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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes au milieu d’un cercle

    La légende de Faust s’est constituée peu à peu dans la seconde moitié deu XV siècle. Légende essentiellement allemande, développée pendant la Réforme, elle est fortement imprégnée des conceptions et des théories de Luther. On l’a souvent mise en parallèle avec les légendes catholiques de Virgile l’enchanteur, de Marlin, de Robert-le-Diable et avec la légende plus récente de don Juan.
    Tous ces personnages ont eu une existence réelle, mais leur histoire, après leur mort, ou même durant leur vie, a été tellement surchargée de fait surnaturels qu’il est difficile de séparer la vérité de la fiction.
    Pour ce qui concerne Faust, la tradition orale qui allait san cesse s’amplifiant, les écrits des contemporains et quelques notes manuscriptes de Faust, un mémoire laissé par son disciple Wagner, tels furent les documents qui ont servi de base à un livre anonyme, « Histoire du Dr Faust, le très rénommé sorcier et magicien », paru en 1587.Le succès en a été très grand ce qui a provoqué la parution de nombreux autres ouvrages sur Faust. En Angleterre, dès la fin du XVI siècle, le sujet inspirait des ballades, et c’est Christopher Marlowe qui a eu l’idée de la permière adaptation scénique de la légende. Vers le début du XVII, ces pièces étaient jouées partout en Allemagne et devenues très populaires …
    Parmi les innombrables ouvrages inspirés par la légende de Faust, il en est trois qui tiennent la première place. Ce sont ceux de Marlowe, de Goethe et de Klinger, et c’est des extraits de ce dernier, injustement méconnu en France, que j’a envie de vous présenter ce soir.
    Quant aux tableaux qui agrémentent ce texte, ils sont dus au pinceau d’un des plus grands peintres du monde, Albrecht Dürer (coucou Seriz !).



    [align=left:8916275589] Vie, exploits et descente aux Enfers de Faust
    Friedrich Maximilian von Klinger

    I

    Pendant longtemps Faust s’était battu avec les bulles de savon de la métaphysique, les éclats de voix de la morale et les ombres de la théologie, sans avoir tiré du combatt le moindre résultat solide ou durable. Il se lança, plein de fureur, dans les champs obscurs de la magie, espérant arracher par la force à la nature ce qu’elle s’obstine à nous cacher. Son premier succès fut la mémorable découverte de l’imprimerie ; le second devait remplir le monde de terreur. Ses recherches, favorisées par le hasard, lui firent trouver la terrible formule qui permet d’évoquer le diable de l’enfer et de le soumettre à la volonté de l’homme. Jusqu’alors il n’avait pas osé franchir ce pas redoutable, par amour de son âme immortelle, sur laquelle veille tout chrétien, sans bien savoir de quoi il s’agit. A cette époque Faust était un homme à la fleur de l’âge. La nature, le comblant de ses faveurs, lui avait donné un corps robuste et beau, un visage expressif et noble.
    [/align:8916275589]

    Bof, l’histoire de Faust, vous direz-vous, mais je la connais par coeur, j’ai lu mon Goethe, voyons ! Mais ce serait là une affirmation bien hATIve, car ce n’est pas l’histoire qui vous est familière ou du moins, elle en diffère considérablement !

