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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes s’habillent en pastel

    Bonjour à tous,

    Nous continuons notre feuilletton d’été, et force m’est de constater que les malheurs de nos jeunes héros perdurent, non, que dis-je, ils s’amoncellent au-dessus de leurs pauvres têtes ! N’en soyez toutefois pas trop attristés, - après la pluie, le beau temps, dit la sagesse populaire, - lisez plutôt la suite.
    Aujourd’hui, notre thread est agrémenté d’images dues aux crayons de Rosalba Carriera, une artiste vénitienne du XVIII siècle. Pourquoi ? Eh bien, tout implement que le nom de l’héroïne de l’histoire, Elena Rosalba, m’a fait penser à cette portraitiste qui a surtout excellé dans la technique de pastel. Je ne crois pas que vous soyez nombreux à la connaître, profitez donc de l’occasion !

    Vivaldi, ignorant tout ce qui s’était passé à la villa Altieri, était encore sous le coup de l’impression profonde produite sur son esprit par les avis du moine, son persécuteur. Il persistait dans la résolution de faire les plus grands efforts pour découvrir l’étrange personnage qui avait pris à tâche de surveiller ses pas et de troubler son repos. Il se décida donc à se rendre vers minuit à la forteresse de Paluzzi, avec des torches, pour en parcourir les ruines. La difficulté principale était de trouver quelqu’un qui voulût bien l’y accompagner, car Bonarmo persistait dans son refus. D’un autre côté, Vivaldi ne se souciait pas de confier au premier venu les motifs de son entreprise. Il finit donc par prendre le parti d’emmener Paolo, son domestique.
    Il était nuit close lorsqu’ils sortirent de Naples. Paolo était un vrai Napolitain, fin, curieux, adroit ; et Vivaldi, à qui plaisaient sa gaieté et son esprit original, lui permettait une liberté de parole et une familiarité peu communes entre un maître et un valet. En chemin, il lui apprit de ses aventures ce qu’il était nécessaire qu’il en sût pour tenir en haleine sa curiosité et son zèle. Rieur et brave, Paolo était dégagé de toute superstition. Aussi, voyant que son maître n’était pas éloigné d’attribuer à une cause surnaturelle c’e qui lui était arrivé dans les ruines de Paluzzi, se mit-il à plaisanter là-dessus à sa façon ; mais Vivaldi n’était pas d’humeur à le supporter. Son maintien devenait plus grave à mesure qu’il approchait de la voûte. Occupé à se défendre des terreurs de l’imagination, il s’affermissait contre les dangers surhumains, sans prendre aucune précaution contre ceux dont les hommes pouvaient le menacer. Paolo, tout au contraire, n’était en peine que des ennemis en chair et en os ; et c’était de ceux-là qu’il songeait à se garantir. Comme il se récriait sur l’imprudence de Vivaldi à choisir la nuit pour se rendre à Paluzzi, son maître lui fit observer que c’était seulement la nuit qu’ils pourraient parvenir à découvrir le moine. Il ajouta qu’il fallait se garder d’allumer la torche, qui révélerait leur présence à l’inconnu ; mais Paolo objecta que dans l’obscurité celui-ci leur échapperait. Enfin ils prirent le parti de cacher la lumière dans le creux d’un rocher qui bordait la route, de manière à l’avoir sous la main ; puis Vivaldi prit position avec Paolo à ce même endroit de la voûte où déjà Bonarmo et lui s’étaient tenus en embuscade. 2A ce moment, ils entendirent sonner minuit à l’horloge d’un monastère éloigné. Cette cloche rappela à Vivaldi que Schedoni lui avait parlé d’un couvent de Pénitents Noirs qui se trouvait dans le voisinage de Paluzzi, et il demanda à Paolo si c’était là l’horloge de ces religieux. Paolo répondit affirmativement, en ajoutant qu’un événement bien étrange, qu’on lui avait raconté, avait gravé dans son esprit le souvenir du couvent Santa Maria del Pianto.
    - Quel événement ? lui demanda son maître. Parle bas, de crainte que nous ne soyons découverts.
    - Ah ! monsieur, répondit Paolo, l’histoire n’est connue que de peu de personnes, et j’ai promis le secret.


    Vous voyez, les ténèbres s’épaississent. Il est Presque impossible de tenir le coup, mais nos héros (oui, au pluriel, car le brave Paolo a encore plus de mérites que Vivaldi guide par son amour de braver les dangers) ne se laissent pas dérouter, allez, courage, amis, vous avez toute la sympathie de notre daubinette à qui rien d’umain n’est étranger !

