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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes découvrent le meilleur des mondes



    Il y a quelques semaines, sur un forum boursier très fréquenté, il y a eu une discussion sur l’avenir de la société. L’un des intervenants les plus actifs (il est d’ailleurs inscrit chez nous mais ne nous honore pas de ses interventions, ce dont nous ne saurions concevoir aucune frustration) a alors écrit que nous serions amenés à travailler de moins en moins, tout en préconisant que le sport occupe une place preponderante en tant que palliatif du travail et moyen d’éducation. Le point de vue n’est certes en rien original : deux tyrans les plus sanguinaires du siècle passé avaient fait du sport leur cheval de bataille pour asservir et abêtir la population de leurs pays respectifs.
    Cette discussion m’a donné envie de vous familiariser avec “Le meilleur des mondes” de Aldous Huxley. Ecrit en 1931, il démontre avec une clarté saisissante en particulier les bienfaits du sport dans une société qui n’est pas encore la nôtre, mais un peu de patience, Mesdames et Messieurs, on y viendra peut-être !
    C’est une société où le passé est aboli (il est très symptomatique que lors de ladite discussion, la culture avait été superbement ignorée par la totalité des intervenants !) ; où tout est contrôlé par les elites dûment sélectionnées ; où les messes sont abruties par un bruit incessant, par des drogues qui épargnent l’effort de penser par soi-même, par la submission aux modes les plus futiles ; où on accourt à l’usage tyrannique des techniques …
    Voici ce qu’en écrivait l’auteur lui-même :


    La société qui est décrite dans Le Meilleur des Mondes est une société mondiale dans laquelle la guerre a été éliminée et où le premier but des dirigeants est d'empêcher à tout prix leurs sujets de créer; des désordres. Ils y parviennent (entre autres méthodes) par la légalisation d'un degré de liberté sexuelle (rendu possible par l'abolition de la famille) qui garantit pratiquement les populations de toute forme de tension émotive destructrice (ou créatrice). Dans 1984, l'appétit de puissance se satisfait en infligeant la souffrance; dans Le Meilleur des Mondes en infligeant un plaisir à peine moins humiliant.

    Devinette : quell est l’artiste dont le nom commence et se termine par les memes lettres que notre écrivain du jour ?
    Mais c’est David Hockney, voyons ! English lui aussi, il a fait partie du movement de “Pop Art”; c’est un touche-à-tout irrévérencieux et plein de talent.

    Un bâtiment gris et trapu de trente-quatre étages seulement. Au-dessus de l’entrée principale, les mots : CENTRE D’INCUBATION ET DE CONDITIONNEMENT DE LONDRES-CENTRAL, et, dans un écusson, la devise de l’Etat mondial : COMMUNAUTÉ, IDENTITÉ, STABILITÉ.
    L’énorme pièce du rez-de-chaussée était exposée au nord. En dépit de l’été qui régnait au-delà des vitres, en dépit de toute la chaleur tropicale de la pièce elle-même, ce n’étaient que de maigres rayons d’une lumière crue et froide qui se déversaient par les fenêtres. Les blouses des travailleurs étaient blanches, leurs mains, gantées de caoutchouc pâle, de teinte cadavérique. La lumière était gelée, morte, fantomatique. Ce n’est qu’aux cylindres jaunes des microscopes qu’elle empruntait un peu de substance riche et vivante, étendue le long des tubes comme du beurre.
    - Et ceci, dit le Directeur, ouvrant la porte, c’est la Salle de Fécondation.
    Au moment où le Directeur de l’Incubation et du Conditionnement entra dans la pièce, trois cents Fécondateurs penchés sur leurs instruments, étaient plongés dans ce silence où l’on ose à peine respirer, dans ce chantonnement ou ce sifflotement inconscients, par quoi se traduit la concentration la plus profonde.

    Donc, comme je vous disait, peut-être sommes-nous à l’AUBe d’une nouvelle ère, l’ère du sport, de proscription de la culture, du langage étroitement surveillé et complètement asservi … je vous laisse lire, vous allez, à n’en pas douter, apprécier le meilleur des mondes tel que nous le présente Huxley !