  2. #2
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    2

    [align=left:36fd88b329]
    C’en était assez pour réussir dans le monde. Mais à ces qualités, elle avait ajouté des dons dangereux : elle lui avait rempli l’esprit d’ambition et d’orgueil, le cœur de grandeur et de flamme. Elle lui avait donné une force ardente d’imagination qui n’était jamais satisfaite du présent ; qui, au moment même de la puissance, s’efforçait d’analyser le vide et qui dominait tellement ses autres facultés qu’il perdit bientôt le sentier du bonheur, ce sentier sur lequel des désirs bornés sont seuls capables de conduire un mortel et sur lequel la modestie peut seule le maintenir.
    De bonne heure il trouva trop étroites les frontières de l’humanité et il s’efforça, avec une énergie sauvage, de les porter au-delà de la réalité. Ce dont il croyait avoir eu dans sa jeunbesse la notion ou le sentiment lui donna une haute opinion des facultés qui font la valeur morale de l’homme et, se comparant aux autres, il plaça naturellement sa personnalité au plus haut sommet. C’est ce que le grand génie a de commun avec le plus plat imbécile. C’était une amorce suffisante pour la grandeur et la gloire ; mais comme la véritable grandeur et la véritable gloire, à l’instar du bonheur, semblent fuir le plus souvent celui qui les veut saisir, avant de les avoir purifiées des vapeurs et des nuages dont l’illusion les a entourées, ainsi il n’ambrassa souvent qu’un fantôme, croyant étreindre l’épouse de Jupiter tonnant. Il lui sembla que, dans sa situation, la science serait le chemin le plus court et le plus commode pour parvenir au nobheur et à la gloire ; à peine eut-il goûté à son charme que la soif la plus intense de la vérité s’alluma dans son âme. Quiconque connaît ces sirènes, qui a appris leurs chants mensongers (lorsqu’il ne s’adonne pas aux sciences comme à un métier) sentira qu’il devra renoncer au projet d’éteindre sa soif brûlante. Après avoir longtemps erré dans le labyrinthe, il me récolta que le doute, le dépit d’avoir constaté la vue bornée des hommes, la mauvaise humeur et la révolte contre Celui qui le créa pour pressentir la lumière sans lui donner le pouvoir de percer les épaisses ténèbres. Encore aurait-il été heureux s’il n’avait eu qu’à lutter avec ses sentiments ; mais la lecture des philosophes et des poètes avait éveillé en son âme mille nouveaux besoins ; son imagination ailée et subtile lui présentait continuellement devant les yeux les objets attrayants des jouissances que la considération et l’or sont seuls capables de procurer ; si bien que le sang coula comme du feu dans ses veines et toutes ses autres facultés furent consumées par ce seul sentiment.
    [/align:36fd88b329]

    Alors, ce grand génie germanique, que disait-il chaque matin, en se levant de bonne heure ? Hé ben, il disait : allez, je vais m’atteler à mon ARBeit, c’est comme je vous le dis !

  3. #3
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    3

    [align=left:4fdec53078]
    Par sa remarquable découverte de l’imprimerie, il crut avoir levé la barrière qui ferme la voie conduisant à la richesse, à la célébrité et au plaisir. Il avait employé toute sa fortune à la perfectionner ; il va maintenant la révéler aux hommes ; mais leur indifférence et leur froideur lui montrèrent bientôt que lui, le plus grand inventeur de son siècle, avec sa jeune femme et ses enfants, pouvait mourir de faim s’il n’avait pas d’autres ressources.
    Tombé si bas de cette haute espérance, écrasé de lourdes dettes qu’il avait contractées par la légèreté de son genre de vie, par son excessive générosité, par des cautionnements imprévoyants et des secours à de faux amis, il jeta un regard sur les hommes ; sa haine colora tout en noir ; le lien qui l’attachait à sa maison, maintenant qu’il ne pouvait plus pourvoir aux besoins de sa famille, lui devinrent un fardeau et il commença à croire pour jamais que la justice n’avait pas présidé à la distribution du bonheur parmi les hommes. Il rumina cette pensée : comment et pourquoi l’homme capable et noble, partout opprimé, est-il abandonné, languissant dans la misère, tandis que le fourbe et l’imbécile sont riches, heureux et considérés ? Philosophes et prédicateurs savent facilement lever ce doute, qui n’en reste pas moins irritant, car ils s’adressent( seulement à l’entendement ; mais le sentiment est blessé par l’expérience journalière, le cœur de l’homme altier souffre et celui du faible succombe.

