Dommage que hommes politiques et journalistes évitent soigneusement le sujet des causes profondes et réelles de ces événements. Pour les premiers se serait mettre en évidence leurs erreurs et leur manque de courage. Pour les seconds la "voix de son maître" est sans doute trop forte...


François-Xavier Pietri


Après la fermeté et le discours sécuritaire, le plan de réhabilitation du dialogue sur le terrain. Dominique de Villepin n'a pas lésiné hier, devant les parlementaires, avec son catalogue de mesures décidées dans l'urgence de la situation pour calmer le jeu dans les banlieues : quinze zones franches nouvelles, une agence pour l'égalité des chances et des préfets désignés à cet effet, 5.000 postes d'assistants pédagogiques, 25 % de moyens supplémentaires pour l'Agence de rénovation urbaine, 20.000 contrats d'accompagnement pour l'emploi, 100 millions d'euros de plus pour les associations... De l'argent donc, des moyens supplémentaires... mais pour quoi faire ? Et avec quels résultats ? Le risque est grand en effet qu'une fois la situation apaisée, ce qui finira bien par arriver un jour, le sujet ne retourne dans les ghettos d'où il est venu, jusqu'à l'explosion suivante. Car, à l'évidence, la question de l'intégration des perdus des banlieues va bien au-delà d'un train de mesures. À cet égard, la presse internationale a beau jeu de se gausser du modèle français, et notamment de notre penchant naturel à donner des leçons aux autres. Pour autant, la plupart des grandes nations démocratiques n'ont pas mieux réussi en la matière. Ni les États-Unis, qui n'ont jamais résolu le problème de la guerre des gangs des ghettos de Los Angeles et celui de leurs minorités, ni, à l'opposé, la Grande-Bretagne, dont le modèle réputé vertueux d'intégration multiculturelle a atteint ses limites. C'est vrai, la France, en la matière, n'a pas fait beaucoup mieux : en atteste la violence de cette crise qui révèle l'ampleur du problème. Le sujet, malheureusement, ne risque pas de s'éteindre. La question de l'immigration - et donc celle de l'intégration - va forcément se poser avec plus d'acuité encore quand les courbes démographiques joueront leur plein effet sur le vieillissement de la population et qu'il faudra, d'une façon ou d'une autre, organiser le relais des générations. La crise des banlieues aura au moins eu cette vertu : rappeler à ceux qui nous gouvernent qu'il y a urgence à se pencher longuement sur le sujet.