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  1. #1
    Senior Member Jedi Trader Avatar de xenia
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    Les daubinettes fêtent le triomphe de la justice

    Bonjour à tous.
    Aujourd’hui, c’est la rentrée, et on termine la publication de notre feuilletton d’été.
    Pour les images, j’ai choisi l’un des plus grands peintres de tous les temps et tous les pays – il s’agit de Diago Velasquez, né en 1599 à Séville. Il entra en apprentissage en 1611 chez F. Pacheco, maître sévillan reconnu.
    En 1618, il obtient sa licence de peintre. Dès lors, dans un style hérité du Caravage, et dans une veine réaliste, il crée plusieurs chefs d’œuvre dont le fameux « Aquador de Sevilla » ou « Adoration des Mages ».
    En 1623, il est remarqué par le favori du roi Philippe IV, le comte d’Olivares. Après un portrait du roi très apprécié, il est nommé Peintre du roi en 1623. Il se lance alors dans des portraits royaux magnifiques.
    En 1628, sa rencontre avec Rubens a été décisive : il décide de partir en Italie. Ce séjour de deux ans lui permet de découvrir les eintres véniciens – Titien, le Tintoret, Véronèse.
    De retour à Madrid, il est sollicité pour décorer les palais royaux.
    En 1649, il repart en Italie pour acheter des tableaux pour Philippe IV. C’est à ce moment-là qu’il peint sa célèbre « Vénus au miroir » (coucou Eve !).
    Il s’éteint le 7 apût 1660 chez lui à Madrid. Oublié au XVII siècle, il a été redécouvert par les impressionnistes dont Manet qui a dit de lui qu’ « il est le peintre des peintres » …


    [align=left:8708b18407]
    Ils arrivèrent bientôt à une ville où le religieux se procura un habit séculier pour continuer son voyage. Là, ils étaient encore à quelques journées de Naples. La route qu’ils prirent pour s’y rendre était tracée sur des bruyères désertes. Durant toute la matinée, ils n’avaient pas rencontré un seul voyageur ; et l’après-midi était déjà fort avancé quand le guide leur montra dans l’éloignement les murailles d’un édifice grisâtre situé sur le penchant d’un coteau. Ils s’en approchèrent, espérant trouver là quelque couvent hospitalier, mais ils n’aperçurent que les ruines d’un ancien château qui leur parut inhabité. Les voyageurs s’arrêtèrent donc dans la cour où, assis à l’ombre des palmiers, sur les débris d’une fontaine en marbre, ils se partagèrent quelques provisions tirées de la valise du guide. Elena, pendant ce frugal repas, contemplait les restes d’une tour écroulée, lorsque dans une sorte de passage obscur ménagé entre deux pans de murailles, elle aperçut, grâce à quelques rayons de jour qui y pénétraient, un homme dans lequel elle reconnut encore la figure et la démarche de Spalatro. Elle s’écria, mais il disparut ; et, quand Schedoni jeta les yeux vers le même endroit, il ne vit plus, ni n’entendit rien.
    Elena n’hésita pas à affirmer qu’elle avait vu Spalatro ; et Schedoni, persuadé que, si c’était lui, il ne pouvait avoir que de mauvais desseins, se leva et pénétra avec le guide dans le défilé, laissant Elena seule dans la cour. A peine l’avait-il quittée qu’elle fut frappé du danger qu’il courait dans cette obscurité où un meurtrier invisible pouvait l’attendre, et elle le rappela à grands cris, mais il ne répondit point. Trop inquiète pour demeurer en place, elle courut vers le passage, cherchant à percer les ténèbres, et elle hésitait à s’engager plus avant lorsqu’un faible cri qui semblait venir de l’intérieur de l’édifice frappa ses oreilles. Au même moment, elle entendit un coup de pistolet, ensuite un gémissement prolongé. Incapable de faire un pas, elle demeura comme clouée sur place. Bientôt elle entendit de nouveaux gémissements qui se rapprochaient par degrés et vit sortir d’une autre partie des ruines un homme blessé qui traversa la cour.
    Un éblouissement subit l’empêcha de le bien distinguer ; elle recula de quelques pas en chancelant et s’appuya sur un tronçon de colonne. Cette sorte d’anéantissement dura quelques minutes, après quoi elle s’entendit appeler et vit Schedoni sortir du même côté de l’édifice et venir à elle. Il lui prit les mains en lui disant :
    - Avez-vous vu passer quelqu’un ?
    - Oui, dit-elle, j’ai vu un homme blessé traverser la cour, et j’ai craint un instant que ce ne fût vous.
    - Vous êtes sûre qu’il est blessé ? reprit le moine.
    - Trop sûre, dit faiblement Elena. Mais je vous en prie, partons tout de suite, et épargnez ce malheureux.
    - Que j’épargne un assassin ! répondit Schedoni avec impatience.
    - Un assassin ! il a donc attenté à votre vie ?
    Schedoni ne répondit pas ; mais, quittant la cour brusquement, il examina les traces de sang qui se perdaient dans les hautes herbes jusqu’à l’entrée des caveaux souterrains où il eût été inutile, sinon imprudent, de s’engager. Cette vaine recherche le rendit soucieux ; enfin il se décida à aller avec le guide reprendre les chevaux où ils les avaient laissés. Ils furent longtemps trop occupés des impressions qu’ils venaient de recevoir pour renouer l’entretien.
    [/align:8708b18407]

    Oh la la, quel scélérat tout de meme que ce Schdoni, un être vraiment malfaisant ! Il serait intéressant de savoir ce qui l’a fait si mal tourner, mais pour cela, je pense qu’il faut connaître son passé, et c’est là que notre daubinette initiale pourrait nous aider, elle qui se consacre aux antécédants de l’humanité toute entière, si l’ont peut dire.