  2. #2
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    [align=left:a5cc201998] Une bande d’étudiants nouvellement arrivés, très jeunes, roses et imberbes, se pressaient, pénétrés d’une certaine appréhension, voir de quelque humilité, sur les talons d Directeur. Chacun d’eux portait un cahier de notes, dans lequel, chaque fois que le grand homme parlait, il griffonnait désespérément. Ils puisaient ici leur savoir à la source même. C’était un privilège rare. Le D.I.C. de Londres-Central s’attachait toujours à faire faire à ses nouveaux étudiants, sous sa conduite personnelle, le tour des divers services.
    « Simplement pour vous donner une idée d’ensemble », leur expliquait-il. Car il fallait, bien entendu, qu’ils eussent un semblant d’idée d’ensemble, si l’on voulait qu’ils fissent leur travail intelligemment, - et cependant qu’ils en eussent le moins possible, si l’on voulait qu’ils fussent plus tard des membres convenables et heureux de la société. Car les détails, comme chacun le sait, conduisent à la vertu et au bonheur ; les généralités sont, au point de vue intellectuel, des maux inévitables. Ce ne sont pas les philosophes, mais bien ceux qui s’adonnent au bois découpé et eux collections de timbres, qui constituent l’armature de la société.
    - Demain, ajoutait-il, leur adressant un sourire empreint d’une bonhomie légèrement menaçante, vous vous mettrez au travail sérieux. Vous n’aurez pas de temps à consacrer aux généralités … D’ici là …
    D’ici là, c’était un privilège. De la source même ; droit au cahier de notes. Les jeunes gens griffonnaient fébrilement.
    Grand, plutôt maigre, mais bien droit, le Directeur s’avança dans la pièce. Il avait le menton allongé et les dents fortes, un peu proéminentes, que parvenaient tout juste à recouvrir, lorsqu’il ne parlait pas, ses lèvres pleines à la courbe fleurie. Vieux, jeune ? Trente ans ? Cinquante ? Cinquante-cinq ? C’était difficile à dire. Et, au surplus, la question ne se posait pas ; dans cette année de stabilité, cette année 632 de N.F., il ne venait à l’idée de personne de la poser.
    - Je vais commencer par le commencement, dit le D.I.C., et les étudiants les plus zélés notèrent son intention dans leur cahier : Commencer au commencement. – Ceci – il agita la main – ce sont les couveuses. – Et, ouvrant une porte de protection thermique, il leur montra des porte-tubes empilés les uns sur les autres et pleins de tubes d’essai numérotés. – L’approvisionnement d’ovules pour la semaine. Maintenus, expliqua-t-il, à la température du sang ; tandis que les gamètes mâles – et il ouvrit alors une autre porte – doivent être gardés à trente-cinq degrés, au lieu de trente-sept. La pleine température du sang stérilisé. Des béliers, enveloppés de thermogène, ne procréent pas d’agneaux.
    [/align:a5cc201998]

    Remarquez, c’est un monde qui n’a pas que des désavantages : on n’a plus à réfléchir, BIG Brother s’occupe de tout – en fait, BIG Brother, c’est un personage d’une autre oeuvre que vous connaissez certainement ou du moins, dont vous avez entendu parler, “1984” de Orwel, une oeuvre très célèbre et quelque part prophétique ! l

