Chypre et de quelques marrons secs, le discours tomba sur la cabale et les cabalistes.
    [/align:d13807d4b2]

    L’aventure que notre héros va nous conter s’est passée à l’aube de sa vie, et à n’en pas douter, elle a dû le marquer à jamais, car elle est des plus extraordinaires et vous n’allez pas tarder à vous en convaincre.
    Et quant à la daubinette qui ouvre notre thread d’aujourd’hui, primo, il vous suffit d’amputer de sa vouelle finale un mot de ma phrase précédente pour obtenir son mnémo, et deuzio, ilitiale, on peut bien dire qu’elle l’est !

  2. #2
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    [align=left:561d49b2fb]Une d’entre nous prétendait que c’était une science réelle, et dont les opérations étaient sûres ; quatre des plus jeunes lui soutenaient que c’était un amas d’absurdités, une source de friponneries, propres à tromper les gens crédules et amuser les enfants. Le plus âgé d’entre nous, Flamand d’origine, fumait sa pipe d’un air distrait, et ne disait mot. Son air froid et sa distraction me faisaient spectacle à travers ce charivari discordant qui nous étourdissait, et m’empêchait de prendre part à une conversation trop peu réglée pour qu’elle eût de l’intérêt pour moi.
    Nous étions dans la chambre du fumeur ; la nuit s’avançait ; on se sépara, et nous demeurâmes seuls, notre ancien et moi.
    Il continua de fumer flegmatiquement ; je demeurai les coudes appuyés sur la table, sans rien dire. Enfin mon homme rompit le silence.
    « Jeune homme, me dit-il, vous venez d’entendre beaucoup de bruit : pourquoi vous êtes-vous tiré de la mêlée ?
    - C’est, lui répondis-je, que j’aime mieux me taire que d’approuver ou blâmer ce que je ne connais pas : je ne sais pas même ce que veut dire le mot de cabale.
    - Il a plusieurs significations, me dit-il ; mais ce n’est point d’elles dont il s’agit, c’est de la chose. Croyez-vous qu’il puisse exister une science qui enseigne à transformer les métaux et à réduire les esprits sous notre obéissance ?
    - Je ne connais rien des esprits, à commencer par le mien, sinon que je suis sûr de son existence. Quant aux métaux, je sais la valeur d’un carlin au jeu, à l’auberge et ne peux rien assurer ni nier sur l’essence des uns et des autres, sur les modifications et impressions dont ils sont susceptibles.
    [/align:561d49b2fb]

    L’on ne peut que louer le caractère pondéré et réfléchi de notre jeune héros qui refuse d’approuver ou blâmer ce qu’il ne connaît pas, qualité CERtes pas commune chez les jeunes gens, enclins plutôt à juger à l’emporte-pièce.

  3. #3
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    [align=left:1db0456ec8]- Mon jeune camarade, j’aime beaucoup votre ignorance ; elle vaut bien la doctrine des autres : au moins vous n’êtes pas dans l’erreur, et si vous n’êtes pas instruit, vous êtes susceptible de l’être. Votre naturel, la franchise de votre caractère, la droiture de votre esprit, me plaisent : je sais quelque chose de plus que le commun des hommes ; jurez-moi le plus grand secret sur votre parole d’honneur, promettez de vous conduire avec prudence, et vous serez mon écolier.
    - L’ouverture que vous me faites, mon cher Soberano, m’est agréable. La curiosité est ma plus forte passion. Je vous avouerai que naturellement j’ai peu d’empressement pour nos connaissances ordinaires ; elles m’ont toujours semblé trop bornées, et j’ai deviné cette sphère élevée dans laquelle vous voulez m’aider à m’élancer : mais quelle est la première clef de la science dont vous parlez ? Selon ce que disaient nos camarades en disputant, ce sont les esprits eux-mêmes qui nous instruisent ; peut-on se lier avec eux ?
    - Vous avez dit le mot, Alvare : on n’apprendrait rien de soi-même ; quant à la possibilité de nos liaisons, je vais vous en donner une preuve sans réplique. »
    Comme il finissait ce mot, il achevait sa pipe : il frappe trois coups pour faire sortir le peu de cendres qui restait au fond, la pose sur la table assez près de moi. Il élève la voix : « Calderon, dit-il, venez chercher ma pipe, allumez-la, et rapportez-la-moi. »
    Il finissait à peine le commandement, je vois disparaître la pipe ; et, avant que j’eusse pu raisonner sur les moyens, ni demander quel était ce Calderon chargé de ses ordres, la pipe allumée était de retour, et mon interlocuteur avait repris son occupation.
    [/align:1db0456ec8]

    Sympa, le Calderon, non ? J’aimerais bien avoir un esprit à ma disposition, qui se charge de m’allumer ma cigarette, par exemple, surtout lorsque j’ai égaré mon briquet et cherche déséspérement une boîte d’allumette. On peut présumer que pour les esprits démoniaques la chose n’est vraiment pas difficile, si l’on se base sur les descriptions DANtesques de l’Enfer !

