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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes s’attaquent aux brigands

    Bonjour à tous.

    Trouble serait êut-être le terme le plus propre à décrire l’univers de Joseph von Eichendorff (1788–1857), cet adagio crépusculaire pourtant prometteur de tempêtes furieuses et de sursauts en majeur, où de sincères mouvements du cœur animent, comme il arrive parfois sur la scène lyrique, des êtres-marionnettes toujours sur le point de trouver une vérité remise à plus tard, jouets des apparences, jusqu’à ce que se fige le temps qui apprend, défait les énigmes et procure à toute chose sa place. Shakespeare et Mozart doivent être ici invoqués comme de grands modèles, qui parlent de la versatilité de toutes choses humaines, la comédie des erreurs, le catalogue des mille et trois tours du destin.

    J’ai choisi d’agrémenter ce texte que j’aime tendrement par des tableaux de Serge Poliakoff (1900-1970). D’origine russe, il s’est retrouvé à Paris en 1917. Vers 1945, Poliakoff fait partie d’un groupe d’artistes qui font de la peinture abstraite. Il n’utilise que sept à huit couleurs dont il travaille sans relâche la vivacité et la transparence. Sa peinture est placide, sereine, harmonieuse. Et, si on devait absolument faire le rapprochement entre les deux artistes d’époques et de pays très différents que je vous présente ce soir, c’est le silence si présent dans l’œuvre de Eichendorff auquel invite la peinture de Poliakoff.


    [align=left:7c7456eaca] L’Enlèvement

    Le soir descendait sur la contrée fertile qu’arrose la Loire. Un jeune homme qui, las de chasser, sortait de la forêt, carabine sur le dos, aperçut à l’horizon un vieux château perdu dans la plus belle des solitudes. Les frondaisons le lui cachaient presque dans son entier, excepté le toit et les tours, que recouvrait le lierre, et les fenêtres closes, comme ensommeillées. Intrigué, l’homme se mit en devoir de gravir la pente où s’enchevêtraient les broussailles, les vestiges de son parc sans doute, à en juger d’après des haies, aménagées par la main de l’homme, qui en barraient la plate-forme supérieure ; en outre, on pouvait voir luire entre les branches la blancheur d’une statue. Emaillé de fleurs sylvestres, le printemps qui débordait des vallées alentour envahissait allègrement la géométrie des parterres et des allées, habillant tout d’une sauvage splendeur.
    Au tournant d’une haie, le château lui apparut complètement. De toutes parts, l’envahissait une végétation qui semblait vouloir forcer chaque fenêtre. Sur la volée de pierre donnant accès à la grande salle que le couchant illuminait étaient assises une dame d’un certain âge déjà et une mince jeune fille occupée à broder. A côté d’elles, un chevreuil apprivoisé paissait l’herbe de cette belle étendue sauvage. Tous trois regardaient avec étonnement le nouveau venu.
    [/align:7c7456eaca]

    Ainsi, de manière bucolique, commence la nouvelle, et il est tout à fait légitime que ce soit justement cette petite-ci aui accompagne le début de l’histoire, tout en initiant la liste des daubinettes. Alors, vous avez compris ? Non ? C’est pourtant simple comme B-A BA !