  2. #2
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    [align=left:b40ca85769]A la fin cependant, Elena s’informa de ce qui s’était passé ; elle apprit que Schedoni, poursuivant Spalatro dans le défilé, n’avait fait que l’entre voir, et que le bandit lui avait échappé par des détours.
    - Nous avons eu assez de peine, dit le guide, à courir après ce coquin-là. Mais vous lui avez coupé les ailes, signor, et il ne pourra pas nous suivre de longtemps, car votre coup de pistolet l’a frappé à l’épaule.
    - Dangereusement ?
    - Mortellement peut-être. Il sera allé mourir dans quelque coin de ces ruines.
    Elena crut remarquer alors comme un sourire indéfinissable sur la figure de Schedoni. Etait-il possible qu’un religieux se réjouît à l’idée de la mort d’un homme ? Mais le guide bavard ne lui laissa pas le temps de s’abandonner à ses réflexions.
    - Ce Spalatro, continua-t-il, est un coquin qui aurait mérité une fin moins honnête.
    - Tu le connais ? demanda vivement Schedoni. J’avais cru que tu n’avais avec cet homme-là aucune relation.
    - Oui et non, dit le paysan. Mais j’en sais plus long qu’il ne pense sur son compte.
    - Ah ! fit le confesseur, non sans un certain frémissement. Tu parais bien instruit des affaires les autres.
    - Cet homme vient quelquefois au marché de notre ville, répliqua le paysan, et pendant longtemps personne n’a su d’où il venait. Mais on s’est mis sur sa piste et l’on a découvert sa demeure. Une maison au bord de la mer, qui était restée longtemps fermée, et où il s’était passé autrefois d’étranges choses !...
    La curiosité d’Elena était vivement excitée. Voyant que Schedoni, distrait en apparence, n’insistait pas pour faire parler le paysan, elle le pressa elle-même de s’expliquer. Il ne demandait pas mieux.
    - Il y a déjà bien des années, dit-il, une nuit orageuse du mois de décembre, Marco Torma était allé pécher. Marco, signora, était un brave homme qui habitait notre ville quand j’étais encore petit garçon, mais qui, à l’époque où l’histoire arriva, demeurait sur le bord de la mer Adriatique où il était pécheur de profession. Le vieux Marco était donc allé pécher. La nuit était noire et il se hâtait de revenir à la côte avec le poisson qu’il avait pris. Il tombait une pluie battante et le vent soufflait avec violence. Marco marcha quelque temps sans voir aucune lumière et sans entendre d’autre bruit que celui du flot qui battait les récifs. A la fin, il se détermina à chercher un abri sous une petite roche. Pendant qu’il se tenait là tapi, il crut entendre quelqu’un venir et il leva la tête : il aperçut alors une faible lumière qui s’approcha et passa devant l’endroit où il était caché, et distingua un homme qui tenait à la main une lanterne sourde.
    Sa frayeur fut grande en voyant l’homme s’arrêter tout près de lui pour se décharger d’un fardeau ; ce fardeau était un grand sac qui paraissait très lourd, car l’homme était fatigué et essoufflé.
    - Qu’y avait-il dans ce sac ? interrompit Schedoni avec une feinte indifférence.
    - Vous allez le savoir, signor. Le vieux Marco se tenait coi, sans souffler. Peu d’instants après, il vit l’homme recharger le sac sur ses épaules et se remettre en marche le long de la côte. Enfin il le perdit de vue.
    [/align:b40ca85769]

    Et notre pauvre Elena, les dangers qu’elle a encouru sont innombrables, et le résultat ? Eh bien, pas une seule égratignure, faut le faire non ? C’est à croire qu’elle bénéficie de la bienveillance d’une divinité puissante qui la protège. Il se peut meme que pour le faire, ladute divinité utilise notre seconde daubette.