    II

    Dans cette sombre disposition d’esprit, Faust se rend de Mayance à Francfort, pour vendre au très sage magistrat une Bible latine qu’il avait imprimée, seule ressource pour rassasier ses enfants affamés. Dans sa ville natale il ne pouvait rien arranger, car l’archevêque était engagé dans une guerre terrible contre son chapitre et Mayance se trouvait dans le plus grand désarroi. En voici la cause : un moine dominicain avait rêvé qu’il couchait avec sa pénitente, la belle Clara, une nomme blanche, nièce de l’archevêque. Le lendemain, il devait dire la sainte messe ; il le fit et, malgré sa nuit criminelle, il mangea le corps du Seigneur. Le soir, sous l’exaltation du vin du Rhin, il raconta son rêve à un jeune novice.
    [/align:4fdec53078]

    Assez archaïque, l’écriture de ce livre fort intéressant, et l’on pourrait dire que c’est ce trait distinctive qui le rapproche de la dénomination de notre présente daubinette, mais pas du tout de son mnémo, tenez-vous-le pour dit !

  4. #4
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    4

    [align=left:dc5a26623d]
    Le récit chatouilla l’imagination de celui-ci ; il le répéta avec quelques additions à un moine et ainsi le rêve se répandit dans tout le cloître, cmbelli d’horreurs et d’images lascives, jusqu’à ce qu’il parvînt aux ireilles du sévère prieur. Le saint homme, qui détestait le père Gebhardt, à cause de la considération dont il jouissait dans les familles de haut parage, fut épouvanté de ce scandale ; et, considérant qu’il y avait profanation du saint sacrement, il ne se hasarda pas à juger un cas de cette importance et il en avertit l’archevêque.
    L’archevêque en vertu de cette juste déduction ; ce que pendant le jour l’homme pêcheur conçoit et désire lui revient en rêve pendant la nuit, prononça l’anathème contre le moine. Le chapitre, qui déteste toujours son archevêque et dont la haine est d’autant plus forte que l’archevêque vit plus longtemps, saisit avec plaisir l’occasion de le tourmenter ; il prit le père Gebhardt sous sa protection et s’opposa à l’anathème sur les considérations suivantes : « Il est bien connuy que le diable induisit en tentation saint Antoine par des images voluptueuses et des appâts lascifs ; puisque le diable a agi de cette façon avec un saint, il peut bien aussi lui arriver une fois d’engager le jeu avec un dominicain. On doit conseiller au moine de suivre l’exemple de saint Antoine et de combattre les tentations du diable avec les armes de la prière et du jeûne. D’ailleurs on regrette beaucoup que Satan n’ait pas plus de respect pour l’archevêque et soit assez effronté pour créer ses infernales visions sous l’apparence d’une personne de sa haute famille. » Le chapitre se conduisit en toute cette affaire comme les princes héréditaires dont les pères règnent trop longtemps. Mais ce qui vint tout embrouiller, ce fut une nouvelle apportée du cloître des nonnes. Celles-ci étaient réunies dans le réfectoire, occupées à parer la Mère de Dieu pour une fête prochaine, et s’efforçaient de surpasser en pagnificence les nonnes noires, lorsque la vieille tourière entra, raconta l’histoire infernale et ajouta que « le dominicain serait sûrement brûlé vif, et que le chapitre s’était rassemblé pour prononcer son jugement ». Pendant que la tourière racontait l’histoire dans tous ses détails, les joues des jeunes nonnes se coloraient d’un rouge cramoisi et le péché, qui ne laisse échapper aucune occasion d’empoisonner les cœurs innocents, germa dans leur sang et dramatisé rapidement dans leur imagination toutes les scènes dangeureuses. La rage et la colère recouvraient d’un masque furieux la figure des vieilles.
    [/align:dc5a26623d]

    Au moins, la vie de Faust nous apprend qu’il y a toujours un pri à payer pour tout. Eh bien, notre daubinette n°4 ne dit pas le contraire, et de plus, elle intervient dans un domaine disons proche de celui de ce thread qui se veut culturel (quelle prétention !)