  2. #2
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    [align=left:af537a07a6] Passé le premier mouvement de surprise, c’est d’une façon résolue qu’il s’approcha des deux femmes. Il présenta ses excuses fort civiles pour cette involontaire irruption : il connaissait fort mal encore les limites des forêts, c’était par hasard que ses pas l’avaient conduit dans ce domaine dont il ne savait rien, bref, le braconnier qu’il était désormais remettait son sort entre leurs mains. Ce discours n’émut pas autrement la vieille dame, qui l’examina des pieds à la tête et qui, ne trouvant somme toute rien à redire à sa mise, le pria, d’un ton assez froid, de prendre place à leurs côtés. Elle lui désigna un fauteuil de jardin qu’un domestique couvert d’années et à la livrée quelque peu défraîchie apportait au même instant de la resserre.
    Le dialogue s’interrompit un instant, mais l’étranger, semblant trouver plaisir à cette liberté que donne l’incognito, reprit aussitôt la conversation qu’il ranima avec beaucoup de savoir-faire. Elle roula sur la bande de brigands qui occupait les montagnes depuis le printemps et dont les audacieuses expéditions semaient la terreur dans tout le pays. Le nouveau venu avança en riant que tout cela provenait de la longue période de paix : la guerre en effet ne voulait pas renoncer à ses droits et se déclenchait à présent d’elle-même ; les hommes demandaient toujours de l’extraordinaire, fût-ce le plus terrible, uniquement pour échapper au mal qui leur est le plus insupportable : l’Ennui. Dans un journal récent qui traînait sur la petite table, on fournissait le signalement approximatif du chef présumé de la bande. L’étranger lut très attentivement l’article, et la vieille dame s’étonna fort de l’entendre demander la permission d’emporter la feuille, qu’il se hâta d’empocher.
    Cependant Frenel, le vieux domestique, réapparut, venant de la cour, semblait-il ; en tout cas, il donnait des marques visibles d’affolement. Il adressa à la vieille dame un signe discret et lui parla longtemps au fond de la salle, à voix basse mais avec animation. Il l’informa que dans la forêt, non loin du château, avaient surgi des inconnus, des cavaliers armés, et qui tenaient par la bride un cheval : celui-là n’était pas monté, mais par la beauté et la richesse de son harnachement, il l’emportait de beaucoup sur les autres. Il se trouvait que le berger de la forêt avait pu les approcher sans être remarqué, de sorte qu’il les avait vus regarder à maintes reprises avec impatience en direction du château, comme s’ils attendaient que quelqu’un en sortît ! La vieille dame médita un instant cette étrange nouvelle et soudait se rappela le signalement du chef des brigands donné par la gazette : un homme jeune, beau, ayant l’usage du monde … n’était-ce point là un portrait tout à fait adapté à son mystérieux hôte, se demanda-t-elle, l’âme envahie par un éclair.
    [/align:af537a07a6]

    Ah, ces brigands, ils effrayaient aussi bien la noblesse que les bourgeois de l’époque, mais en meme temps, quells êtres romantiques et romanesques ! Cela ne m’étonnerait qu’à moitié si la jeune demoiselle en tombait amoureuse, vous savez ? Mais bon, on verra ça par la suite, et pour l’instant, vous n’avez qu’à trouver notre seconde valeur qui se cache dans ma première phrase sous forme pronominale de son mnémo.

  3. #3
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    [align=left:90a898ba8e] Tandis que cette singulière situation la jetait au comble de l’agitation et l’amenait à s’interroger sur la conduite à tenir, l’autre semblait ne s’apercevoir de rien. Plein de gaieté et d’entrain, il s’entretenait avec la jeune fille, dans l’obscurité grandissante du jardin inculte. Soudain, un coup de feu retentit dans la forêt. La vieille dame se dirigea d’un pas résolu vers l’étranger.
    - Ce sont mes hommes, dit celui-ci, en se levant brusquement.
    - Vos hommes ?
    - Certainement, répondit-il.
    Remarquant tout à coup l’effroi et la pâleur de la vieille dame, il lui présenta de nouvelles excuses pour le désordre dont il était la cause, promit de punir sévèrement le coupable, après quoi il prit congé en déclinant rapidement son nom et en demandant la permission de revenir.
    Mais dans la confusion générale, personne ne l’entendit ni lui répondit.
    Il eut du reste tôt fait de dévaler la pente dans le soir qui jetait une ultime lueur rouge sur les sommets et avait déjà plongé dans l’ombre et le silence le fond des bois, là-bas dans la vallée, où l’on n’entendait plus que résonner les sabots des chevaux. Mais la jeune fille, ayant eu vent de l’affreux soupçon qui pesait sur l’homme, s’écria, profondément effrayée :
    - Mon Dieu, mon Dieu, il reviendra sûrement !
    La situation de la marquise Astrenant (tel était son nom) pouvait inspirer de légitimes inquiétudes.
    Elle était veuve et l’on se rappelait encore assez bien dans le pays l’ancienne splendeur et le somptueux train de vie de son défunt époux pour que ce château isolé donna^t des idées aux brigands ; en réalité, c’était la pauvreté précisément qui empêchait la vieille dame et sa fille Léontine de seulement songer à quitter cette dangereuse solitude. Dans sa détresse, elle se souvint alors que, s’il fallait en croire ses gens, le comte Gaston venait d’arriver pour un bref séjour dans l’un de ses manoirs qui se trouvait non loin de là. Elle pensa qu’elle ne pouvait laisser passer cette chance, et lui écrivit un billet où elle lui représentait l’isolement qui la mettait en péril, le conjurant, bien qu’elle ne le connût pas personnellement, de la protéger, puisqu’il était son voisin. Le soir même, un messager à cheval portait la lettre au château du comte.
    [/align:90a898ba8e]