  3. #3
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    [align=left:062ffe6151]
    - Qu’a de commun cet homme avec Spalatro ? dit Schedoni avec humeur et comme pour mettre fin au récit.
    - Cela viendra en son temps, signor, répliqua le paysan. Quand l’orage fut un peu calmé, Marco quitta son abri et suivit le même chemin que l’homme au sac, cherchant quelque part une maison habitée. Bientôt il aperçut une lumière à peu de distance et se dirigea vers la demeure d’où elle partait. Arrivé à la porte, il frappa doucement, mais personne ne répondit. Il pleuvait à torrents ; la porte, qui n’était pas fermée à clef, s’entrouvrit, et le pécheur se décida à entrer. Il s’avança à tâtons et ne vit ni n’entendit personne. Enfin, il parvint à une chambre à demi éclairée par un reste de feu qui brûlait dans l’âtre, puis il entendit venir quelqu’un ; un homme entra avec une lumière, et le pécheur s’avança pour lui demander la permission de s’abriter sous son toit … Marco dit qu’à l’aspect d’un étranger, l’homme de la maison devint blanc comme un linge ; mais Marco lui offrit le produit de sa pêche, alors il parut se remettre et s’occupa d’attiser le feu pour faire cuire le poisson. L’idée vint au pêcheur que cet homme était le même qu’il avait vu sur le rivage, et il n’en douta plus quand il aperçut le sac dressé dans un coin contre le mur. Le maître du logis, qui avait invité le pêcheur à souper, s’absenta un instant pour aller chercher les assiettes, mais il emporta la lumière. Pendant ce temps, Marco, poussé par la curiosité, s’approcha du sac et essaya de le soulever, mais il le trouva fort pesant, quoiqu’il ne fût pas plein, et le laissa retomber lourdement par terre. Craignant que l’homme ne revînt et ne s’en aperçût, il redressa bien vite le sac contre le mur ; mais, dans ce mouvement, il l’entrouvrit … Jugez de son épouvante lorsqu’il sentit de la chair froide et qu’à la lueur du feu, il distingua les traits décomposés d’un cadavre !... O signor ! Marco fut si effrayé qu’il savait à peine où il était et qu’il se mit à trembler et devint tut pâle … Oh ! mais pâle … Tenez, comme vous l’êtes maintenant !
    Et, en effet, Schedoni frémissait de tous ses membres et sa figure livide se contractait affreusement. Elena, qui avait poussé un cri d’horreur, était trop vivement affectée elle-même pour s’étonner du trouble répandu sur les traits du moine qui baissa son capuchon.
    Le paysan continua au milieu du silence de ses auditeurs :
    - Marco n’eut pas la force de refermer le sac ; mais à peine eut-il rassemblé ses esprits qu’il se hâta de fuir par une autre porte et courut droit devant lui sans s’inquiéter du chemin. Il erra toute la nuit dans le bois. Rentré enfin chez lui, accablé de fatigue et de terreur, il fut saisi d’une fièvre avec transport au cerveau et dont il faillit mourir. Peu de temps après, on se mit à faire des recherches. Mais que pouvaient de pauvres gens qui n’avaient aucune preuve en main ? On visita avec soin la maison, mais l’homme n’y était plus et on ne trouva rien. C’est alors que la maison fut fermée, et elle resta ainsi jusqu’à ce que plusieurs années après, Spalatro vint s’y installer. Et le vieux Marco dit maintenant, à qui veut l’entendre, que ce Spalatro est le même homme qui l’a reçu dans la nuit de décembre.
    - Lui ! cet homme ! s’écria Elena, frissonnant au souvenir de la nuit qu’elle avait passée dans cette maison où elle avait été menacée aussi par le poignard d’un assassin.
    - Schedoni avait repris tout son empire sur lui-même. Il traita de conte et de vision le récit du guide. Et peu de temps après, comme on suivait des chemins plus fréquentés où cet homme cessait de lui être nécessaire, il lui paya son salaire et le congédia.
    [/align:062ffe6151]

    Un drôle d’oiseau que ce Spalatro hein ? Est-ce que sa détention à la maison de cet malfrat sera l’uLTIme épreuve pour Elena ou d’autres mésaventures l’attendent ? Vous le saurez très bientôt, mes amis.

  4. #4
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    [align=left:03a7d2751a] Elena cependant, plus rassurée à mesure qu’elle se rapprochait de Naples, songeait aux moyens de se rendre soit à la villa Altieri, soit au couvent de Santa Maria de la Pietà. Comme on s’était arrêté pour dîner dans un village assez important et qu’elle entendait Schedoni s’informer des couvents qui se trouvaient aux environs, elle se hasarda à lui exprimer ce désir. Schedoni reconnut alors que, dans l’intérêt de sa propre sûreté, il valait mieux la laisser retourner à la villa Altieri, d’où elle pouvait se réfugier au monastère de la Pietà, que de la placer dans une autre communauté où il serait obligé de la présenter lui-même. La seule objection contre ce plan était la crainte qu’elle ne fût découverte par la marquise ; mais de toute façon ne fallait-il pas donner quelque chose au hasard ? De tous les partis à prendre, celui qu’elle lui suggérait était encore le meilleur. L’arrivée d’Elena dans une maison respectable, où elle était connue depuis son enfance, n’exciterait aucune curiosité ni aucune recherche sur sa famille, et le secret de Schedoni y serait moins menacé que partout ailleurs. Comme c’était là l’objet principal de ses inquiétudes, il décida qu’Elena se retirerait au couvent de la Pietà. Le reste du voyage se passa sans autre accident. Schedoni s’était arrangé de manière à n’arriver à Naples que vers le soir, et il était nuit close lorsqu’il s’arrêta à la porte de la villa Altieri. Elena revit avec une vive émotion la maison d’où elle avait été si violemment arrachée. Elle y retrouva sa vieille Béatrice, dont l’accueil fut aussi joyeux que l’eût été celui de sa tante. Schedoni, qui avait repris son habit religieux, la quitta en l’assurant que, s’il apprenait quelque chose du sort de Vivaldi, il le lui ferait aussitôt connaître. Il ajouta qu’il ne reviendrait pas la voir jusqu’à ce qu’il jugeât convenable d’avouer tout haut qu’il était son père. En attendant, il promettait de lui écrire, et il lui donna une adresse où elle pourrait lui faire parvenir de ses nouvelles sous un nom supposé. Il lui enjoignit, en outre, de garder sur sa naissance, pour sa propre sûreté, un secret absolu et de se rendre dès le lendemain au couvent de la Pietà.
    Ces divers ordres lui furent intimés d’une voix très ferme pour la convaincre de la nécessité d’y obéir, et cela ne laissa pas de lui causer quelque étonnement.
    Schedoni lui fit ses adieux et retourna à son couvent, où il expliqua sa longue absence par un pieux pèlerinage. Reçu sans défiance par ses frères, il redevint l’austère et vénérable père Schedoni du couvent de Spirito Santo. L’affaire dont il avait maintenant à s’occuper était de se justifier auprès de la marquise, de bien mesurer les révélations qu’il serait prudent de lui faire d’abord, et de se rendre maître de son esprit quand elle viendrait à découvrir la vérité tout entière. Il fallait aussi travailler à obtenir la liberté de Vivaldi ; mais la conduite à tenir sur ce point dépendrait du résultat de sa conférence avec la marquise. Il se décida donc, quelque pénible que fût pour lui la perspective d’une explication, à voir cette femme dès le lendemain matin, et il passa la nuit à préparer les arguments dont il pourrait se servir pour l’amener à ses nouvelles fins.
    En arrivant au palais Vivaldi, Schedoni apprit que la marquise était dans une de ses maisons de campagne sur la baie, et il s’y rendit aussitôt. Il la trouva é »tendue sur un sofa, près d’une fenêtre ouverte, les yeux fixés sur le magnifique panorama qui se déroulait devant elle, mais insensible à ce beau spectacle, tout absorbée qu’elle était au-dedans d’elle-même par les images fantastiques que ses passions semblaient évoquer. Ses traits étaient altérés par un mélange de mécontentement et de langueur. Elle accueillit le confesseur avec un sourire contraint, et lui tendit une main qu’il ne put prendre sans frissonner.
    [/align:03a7d2751a]

