Pascal Aubert


La turbo-croissance économique chinoise fait souvent rêver en Occident où on doit souvent se contenter de performances trois à quatre fois inférieures. Le nez collé sur les indicateurs statistiques, on en oublie presque le prix payé quotidiennement par la Chine et les Chinois. Exceptionnelle par son ampleur, la pollution chimique majeure qui frappe la région de l'extrême nord-est du pays et menace l'alimentation en eau potable de plusieurs millions de personnes de part et d'autre de la frontière russo-chinoise n'est pas un cas isolé. Afin de satisfaire aux exigences d'une course effrénée à la performance validée par le pouvoir à tous les niveaux, aucun effort n'est épargné. L'outil industriel chinois, souvent vétuste et inadapté, est poussé à l'extrême limite de ses possibilités. Les ratés viennent nourrir une chronique noire qui passe le plus souvent inaperçue à l'étranger. Et pourtant, les accidents, incendies, explosions, éboulements et incidents de gravité variable se comptent par milliers chaque année. Les victimes, morts et blessés, aussi. Martyrs sacrifiés sur l'autel de la grande cause nationale, la compétition économique planétaire dans laquelle Pékin se positionne en prétendant à une place d'honneur tout en pensant à accéder un jour à la première. La Chine tout entière est embrigadée dans cet effort qui renvoie au dernier rang des préoccupations la plupart des règles morales, sociales et environnementales en vigueur ailleurs. Travail des enfants et des prisonniers, déplacements forcés de populations, piratage et contrefaçons, absence ou non-respect des normes de pollution constituent quelques-unes des ombres à inscrire au palmarès du miracle économique chinois. A quoi il faut ajouter le recours à une force de travail dans des conditions souvent plus proches de l'exploitation que du modèle de relations sociales - si imparfait soit-il - pratiqué dans les économies développées. La poursuite de la croissance chinoise est à ce prix. Et pour un bon moment encore. Au moins aussi longtemps que la nature du régime interdira l'émergence de contre-pouvoirs susceptibles de faire évoluer les normes et les libertés pour les rapprocher de celles appliquées par ses partenaires et concurrents.