    Il faut qu’il ait de l’audace, ce brigand, pour se presenter sous les yeux de celles qu’il envisage éventuellement de dépouiller de leurs maigres biens et qui, surtout, pourraient le reconnaitre si d’aventure il était pris. Aussi, toute reprobation mise temporairement de côté, je ne peux ne pas exprimer mon admiration pour le malfrat. Voilà, cela étant dit, on à nos moutons ou plutôt à nos brebis. Pour trouver notre daubette, vous devez identifier une locution verbale dans ma première phrase, la metre à l’infinitif et la remplacer par un verbe synonyme ; une fois l’opération effectuée, le mnémo voulu devient totalement limpide. Et si vous n’avez pas le coeur à vous occuper des infinitifs (ou que vous ayez oublié ce que c’est), il vous suffit d’enlever une consonne d’un terme don’t j’ai usé dans la phrase suivante, c’est tout aussi efficient.

  4. #4
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    [align=left:345f09acf3] Personne n’avait fermé l’œil de la nuit, pendant laquelle on avait pris toutes sortes de mesures. Cependant, dès le lendemain matin la réponse arrivait : le comte ne manquerait pas de satisfaire aux désirs de la marquise selon les moyens dont il disposerait, et il lui présenterait ses devoirs le jour même, si elle n’y voyait pas d’inconvénient. Cette promesse et la rassurante lumière du matin avaient écarté tout souci. On eut presque honte, chacun rit de sa peur et des appréhensions exagérées que lui avaient inspirées les forêts obscures des alentours. Et de même qu’après l’orage une clarté sereine effleure souvent le paysage, de même la visite annoncée du comte Gaston causa une joyeuse et inhabituelle agitation. Si les cristaux des lustres étincelaient avec cette gaieté, c’est qu’on les avait nettoyés avec le même soin qu’on avait mis à battre tes tapisseries poussiéreuses et exposer à l’air les tapis. Le matin, à travers les rideaux décolorés de soie rouge, jetait d’étranges reflets sur le parquet des chambres, tandis qu’au-dessus de la pelouse ensoleillée les hirondelles se croisaient à tire-d’aile dans un joyeux charivari. Léontine se montra particulièrement active. Elle avait grandi dans les ruines d’une splendeur révolue et maintenant tout lui paraissait somptueux parce que tout baignait à nouveau dans l’aurore de son enfance. La marquise, quelque douleur que laissât transparaître son sourire, ne voulait pas troubler la joie de sa fille.
    Le soleil descendait déjà vers les vallées et le comte, à l’étonnement de tous, n’était toujours pas venu ni n’avait donné signe de vie. On ne comptait déjà plus sur sa visite ce jour-là. Lorsque enfin le soir colora de nouveau les forêts, les deux femmes, qui en s’affairant s’étaient changé les idées, avaient repris confiance au moment de regagner leur place habituelle, sur la volée de pierre devant le jardin. Maintenant elles s’appliquaient à leur ouvrage, comme si rien ne s’était passé. Léontine, dans la vaine attente du comte, était parée comme une fiancée pauvre qui ne sait pas que sa pauvreté la rend plus belle encore. Dans ses yeux vifs resplendissait le couchant, qui la revêtait toute entière du plus bel or ; son chevreuil lançait de loin des regards subjugués à cette fastueuse maîtresse, et l’on pouvait croire qu’il lui avait constitué une cour de ses compagnons de jeu, si nombreux étaient les oiseaux des bois, que la curiosité avait réunis dans le jardin pour lorgner à travers les branches et tenir une joyeuse conférence. Devant la maison, la brise du soir passait doucement à travers les fleurs. Léontine levait souvent des yeux songeurs et regardait la vallée en chantant :
    [/align:345f09acf3]

    Les châteaux de la Loire, avec leurs jardins, leurs prés, les forêts et rivières les entourant ont fait rêver les romantiques, et j’avoue que moi ils me font toujours rêver. J’imagine des fontaines sculptées, des écuries vétustes, des parterres de fleurs et ces constructions aériennes, vous savez, bâties pour qu’on puisse admirer la belle vue des environs, comment s’appellent-elles déjà ? C’est à vous de me le dire.