  5. #5
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    5

    [align=left:7c3aef3bf9]
    L’abbesse trembla sur son bâton, ses lunettes lui tombèrent du nez ; la Mère de Dieu, restée sans vêtements, semblait demander aux nonnes surprises et courroucées de couvrir sa nudité. Mais la tourière ajouta que c’était sa sœur Clara que le diable avait conduite chez le dominicain. La salle entière retentit d’un cri féroce.
    Seule Clara resta calme et, profitant de la petite pause qui suivit les clameurs, elle dit en souriant : « Chères sours, pourquoi ces cris épouvantables ? J’ai aussi rêvé que je couchais avec le père Gebhardt ; mon confesseur et, si c’est l’œuvre du mauvais esprit (ici elle fit, ainsi que toutes les autres, un signe de croix), vous devez lui donner la discipline. Pour ma part, jamais nuit ne me parut plus courte, peu importe son origine. – Le père Gebhardt ? s’écria la tourière ; Anges et saints patrons ! C’est celui-là même qui a rêvé de vous, à qui le diable vous a plusieurs fois conduite et que l’on va brûler vif ! » La tourière ne s’arrêta pas en chemin : elle donna un corps au rêve et, sous cette forme, il s’envola vers la ville. On laissa la Mère de Dieu dans son état de nudité et on ne s’inquiéta plus de savoir si celle des nonnes blanches surpasserait celle des nonnes noires. L’abbesse se mit en route pur conter la diabolique histoire ; l’économe la suivit ; la tourière tint assemblée à sa porte et Clara répondit naïvement aux questions encore plus naïves de ses sœurs. Les trompettes du jugement dernier ne pourront pas jeter dans Mayance plus d’effroi et de trouble que cette histoire.
    Lorsque le prieur des dominicains apprit l’événement, il courut au chapitre assemblé et, par cette révélation, donna une nouvelle tournure à la chose. L’archevêque aurait bien voulu étouffer toute l’affaire ; mais le chapitre avait intérêt à la propager et tous les chanoines déclarèrent unanimement que ce cas délicat devait être soumis au Saint Père à Rome. On criait, tempêtait, mugissait, menaçait et seule la cloche du dîner fut capable de séparer les combattants. La querelle devint bientôt plus subtile. La cour intervint, intrigua dans le chapitre et tout Mayance, moines et laïcs, fut divisé pendant plusieurs années en deux parties, de sorte qu’on ne vit et n’entendit rien, qu’on ne parla et ne rêva de rien que du diable, de la nonne blanche, et du père Gebhardt. De la cathédrale à la Faculté, on discutait de l’affaire.
    [/align:7c3aef3bf9]

    Ah oui, le cas est bien délicat, on n’en disconviendrait pas ! Ils auraient été bien contents en s’assurant l’assistance de notre daubette n°5, car pour résoudre ce problème théologique des plus complexes, il fallait se montrer un navigateur de grand talent !

  6. #6
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    [align=left:d137a2c882]
    Les casuistes, après avoir interrogé ad protocollum la nonne et le père et les avoir confrontés, écrivirent des volumes in-folio sur tous les cas possibles, peccables ou non peccables, en matière de rêves. Etait-ce une époque pour Faust et sa découverte ?