  4. #4
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    [align=left:c865a79c2f]Il la continua quelque temps, moins pour savourer le tabac que pour jouir de la surprise qu’il m’occasionnait ; puis se levant, il dit : « Je prends la garde au jour, il faut que je repose. Allez vous coucher ; soyez sage, et nous nous reverrons. »
    Je me retirai plein de curiosité et affamé d’idées nouvelles, dont je me promettais de me remplir bientôt par le secours de Soberano. Je le vis le lendemain, les jours ensuite, je n’eux plus d’autre passion ; je devins son ombre.
    Je lui faisais mille questions ; il éludait les unes et répondait aux autres d’un ton d’oracle. Enfin, je le pressai sur l’article de la religion de ses pareils. « C’est, me répondit-il, la religion naturelle. » Nous entrâmes dans quelques détails ; ces décisions cadraient plus avec mes penchants qu’avec mes principes ; mais je voulais venir à mon but et ne devais pas le contrarier.
    « Vous commandez aux esprits, lui disais-je ; je veux comme vous être en commerce avec eux ; je le veux, je le veux !
    - Vous êtes vif, camarade, vous n’avez pas subi votre temps d’épreuve ; nous n’avez rempli aucune des conditions sous lesquelles on peut aborder sans crainte cette sublime catégorie …
    - Eh ! me faut-il bien du temps ?
    - Peut-être deux ans …
    - J’abandonne ce projet, m’écriai-je : je mourrais d’impatience dans l’intervalle. Vous êtes cruel, Soberano. Vous ne pouvez concevoir la vivacité du désir que vous avez créé dans moi : il me brûle
    - Jeune homme, je vous croyais plus de prudence ; vous me faites trembler pour vous et pour moi. Quoi ! vous vous exposeriez à évoquer des esprits sans aucune des préparations …
    - Eh ! que pourrait-il m’arriver ?
    - Je ne dis pas qu’il dût absolument vous en arriver du mal ; s’ils ont du pouvoir sur nous, c’est notre faiblesse, notre pusillanimité qui le leur donne : dans le fond, nous sommes nés pour commander …
    [/align:c865a79c2f]

    Oui, décidément, si l’on pouvait avoir un petit diableton à son service, assigné à effectuer divers petits travaux pour notre compte, ça serait super : il suffirait que l’on fasse entendre le son d’un gong qu’on installerait préalablement, pour qu’il surgisse et et nous repasse le linge, par exemple, ou aille au supermarché faire nos courses, quelle merveille ! Mais revenons à nos daubinettes, et pour trouver celle qui est l’héroïne du message présent est aisée à trouver : l’un des mots que j’ai utilisés ci-dessus, expurgé de sa seule voyelle, vous fournira le mnémonique d’icelle.

  5. #5
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    [align=left:ecb45f296a]- Ah ! je les commanderai !
    - Oui, vous avez le cœur chaud, mais si vous perdez la tête, s’ils vous effraient à certain point ?...
    - S’il ne tient qu’à ne les pas craindre, je les mets au pis pour m’effrayer.
    - Quoi ! quand vous verrez le Diable ?
    - je tirerai les oreilles au grand Diable d’enfer.
    - Bravo ! si vous êtes si sûr de vous, vous pouvez vous risquer, et je vous promets mon assistance. Vendredi prochain, je vous donne à dîner avec deux des nôtres, et nous mettrons l’aventure à fin. »
    Nous n’étions qu’à mardi : jamais rendez-vous galant ne fut attendu avec tant d’impatience. Le terme arrive enfin ; je trouve chez mon camarade deux hommes d’une physionomie peu prévenante ; nous dînons. La conversation roule sur des choses indifférentes.
    Après dîner, on propose une promenade à pied vers les ruines de Portici. Nous sommes en route, nous arrivons. Ces restes des monuments les plus augustes écroulés, brisés, épars, couverts de ronces, portent à mon imagination des idées qui ne m’étaient pas ordinaires. « Voilà, disais-je, le pouvoir du temps sur les ouvrages de l’orgueil et de l’industrie des hommes. » Nous avançons dans les ruines, et enfin nous sommes parvenus presque à tâtons, à travers ces débris, dans un lieu si obscur, qu’aucune lumière extérieure n’y pouvait pénétrer.
    Mon camarade me conduisait par le bras, il cesse de marcher, et je m’arrête. Alors un de la compagnie bat le fusil et allume une bougie. Le séjour où nous étions s’éclaire, quoique faiblement, et je découvre que nous sommes sous une voûte assez bien conservée, de vingt-cinq pieds en carré à peu près, et ayant quatre issues.
    [/align:ecb45f296a]