  5. #5
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    [align=left:f6cff27300] Les étoiles mènent la ronde
    Au-dessus de nous dans la nuit,
    Mon bien-aimé, au bout du monde,
    Lui, veille près du feu qui luit.


    La marquise remarqua :
    - C’est notre vieux Frenel qui l’a appris cela du temps où il était encore soldat ; on dirait vraiment que tu es fiancée à un officier.
    Léontine, en riant, continua :

    Les chiens aboient dans la campagne
    Quand la lune devient blafarde,
    La feuille au pied de la montagne
    Bruit : alors, cavalier, prends garde !


    Est-il donc si tard ? dit-elle, interrompant sa chanson, on sonne déjà l’angélus, le vent vous arrive par la forêt. Comme c’est beau, cette cloche dans le lointain !
    Et elle se remit à chanter :

    Alentour du camp, dans le noir,
    Ils glissent sans le moindre bruit,
    Le fusil luit et se fait voir,
    Tellement perfide est la nuit !


    - Quelle est donc cette fumée qui monte de la forêt ? demanda la marquise.
    - C’est sans doute le charbonnier, répondit Léontine.
    Mais ses regards étaient anxieux et sa voix se fit hésitante, quand elle continua :

    Quelqu’un à travers la rocaille
    Va doucement au milieu d’eux,
    Ses os font un bruit de ferraille,
    Mais son pas est silencieux.
    [/align:f6cff27300]

    Où est-il donc, ce comte ? Il ne faut pas qu’il tarde advantage, il faut qu’il arrive incontinent et se charge de truCIDer les affreux, allez, on l’attend !

  6. #6
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    [align=left:0917ddf58d] - Non !
    Elle fut d’un bond sur pied.
    - C’est un incendie, les flammes jaillissent, entent au loin sonner le tocsin.
    Toutes les deus maintenant debout perçurent quelques coups de feu qui éclataient au même endroit, puis tout redevint silencieux.
    - Les voisins donnent sûrement une grande chasse, fit observer la marquise ; décidément, ils ne peuvent se divertir sans mener grand tapage.
    Elle vit alors au bas du jardin les gens du château qui s’étaient groupés ; en grand émoi, ils commentaient entre eux l’incident, sans cesser de regarder vers l’endroit d’où venait le bruit. Elle voulut apprendre d’eux ce qui se passait.
    - C’est la débandade, l’informèrent-ils.
    Ils ajoutèrent que le garde forestier arrivait à l’instant des montagnes, et que le comte Gaston, qui avait dès avant l’aube armé en secret tous ses paysans et ses chasseurs, avait débusqué la bande de brigands. Il les traquait à travers bois d’un repaire en flammes à un autre, et il fallait voir là-bas comme le combat était acharné !
    A ces mots, Léontine qu’on eût jusque-là pu croire plongée en un rêve, se retourna brusquement : pour elle, c’était une honte, une scélératesse d’attaquer à l’improviste des hommes endormis et de pourchasser des êtres humains comme des bêtes sauvages ! Sa mère la regarda, étonnée. Mais le vieux Frenel qui se précipitait hors de la maison l’empêcha de réfléchir à ce singulier discours : il s’était hâté de charger son fusil et se disposait à descendre, mais la marquise le conjura de rester auprès d’elles pour les protéger, au cas où les brigands isolés passeraient près du château ; les autres hommes devaient fermer la porte de la cour et munis de haches et de faux, cerner le jardin découvert.
    Pendant ce temps, Léontine était déjà montée à l’étage supérieur ; dans les salles désertes, les chauves-souris, affolées, s’élançaient par les fenêtres ouvertes ; la jeune fille, postée dans un encorbellement, scrutait du regard les replis de la forêt, comme si elle eût voulu transpercer de ses yeux les cimes des arbres. Il faisait déjà sombre sur les vallées ; les coups de feu semblaient se rapprocher, parfois le vent apportait un cri terrible venu de loin ; elle vit un chevreuil effrayé par le bruit sortir de la forêt et bondir à travers la prairie. « Ah ! si j’étais un homme ! » : mille fois elle se fit cette réflexion, tandis qu’elle priait silencieusement dans son cœur face à la nuit montante ; puis elle se pencha fort avant par la fenêtre en agitant son mouchoir blanc au-dessus des forêts sombres, sans bien savoir ce qu’elle faisait.
    [/align:0917ddf58d]