  2. #2
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    [align=left:f6f19ce34d] - C’est différent, si tu as promis le secret, je te défends de me le raconter.
    - C’est-à-dire, j’ai promis le secret … à moi-même ; mais, en votre faveur, je suis tout disposé à me dégager …
    - A la bonne heure. Parle donc en ce cas.
    - C’est pour vous obéir, monsieur. Vous saurez donc que c’était la veille de la Saint-Marc, il y a environ six ans.
    - Paix ! dit Vivaldi, croyant entendre du bruit.
    Ils prêtèrent l’oreille quelques instants, puis Paolo continua :
    - C’était la veille de la Saint-Marc, après les derniers coups de la cloche du soir. Une personne ...
    Vivaldi l’arrêta encore. Pour le coup, il avait entendu marcher près de lui.
    - Vous venez trop tard, dit une voix forte et stridente que Vivaldi reconnut pour celle du moine. Il y a plus d’une heure qu’elle est partie. Songez à vous !
    Quoique frappé de ces paroles, dont il cherchait le sens, Vivaldi s’élança du côté d’où venait la voix et essaya de saisir l’inconnu. Paolo tira au hasard un coup de pistolet et courut à la torche.
    - Monsieur, s’écria-t-il, il est monté par le petit escalier ; j’ai vu le bas de sa robe.
    Arrivés au sommet de la terrasse qui dominait la voûte, ils élevèrent la torche au-dessus de leurs têtes, en scrutant attentivement les alentours.
    - Ne vois-tu rien ? demanda Vivaldi.
    - Monsieur, je crois avoir vu passer quelqu’un sous ces arcades, à gauche, au-delà du fort. Si c’est un esprit, il paraît ressembler beaucoup à nous autres mortels, par le soin qu’il prend de faire mouvoir ses jambes aussi lestement qu’un lazzarone …
    - Parle moins et observe mieux, interrompit Vivaldi, en dirigeant la torche vers l’endroit que Paolo indiquait.
    Tous deux s’avancèrent vers un rang d’arcades attenant à un bâtiment de construction singulière, - le même dans lequel Vivaldi était entré lors de sa première visite aux ruines, et d’où il était sorti avec tant de précipitation et d’effroi. Et cependant qu’ils regardaient autour d’eux avec attention :
    - Monsieur, reprit Paolo, en dirigeant du doigt l’attention de son maître, c’est par cette porte-là que j’ai vu passer quelqu’un.
    Vivaldi hésita un instant, les yeux fixés sur l’édifice ; puis il se décida hardiment :
    - Paolo, dit-il, si tu as le courage de me suivre, descendons cet escalier en silence et avec précaution. Si tu ne réponds pas de toi, j’irai seul.
    - Il est trop tard, monsieur, pour me poser cette question. Si je n’étais résolu d’avance à vous accompagner partout, je ne serai pas ici. Marchons.
    [/align:f6f19ce34d]

    Eh oui, pendant que notre daubinette se prélasse en jouant dans son appartement à la mode, luxueusement aménagé dans une usine ou un atelier désaffecté, les garcons s’aventurent dans les ruines sinistres, remplis de fantômes et autres creatures malfaisantes !