    Enfin, je trouve qu’Alvare est bien courageux, pour ne s’être pas dégonflé et n’avoir pas refusé cette rencontre des plus effrayantes, pensez donc, entrer en contact avec le Diable ! Un jeune homme bien courageux, je trouve, mais aussi, pas très dévot (et c’est la ce qui le distingue de notre daubette n° 5 qui elle, est très pieuse) pour accepter une telle rencontre.

  6. #6
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    [align=left:8657e3f688]Nous observions le plus parfait silence. Mon camarade, à l’aide d’un roseau qui lui servait d’appui dans sa marche, trace en cercle autour de lui sur le sable léger dont le terrain était couvert, et en sort après y avoir dessiné quelques caractères. « Entrez dans ce pentacle, mon brave, me dit-il, et n’en sortez qu’à bonnes enseignes…
    - Expliquez-vous mieux ; à quelles enseignes en dois-je sortir ?
    - Quand tout vous sera soumis ; mais avant ce temps, si la frayeur vous faisait une fausse démarche, vous pourriez courir les risques les plus grands. »
    Alors il me donne une formule d’évocation courte, pressante, mêlée de quelques mots que je n’oublierai jamais.
    « Récitez, me dit-il, cette conjuration avec fermeté, et appelez ensuite à trois fois clairement Béelzébuth, et surtout n’oubliez pas ce que vous avez promis de faire. »
    - Je me rappelai que je m’étais vanté de lui tirer les oreilles. « Je tiendrai parole, lui dis-je, ne voulant pas en avoir le démenti.
    - Nous vous souhaitons bien du succès, me dit-il ; quand nous aurez fini, vous nous avertirez. Vous êtes directement vis-à-vis de la porte par laquelle vous devez sortir pour nous rejoindre. » Ils se retirent.
    Jamais fanfaron ne se trouva dans une crise plus délicate : je fus au moment de les rappeler ; mais il y avait trop à rougir pour moi ; c’était d’ailleurs renoncer à toutes mes espérances. Je me raffermis sur la place où j’étais, et tins un moment conseil. On a voulu m’effrayer, dis-je ; on veut voir si je suis pusillanime. Les gens qui m’éprouvent sont à deux pas d’ici, et à la suite de mon évocation je dois m’attendre à quelque tentative de leur part pour m’épouvanter. Tenons bon ; tournons la raillerie contre les mauvais plaisants.
    Cette délibération dut assez courte, quoique un peu troublée par le ramage des hiboux et des chats-huants qui habitaient les environs, et même l’intérieur de ma caverne.
    Un peu rassuré par mes réflexions, je me rassois sur mes reins, je me piète ; je prononce l’évocation d’une voix claire et soutenue ; et, en grossissant le son, j’appelle, à trois reprises et à très courts intervalles, Béelzébuth.
    [/align:8657e3f688]

    Risquée, l’aventure, il suffit qu’il fasse un faux pas pour être perdu à jamais, et pourtant, il persiste dans sa décision de faire venir leDiable. Mais il est vrai que la curiosité est un levier très puissant, n’est-ce pas ?
    Et maintenant, trouvez-moi ma petite au nom palindromique – pour vous faciliter la tache, je ne vous dirai qu’une chose : il vous faut traduire en langue de Shakespeare un mot de la phrase qui précède, auquel vous ne retiendrez que ses consommes.