    L’on ne peut pas dire que notre Léontine soit très COHérente, elle qui frémit de terreur à la pensée des brigands et qui en meme temps trouve qu’il est inhumain de s’attaquer à eux. Mais bon, les jeunes filles et la logique, cela fait deux, la chose est connue !

  7. #7
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    [align=left:73b6163788] C’est alors qu’elle entendit au bas du parc le retour des quelques personnes envoyées par sa mère en reconnaissance et donc le message, dans le silence, lui parvenait distinctement : la bande était entièrement défaite, et ses membres capturés ou dispersés, telle en était la teneur. Un des hommes mentionnait l’extraordinaire audace du comte Gaston qui, prenant partout la tête de sa troupe, avait lui-même mis en joue le chef de la bande. Finalement, l’un et l’autre s’étaient affrontés dans la forêt, sur l’arête rocheuse ; le comte, qui serrait de près son adversaire, l’avait précipité, lui et sa monture, par-dessus l’escarpement. Mais mauvaise graine pousse toujours ; roulant sur eux-mêmes comme des chats, cheval et cavalier étaient retombés sur leurs jambes ; à présent, tout le monde rabattait le brigand vers le château ; l’homme, complètement cerné, ne pouvait plus échapper.
    - Dieu bénisse le valeureux comte ! s’écria la marquise à ces nouvelles ; il a tenu sa parole en homme chevaleresque.
    Mais Léontine fixait de nouveau les yeux sur la forêt, car au-dehors la folle poursuite avait fait volte-face ; un coup de feu partit tout près, suivi de plusieurs autres, de plus en plus proches ; on voyait les éclairs des détonations déchirer l’obscurité. Tout à coup la jeune fille crut apercevoir un cavalier, lancé dans une fuite éperdue, longer la lisière du bois, sans cependant attirer, semblait-il, l’attention des chasseurs du comte, qui suivaient une autre piste ; il courait droit vers le château. Alors Léontine, ressaisissant soudain au sein de la mortelle angoisse qui ne cessait de croître en elle, dévala précipitamment les degrés de pierre dans la maison silencieuse, courut jusqu’au vieux rempart, franchit une porte secrète dont elle fit sauter le verrou et se retrouva à l’air libre. Au moment où elle parvenait au pied de la colline hors d’haleine, épuisée, les genoux se dérobant sous elle, le cavalier arrivait de son côté dans l’ombre. C’était, comme elle l’avait pressenti, l’étranger de la veille, hagard, échevelé ; son cheval était tout couvert d’écume.
    - Que venez-vous faire ici ? lui cria-t-elle de loin.
    Déconcerté par sa présence, il s’arrêta court et, sautant à bas de son cheval, répondit poliment qu’il voulait, fidèle à sa promesse, saluer encore une fois la jeune fille et la marquise.
    - Au nom de Dieu, avez-vous perdu l’esprit ? Aujourd’hui ! A cette heure !
    [/align:73b6163788]

    Eh bien, Eichendorff nous en raconte des vERTes et des pas mûres : la voilà maintenant qui essaie de sauver le bandit qui s’attente à leur bien-être, le sien et celui de sa mere ! Ah l’amour, que des bêtises tu fais faire aux homains !