  3. #3
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    [align=left:dcedaf4c0d] Toujours appuyé contre les couveuses, il leur servit, tandis que les crayons couraient illisiblement d’un bord à l’autre des pages, une brève description du procédé moderne de la fécondation ; il parla d’abord, bien entendu, de son introduction chirurgicale, « cette opération subie volontairement pour le bien de la société, sans compter qu’elle comporte une prime se montant à six mois d’appointements » ; il continua par un exposé sommaire de la technique de conservation de l’ovaire excisé à l’état vivant et en plein développement ; passa à des considérations sur la température, la salinité, la viscosité optima ; fit allusion à la liqueur dans laquelle on conserve les ovules détachés et venus à maturité ; et, menant ses élèves aux tables de travail, leur montra effectivement comment on retirait cette liqueur des tubes à essaie ; comment on la faisait tomber goutte à goutte sur les lames de verre pour préparations microscopiques spécialement tiédies ; comment les ovules qu’elle contenait étaient examinés au point de vue des caractères anormaux, comptes, et transférés dans un récipient poreux ; comment (et il les emmena alors voir cette opération) ce récipient était immergé dans un bouillon tiède contenant des spermatozoïdes qui y nageaient librement, - « à la concentration minima de cent mille par centimètre cube », insista-t-il ; et comment, au bout de dis minutes, le vase était retiré du liquide et son contenu examiné de nouveau ; comment, s’il y restait des ovules non fécondés, on l’immergeait une deuxième fois, et, si c’était nécessaire, une troisième ; comment les ovules fécondés retournaient aux couveuses ; où les Alphas et les Bêtas demeuraient jusqu’à leur mise en flacon définitive, tandis que les Gammas, les Deltas et les Epsilons en étaient extraits, au bout de trente-six heures seulement, pour être soumis au Procédé Bokanovsky.
    « Au Procédé Bokanovsky », répéta le Directeur, et les étudiants soulignèrent ces mots dans leurs calepins.
    Un œuf, un embryon, un adulte, - c’est la normale. Mais un œuf bokanovsifié a la propriété de bourgeonner, de proliférer, de se diviser : de huit à quatre-vingt-seize bourgeons, et chaque bourgeon deviendra un embryon parfaitement formé, et chaque embryon, un adulte de taille complète. On fait ainsi pousser quatre-vingt-seize êtres humains là où il n’en poussait qu’un seul. Le progrès.
    - La bokanovskification, dit le D.I.C. pour conclure, consiste essentiellement en une série d’arrêts du développement. Nous enrayons la croissance normale, et, assez paradoxalement, l’œuf réagit en bourgeonnant.
    Réagit en bourgeonnant. Les crayons s’affairèrent.
    [/align:dcedaf4c0d]

    Il fallait que Leur Ford ait l’esprit de decision pour passer à la realisation de cet “ordre nouveau”. On peut quand même se poser une question : a-t-il uniquement été mu par le désir d’assurer le bien-être de la société ou à cet élan d’altruisme se mêlaient des consideration d’ordre plus matérialiste, ou en d’autres termes, cette société n’avantageait-elle pas son business ?
    En fait, les centres d’intérêt ainsi que le caractère de notre daubinettes lui ressemblent à ceux du grand Ford, mais j’aime à penser qu’elle n’irait quand même pas jusqu’à ces extrémités !