    En plus, ce goujat de Schedoni a développé tout un réseau criminel qui l’assiste dans son activité hautement reprehensible ! Heureusement que, à la difference de notre petite troisième, il n’avait pas accès aux moyen de communication modernes, sinon les carottes seraient totalement cuites pour nos amoureux, alors que là, l’espoir d’un happy end demeure entire.

  5. #5
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    5

    [align=left:1f0efc4ae7]- Mon cher père, lui dit-elle, je suis fort aise de vous revoir. Vos bonnes paroles m’ont bien fait défaut ces derniers temps et c’est aujourd’hui plus que jamais que je sens le besoin de les entendre.
    Elle fit signe au domestique de se retirer, tandis que Schedoni, debout près de la fenêtre, s’efforçait de cacher son agitation. Quelques mots obligeants de la marquise le rappelèrent à lui-même. Il retrouva bientôt son sang-froid et sa présence d’esprit, et s’assit près de la marquise. Après l’échange des premiers compliments, il se fit un silence de quelques minutes. Ni l’un ni l’autre n’osait aborder le sujet qui occupait exclusivement sa pensée et sur lequel leurs intérêts respectifs étaient devenus tout à coup si contraires. Si Schedoni eût été moins dominé par ses propres sentiments, il aurait remarqué le tremblement et la rougeur de la marquise qui, craignant de demander si Elena existait encore, détournait les yeux de celui qu’elle croyait son meurtrier. De son côté, Schedoni, non moins troublé, évitait soigneusement les regards de cette femme qui lui inspirait une aversion toute nouvelle. Chaque moment de silence augmentait sa perplexité. Il n’osait prononcer le nom d’Elena, ni avouer qu’elle était encore vivante ; et pourtant, il se méprisait d’éprouver une semblable crainte, frémissant au souvenir de l’action qui l’avait amené à une situation si critique.
    Il ne savait pas non plus comment s’y prendre pour informer la marquise de la découverte qu’il avait faite de la naissance d’Elena, ni pour lui suggérer qu’elle pourrait être unie à son amant sans que l’honneur de la famille Vivaldi ne fût atteint. Cette révélation devait être ménagée de manière à ne pas froisser trop brusquement l’orgueil de la marquise. Il fallait aussi prévenir le chagrin que lui causerait l’échec de ses premiers desseins. Il méditait sur ces divers sujets, quand la marquise rompit le silence la première.
    - Mon père, dit-elle avec un soupir et en tenant les yeux baissés, j’ai toujours trouvé en vous un consolateur dans mes afflictions. En sera-t-il de même aujourd’hui ? Vous savez quelles inquiétudes me tourmentent depuis longtemps. Puis-je, dites-moi, puis-je savoir si la cause en subsiste encore ?
    Elle s’arrêta un instant, et reprit :
    - M’est-il permis d’espérer que mon fils ne sera plus entraîné à méconnaître ses devoirs ?
    Schedoni demeura un moment sans répondre, puis, mesurant ses paroles :
    - Madame, dit-il, je puis vous assurer que l’objet principal de vos inquiétudes est maintenant écarté.
    - Ah ! s’écria la marquise, se méprenant sur le sens de cette phrase. Est-elle morte ? Est-ce là ce que vous voulez dire ?
    Et comme il tressaillait en gardant le silence :
    - Parlez donc, ajouta-t-elle, mon cher père, dissipez mes craintes. Dites-moi si vous avez réussi et si elle a subi le châtiment qu’elle méritait.
    - J’ai réussi, madame, quant à l’objet important, répondit Schedoni en détournant les yeux avec une sourde indignation. Sachez que votre fils n’est plus disposé à contracter une alliance indigne de vous.
    - Mais quoi, repartit la marquise, que voulez-vous me faire entendre ? Votre succès ne serait-il pas complet ?
    - Je ne puis dire cela, dit Schedoni, puisque d’une part l’honneur de votre maison est sauf et que, de l’autre, on a pu … sauver les jours …
    Il balbutia plutôt qu’il ne prononça ces derniers mots, se représentant l’instant fatal où, le poignard levé sur Elena, il l’avait reconnue pour sa fille.
    - Sauver les jours !... répéta la marquise. Expliquez-vous, mon père.
    - Elle vit, madame, répondit Schedoni avec effort. Cependant vous n’avez plus rien à craindre d’elle.
    [/align:1f0efc4ae7]

    La méchante créature est visiblement mécontente que son plan n’ait pas été realise, ma parole, elle n’a pas plus de conscience qu’une COXinelle, ni plus de cervelle non plus !