    III

    A Francfort seulement, je séjour paisible des Muses, et l’asile des sciences, Faust espérait une meilleure fortune. Il offrit sa Bible à l’auguste conseiller, pour deux cents florins d’or. Mais quelques semaines auparavant on avait acheté cinq tonneaux de vin du Rhin pour les caves municipales, de sorte que sa requête ne fut pas accueillie. Il fit la cour aux échevins, au bailli, aux sénateurs, depuis l’orgueilleux patricien jusqu’au non moins orgueilleux conseiller de la corporation des condonniers. On lui promit partout bienveillance, aide et faveur. A la fin il s’attacha particulièrement au bougmestre régnant, auprès de qui il ne gagna rien, si ce n’est une flamme intense que la femme du bourgmestre alluma dans son cœur facile à séduire. Un soir, le bourgmestre l’assura qu’au premier jour un décret serait pris, par lequel tout le peuple juif, homme par homme, devrait verser la somme demandée pour la Bible. Faust, remarquant que ses enfants pouvaient mourir de faim avant qu’une assemblée aussi éclairée se fût mise d’accord, perdit tout espoir et, plein d’amour et de colère, il se retira dans sa chambre. Son découragement le ramena à sa formule magique. La pensée d’entreprendre quelque chose d’audacieux et de chercher à se rendre indépendant des hommes par une alliance avec le diable excita plus vivement que jamais son cerveau. Une incertitude l’agitait encore. A pas précipités, avec des gestes furieux, des exclamations effroyables, il court çà et là dans sa chambre et lutte avec ses forces intérieures révoltées. Elles essaient tardivement de percer l’équilibre qui nous entoure ; son esprit frémit encore de cette révolution ; mais maintenant il pèse l’accomplissement des désirs insatiables de son cœur, les jouissances depuis longtemps convoitées de la nature entière et les oppose aux préjugés de sa jeunesse, à la pauvreté, au mépris des hommes. Déjà chancelle l’aiguille de la balance.
    [/align:d137a2c882]

    L’aiguille, tiens! Ben notre valeur elle aussi en a une, en fait, elle en a même deux, si elle ressemble à son grand homonyme londonien !

  7. #7
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    7

    [align=left:383cb5e06f]
    La cloche sonne onze heures à la tour voisine. Une nuit noire s’étend sur la terre. Le vent souffle du nord, les nuages couvrent le monde entier, la nature est en révolte … Une nuit favorable pour exaspérer une imagination emportée. L’aiguille de la balance oscille encore ; dans un plateau dansent légèrement la religion et sa protectrice, la crainte de l’avenir. L’autre plateau l’emporte : la soif de l’indépendance et du savoir, l’orgueil, la volupté, la haine et l’amertume le remplissent. L’éternité et la damnation ne résonnent que faiblement dans son âme.
    Ainsi la jeune fille qui sent sur son sein les baisers brûlants de l’amant hésite entre les leçons de sa mère et l’attrait de la nature. Ainsi chancelle le philosophe entre deux propositions, celle-ci est vraie, celle-là est brillante et conduit à la gloire ; laquelle choisira-t-il ?
    Maintenant Faust décrit, d’après les règles de la magie, le terrible cercle qui va le séparer à jamais de la vue du Très-Haut et des deux liens de l’humanité. Ses yeux etincellent, son cœur bondit, ses cheveux se dressent sur sa tête. A cet instant, il crut voir son vieux père, sa jeune femme, ses enfants qui se déchirent le sein. Ensuite, il les vit tomber à genoux et prier pour lui Celui auquel il voulait renoncer. « C’est le besoin, c’est ma misère qui les ont plongés dans le désespoir », s’écria-t-il, en frappant du pied sur le sol. La fierté de son esprit s’irrita contre la faiblesse de son cœur. Il sauta de nouveau dans le cercle, la tempête mugissait à sa fenêtre, les fondements de sa maison en étaient ébranlés. Une noble figure se présenta devant lui et lui cria : « Faust ! Faust ! »
    Faust. – Qui es-tu, qui viens interrompre mon œuvre audacieuse ?
    La figure. – Je suis le génie de l’humanité, je veux te sauver, alors que tu peux encore être sauvé.
    Faust. – Que peux-tu me donner, pour apaiser ma soif de connaissance, mon irrésistible besoin de jouissance et de liberté ?
    La figure. – L’humilité, la résignation dans les souffrances, la modération et le noble sentiment de toi-même, une mort douce et la lumière après cette mort.
    [/align:383cb5e06f]

    Belle excuse comme quoi il aurait accouru à la magie pour sauver sa famille de la misère, mais ce n’est qu’un faux-fuyant, CAR c’est la soif de la connaissance, - et de la puissance, qui ont guidé son choix, natürlich !