  4. #4
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    [align=left:2f6bb4685c] Il tendit le bras. Sur un transporteur à mouvement très lent, un porte-tubes plein de tubes à essais pénétrait dans une grande caisse métallique, un autre en sortait. Il y avait un léger ronflement de machines. Les tubes mettaient huit minutes à traverser la caisse de bout en bout, leur expliquait-il, soit huit minutes d’exposition aux rayons durs, ce qui est à peu près le maximum que puisse supporter un œuf. Un petit nombre mouraient ; les autres, les moins influencés se divisaient en deux ; la plupart proliféraient en quatre bourgeons ; quelques-uns, en huit ; tous étaient renvoyés aux couveuses, où les bourgeons commençaient à se développer ; puis, au bout de deux jours, on les soumettait soudain au froid, au froid et à l’arrêt de croissance. En deux, en quatre, en huit, les bourgeons bourgeonnaient à leur tour ; puis, ayant bourgeonné, ils étaient soumis à une dose d’alcool presque mortelle ; en conséquence, ils proliféraient de nouveau, et, ayant bourgeonné, on les laissait alors de développer en paix, bourgeons des bourgeons des bourgeons, - tout nouvel arrêt de croissance étant généralement fatal. A ce moment, l’œuf primitif avait de fortes chances de se transformer en un nombre quelconque d’embryons compris entre huit et quatre-vingt-seize, « ce qui est, vous en conviendrez, un perfectionnement prodigieux par rapport à la nature. Des jumeaux identiques, mais non as en maigres groupes de deux ou trois, comme aux jours anciens de reproduction vivipare, alors qu’un œuf se divisait parfois accidentellement ; mais bien par douzaines, par vingtaines, d’un coup. »
    - Par vingtaines, répéta le Directeur, et il écarta les bras, comme s’il faisait des libéralités à une foule. Par vingtaines.
    Mais l’un des étudiants fut assez sot pour demander en quoi résidait l’avantage.
    - Mon bon ami ! le Directeur se tourna vivement vers lui, vous ne voyez donc pas ? Vous ne voyez pas ? Il leva la main ; il prit une expression solennelle. Le Procédé Bokanovsky est l’un des instruments majeurs de la stabilité sociale !
    Instrument majeur de la stabilité sociale.
    Des hommes et des femmes conformes au type normal ; en groupes uniformes. Tout le personnel d’une petite usine constitué par les produits d’un seul œuf bokanovskifié.
    - Quatre-vingt-seize jumeaux identiques faisant marcher quatre-vingt-seize machines identiques ! – Sa voix était presque vibrante d’enthousiasme. – On sait vraiment où l’on va. Pour la première fois dans l’histoire. – Il cita la devise planétaire : « Communauté, Identité, Stabilité. » Des mots grandioses. Si nous pouvions bokanovskifier indéfiniment, tout le problème serait résolu.
    [/align:2f6bb4685c]

    Alors, comment vous plait ce stakhanovisme-bokanovskisme futuriste ? Un rendement réellement stupéfiant ! Et tous les BeNeficeS de cette science profitent à l’humanité toute entière, c’est merveilleux, non ?

  5. #5
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    [align=left:fa936bc1bb] Résolu par des Gammas du type normal, des Deltas invariables, des Epsilons uniformes. Des millions de jumeaux identiques. Le principe de la production en série appliqué enfin à la biologie.
    - Mais, hélas ! le Directeur hocha la tête, nous ne pouvons pas bokanovskifier indéfiniment.
    Quatre-vingt-seize, telle semblait être la limite ; soixante-douze, une bonne moyenne. Fabriquer, avec le même ovaire et les gamètes du même mâle, autant de groupes que possible de jumeaux identiques, c’était là ce qu’ils pouvaient faire de mieux (un mieux qui n’était malheureusement qu’un pis-aller). Et cela, c’était déjà difficile.
    - Car, dans la nature, il faut trente ans pour que deus cents ovules arrivent à maturité. Mais notre tâche, c’est de stabiliser la population en ce moment, ici, maintenant. Produire des jumeaux au compte-gouttes tout au long d’un quart de siècle, à quoi cela servirait-il ?
    Manifestement, cela ne servirait absolument de rien. Mais la Technique de Podsnap avait immensément accéléré le processus de la maturation. On pouvait s’assurer au moins cent cinquante œufs mûrs en l’espace de deux ans. Que l’on féconde et que l’on bokanovskifie, en d’autres termes, qu’on multiplie par soixante-douze, - et l’on obtient une moyenne de presque onze mille frères et sœurs dans cent cinquante groupes de jumeaux identique, tous du même âge, à deux ans près.
    - Et dans des cas exceptionnels, nous pouvons nous faire livrer par un seul ovaire plus de quinze mille individus adultes.
    Faisant signe à un jeune homme blond au teint vermeil qui passait par hasard à ce moment :
    - Mr. Foster, appela-t-il. – Le jeune homme au teint vermeil s’approcha. – Pourriez-vous indiquer le chiffre maximum obtenu d’un seul ovaire, Mr. Foster ?
    - Seize mille douze, dans ce Centre-là, répondit Mr. Foster sans aucune hésitation.
    - Il parlait très vite, avait l’œil bleu et vif, et prenait un plaisir évident à citer des chiffres. – Seize mille douze ; en cent quatre-vingt-neuf groupes d’identiques. Mais, bien entendu, on a fait beaucoup mieux, continua-t-il vigoureusement, dans quelques-uns des Centres tropicaux. Singapore en a souvent produit plus de seize mille cinq cents ; et Mombasa a effectivement atteint les dix-sept mille. Mais c’est qu’ils sont injustement privilégiés, aussi. Il faut voir comment un ovaire de noire réagit au liquide pituitaire ! Il y a là de quoi vous étonner, quand on est habitué à travailler sur des matériaux européens.
    [/align:fa936bc1bb]

