CONFLIT Séquestrations, blocages des machines : le déménagement du CNDP près de Poitiers s'éternise


Marie-Estelle Pech
[17 juin 2005]


Depuis plus d'un mois, le site du Centre national de documentation pédagogique (CNDP) et ses bases de données sont inaccessibles à ses 1 200 000 visiteurs mensuels. Les vingt-cinq machines chargées entre autres de la maintenance du site sont en effet bloquées dans leurs cartons de déménagement près de Paris.


Dans la nuit du 12 au 13 mai dernier, une trentaine de membres du personnel avaient empêché le départ de ce matériel en faisant rempart de leurs corps. «Sans ces ordinateurs, on se débrouille comme on peut. C'est plutôt bancal», résume à sa façon l'une des responsables du CNDP.


L'intersyndicale s'oppose par tous les moyens à la délocalisation à Chasseneuil-du-Poitou, fief de Jean-Pierre Raffarin. Cette décision prise, selon elle, sans concertation en décembre 2002 avait été vécue comme «le fait du prince». Son directeur, Alain Coulon, entend quant à lui mener à bien ce déménagement. Victime d'une dizaine de séquestrations depuis son arrivée à la tête de l'établissement public il y a un an et demi – dont trois «particulièrement violentes physiquement, la dernière ayant donné lieu à un dépôt de plainte» –, il lui semble impensable de revenir sur cette décision.


Ces dernières années, le personnel a successivement refusé de partir à Lyon, Marseille, Amiens et Rouen. «Il était pour eux impensable de travailler ailleurs que rue d'Ulm», s'agace-t-il. Aujourd'hui, une centaine de personnes sont installées dans l'immeuble de Chasseneuil à côté du Futuroscope, dans une banlieue de Poitiers «qui ne ressemble pas à un champ de betteraves», précise Alain Coulon devançant les critiques. En tout, le projet visait à y envoyer 250 personnes sur les 450 que compte le CNDP. On en est loin.


L'essentiel de la direction se trouve aujourd'hui à Chasseneuil et les exécutants sont restés à Paris : tout le contraire d'une délocalisation réussie... Une centaine d'ouvriers des services d'impression et d'audiovisuel sont ainsi restés parisiens en vertu de leur contrat de travail qui le stipule.


Les syndicats continuent à faire pression. Selon la direction, ceux de Chasseneuil sont considérés comme des «jaunes». «C'est le vieux schéma : Il faut faire capituler le capital...», explique une responsable. L'intersyndicale estime quant à elle que la plate-forme d'édition doit rester dans la capitale. «Nos partenaires : le ministère de l'Education, les maisons d'édition, les commanditaires, les chaînes de télé sont tous à Paris, argue Michel Bézard, membre du Sgen. On accepte la situation telle qu'elle est mais le reste du CNDP ne doit pas être délocalisé.»


De part et d'autre, on déplore une débauche d'énergie inutile. Pas une seule négociation n'a abouti depuis un an et demi. Une trentaine de personnes ne savent toujours pas où elles travailleront à la rentrée. L'intersyndicale souhaiterait que le directeur général «qui ne négocie qu'avec lui-même» soit écarté. Ce dernier espère quant à lui une ligne claire de la part de Gilles de Robien : «Si le pouvoir n'est pas ferme, je crains le pire pour l'avenir.»