  6. #6
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    6

    [align=left:71b6a480bf] - Vos réponses sont des énigmes, mon père, reprit la marquise avec impatience. Cette fille existe, dites-vous ? Soit, j’entends cela ; mais quand vous ajoutez que je n’ai rien à craindre …
    - Je dis aussi la vérité, madame, et la bonté de votre cœur doit applaudir que la miséricorde ait pu se concilier avec la justice.
    - Voilà des sentiments, dit la marquise en trahissant son irritation, que peuvent être bien placés en de certaines circonstances. Ce sont de ces habits de fête que l’on endosse quand le temps est beau ; mais ici l’horizon est chargé de nuages ; la simplicité est de mise, et je ne veux me revêtir que de raison et de bon sens. Faites-moi connaître ce qui a amené ce changement dans vos résolutions, et venons-en au fait, je vous prie.
    Schedoni exposa alors avec toute l’adresse possible, et sans se trahir lui-même, toutes les circonstances capables de relever la famille d’Elena et d’affaiblir la répugnance de la marquise pour le mariage que son fils avait voulu contracter, espérant l’amener ainsi à consentir à cette union. Il joignit à ces révélations un récit, habilement arrangé, de la manière dont il avait découvert la nouvelle situation des choses. La marquise ayant peine à se contenir, attendait impatiemment que Schedoni eût fini de parler.
    - Mon père, dit-elle quand le récit fut achevé, est-il possible que vous vous soyez laissé prendre aux artifices d’une fille qui avait tout intérêt à vous abuser pour détourner d’elle le danger ? Comment un homme de votre expérience a-t-il pu ajouter fois à de pareilles fables ? Dites plutôt, mon père, que vos résolutions ont faibli au moment de les accomplir et que vous cherchez maintenant une excuse à votre faiblesse.
    - Madame, répliqua gravement Schedoni, je ne suis pas homme à me contenter de fausses apparences et encore moins à renoncer par faiblesse à un acte de justice que j’aurais jugé nécessaire. Et quant à votre dernier reproche, mon caractère me défend assez, je le pense, contre toute imputation de fausseté.
    La marquise s’aperçut qu’elle était allée trop loin. Elle se justifia en alléguant ses inquiétudes maternelles, et le religieux accepta volontiers ses excuses. Chacun regardant leur bonne intelligence mutuelle comme nécessaire à sa sûreté. Schedoni dit alors que ce qu’il avait avancé de l’origine d’Elena ne reposait pas uniquement sur les assertions de la jeune fille, mais qu’il avait des preuves sérieuses à l’appui de ces assertions, entre autres certaines particularités, qu’il crut pouvoir révéler sans crainte qu’on soupçonnât qu’il s’agissait de sa propre famille. La marquise sans être au fond ni apaisée, ni convaincue, sur assez bien contenir ses sentiments pour l’écouter tranquillement. De sorte que Schedoni, encouragé par ce calme apparent, en vint à dire qu’autant il avait montré de zèle pour s’opposer à cette union lorsqu’il y voyait une mésalliance, autant il serait disposé à l’approuver aujourd’hui.
    - Je m’en remets d’ailleurs, ajouta-t-il, à la justesse ordinaire de votre jugement, madame, et je ne doute pas que, lorsque vous aurez pesé mûrement la question, vous ne tombiez d’accord avec moi que toute autre considération doit céder à celle du bonheur de votre cher fils.
    La chaleur que mettait le confesseur à plaider la cause de Vivaldi étonna quelque peu la marquise ; mais, sans le faire s’expliquer davantage sur ce point, elle lui demanda ce qu’était devenue Elena. Il était trop habile pour répondre directement à cette question, quelque précise qu’elle fût. Il s’efforça de détourner de nouveau l’attention de la marquise sur Vivaldi : cependant, il n’osa pas lui apprendre que son fils était enfermé dans la prison de l’Inquisition.
    [/align:71b6a480bf]

    Tiens tiens, le Schedoni qui defend son volte-passe avec beaucoup d’a propos ; c’est à croire qu’il a bénéficié de conseils de notre daubinette n° 6 qui a constitué, m’a-t-on dit, une équipe pour faire du consulting en logique, et il est bien vrai son patronyme le laisserait entendre, mais en fait, je ne suis pas sûre que ce soit vrai.