    Il est logique que dans cette société si bien ordonnée, avec les castes cloisonnées, toute personne qui s’écarte de la norme est pris pour CIBle et, in fine, éliminé : les interest de la société doivent prévaloir sur ceux de l’indivinu.

  6. #6
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    [align=left:9fdfac7c4b] - Néanmoins, ajouta-t-il en riant (mais l’éclair de la lutte était dans ses yeux, et le soulèvement de son menton était un défi), néanmoins, nous avons l’intention de les dépasser s’il y a moyen. Je travaille en ce moment sur un merveilleux ovaire de Delta-Moins. Il n’a que dix-huit mois, tout juste. Plus de douze mille sept cents embryons déjà, soit décantés, soit en embryon. Et il en veut encore. Nous arriverons encore à les battre !
    - Voilà l’état d’esprit qui me plaît ! s’écria le Directeur, et il donna un coup sur l’épaule de Mr. Foster. – Venez donc avec nous, et faites profiter ces gamins de votre savoir d’expert.
    Mr. Foster sourit modestement.
    - Avec plaisir.
    Ils le suivirent.
    Dans la Salle de Mise en Flacons, tout était agitation harmonieuse et activité ordonnée. Des plaques de péritoine de truie, toutes coupées aux dimensions voulues, arrivaient continuellement, dans de petits monte-charge, du Magasin aux Organes dans le sous-sol. Bzzz, et puis flac ! Les portes du monte-charge s’ouvraient toutes grandes ; le Garnisseur de Flacons n’avait qu’à allonger la main, prendre la plaque, l’introduire, aplatir les bords, et avant que le flacon ainsi garni eût le temps de s’éloigner hors de la portée le long du transporteur sans fin, - bzzz, flac ! – une autre plaque de péritoine était montée vivement des profondeurs souterraines, prête à être introduite dans un autre flacon, le suivant dans cette lente procession interminable sur le transporteur.
    Après les Garnisseurs il y avait des Immatriculeurs ; un à un, les œufs étaient transférés de leurs tubes à essais dans les récipients plus grands ; avec dextérité, la garniture de péritoine était incisée, la morula y était mise en place, la solution saline y était versée … et déjà le flacon était passé plus loin, et c’était au tour des Etiqueteurs. L’hérédité, la date de fécondation, les indications relatives au Groupe Bokanovsky, tous les détails étaient transférés de tube à essais à flacon. Non plus anonyme, mais nommée, identifiée, la procession reprenait lentement sa marche ; sa marche à travers une ouverture de la cloison, sa marche pour entrer dans la Salle de Prédestination Sociale.
    - Quatre-vingt-huit mètres cubes de fiches sur carton, dit Mr. Foster avec un plaisir manifeste, comme ils entraient.
    - Contenant tous les renseignements utiles, ajouta le Directeur.
    - Mis à jour tous les matins.
    - Et coordonnés tous les jours, dans l’après-midi.
    - Sur la base desquels sont faits les calculs.
    [/align:9fdfac7c4b]

    Mais au fait : on ne sait pas si ce merveilleux monde s’adonne aux activités boursières ? je ne le crois pas car par definition, la speculation est un metier individualiste et a dû être proscrit. Et c’est bien dommage, parce qu’il serait bien intéressant de savoir comment se comporterait un CAC dans les conditions décrites par Huxley. Je vous laisse méditer là-dessus, tout en vous indiquant que ceux d’entre vous qui souhaitent retrouver la daubette, n’ont qu’à désordonner notre indice national pour avoir son mnémo.