  3. #3
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    [align=left:6e349d05ab] Vivaldi tira son épée ; et tous deux, franchissant la porte, s’engagèrent dans un passage étroit dont ils ne voyaient pas le bout. Ils avançaient avec précaution, s’arrêtant de temps en temps pour écouter. Après quelques minutes de cette marche silencieuse entre deux murailles resserrées, Paolo saisit son maître par le bras :
    - Monsieur, lui dit-il à voix basse, ne distinguez-vous pas là-bas dans l’obscurité, un homme …
    Vivaldi, projetant la lumière en avant, aperçut confusément quelque chose de semblable à lune figure humaine, immobile à l’extrémité du passage ; son vêtement paraissait de couleur noire ; mais les ténèbres, dont cette forme vague se détachait à peine, ne permettaient d’en discerner aucun trait. Ils pressèrent le pas ; mais arrivés à l’endroit où la figure s’était montrée, ils ne trouvèrent plus rien. Ils étaient alors au bord d’un petit escalier qui descendait à des caveaux souterrains. Vivaldi appela à grands cris, et n’entendit sous ces voûtes que l’écho de sa voix. Il descendit rapidement, toujours suivi de Paolo qui, à peine arrivé au bas, lui dit :
    - Le voilà, monsieur, je le vois encore ; il s’échappe par la porte qui est là-bas devant nous.
    - En effet, le bruit d’une porte roulant sur ses gonds se faisait entendre dans l’éloignement. Cette porte à peine ouverte, se referme aussitôt. C’était bien, pensèrent-ils, la même figure déjà entrevue qui s’enfuyait par là et qui craignait d’être découverte. Vivaldi s’élance vers la porte mal fermée qui cède sous ses efforts.
    - Ah ! dit-il, pour cette fois tu ne m’échapperas pas !
    Mais entré dans la chambre, il n’y trouva personne. Il fit le tour des murs et les examina attentivement, ainsi que le sol, sans découvrir aucune issue par où un homme aurait pu s’échapper. Il n’aperçut d’autre ouverture qu’une haute fenêtre, fermée par une forte grille, et si étroite qu’elle laissait à peine passer un peu d’air.
    Vivaldi demeura frappé d’étonnement.
    - N’as-tu rien vu passer ? demanda-t-il à Paolo, qui était resté sur le seuil.
    - Rien, répondit Paolo.
    - Voilà qui est incompréhensible ! Il y a là quelque chose de surnaturel !
    - Mais, monsieur, dit Paolo, si c’était un esprit, pourquoi aurait-il peur de nous, qui avons peur de lui ?... Pourquoi se serait-il enfui ?...
    - Peut-être pour nous attirer dans un piège. Approche la lumière, examinons encore.
    Paolo obéit, mais ils eurent beau scruter les parois et les frapper avec une attention minutieuse, ils ne purent découvrir aucune trace de passage ni de cachette.
    [/align:6e349d05ab]

    Hé ben, on peut dire que l’accès à cette chamber a été difficile, mais entre nous, il n’est pas impossible qu’y entrer était plus facile que d’en sortir. Comme quoi, la vie est pleine d’aventures pour qui a decide de faire commerce avec des moines fantômes.

  4. #4
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    [align=left:a51f7a4dfa] Pendant qu’ils étaient occupés ainsi, la porte se referma avec un fracas qui fit retentir la voûte. Vivaldi et Paolo restèrent un moment frappés de saisissement en se regardant ; puis ils se précipitèrent sur cette porte pour l’ouvrir. On peut se figurer leur consternation lorsqu’ils eurent reconnu l’inutilité de leurs efforts. Elle était d’une grande épaisseur, garnie de fortes lames de fer, comme une porte de prison, et l’aspect de la chambre où ils étaient renfermés indiquait assez qu’elle avait servi à cet usage.- Ah ! monsieur, s’écria Paolo, si c’est un être spirituel qui nous a amenés jusqu’ici, nous ne le sommes guère, nous, de nous être laissé prendre à son piège.
    Ils se mirent encore à examiner la pièce où ils se trouvaient. Dans un coin, à terre, ils découvrirent alors un objet qui leur révéla le sort probable de quelque malheureux enfermé avant eux dans ce réduit : c’étaient des vêtements souillés de sang. A cette vue, un terrible pressentiment de leur destinée les retint immobiles, les yeux fixés en terre. Vivaldi, revenu à lui le premier, souleva les vêtements avec la pointe de son épée et distingua une robe noire avec un scapulaire.
    - Ah ! monsieur, s’écria Paolo, c’est le vêtement qui a servi à déguiser le démon qui nous a conduits jusqu’ici ! C’est un drap mortuaire pour nous, dans ce tombeau où nous sommes ensevelis.
    - Pas encore ! dit Vivaldi dont le désespoir sembla doubler l’énergie.
    Et il se mit à faire de nouveaux efforts pour ébranler la porte, mais il n’y put parvenir. Puis il hissa Paolo jusqu’à la fenêtre grillée contre laquelle celui-ci usa inutilement ses forces. Ils crièrent l’un et l’autre, sans plus de succès. Enfin lassés de leurs vaines tentatives, ils y renoncèrent et se laissèrent tomber à terre, découragés. Vivaldi, s’abandonnant alors aux plus désolantes pensées, se rappela les dernières paroles du moine et son esprit exalté les interprétant dans le sens le plus terrible, il y vit en style figuré l’annonce de la mort d’Elena qui précédait de bien peu la sienne : « Vous venez trop tard ! Il y a une heure qu’elle est partie ! Songez à vous ! » avait dit l’apparition. Cette idée subite chassa de son esprit tout sentiment de crainte pour lui-même. Il se leva et se mit à marcher à grands pas, confirmé dans ses affreuses appréhensions par la mort de la signora Bianchi. En vain Paolo, oubliant pour un instant sa propre situation, s’efforçait de le calmer ; Vivaldi n’écoutait ni n’entendait rien. Cependant, Paolo ayant prononcé par hasard le nom du Couvent de Santa Maria del Pianto, l’idée que le moine qui lui avait parlé d’Elena avait peut-être quelque relation avec ce monastère voisin éveillé vivement son intérêt et, pour confirmer ou non cette supposition, il demanda à Paolo la suite du récit qu’il avait commencé. Celui-ci obéit, non sans quelque répugnance, et reprit en baissant la voix.
    [/align:a51f7a4dfa]