  7. #7
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    [align=left:7a25543163]Un frisson courait dans toutes mes veines, et mes cheveux se hérissaient sur ma tête.
    A peine avais-je fini, une fenêtre s’ouvre à deux battants vis-à-vis de moi, au haut de la voûte : un torrent de lumière plus éblouissante que celle du jour fond par cette ouverture ; une tête de chameau horrible, autant par sa grosseur que par sa forme, se présente à la fenêtre ; surtout elle avait des oreilles démesurées. L’odieux fantôme ouvre la gueule, et, d’un ton assorti au reste de l’apparition, me répond : Che vuoi ?
    Toutes les voûtes, tous les caveaux des environs retentissement à l’envi du terrible Che vuoi ?
    Je ne saurais peindre ma situation ; je ne saurais dire qui soutint mon courage et m’empêcha de tomber en défaillance à l’aspect de ce tableau, au bruit plus effrayant encore qui retentissait à mes oreilles.
    Je sentis la nécessité de rappeler mes forces ; une sueur froide allait les dissiper ; je fis un effort sur moi. Il faut que notre âme soit bien vaste et ait un prodigieux ressort ; une multitude de sentiments, d’idées, de réflexions touchent mon cœur, passent dans mon esprit, et font leur impression toutes à la fois.
    La révolution s’opère, je me rends maître de ma terreur. Je fixe hardiment le spectre.
    « Que prétends-tu toi-même, téméraire, en te montrant sous cette forme hideuse ? »
    Le fantôme balance un moment :
    « Tu m’as demandé, dit-il d’un ton de voix plus bas …
    - L’esclave, lui dis-je, cherche-t-il à effrayer son maître ? Si tu viens recevoir mes ordres, prends une forme convenable et un ton soumis.
    - Maître, me dit le fantôme, sous quelle forme me présenterai-je pour vous être agréable ? »
    [/align:7a25543163]

    Oh la la, quelle histoire, quelle apparition horrible ! C’est à perdre la raison et à rester dEBIle jusqu’à la fin de ses jours hein ! Et pourtant, Alvare a trouvé la présence d’esprit (c’est le cas de le dire, en plus) pour se rendre maître de la situation, non, vraiment, il me plaît, ce jeunot !

  8. #8
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    [align=left:c32a720967]La première idée qui me vint à la tête était celle d’un chien : « Viens, lui dis-je, sous la figure d’un épagneul. » A peine avais-je donné l’ordre, l’épouvantable chameau allonge le col de seize pieds de longueur, baisse la tête jusqu’au milieu du salon, et vomit un épagneul blanc à soies fines et brillantes, les oreilles traînantes jusqu’à terre.
    La fenêtre s’est refermée, toute autre vision a disparu, et il ne reste sous la voûte, suffisamment éclairée, que le chien et moi.
    Il tournait tout autour du cercle en remuant la queue, et faisant des courbettes.
    « Maître, me dit-il, je voudrais bien vous lécher l’extrémité des pieds ; mais le cercle redoutable qui vous environne me repousse. »
    Ma confiance était montée jusqu’à l’audace : je sors du cercle, je tends le pied, le chien le lèche ; je fais un mouvement pour lui tirer les oreilles, il se couche sur le dos comme pour me demander grâce ; je vis que c’était une petite femelle.
    « Lève-toi, lui dis-je ; je te pardonne : tu vois que j’ai compagnie ; ces messieurs attendent à quelque distance d’ici ; la promenade a dû les altérer ; je veux leur donner une collation ; il faut des fruits, des conserves, des glaces, des vins de Grèce ; que cela soit bien entendu ; éclaire et décore la salle sans faste, mais proprement.
    Vers la fin de la collation tu viendras en virtuose du premier talent, et tu porteras une harpe ; je t’avertirai quand tu devras paraître. Prends garde à bien jouer ton rôle, mets de l’expression dans ton chant, de la décence, de la retenue dans ton maintien …
    - J’obéirai, maître, mais sous quelle condition ?
    - Sous celle de m’obéir, esclave. Obéis, sans réplique, ou …
    - Vous ne me connaissez pas, maître : vous me traiteriez avec moins de rigueur ; j’y mettrais peut-être l’unique condition de vous désarmer et de vous plaire. »
    [/align:c32a720967]

    Notez qu’une fois retrouvé ses esprit, plus aucun doute ne l’habite : il donne des ordres à l’être infernal comme s’il était habitué à avoir affaire avec des démons depuis sa tendre enfance. Bon, notre daubinette se cache dans le texte du message, vous vous en doutez, alors, pour en trouver le mnémo, le procédé est le même que pour sa copine n° 6 : on trouve la traduction anglaise du terme voulu et on n’en garde que les consommes.