  7. #7
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    [align=left:9d524d3bba] - Tant d’individus, de telle et telle qualité, dit Pr. Foster.
    - Répartis en telles et telles quantités.
    - Le Pourcentage de Décantation optimum à n’importe quel moment donné.
    - Les pertes imprévues étant promptement compensées.
    - Promptement, répéta Mr. Foster. Si vous saviez combien j’ai dû faire d’heures supplémentaires après le dernier tremblement de terre au Japon !
    Il eut un rire de bonne humeur et hocha la tête.
    - Les Prédestinateurs envoient leurs chiffres aux Fécondateurs.
    - Qui leur donnent les embryons qu’ils demandent.
    - Et les flacons arrivent ici pour être prédestinés en détail.
    - Après quoi, on les descend au Dépôt des Embryons.
    - Où nous allons maintenant nous rendre nous-mêmes.
    Et, ouvrant une porte, Mr. Foster se mit à leur tête pour descendre un escalier et les mener au sous-sol.
    La température était encore tropicale. Ils descendirent dans une pénombre qui s’épaississait. Deux portes et un couloir à double tournant protégeaient la cave contre toute infiltration possible du jour.
    - Les embryons ressemblent à une pellicule photographique, dit Mr. Foster d’un ton badin, ouvrant la seconde porte d’une poussée. Ils ne peuvent supporter que la lumière rouge.
    Et en effet l’obscurité, où régnait une chaleur lourde dans laquelle les étudiants le suivirent alors, était visible et cramoisie, comme par un après-midi d’été, l’est l’obscurité perçue sous les paupières closes. Les flancs bombés des flacons qui s’alignaient à l’infini, rangée sur rangée, étage sur étage, étincelaient en rubis innombrables, et parmi les rubis se déplaçaient les spectres pourpres, aux faces rutilantes de lupiques. Un bourdonnement, un fracas de machines, imprimait à l’ait un léger frémissement.
    - Donnez-leur quelques chiffres, Mr. Foster, dit le Directeur, qui était fatigué de parler.
    Mr. Foster n’était que trop heureux de les leur donner.
    - Deux cent vingt mètres de long, deux cents de large, dix de haut.
    Il tendit la main en l’air. Comme des poulets qui boivent, les étudiants levèrent les yeux vers le plafond lointain.
    [/align:9d524d3bba]

    Notre actuelle daubinette devrait se sentir dans au sein de cette société bien à l’aise – elle possède toutes les qualities voulues : elle est grégaire et pieuse (pour un peu, elle ferait du sport !)