    C’était peut-être une decision un peu hâtive que de suivre le moine, car franchement, ils auraient pu se douter qu’il leur avait preparé plus d’un tour pendable, non ? Enfin, faut bien que la jeunesse passé !

  5. #5
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    [align=left:16b9f03e4d] - C’était la veille de la Saint-Marc, et juste au moment où sonnait l’Angélus du soir. Vous n’êtes peut-être jamais entré, monsieur, dans l’église de Santa Maria del Pianto ; c’est bien l’église gothique la plus sombre que l’on ait jamais vue. Dans un des bas-côtés, il y a un confessionnal. A cette heure, dis-je, un homme, si bien enveloppé dans un long manteau qu’on ne pouvait rien voir de sa taille ni e sa figure vint s’agenouiller à ce confessionnal. Au surplus, eût-il été vêtu avec autant d’élégance que vous, monsieur, personne ne s’en serait douté ; car cette partie de l’église, n’était éclairée que par la lampe suspendue à son extrémité, était presque aussi obscure que la chambre où nous sommes. Sans doute cette obscurité est-elle ménagée pour que les pénitents ne rougissent pas visiblement des péchés dont ils se confessent.
    - Continue, dit Vivaldi avec impatience.
    - Oui, monsieur … Mais je ne sais plus où j’en étais … ah ! oui, au pied du confessionnal. Donc, l’inconnu, agenouillé devant la petite grille, poussait de tels gémissements à l’oreille du confesseur qu’on les entendait à l’autre bout de l’église. Vous saurez, monsieur, que les religieux de Santa Maria del Pianto sont de l’ordre des Pénitents Noirs et que les gens qui ont de gros péchés sur la conscience viennent là de très loin pour se confesser au grand pénitencier, le père Ansaldo, qui demeure dans le couvent. Or, c’était lui qui écoutait l’inconnu. Il le reprit doucement pour l’éclat qu’il faisait et s’efforça de le consoler. L’homme, s’apaisant un peu, reprit sa confession. Je ne sais ce qu’il dit au père Ansaldo, mais ce devait être quelque chose de bien étrange et de bien horrible, car tout à coup le grand pénitencier quitta le confessionnal et, avant d’avoir pu regagner sa cellule, il tomba en convulsions et s’évanouit. Quand il fut revenu à lui, il demanda à ceux qui l’entouraient si un pénitent qui s’était présenté à son confessionnal était encore dans l’église et, dans ce cas, il donna l’ordre de l’arrêter. Un des religieux se rappela qu’en traversant l’église pour aller au secours du père Ansaldo, il avait vu un homme passer vivement près d lui ; cet homme était de grande taille, vêtu d’une robe de moine blanc, et se dirigeait vers la porte extérieure de l’église. Le père Ansaldo pensa que c’était son pénitent. On envoya chercher le frère portier, mais celui-ci n’avait vu personne vêtu de la façon qu’on lui décrivait ; de plus, il n’était entré, dit-il, de toute l’après-midi, aucun religieux vêtu de blanc. Dès lors, tous les pères supposèrent que l’inconnu devait se trouver encore dans l’enceinte du couvent où il s’était sans doute glissé par surprise. Mais toutes les recherches furent vaines.
    - Oh ! ce devait être mon moine ! dit Vivaldi, malgré la différence du roc. Car il n’y en a pas deux au monde qui puissent s’échapper si miraculeusement.
    A ce moment, leur entretient fut interrompu par des sons étouffés qui parurent à leur imagination troublée les gémissements d’une personne près d’expirer. Ils écoutèrent … Le bruit cessa …
    [/align:16b9f03e4d]

    Et tous ces explois, tous ces sacrifices, ils sont consentis pour l’éternel feminine. Je dois signaler que notre daubette les approuve pleinement.