  7. #7
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    7

    [align=left:55bf326df0] La marquise, croyant que le jeune homme était encore à la recherche d’Elena, multiplia les questions à son sujet ; mais toujours Schedoni les éludait, gardant dans ses réponses une prudente circonspection. Il s’informa de son côté comment le marquis avait supporté l’absence de son fils. Le marquis avait souffert, et comme père et comme chef d’une illustre famille, de la disparition du jeune homme qu’il croyait aussi sur les traces d’Elena. Mais ses nombreuses et importantes occupations faisaient quelque diversion à ses sentiments. Il avait dépêché quelques émissaires à la recherche de Vivaldi, et continuait de se livrer à sa vie ordinaire d’homme de monde et de cour.
    Avant de prendre pongé de la marquise, Schedoni hasarda encore quelques mots sur l’attachement de Vivaldi pour Elena, en essayant de plaider leur cause. La marquise parut d’abord ne pas écouter ; puis, sortant de sa rêverie :
    - Mon père, dit-elle, c’est selon moi, un mauvais calcul que d’avoir placé cette jeune fille au lieu où son amant ne peut manquer de la découvrir.
    - En quelque endroit qu’elle soit, répondit Schedoni, qui sentit l’intention interrogative de cette phrase, il sera difficile en effet de la lui cacher longtemps.
    - Il fallait au moins, reprit la marquise, la tenir plus éloignée de Naples.
    Et comme le moine ne répondait rien, elle ajouta :
    - Car il n’y a pas grande distance, n’est-il pas vrai, du palais Vivaldi au couvent de la Pietà ?
    Quoique le confesseur pensât bien qu’elle feignait d’être instruite du lieu de la retraite d’Elena pour tirer de lui cette révélation, il ne put s’empêcher de tressaillir. Mais il se remit aussitôt et répliqua :
    - J’ignore à quelle distance est la maison dont vous parlez ; je n’en connaissais même pas l’existence. Il paraît cependant, d’après ce que vous me dites, que cette communauté serait très près d’ici. Dès lors on a dû l’éviter plus que tout autre. La plus simple prudence en faisait une loi.
    Pendant qu’il parlait, la marquise l’observait attentivement, sans pouvoir surprendre sur ses traits ni dans son accent aucun indice de dissimulation.
    - Mon père, dit-elle, je suis peut-être excusable de me défier de votre prudence dans cette occasion, puisque vous venez de me donner la preuve que vous en avez manqué dans une autre.
    Elle voulut ensuite détourner la conversation ; mais Schedoni, craignant qu’elle ne s’affermît dans ses soupçons sur le refuge choisi par Elena, s’efforça de lui donner le change à ce sujet. Non seulement il nia le fait de sa résidence au couvent de la Pietà, mais encore il assura hardiment qu’elle était à quelque distance de Naples dans un monastère qu’il désigna sous un nom supposé, maison si peu connue, ajouta-t-il, qu’elle s’y trouverait à l’abri de toutes les poursuites de Vivaldi.
    - Vous avez raison, mon père, dit ironiquement la marquise, il sera difficile à mon fils de découvrir cette fille dans le lieu que vous venez de nommer.
    Après avoir échangé encore quelques paroles banales avec sa pénitente, le confesseur la quitta pour retourner à Naples. Chemin faisant, il repassa dans son esprit tous les détails de leur entretien, et la conclusion de cet examen fut la résolution qu’il prit de ne plus revenir sur ce sujet et de célébrer au plus vite, à l’insu de la marquise, le mariage des deux jeunes gens.
    De son côté, la marquise, après le départ de Schedoni, demeura absorbée dans ses réflexions. Ce changement si prompt dans la conduite et les paroles du moine ne laissait pas que de l’inquiéter. Elle en cherchait vainement l’explication. Voyant bien u’elle ne pouvait plus avoir confiance en lui pour cette affaire, elle résolut, comme lui, de ne plus toucher à ce sujet de conversation dans leurs entrevues, mais de se conduire à son égard comme auparavant, en lui laissant croire qu’elle avait renoncé à poursuivre Elena.
    Cependant l’objet de tant de passions contraire, la pauvre Elena, docile aux ordres de Schedoni, quitta la villa Altieri, le lendemain de son arrivée, et se rendit au couvent de la Pietà. L’abbesse la reçut avec autant de joie et d’empressement qu’elle avait ressenti de peine à la nouvelle de son enlèvement. Si les soins et les attentions d’une amitié délicate avaient pu rendre le calme à son âme, la jeune fille se serait presque trouvée heureuse au sein de cette communauté qui se distinguait de la plupart des autres par la paix et l’harmonie qu’y maintenant la sagesse de la supérieure. Cette femme était un modèle de l’influence qu’une âme élevée peut exercer et de l’étendue du bien qu’elle peut faire. Le couvent qui l’avait à sa tête paraissait n’être qu’une grande famille dont elle était la mère, plutôt qu’une réunion de personnes étrangères les unes aux autres.
    [/align:55bf326df0]

    Au fait, avez-vous apprécié les efforts de Vivaldi pour retrouver et délivrer la jeune fille ? Normal qu’il ne ménage pas sa peine, n’est-ce pas ? puisque la beauté et la vertu n’ont pas de prix, contrairement à la matière à laquelle s’est dédiée notre petite valeur n° 7.