  8. #8
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    [align=left:29ca99f419]
    Faust. – Disparais, vision de mes rêveries enflammées. Je te reconnais au stratagème qui te sert à tromper les misérables que tu as soumis à ta puissance. Fais tes jongleries devant le mendiant, devant l’esclave opprimé, le moine et tous ceux qui ont enchaîné leur cœur par des liens hors nature, et qui ont artificiellement étouffé leurs sens pour échapper aux griffes du désespoir. Les forces de mon cœur veulent de l’espace ; que Celui qui me les a données réponde de leurs œuvres.
    « Tu me reverras », gémit le génie et il disparut.
    Faust s’écria : « Vont-elles me harceler jusqu’aux portes de l’enfer ces fables de nourrice ? Elles ne m’empêcheront pas de percer l’obscurité. Je veusx savoir ce que dérobe l’épais rideau qu’une main tyrannique a tiré devant nos yeux. Est-ce moi qui me suis formé de telle façon qu’un sort médiocre révolte ma force ? Ai-je allumé en mon sein la flamme des passions ?
    Ai-je placé en mon cœur la force qui me pousse à toujours m’élever et à ne jamais rester tranquille ? Ai-je mis mon esprit à un tel diapason qu’il ne puisse ni se soumettre ni supporter l’avilissement ? Comment moi, le vase, formé par une main étrangère, je dois un jour être violemment brisé,n parce qu’il ne convient pas aux sentiments du maître ouvrier, parce qu’il ne répond pas au vil usage, auquel il semble l’avoir destiné ? Et toujours simplement vase, toujouts simplement instrument ; toujours soumission ; pourquoi donc ces sentiments contradictoires de liberté et de puissance chez un esclave ? Eternité ? Durée ? Faites retentir votre voix. Ce que l’homme sent, touche, saisit, cela seul lui appartient, tout le reste est une apparence qu’il ne peut expliquer : le taureau profite de la force de ses cornes et peut s’en prévaloir, le cerf, par sa légèreté, échappe au chasseur. Ce qui différencie l’homme est-il moins à lui ? J’ai assez longtemps essayé avec les hommes et avec tout ce qu’ils ont inventé ; ils m’ont piétiné dans la poussière ; j’ai saisi l’ombre pour la vérité ; maintenant je veux me lancer à la recherche en compagnie du diable. »
    A ces mots furieux, il se précipite au milieu du cercle et les lamentations de sa femme, de ses enfants, de son père retentissent dans le lointain : « Hélas ! Perdu ! A jamais perdu ! » /…/
    [/align:29ca99f419]

    Et dire qu’il lui faudra signer l’ignoble pacte avec son propre sang ! Remarquez, ça peut se comprendre, en ce moment-là, ils n’avaient pas à leur disposition cette excellente BIC dont la raison sociale, invertie, vous indique quelque chose que vous êtes censés être en train de chercher.

  9. #9
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    [align=left:83abb56b24]
    VIII

    Faust, enflammé de fureur, se tenait dans son cercle magique. Pour la troisième fois, il répéta, avec une voix de tonnerre, la terrible formule. La porte s’ouvrit tout à coup, une épaisse vapeur s’éleva sur les bords du cercle ; il y frappa avec sa baguette magique et s’écria d’une voix impérieuse : « Dévoile-toi, image obscure ! »
    La vapeur s’envola dans les airs et Faust vit devant lui une longue figure qui se cachait sous un manteau rouge.
    Faust. – Fastidieuse momerie pour qui désire te voir ! Découvre-toi à celui qui ne craint pas, sous quelque figure que tu apparaisses.
    Le diable ouvrit son manteau et se tint devant le cercle sous une figure majestueuse, élégante, hardie et énergique. Des yeux enflammés et impérieux brillaient sous ses deux noirs sourcils entre lesquels l’amertume, la haine, la colère, la douleur et le dédain avaient creusé de gros plis. Ses rides se perdaient sur un front uni, clair, bombé qui contrastait, entre les yeux, avec la marque de l’enfer. Un fin nez aquilin surmontait une bouche qui semblait n’avoir été formée que pour la puissance des immortels. Il avait la mine des anges déchus, dont la figure tut autrefois éclairée par la nature divine et que couvre maintenant un sombre voile.
    Faust, étonné. – L’homme est-il partout à la maison ? Qui es-tu ?
    Le diable. – Je suis le prince de l’enfer et je viens parce que ta voix puissante m’y contraint.
    Faust. – Un prince de l’enfer sous ce masque ? Sous la figure de l’homme ? Je voulais avoir un diable, mais pas un de mon espèce.
    Le diable. – Fause, peut-être ne sommes-nous complètement des diables que lorsque nous vous ressemblons ; du moins aucun masque ne nous sied mieux. N’est-ce pas votre habitude de cacher ce que vous êtes et de vouloir paraître ce que vous n’êtes pas ?
    Faust. – C’est assez amer et encore plus exact qu’amer. Si nous paraissions extérieuremement ce que nous sommes dans notre for intérieur, nous ressemblerions à ce que nous nous imaginons que vous êtes. Cependant je te croyais formidable et j’espérais éprouver mon courage à ton apparition.
    [/align:83abb56b24]