  9. #9
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    [align=left:2f1e5fcbbd]Le chien avait à peine fini, qu’en tournant sur le talon, je vois mes ordres s’exécuter plus promptement qu’une décoration ne s’élève à l’Opéra. Les murs de la voûte, ci-devant noirs, humides, couverts de mousse, prenaient une teinte douce, des formes agréables ; c’était un salon de marbre jaspé. L’architecture présentait un cintre soutenu par des colonnes. Huit guirlandes de cristaux, contenant chacune trois bougies, y répandaient une lumière vive, également distribuée.
    Un moment après, la table et le buffet s’arrangent, se chargent de tous les apprêts de notre régal ; les fruits et les confitures étaient de l’espèce la plus rare, la plus savoureuse et de la plus belle apparence. La petite chienne faisait mille tours dans la salle, mille courbettes autour de moi, comme pour hâter le travail et me demander si j’étais satisfait.
    « Fort bien, Biondetta, lui dis-je ; prenez un habit de livrée, et allez dire à ces messieurs qui sont près d’ici que je les attends, et qu’ils sont servis. »
    A peine avais-je détourné un instant les regards, je vois sortir un page à ma livrée, lestement vêtu, tenant un flambeau allumé ; peu après il revint conduisant sur ses pas mon camarade le Flamand et ses deux amis.
    Préparés à quelque chose d’extraordinaire par l’arrivée et le compliment du page, ils ne l’étaient pas au changement qui s’était fait dans l’endroit où ils m’avaient laissé.
    Si je n’eusse pas eu la tête occupée, je me serais plus amusé de leur surprise : elle éclata par leur cri, se manifesta par l’altération de leurs traits et par leurs attitudes.
    « Messieurs, leur dis-je, vous avez fait beaucoup de chemin pour l’amour de moi, il nous en reste à faire pour regagner Naples ; j’ai pensé que ce petit régal ne vous désobligerait pas, et que vous voudriez bien excuser le peu de choix et le défaut d’abondance en faveur de l’impromptu. »
    [/align:2f1e5fcbbd]

    Mignonne, la petite chienne hein ? Et obligeante, en plus : il suffit de lui demander quelque chose, pour qu’elle exauce votre vœu sans vous faire attendre une seconde. Comme dirait un Byron ou un Swift, « Just ask for it, and You shall be exauced ! »
    Eh bien, vous n’avez même pas à me le demander, je vous dis spontanément qu’il faut trouver un mot composé des 3 lettres dans le texte qui précède et en replacer la première par une autre, pour trouver le mnémo de notre n° 9, et qu’il faut chercher ce mot chez nos voisins !

  10. #10
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    [align=left:f131a8996d]Mon aisance les déconcerta plus encore que le changement de la scène et la vue de l’élégante collation à laquelle ils se voyaient invités. Je m’en aperçus, et résolus de terminer bientôt une aventure dont intérieurement je me défiais, je voulus en tirer tout le parti possible, en forçant même la gaieté qui fait le fond de mon caractère.
    Je les pressai de se mettre à table ; la page avançait les sièges avec une promptitude merveilleuse. Nous étions assis ; j’avais rempli les verres, distribué des fruits ; ma bouche seule s’ouvrait pour parler et manger, les autres restaient béantes ; cependant je les engageai à entamer les fruits, ma confiance les détermina. Je porte la santé de la plus jolie courtisane de Naples ; nous la buvons. Je parle d’un opéra nouveau, d’une improvisatrice romaine arrivée depuis peu, et dont les talents font du bruit à la cour. Je reviens sur les talents agréables, la musique, la sculpture ; et par occasion je les fais convenir de la beauté de quelques marbres qui font l’ornement du salon. Une bouteille se vide, et est remplacée par une meilleure. Le page se multiplie, et le service ne languit pas un instant. Je jette l’œil sur lui à la dérobée : figurez-vous l’Amour en trousse de page ; mes compagnons d’aventure le lorgnaient de leur côté d’un air où se peignaient la surprise, le plaisir et l’inquiétude. La monotonie de cette situation me déplut ; je vis qu’il était temps de la rompre.
    « Biondetto, dis-je au page, la signora Fiorentina m’a promis de me donner un instant ; voyez si elle ne serait point arrivée. » Biondetto sort de l’appartement.
    Mes hôtes n’avaient point encore eu le temps de s’étonner de la bizarrerie du message, qu’une porte du salon s’ouvre, et Fiorentina entre tenant sa harpe ; elle était dans un déshabillé étoffé et modeste, un chapeau de voyage et un crêpe très clair sur les yeux ; elle pose sa harpe à côté d’elle, salue avec aisance, avec grâce.
    [/align:f131a8996d]

    Cela ne m’étonne pas que les compagnons d’Alvare aient été surpris, inquiets, en un mot, GéNéS par la situation dans laquelle ils se trouvaient : toutes ces métamorphoses, toutes ces apparitions merveilleuses, on le serait à moins que ça, ne trouvez-vous pas ?

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