  8. #8
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    8

    [align=left:121ccfa99c] La situation de la maison n’offrait pas moins d’attrait que l’intérieur de la communauté. C’était un vaste domaine planté d’oliviers et de vignobles, où se voyaient aussi des jardins d’agrément qui occupaient le penchant d’un coteau, sur une étendue de près d’un mille, et descendaient en amphithéâtre jusqu’au village. Une terrasse, ombragée d’acacias et de platanes, était la promenade favorite d’Elena. De là, elle pouvait contempler la villa Altieri, évoquant sa bonne tante et les douces heures qu’elle y avait passées près d’elle et de Vivaldi. Là, seule, échappant à tous les regards, elle s’abandonnait à sa mélancolie. Quelquefois à l’aide de ses livres ou de ses crayons, elle cherchait à tromper ses inquiétudes sur le sort de son amant dont elle n’avait pas de nouvelles malgré les promesses de Schedoni. Et, quand son imagination se reportait sur les scènes qui lui avaient fait découvrir sa famille, elle croyait se rappeler un rêve terrible plutôt que des événements véritables. A certains moments, l’idée qu’elle était la fille de Schedoni lui causait une impression d’effroi dont elle n’était pas maîtresse. Les premières émotions qu’elle avait éprouvées à sa vue avaient été si étrangères à la tendresse filiale qu’elle ne pouvait trouver dans son cœur les sentiments d’amour et de vénération que devait exciter le titre sacré de père.
    Parmi ses compagnes plusieurs lui étaient chères ; mais aucune ne lui inspirait une affection aussi tendre que celle qu’elle conservait pour sœur Olivia dont le souvenir lui était toujours présent. Elle regrettait amèrement que cette excellente amie ne fût pas religieuse au couvent de la pietà plutôt qu’à Sans Stefano. Son cœur était partagé entre ce doux souvenir et l’effroi que lui inspirait la marquise dont le caractère ne lui était que trop connu, quoiqu’elle ignorât une partie de la vérité. Elle s’efforçait cependant d’adoucir l’idée terrible qu’elle s’était faite de la haine que lui portait la mère de Vivaldi. Si elle avait su jusqu’où cette haine, suscitée par l’orgueil de race, avait entraîné la marquise, elle se fût ensevelie pour jamais dans le cloître, parmi les saintes sœurs qui lui donnaient asile. Quelquefois même, comme si elle eût eu la prescience d’un grand malheur, elle s’appliquait à envisager avec résignation la nécessité qui pourrait se présenter de prendre ce parti extrême. En tout cas, si l’état de religieuse devait être un jour son refuge, ce ne pouvait être que de son libre choix ; car l’abbesse de la Pietà n’employait aucun artifice pour gagner de novices à Dieu et ne souffrait pas que ses religieuses eussent recours à la contrainte ou à la séduction.
    Pendant que se passaient les événements que nous venons de rapporter, Vivaldi et son domestique Paolo étaient prisonniers de l’Inquisition, chacun dans une chambre à part. On avait interrogé Paolo séparément ; mais on n’avait pu tirer de lui aucune révélation : il protestait toujours de l’innocence de son maître, sans même avoir l’idée de parler de la sienne. Vivaldi, appelé de nouveau devant le tribunal, eut à subir un nouvel interrogatoire plous détaillé que le premier. Les inquisiteurs étaient plus nombreux cette fois ; et tout l’art imaginable fut employé pour lui arracher l’aveu des crimes qu’on lui imputait et d’autres encore sur lesquels la dénonciation ne portait pas. Ses réponses furent concises et fermes et son attitude, courageuse. Il éprouvait moins de crainte pour lui-même que d’indignation et de révolte contre l’injustice et la cruauté raffinée de ce tribunal de sang.
    [/align:121ccfa99c]

    Ce salaud (oui, il mérite bien ce qualificatif) de Schedoni derait être mis au ban de l’humanité pour les tours pendables qu’il a joués à nos amants, mais le châtiment ne tardera plus, soyez-en sûrs ! Et maintenant que je vous ai rassurés, vous pouvez tranquillement chercher la daubinettes : pour cela, il faut que vous trouviez un mot dans la première phrase de ce paragraphe qui contient toutes les lettres de son mnémonique, mais en désordre

  9. #9
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    9

    [align=left:8bee218764] Comme il persistait à se déclarer innocent, on décida que trois heures plus tard il lui serait appliqué la question ; en attendant, on le fit reconduire dans sa prison. Pendant qu’il s’y acheminait, il vit passer près de lui un personnage dont l’air et la figure ne lui étaient pas inconnus ; il rappela ses souvenirs et, en regardant plus attentivement l’étranger qui s’était arrêté un instant, il reconnut le moine qui lui avait donné des avis prophétiques dans les ruines de Paluzzi. Le premier moment de surprise le cloua sur place ; puis, quand il voulut suivre cet homme, il en fut empêché par ses gardes ; il leur demanda alors qui était cet étranger qui n’avait fait que passer et disparaître, mais, ne l’ayant pas remarqué, ils ne purent lui répondre.
    Il était environ minuit lorsqu’il entendit des pas et des voix qui s’approchaient de sa prison. Il comprit qu’on venait le chercher. La porte s’ouvrit et donna passage à deux hommes tout vêtus de noir qui, s’avançant sans parler, jetèrent sur lui un manteau de forme singulière et l’emmenèrent hors de sa chambre. Il suivit de longues galeries désertes où régnait un silence de mort. Puis on le fit descendre, par une longue suite de degrés, dans des caveaux souterrains. Les portes, par lesquelles il passait, s’ouvraient d’elles-mêmes devant la baguette d’un des officiers qui le conduisaient. Un autre portait une torche sans laquelle on eût pu difficilement trouver sa route dans ces sombres corridors. Ils traversèrent une grande salle voûtée qui semblait être destinée aux sépultures ; puis, arrivés à une porte de fer, ils s’arrêtèrent ; l’officier la frappa trois fois de sa baguette, mais elle ne s’ouvrit pas tout de suite comme les autres.
    Pendant qu’ils attendaient, Vivaldi crut entendre au loin des gémissements entrecoupés, semblables au râle d’un mourant, gémissements qui le pénétrèrent, non de crainte, mais d’horreur. La porte s’ouvrit enfin, et Vivaldi vit apparaître deux figures qui, éclairées seulement par une faible lueur provenant de la salle, le frappèrent de saisissement : elles étaient entièrement vêtues de noir, comme ceux qui le conduisaient. Mais leur habillement, d’une forme différente, s’appliquait tout juste contre le corps ; et leur visage, à l’exception de deux trous pratiqués au-devant des yeux, était entièrement recouvert de l’étoffe noire que les enveloppait de la tête aux pieds. I8lks s’emparèrent de Vivaldi et le firent marcher entre eux, en gardant le silence, jusqu’à un corridor à l’extrémité duquel était une autre porte plus grande que la première, où ils frappèrent. Là, les sons qu’avait entendus Vivaldi devinrent plus distincts. Il reconnut avec horreur que c’étaient des cris arrachés par l’angoisse de la souffrance. La porte lut ouverte par deux personnages habillés comme ses nouveaux guides, et il se trouva dans une salle spacieuse dont les murs étaient tendus de noir et éclairés seulement par une lampe suspendue à la voûte. En entrant, son oreille perçut des sons étranges, répercutés par des échos sonores bien au-delà de l’espace que sa vue pouvait embrasser.
    Il lui fallut du temps avant qu’il pût se reconnaître et distinguer les objets dont il était entouré. Des figures pareilles à des ombres semblaient glisser dans les ténèbres. Des instruments dont il ne comprenait pas l’usage frappaient ses regards inquiets et troublés. Il entendait toujours des gémissements douloureux et cherchait des yeux les malheureux à qui on les arrachait lorsqu’une voix, qui partait de l’extrémité de la salle lui ordonna d’avancer.
    [/align:8bee218764]