  8. #8
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    [align=left:a427cd4487] Le cavalier présenta ses excuses : le combat avait été plus sérieux que prévu, il ne pensait pas qu’il durerait si longtemps, quant au moment, c’était le seul dont il disposât et d’ailleurs, il lui fallait repartir sans tarder.
    - Ah, mon Dieu ! je sais, intervint Léontine.
    - Vous savez ?...
    Léontine frissonna lorsque, tout près d’elle, il la dévisagea soudain d’un regard pénétrant.
    - Vous saignez, dit-elle effrayée.
    - Une simple éraflure ; mais vous avez raison, poursuivit-il avec un sourire, il n’est pas séant de faire visite à des dames, quand on est dans cet état.
    Cependant Léontine, absorbée dans ses pensées, entendait à peine ce qu’il disait.
    - Je connais un endroit caché, pour cette nuit ! jeta-t-elle d’une voix basse et rapide, pourvu que … non, non, c’est impossible ! Le château est plein de monde, peut-être le comte lui-même viendra-t-il.
    Et, au comble de l’angoisse, elle entraîna l’étranger, auquel elle indiqua un chemin à l’écart qui, expliqua-t-elle, conduisait à un gué de la rivière qu’il devrait franchir pour prendre ensuite le sentier de droite.
    - Faites vite, faites vite, implora-t-elle, il y a déjà des gens qui arrivent entre les arbres, ils cherchent …
    - Qui cherchent-ils ? demanda le cavalier, jetant un coup d’œil rapide en arrière.
    - Oh, mon Dieu, s’écria Léontine qui pleurait presque, vous-même, le malheureux chef de bande !
    L’étranger, comme si ces mots l’avaient brusquement tiré d’un songe, écarta en hâte les pans de son manteau et prit la jeune fille dans ses bras.
    - Mon enfant, mon enfant, comme tu m’aimes ! De ma vie je ne t’oublierai ; tu entendras encore parler du chef des brigands. Maintenant, le temps presse. Salue ta mère, dis-lui que la région est libre, et qu’elle peut dormir sans inquiétude, adieu !
    Mais une fois sur son cheval, il lui demanda son mouchoir blanc ; elle le lui tendit en hésitant ; il voulait en bander sa blessure qui guérirait pendant la nuit. Puis il s’en fut.
    [/align:a427cd4487]

    J’ai entendu parler d’une histoire semblable, qui se serait passée dans une ville d’Italie, vous savez, celle dont le nom, (dans une langue voisine) ressemble drôlement à celui d’une ville d’un pays limitrophe, au point que régulièrement, les bagages, destines à être envoyés à l’une se retrouve à l’aéroport de l’autre (confidence d’une de mes relations qui est bien placée pour le savoir !). Eh bien, trouvez la ville, expurgez-la de ses voyelles, et vous aurez le mnémo tant convoité.

  9. #9
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    [align=left:8ec02583d3] Alors seulement, elle remarqua que la blessure qu’il avait au bras avait ensanglanté son gant ; elle le cacha, prise d’un terrible tremblement qui l’agitait tout entière, cependant que de la forêt comme du château lui parvenaient des bruits confus de voix ; elle suivait encore du regard le cavalier et soupira de soulagement lorsqu’il eut enfin disparu sous le couvert des grands bois sauvages. Puis elle s’assit sur le gazon, la tête appuyée sur ses mains et pleura amèrement.
    La même nuit, le comte Gaston quittait de nouveau son château où il était revenu peu de jours auparavant pour y chercher la solitude et y goûter le repos, après avoir effectué un temps de service à l’étranger qui lui avait gagné la renommée d’un officier remarquable. Mais sa réputation de bravoure l’avait précédé à Paris depuis longtemps ; et presque en même temps que le message de la marquise demandant sa protection, lui parvenait du roi l’ordre inattendu de se rendre sans délai à la cour où l’on voulait mettre à profit son expérience pour des préparatifs de guerre secrets. C’est ainsi que, afin de tenir sa parole envers une femme en proie à l’inquiétude, il avait précipité avec la dernière énergie la chasse aux brigands, après quoi le temps lui avait manqué pour faire la visite promise à sa voisine.
    Son entrée à Paris fut triomphale. La couronne de ses lauriers tout neufs s’alliait à merveille avec sa haute taille, sa sveltesse et son visage hâlé. Le suivait encore la renommée grandissante de l’intrépidité et de la promptitude avec lesquelles il avait anéanti au milieu des montagnes la bande de brigands si longtemps recherchée en vain. Si le roi en personne l’avait accueilli avec de grands égards, tout le monde voulait le connaître et les dames jetaient des regards timides et anxieux à travers leurs rideaux quand, monté sur son cheval, il descendait les rues dans tout l’apparat d’une beauté martiale. Mais de toutes les personnes de beau sexe, une seule attira son attention, une femme qu’il n’avait encore jamais vue.
    Tout Paris parlait à cette époque de la jeune et riche comtesse Diane, belle et farouche aux cheveux de jais et aux yeux sombres. Certains la comparaient ç un superbe orage qui éclaterait sur une ville sans se soucier de ce qu’il enflamme ; d’autres voyaient en elle une féerique nuit d’été, qui, séduisant et égarant tous les cœurs, brillait sur d’étranges abîmes. Cette vierge sauvage apparaissait, aux yeux d’une cour dissolue, d’une romanesque extravagance.
    [/align:8ec02583d3]