  6. #6
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    [align=left:450c3bf8f4] - Bah ! dit Paolo, ce n’est que le bruit du vent.
    Et reprenant son récit :
    - Depuis l’époque de cette étrange confession, dit-il le père Ansaldo se montra tout différent de ce qu’il était, et sa tête faiblit …
    - Le crime entendu en confession l’intéressait donc ? interrompit Vivaldi.
    - Je n’ai rien ouï dire de pareil, répondit Paolo, et même quelques circonstances qui suivirent semblent prouver le contraire. Un mois environ après cet événement, un jour qu’il faisait une chaleur étouffante et que les moines sortaient de l’office …
    - Chut ! dit Vivaldi, n’entends-je pas parler à voix basse ?...
    Ils prêtèrent l’oreille et distinguèrent en effet des voix humaines, mais sans pouvoir définir si elles venaient de quelque pièce voisine ou d’un étage supérieur. Dans la situation où ils se trouvaient, il ne leur restait plus rien à craindre ; aussi se mirent-ils à crier de toutes leurs forces ; mais on ne leur répondit pas, et les voix cessèrent de se faire entendre.
    Epuisés par leurs efforts, ils se laissèrent tomber à terre, renonçant à toute autre tentative jusqu’au retour de la clarté du jour. Vivaldi ne se souciait guère de la suite du récit de Paolo depuis qu’il n’y voyait aucun rapport avec le sort d’Elena ; et le valet, de son côté, s’était enroué à force de crier, n’était pas disposé à rompre le silence.

    Plusieurs jours s’étaient écoulés depuis l’arrivée d’Elena au monastère de San Stefano sans qu’il lui fût permis de sortir de sa chambre. Sous clef, elle ne voyait personne, si ce n’est la religieuse qui lui apportait quelques aliments ; la même qui l’avait reçue aux portes du couvent. Lorsqu’on pensa que son courage pouvait être brisé par ce long isolement et par l’inutilité de sa résistance, on la manda au parloir. L’abbesse l’y attendait, seule, et la sévérité de son accueil prépara l’orpheline à une scène des plus sérieuses. Après un exorde sur la noirceur de son crime et sur la nécessité de sauver l’honneur d’une famille que sa conduite désordonnée avait failli compromettre, l’abbesse lui déclara qu’elle devait se déterminer à prendre le voile sur-le-champ ou bien à accepter le mari que la marquise de Vivaldi avait eu l’extrême bonté de choisir pour elle.
    Vous ne pourrez jamais, ajouta l’abbesse, reconnaître assez dignement la générosité de la noble dame qui vous laisse le choix entre ces deux partis. Après l’injure qu’il n’a pas dépendu de vous d’infliger à sa famille, quand vous ne deviez attendre d’elle qu’un châtiment sévère, elle vous permet d’entrer en religion parmi nous ou, si vous n’avez pas assez de vertu pour renoncer à un monde pervers, elle vous autorise à y rentrer sous la protection d’un époux dont la condition serait assortie à la vôtre.
    [/align:450c3bf8f4]

    Mais quand meme, ces religieux ! On finirait par croire que ce ne sont qu’une BaNDe de méchants vicelards qui ne trouvent de plaisir à tourmenter le monde et à causer des difficultés à tous qui les entourent.