    Tiens, le mnémo de la daubette que vous devez retrouver est contenu dans le nom de notre héros, en désosrdre, tout comme précédente. Un tuyau : cherchez vers la fin dudit nom, mais … pas tout à fait.

  10. #10
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    10

    [align=left:e619d2ddad] La distance et l’obscurité ne lui permettant pas de distinguer le point précis d’où venait cet ordre, il hésitait à obéir ; mais on le saisit par le bras et on le poussa en avant. Il aperçut alors, sur une estrade élevée de quelques marches, trois personnes assises sous un dais drapé de noir, et qui paraissaient être là pour présider à la torture. Devant elles, et un peu au-dessous, siégeait un greffier, éclairé d’une lampe.
    Vivaldi comprit que les trois juges étaient : le grand inquisiteur, le procureur général de l’Inquisition, et un inquisiteur ordinaire qui paraissait plus ardent que les deux autres à remplir ses cruelles fonctions. A quelque distance de la table, était une grande machine en fer, que Vivaldi supposa être un chevalet, et, tout à côté, une autre machine ressemblant à un cercueil. Heureusement, il ne distingua dans l’obscurité aucune créature humaine soumise à ce moment à la question. Mais c’était sûrement dans une salle voisine qu’étaient exécutés les terribles sentences des inquisiteurs car, toutes les fois qu’une certaine porte s’ouvrait, les gémissements et les cris redoublaient de force, et l’on voyait aller et venir des hommes fort occupés, fort occupés, vêtus de noir comme les autres.
    Le grand inquisiteur appela Vivaldi par son nom et l’exhorta de nouveau à dire toute la vérité s’il voulait éviter les tourments qui l’attendaient. Et, sur ses nouvelles protestations d’innocence, il fit signe aux tortionnaires de préparer les instruments de la question. Pendant que ceux-ci obéissaient, Vivaldi, malgré le trouble où il était, remarqua un homme qui traversait la salle et qu’il reconnut pour être le mystérieux donneur d’avis des ruines de Paluzzi, celui-là même qu’il avait déjà vu quand on le ramenait à sa prison. Il le regarda fixement et s’assura qu’il ne se trompait pas.
    Les gardiens de Vivaldi, exécutant l’ordre de l’inquisiteur, se saisirent de lui, le dépouillèrent de son habit et de sa veste, le lièrent avec de fortes cordes et lui enveloppèrent la tête d’un grand voile noir qui l’empêcha de voir le reste des préparatifs. Ce fut dans cet état qu’il fut interrogé de nouveau.
    - N’êtes-vous jamais allé dans l’église de Spirito Santo à Naples ? lui demanda l’inquisiteur.
    - Si, répondit le jeune homme.
    - N’y avez-vous pas montré du mépris pour la foi catholique ?
    - Jamais.
    - Rappelez vos souvenirs. N’y avez-vous jamais insulté un ministre de la sainte Eglise ?
    Vivaldi garda le silence. Il commençait à reconnaître que la principale accusation portée contre lui pouvait bien être le crime d’hérésie.
    L’inquisiteur répéta sa question :
    - Parlez, di-il, n’avez-vous pas insulté un ministre de la religion dans l’église de Spirito Santo ?
    - Et ne l’avez-vous pas insulté, dit une autre voix, pendant qu’il accomplissait un acte de pénitence ?
    Vivaldi tressaillit : cette voix était celle du moine des ruines de Paluzzi.
    - Qui m’a posé cette derrière question ? demanda-t-il.
    - Vous êtes là pour répondre et non pour interroger, reprit l’inquisiteur. Répondez.
    [/align:e619d2ddad]

    Et voilà, il se fait cuisiner par l’Inquisition, c’est vraiment n’importe quoi, compte tenu du fait qu’il n’a rien fait de mal le pauvre garcon ! Quel choc pour Vivaldi, d’être arrêté, amené manu militari dans de sombres cachots, fouillé, enfermé … Croyez-vous qu’ils lui aient pris les empreintes digitales (comme à l’aéroport JFK, quoi) ? Oui, je sais, je fais un horrible anachronisme là, mais que faire ? j’en ai bien besoin !

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