    Tiens, on parle ici de préparatifs de guerre, ça tombe bien car notre actuelle daubinettes est justement consacrée à une divinité qui s’est specialise dans ce domaine. Mais apparemment, le comte Gaston est si doué pour cet art qu’il n’a meme pas besoin de l’assistance de notre petite guérrière.

  10. #10
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    10

    [align=left:656babb4df] Le comte Gaston ne put apprendre que peu de chose sur le passé de la jeune personne. Orpheline dès l’enfance, élevée comme un garçon dans le château perdu de son tuteur, elle avait, disait-on, très vite surpassé celui-ci dans l’art d’équitation et de la chasse. Le bruit courut alors que l’imprudent tuteur était tombé éperdument amoureux de la jouvencelle à qui depuis longtemps le jeune comte Olivier, son voisin, voulait en secret le culte timide et silencieux d’un premier amour. Evitant le tuteur, et faisant mine de rentrer d’une promenade à cheval ou de la chasse, il se rendait presque chaque soir, quand tout dormait au château, sous les fenêtres de la belle. Celle-ci, ne voyant nulle arrière-pensée dans les tendres regarde du comte, causait avec lui, aussi gaie qu’insouciante, dans le silence de la nuit. Mais un soir qu’il venait un peu plus tard que d’ordinaire, il eut la surprise de tomber sur la jeune comtesse qui, dans le jardin, se trouvait prête à partir, pour peu qu’elle obtînt de lui un cheval, expliquant qu’elle ne pouvait demeurer davantage dans la compagnie de son tuteur. Pris de court, s’abandonnant un instant à de folles espérances, l’homme offrit son propre cheval ; lui-même sautait joyeusement sur celui de son domestique resté sous les grands arbres aux abords du parc.
    Ils avaient longuement chevauché en silence à travers la forêt. Alors le comte, dans la beauté des bois solitaires, avait décidé de lui ouvrir son cœur ; pour la première fois, il lui déclarait sa flamme avec ardeur, mais il choisit de le faire au moment où ils passaient près d’une profonde crevasse rocheuse. Diane, effrayée, et que ces paroles avaient fait sursauter, avait jeté à son compagnon un regard de stupeur, puis, après un instant de réflexion, opéré une volte-face et franchi d’un bond terrifiant le redoutable gouffre. Olivier avait un cheval rétif, qui s’était cabré, avait regimbé, et empêché son maître de suivre Diane. Mais il l’avait entendue rire de l’autre côté de l’abîme. Et avant de disparaître dans la forêt, la silhouette de la jeune fille, qui étincelait d’une étrange façon sous la lumière de la lune, avait tout de la magicienne. Voilà comment elle était arrivée, toute seule au milieu de la nuit, à la maison de campagne de sa tante, près de Paris. Quelques jours après, Olivier quittait ses terres et tombait au combat, sur un sol étranger ; l’on dit qu’il s’était précipité lui-même au-devant de la mort.
    - L’insensé ! pensa Gaston. Qui a le vertige ne chasse pas le chamois !
    Il lui sembla respirer l’air des montagnes en entendant l’histoire de la belle comtesse et il fut fort aise d’aller à la prochaine fête de la cour où il espérait la rencontrer enfin.
    [/align:656babb4df]

    Quelle apparition que celle de la belle Diane. Cela me rappelled un intituled dans un journal russe, après un énième meurtre d’un financier : “La saison de la chasse au banquier est ouverte !” – c’est pour dire que, bien que notre heroine porte le nom de la déesse chasseresse, c’est elle qui aura le role de proie aux yeux de tous ces Messieurs ! Et our ce qui concerne la daubette n° 10, il faut traduire l’un des termes de la citation dans une langue étrangère, pour trouver son nom à elle.

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