  8. #8
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    [align=left:ca4b8e8fb8] Trois étages de porte-flacons ; au niveau du sol, première galerie, deuxième galerie.
    La charpente métallique, légère comme une toile d’araignée, des galeries superposées, se perdait dans toutes les directions jusque dans l’obscurité. Près d’eux, trois fantômes rouges étaient activement occupés à décharger des dames-jeannes qu’ils enlevaient d’un escalier mobile.
    L’escalier, partant de la Salle de Prédestination Sociale.
    Chaque flacon pouvait être placé sur l’un d’entre quinze porte-bouteilles, dont chacun, bien qu’on ne pût s’en apercevoir, était un transporteur avançant à la vitesse de trente-trois centimètres un tiers à l'heure. Deux cent soixante-sept jours à raison de huit mètre par jour. Un tour de la cave au niveau du sol, un autre sur la première galerie, la moitié d’un autre sur la seconde, et, le deux cent soixante-septième matin, la lumière du jour dans la Salle de Décantation. Dès lors, l’existence indépendante – ainsi dénommée.
    - Mais, dans cet intervalle de temps, dit Mr. Foster pour conclure, nous avons réussi à leur faire pas mal de choses. Oh ! beaucoup de choses. – Son rire était averti et triomphant.
    - Voilà l’état d’esprit qui me plaît, dit de nouveau le Directeur. Faisons le tour. Donnez-leur toutes les explications, Mr. Foster.
    Mr. Foster les leur donna congrûment.
    Il leur parla de l’embryon, se développant sur son lit de péritoine. Il leur dit goûter le riche pseudo-sang dont il se nourrit. Il expliqua pourquoi il avait besoin d’être stimulé par de la placentine et de la thyroxine. Il leur parla de l’extrait de corpus luteum. Il leur montra les ajutages par lesquels, à tous les douze mètres entre zéro et 2040, il est injecté automatiquement. Il parla de ces doses graduellement croissantes de liquide pituitaire administrées au cours des quatre-vingt-seize derniers mètres de leur parcours. Il décrivit la circulation maternelle artificielle installée sur chaque flacon au mètre 112. leur montra le réservoir de pseudo-sang, la pompe centrifuge qui maintient le liquide en mouvement au-dessus du placenta et le chasse à travers le poumon synthétique et le filtre à déchets. Il dit un mot de la tendance fâcheuse de l’embryon à l’anémie, des doses massives d’extrait d’estomac de port et de foie de poulain fœtal qu’il est nécessaire, en conséquence, de lui fournir.
    Il leur montra le mécanisme simple au moyen duquel, pendant les deux derniers mètres de chaque parcours de nuit, on secoue simultanément tous les embryons pour les familiariser avec le mouvement.
    [/align:ca4b8e8fb8]

    Hé ben, tous ces metres, litres et grammes me cassent royalement les pieds, je vous le dis comme je le sens. Remarquez, ce n’est pas le cas de tut le monde par exemple, notre huitième daubinette n’est pas du tout embêtée, mais il est vrai qu’elle en a l’habitude !

  9. #9
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    [align=left:3f1aedb96b] Il fit allusion à la gravité de ce qu’on appelle le « traumatisme de décantation », et énuméra les précautions prises afin de réduire au minimum, par un dressage approprié de l’embryon en flacon, ce choc dangereux. Il leur parla des épreuves de sexe effectuées au voisinage du mètre 200. Il expliqua le système d’étiquetage – un T pour les mâles, un cercle pour les femelles, et pour ceux qui étaient destinés à devenir les neutres, un point d’interrogation, noir sur un fond blanc.
    - Car, bien entendu, dit Mr. Foster, dans l’immense majorité des cas, la fécondité est tout bonnement une gêne. Un ovaire fertile sur douze cents, - voilà qui serait largement suffisant pour nos besoins. Mais nous désirons avoir un bon choix. Et, bien entendu, il faut toujours conserver une marge de sécurité énorme. Aussi laissons-nous se développer normalement jusqu’à trente pour cent des embryons femelles. Les autres reçoivent une dose d’hormone sexuelle mâle à tous les vingt-quatre mètres pendant le reste du parcours. Résultat : quand on les décante, ils sont neutres, absolument normaux au point de vue de la structure (sauf, fut-il obligé de reconnaître, qu’ils ont, il est vrai, un rien de tendance à la croissance d’une barbe). Mais stériles. Garantis stériles. Ce qui nous amène enfin, continua Mr. Foster, à quitter le domaine de la simple imitation stérile de la nature, pour entrer dans le monde beaucoup plus intéressant de l’invention humaine.
    Il se frotta les mains. Car, bien entendu, on ne se contentait pas de couver simplement des embryons : cela, n’importe quelle vache est capable de le faire.
    - En outre, nous prédestinons et conditionnons. Nous décantons nos bébés sous forme d’êtres vivants socialisés, sous forme d’Alphas ou d’Epsilons, de futurs vidangeurs ou de futurs … - Il était sur le point de dire « futurs Administrateurs Mondiaux », mais, se reprenant, il dit « futurs Directeurs de l’Incubation ».
    Le D.I.C. fut sensible au compliment, qu’il reçut avec un sourire.
    Ils en étaient au mètre 320 sur le porte-bouteilles n° 11. Un jeune mécanicien Bêta-Moins était occupé à travailler avec un tournevis et une clef anglaise à la pompe à pseudo-sang d’un flacon qui passait. Le ronflement du moteur électrique devenait plus grave, par fractions de ton, tandis qu’il vissait les écrous … Plus grave, plus grave … Une torsion finale, un coup d’œil sur le compteur de tours, et il est terminé. Il avança de deux pas le long de la rangée et recommença la même opération sur la pompe suivante.
    [/align:3f1aedb96b]