  7. #7
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    [align=left:0664f51d4a] Elena rougit, blessée dans sa fierté, et ne daigna pas répondre. Elle se sentait profondément indignée en voyant donner à des actes de la plus injuste tyrannie les couleurs d’une indulgence généreuse. Elle ne se montra pas d’ailleurs fort troublée en apprenant les projets tramés contre elle ; car depuis son entrée à San Stefano, son courage s’attendait à tout. Ce n’était qu’en pensant à Vivaldi qu’elle se sentait faiblir et que ses maux lui paraissaient intolérables.
    - Vous ne répondez pas ? lui dit l’abbesse après avoir attendu quelques minutes. Est-il possible que vous soyez si insensible aux bontés de la marquise ? Je ne veux pas cependant vous presser trop vivement. Vous pouvez vous retirer dans votre chambre pour réfléchir mûrement à votre décision ; mais songez que vous n’avez à choisir qu’entre l’un ou l’autre des deux partis qui vous sont proposés.
    - Madame, répondit Elena avec une dignité tranquille, je n’ai besoin de demander du temps pour me décider. Ma résolution est déjà prise, et je rejette également les deux offres que vous vous êtes chargée de me transmettre. Jamais je ne me condamnerai volontairement à demeurer enfermée dans un cloître, ni à subir la dégradation dont vous me menacez. Prête à supporter tous les mauvais traitements qu’il vous plaira de m’infliger, ce n’est pas du moins de mon propre consentement que je serai malheureuse et opprimée. La conscience de mes droits et le sentiment de la justice soutiendront mon courage jusqu’au bout ; et je ne manquerai pas, soyez-en sûre, à ce que je me dois à moi-même. Vous connaissez mes résolutions, madame ; et, comme elles ne changeront pas, je ne vous en parlerai plus.
    La surprise avait empêché l’abbesse d’interrompre ces paroles si hardies. Jamais on ne lui avait tenu tête avec cette fermeté.
    - Sortez ! fut le seul mot qu’elle put dire en se levant avec impatience de son fauteuil.
    Elena, reconduite à sa cellule, se mit à repasser en esprit sa conduite avec l’abbesse et ne peut se repentir de la franchise avec laquelle elle avait défendu ses droits. Elle ‘applaudit de ne pas s’être oubliée un instant, soit en se laissant emporter par son indignation, soit en se laissant abattre par la crainte. Elle résolut d’éviter désormais toutes les scènes du même genre et de repousser par le silence les injures auxquelles elle pourrait être exposée. Des trois maux entre lesquels elle avait à choisir, sa captivité, quelque douloureuse qu’elle fût, lui semblait de beaucoup préférable au mariage dont on la menaçait, ou aux vœux perpétuels qu’on voulait lui arracher. Ce fut donc à ola résignation qu’elle essaya d’habituer son âme. Depuis son entrevue avec l’abbesse, on l’avait rigoureusement tenue séquestrer dans sa cellule ; mais, le soir du cinquième jour, on lui permit d’assister aux vêpres. En traversant le jardin pour se rendre à l’église, elle éprouva une sensation de volupté infinie à respirer librement l’air frais et à reposer ses yeux sur le feuillage et sur les fleurs.
    [/align:0664f51d4a]

    La cas de cette pauvre Elena était loin d’être unique. Beaucoup de jeunes femmes étaient obligées de choisir entre un mariage forcé et le celibat tout aussi force, quelle horreur, heureusement que cette époque est révolue !
    Mais où se cache donc notre daubette ? Dans la première phrase, pardi, et vous n’avez qu’à la lire attentivement pour trouver le pseudo d’icelle.

  8. #8
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    [align=left:48e38c1512] Elle suivit les religieuses à l’office, et se trouva placée au milieu des novices. Les chants religieux émurent son cœur et relevèrent ses esprits. Parmi les voix qui la charmaient, une surtout fixa son attention. A ses accents qui tantôt l’élevaient avec les accords solennels de l’orgue, et tantôt s’adoucissaient en se mêlant au chant timide des autres religieuses, Elena, prise de sympathie pour l’âme que cette mélodie semblait révéler, chercha parmi ses compagnes, celle qui répondait le mieux à l’idée qu’elle s’en était faite. Elle remarqua alors, à quelque distance, une religieuse agenouillée au-dessous d’une lampe qui l’éclairait à demi, et dont la figure et le maintien lui parurent d’accord avec le chant expressif qui l’avait si vivement frappée. Son voile était assez léger pour laisser entrevoir la beauté de ses traits ; ses yeux levés au ciel et son attitude recueillie exprimaient une ardente dévotion. L’hymne achevé, elle se leva et, bientôt après, Elena put la contempler sans voile et tout à fait éclairée par la lampe. Elle crut démêler sur ses traits pâles, où la langueur avait succédé aux élans de la piété, le sentiment du désespoir plutôt que celui de la résignation. Mais cette idée même, qui lui faisait supposer une situation pareille à la sienne, redoublait sa sympathie pour la religieuse. A la sortie de l’église, comme ladite religieuse passait près d’elle, la jeune fille lui jeta un regard si doux et si expressif qu’elle s’arrêta et regarda à son tour la nouvelle venue. Une faible rougeur colora un moment ses joues ; elle parut émue et tint quelque temps ses regards fixés sur Elena ; mais, obligée de suivre la procession, elle lui adressa un sourire d’adieu qui exprimait la plus tendre pitié. Elena la suivit des yeux jusqu’à la porte qui conduisait à l’appartement de l’abbesse et, quand elle fut elle-même rentrée chez elle, elle s’informa de son nom.
    - Voudriez-vous parler de sœur Olivia ? lui demanda sœur Marguerite, la religieuse qui la raccompagnait.
    - Elle est d’une figure bien agréable.
    - Sans doute, répondit sœur Marguerite d’un air pincé, mais nous avons beaucoup de sœurs aussi jolies.
    - Elle n’est plus, il est vrai, de la première jeunesse, reprit Elena, mais elle en a encore toutes les grâces et elle y joint une dignité …
    - si vous voulez dire qu’elle est d’âge moyen, reprit aigrement sœur Marguerite, ce doit être sœur Olivia, car nous sommes presque toutes plus jeunes qu’elle.
    Elena porta involontairement ses yeux sur la religieuse qui parlait ainsi ; elle vit une figure maigre et jaunie, annonçant à peu près une fille de cinquante ans, et pur à peine cacher sa surprise en retrouvant une si misérable vanité sous un extérieur si grave, à l’ombre du cloître, au milieu de passions refroidies.
    [/align:48e38c1512]

