Gauche
L'embarrassocialiste

Carl Meeus

Depuis 2002, les socialistes ne sont jamais parvenus à trouver le bon angle d'attaque pour contrer l'activisme de Nicolas Sarkozy. Plus que les arguments, c'est la stratégie qui fait défaut Rue de Solferino. Du coup, les socialistes en reviennent aux vieilles recettes qui ont fait leur succès dans les années 80 : l'épouvantail Le Pen.

Depuis une semaine, ils organisent une diversion pour tenter de pallier leurs difficultés à contrer le ministre de l'Intérieur. Après l'invective contre les mots utilisés par Nicolas Sarkozy à La Courneuve, qu'il veut « nettoyer au Kärcher », François Hollande a refusé l'invitation de Dominique de Villepin à parler d'Europe à Matignon au prétexte que le parti de Jean-Marie Le Pen figurait sur la liste des invités.

Pas sûr que ce soit efficace ! « Il faut éviter de tomber dans la polémique. Chaque fois, Sarkozy retourne le boomerang sur l'incapacité de la gauche à régler les problèmes de sécurité », constate Delphine Batho, secrétaire nationale du PS chargée de la sécurité, qui préfère insister sur le « terrible aveu » que reflètent les propos du ministre : « Il compense par des excès de langage son impuissance sur le terrain. » A la manière d'un Chevènement fustigeant les « sauvageons » sous le gouvernement Jospin.

Député maire d'Evry, Manuel Valls estime qu'il ne faut pas se tromper de cible. Autant les attaques sur les « excès du personnage sont pertinentes », car « il met son poste de ministre au service de sa candidature à la présidentielle », autant il est plus compliqué de l'attaquer sur son activisme : « J'ai le sentiment que dans ces moments de désespérance sociale son activisme reçoit un écho favorable. » Surtout, certains parmi les socialistes ne suivent pas leurs camarades qui crient au populisme. « Historiquement, c'est vrai, mais attention, quand on parle de populisme, les Français perçoivent le mot peuple », prévient un élu.

« On a dû se battre au groupe pour poser une question à Nicolas Sarkozy », se plaint un élu consterné par les arguments de ses camarades pour éviter de contrer le ministre lors des questions d'actualité à l'Assemblée : « Il va encore nous rentrer dedans ! ». Et que dire de la façon dont les socialistes se gardent d'interpeller le ministre sur les incidents dans l'Essonne (voir page 31) ? « Ils ne veulent pas que Sarkozy débarque chez eux avec les caméras », se lamente un député. « Si nous nous laissons entraîner sur le terrain des peurs comme le veut Sarkozy, nous avons perdu d'avance, prévient Gaëtan Gorce, député de la Nièvre. Il faut aller sur le terrain social. » Là où les socialistes se sentent nettement plus à l'aise...



© le point 30/06/05 - N°1711 - Page 33 - 441 mots