    Oui, eh bien, s’il y a une chose de sûre, c’est que la petite n° 8 désapprouverait totalement et définitivement cette société où l’on se nourrit d’aliments en tubes, puisque son activité elle-même deviendrait abhsolument inutile : chouette, nous avons au moins une opposante !

  10. #10
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    10

    [align=left:4b2017fd9d] - Il diminue le nombre de tours à la minute, expliqua Mr. Foster. Le pseudo-sang circule plus lentement ; il passe par conséquent dans les poumons à intervalles plus longs ; il donne par suite à l’embryon moins d’oxygène. Rien de tel que la pénurie d’oxygène pour maintenir un embryon au-dessous de la normale. De nouveau, il se frotta les mains.
    - Mais pourquoi voulez-vous maintenir l’embryon au-dessous de la normale ? demanda un étudiant ingénu.
    - Quel âne ! dit le Directeur, rompant un long silence. Ne vous est-il jamais venu à l’idée qu’il faut à un embryon d’Epsilon un milieu d’Epsilon, aussi bien qu’une hérédité d’Epsilon ?
    Cela ne lui était évidemment pas venu à l’idée. Il fut couvert de confusion.
    - Plus la caste est basse, dit Mr. Foster, moins on donne d’oxygène. Le premier organe affecté, c’est le cerveau. Ensuite le squelette. A soixante-dix pour cent d’oxygène on obtient des nains. A moins de soixante-dix pour cent, des monstres sans yeux.
    - Lesquels ne sont absolument d’aucune utilisé, dit Mr. Foster pour conclure. Tandis que (sa voix se fit confidentielle, avide d’exposer ce qu’il avait à dire) si l’on pouvait découvrir une technique pour réduire la durée de maturation, quel bienfait ce serait pour la société !
    - Considérez le cheval.
    Ils le considérèrent.
    - Mûr à six ans ; l’éléphant à dix. Alors qu’à treize ans un homme n’est pas encore mûr sexuellement, et n’est adulte qu’à vingt ans. D’où, bien entendu, ce fruit du développement retardé : l’intelligence humaine.
    - Mais chez les Epsilons, dit fort justement Mr. Foster, nous n’avons pas besoin d’intelligence humaine. On n’en a pas besoin, et on ne l’obtient pas. Mais, bien que chez l’Epsilon l’esprit soit mûr à dix ans, il en faut dix-huit avant que le corps soit propre au travail. Que de longues années d’immaturité, superflues et gaspillées ! S’il était possible d’accélérer le développement physique jusqu’à le rendre aussi rapide, mettons que celui d’une vache, quelle économie il en résulterait pour la Communauté !
    - Enorme ! murmurèrent les étudiants.
    L’enthousiasme de Mr. Foster était contagieux.
    Ses explications se firent plus techniques ; il parla de la coordination anormale des endocrines qui fait que les hommes croissent si lentement ; il admit, pour l’expliquer, une mutation germinale. Peut-on détruire les effets de cette mutation germinale ? Peut-on faire régresser l’embryon d’Epsilon, au moyen d’une technique appropriée, jusqu’au caractère normal qui existe chez les chiens et les vaches ? Tel était le problème. Et il était sur le point d’être résolu.
    [/align:4b2017fd9d]

    Mais entre nous, çe me semble bête (traduisez!), je dirais meme, c’est très CON (c’est phonétique !), de marcher au pas avec tout le monde, de ne pas pouvoir se permettre de penser de manière autonome, bref, on n’a pas une opposante mais deux puisque je m’associe entièrement à notre daubette précédente !

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