    Au fait, Smiliennes, si l’on vous avait propose ce choix horrible, qu’auriez-vous choisi ? Allez, réfléchissez cerieusement, et répondez-moi ! Zut, un fôte, on dirait ? Bon, vous devez y être habitués depuis le temps, je n’y touché donc meme pas.

  9. #9
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    [align=left:199a0d17f3] Sœur Marguerite, jalouse de l’éloge de sœur Olivia, refusa de répondre à de nouvelles questions et enferma Elena dans sa cellule. Le jour suivant, on permit encore à la prisonnière d’assister aux vêpres, et elle se sentit ranimée par l’espoir de revoir sa religieuse préférée. Elle l’aperçut en effet agenouillée au même endroit et faisant sa prière, avant que le service ne fût commencé. Elena contint avec peine son impatience. Quand la religieuse se fût levée, elle fixa sur Elena ses regards attendris, accompagnés d’un sourire si expressif que l’orpheline, oubliant le lieu où elle se trouvait, voulut quitter sa place pour s’approcher d’elle. Mais, à ce mouvement, la religieuse rabattit son voile, en une espèce de reproche qu’Elena comprit ; aussi eût-elle la prudence de se tenir à sa place pendant toute la cérémonie. Après l’office, comme on sortait de l’église, sœur Olivia passa sans paraître faire attention à elle ; aussi Elena, contristée de cette indifférence, rentra-t-elle dans sa chambre tout abattue. Devait-elle donc renoncer à une sympathie si touchante et dont l’idée seule la consolait dans sa prison ! Pendant qu’elle rêvait ainsi, elle fut distraite par le pas léger d’une personne qui s’approchait de sa cellule. La porte s’ouvrit, et elle vit entrer sœur Olivia. Tout émue, elle se leva pour aller à sa rencontre, et la religieuse lui tendit une main qu’elle serra affectueusement dans les siennes.
    - Vous n’êtes pas accoutumée aux privations ni à notre mauvaise viande, dit sœur Olivia d’un ton de compassion, en posant sur la table une petite corbeille qui contenait quelques provisions.
    - Je vous comprends, dit Elena, avec un regard de reconnaissance. Vous avez un cœur accessible à la pitié ; ayant souffert vous-même, vous êtes heureuse d’adoucir les souffrances des autres. Ah ! que ne puis-je vous exprimer combien je suis touchée des sentiments que vous me témoignez !
    Des larmes l’interrompirent. Sœur Olivia lui pressa la main, la regarda quelque temps en silence avec une sorte d’agitation, puis lui dit avec un sourire même de quelque gravité :
    - Vous jugez bien de ce que j’éprouve, mon enfant. Je partage en effet vos peines, car vous étiez sans doute destinée à une vie plus heureuse que celle qui vous est réservée dans ce cloître.
    Elle s’interrompit brusquement, comme si elle craignait d’un avoir trop dit. Puis elle reprit :
    - Rassurez-vous cependant ; et si vous trouvez quelque consolation à savoir qu’il y a près de vous une amie, souvenez-vous que je suis cette amie. Mais gardez cela pour vous seule. Je viendrai vous voir aussi souvent que je le pourrai. Seulement, ne parlez pas de moi ; et si mes visites sont courtes, ne me pressez jamais de les prolonger.
    - Que de bontés ! s’écria Elena. Vous viendrez me voir ! vous prenez intérêt à mes malheurs !
    - Chut ! dit la religieuse. Je puis être observée. Bonne nuit, ma chère sœur, et que Dieu vous envoie un sommeil paisible.
    [/align:199a0d17f3]