    Cette daubinette-ci possède une qualité donc Faust, pour son grand malheur, devait être totalement privé, à savoir, la piété et la crainte de Dieu (ou du moins, c’est ce que laisse subodorer son patronyme).

  10. #10
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    10

    [align=left:c60664716d]
    Le diable. – Ainsi vous concevez toutes les choses autrement qu’elles ne sont. Peut-être t’attendais-tu à voir un diable avec des cornes et des pieds de bouc, comme ton siècle craintif le dépeint. Depuis que vous avez cessé d’adorer la puissance de la nature, elle vous a abandonnés et vous ne pouvez plus penser rien de grand. Si je t’apparaissais tel que je suis, les yeux menaçantes comètes, planant majestueusement comme un sombre nuage qui de mon sein lance des éclairs, dans la main le glaive qu’un jour je tirai contre le Vengeur, sur le bras le monstrueux bouclier que perça son tonnerre, toi, plein de dignité dans ton cercle, tu serais réduit en cendres.
    Faust. – Au moins aurais-je vu une fois quelque chose de grand.
    Le diable. – Ton courage me plairait, mais vous n’êtes jamais plus ridicules que lorsque vous croyez vous sentir sublimes et que vous confondez le peu que vous pouvez saisir avec l’immense et le grand que vous ne pouvez apercevoir. Ainsi le ver peut aussi mesurer l’éléphant qui passe et, en un clin d’œil, calculer son poids, quand il peurt sous son pied puissant.
    Faust. – Railleur ! Qu’est donc en moi l’esprit qui, une fois qu’il a mis le pied sur l’échelle, s’élève, d’échelon en échelon, jusqu’à l’infini, où est sa frontière ?
    Le diable. – Devant ton nez, si tu veux être plus sincère que vous ne l’êtes d’habitude. Mais si tu ne m’as évoqué de l’enfer que pour ce verbiage, laisse-moi retourner. Je connais depuis longtemps votre airt de raisonner sur ce que vous ne comprenez pas.
    Faust. – Ton amertume me plaît ; elle correspond à ma disposition et il faut que je puisse te mieux connaître. Comment t’appelles-tu ?
    Le diable. – Léviathan, c’est-à-dire tout ; car je suis tout.
    Faust. – O quelle hâblerie ! Les diables se vantent-ils aussi ?
    Le diable. – De faire honneur à la figure sous laquelle tu me vois. Mets-moi à l’épreuve. Que désires-tu ?
    Faust. – Désirer ? Ah ! quel mot démesuré pour un diable, si tu es ce que tu veux paraître, accomplis mes désirs avant leur éclosion et satisfais-le avant qu’ils soient devenus volonté.
    [/align:c60664716d]

    Mais voici le diable. La partie la plus fascinante de l’œuvre que vous êtes en train de lire raconte l’origine de la mesentente du diable et de Dieu. Et en ce qui concerne notre daubinette, son patronyme pourrait remplacer l’un des termes que j’ai utilisés dans ma phrase précédente.

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