    Ah, ces couvents où des religieuses devaient être humbles, sortir avec la sEBIlle et demander l’aumône, étaient en fait les habitacles des passions tout ce qu’il y a de condemnables : orgueul, cruauté, vanité, vraiment !

  10. #10
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    [align=left:a7f52235de] Le cœur d’Elena, fermé et assuré contre les insultes de l’abbesse, s’amollit à ces témoignages d’une affection compatissante. De douces larmes lui apportèrent un peu de soulagement, et quelque espoir commença à renaître en son âme. Le lendemain matin, elle s’aperçut que la porte de sa cellule n’avait pas été fermée à clef ; elle s’habilla à la hâte et sortit. Sa chambre donnait sur un passage qui communiquait avec le bâtiment principal ; mais la porte de ce passage était fermée. Elena se trouvait donc prisonnière comme auparavant. Seulement, elle pensa que sœur Olivia d’avait pas fermé à clef sa chambre afin de lui ménager un peu plus d’espace pour se promener, et elle lui sut gré de cette attention. En avançant dans le corridor, elle aperçut, à l’un de ses bouts, un petit escalier. Elle monta et se trouva dans une petite chambre qui ne lui présenta d’abord rien de remarquable ; mais, en s’approchant de la fenêtre, elle découvrit un horizon immense et un paysage dont la beauté fit sur elle une vive impression. Elle reconnut que cette chambre se trouvait dans une petite tourelle en saillie, à l’un des angles de l’édifice, et qu’elle était comme suspendue au-dessus des rochers de granit dont la montagne était formée. Quelques-uns de ces rochers surplombaient le vide, comme prêts à s’écrouler ; d’autres, taillés à pic, supportaient les murs du monastère.
    Bientôt l’attention d’Elena dut distraite par un bruit de pas dans le corridor. Elle se hâta de redescendre, pendant que c’était sœur Marguerite qui lui apportait son déjeuner. Elle ne se trompait pas. La sœur, étonnée, lui demanda comment elle avait ouvert la porte de sa chambre et où elle était allée. Elena lui répondit avec franchise qu’elle avait trouvé cette porte ouverte et qu’elle était montée jusqu’à une petite tour. Sœur Marguerite la réprimanda durement et quitta la chambre, après avoir eu soin de la refermer à clef. Elena fut ainsi privée de la consolation qu’elle avait goûtée un moment dans la tourelle. Pendant plusieurs jours, elle ne vit absolument que sa sévère geôlière, si ce n’est à l’heure des vêpres où elle était observée avec tant de vigilance qu’elle n’osa dire un seul mot à sœur Olivia, ni même lui parler des yeux. Ceux de sœur Olivia étaient souvent fixés sur elle avec une expression que l’orpheline ne sut pas bien définir ; elle crut y voir plus que de la compassion : c’était comme une sorte d’angoisse. Après être sortie de l’église, elle resta encore seule toute la soirée. Mais le lendemain matin, elle vit sœur Olivia entrer dans sa cellule ; elle lui apportait à déjeuner. Une profonde tristesse était empreinte sur ses traits.
    - Ah ! que je suis heureuse de vous voir, s’écria Elena, et combien j’ai souffert d’une si longue séparation !
    - Je viens sur l’ordre de notre abbesse, dit sœur Olivia avec un sourire mélancolique, en s’asseyant sur la couchette de la jeune fille.
    - Est-ce donc contre votre gré que vous venez me visiter ? demanda tristement Elena.
    - Non sans doute, mais … et elle hésita.
    [/align:a7f52235de]

    Cette pauvre Elena qui n’a que des problEMEs rest bien réconforté par la visite de soeur Olivia, et heureusement, car elle devait se sentir bien seule, la pauvrette !

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