Education - Dictée : naux enphan son nulle !




Soumis par un collectif à un simple test de dictée, deux tiers des élèves de seconde concernés ont décroché un zéro pointé !


Une étude de l'Education nationale sur des élèves de CM2, montre de son côté une dégringolade du niveau en 20 ans.





Zéro pointé en dictée !


A en croire un test que vient de rendre public le collectif Sauvez les lettres, les élèves de seconde ne savent plus écrire français.


Pire, ils ne le comprennent pas.


Le collectif, qui se bat pour une amélioration de l'enseignement du français, a soumis à la rentrée 2008 une dictée à quelque 1348 élèves de seconde du secteur public, en ville et en banlieue.


"On a volontairement choisi un texte sans difficulté particulière et qui avait été donné en 1976 aux épreuves du brevet des collèges", explique à LCI.fr Fanny Capel, professeur à Lagny et membre du collectif.


Une date qui n'a pas été choisie au hasard :


"C'est la dernière année où les élèves ont eu un cursus scolaire de français complet, explique l'enseignante.


Depuis cette date, à force de comprimer les horaires, les élèves ont perdu 800 h de Français sur leur cursus primaire-collège.



C'est l'équivalent de deux années scolaires!"




Et le résultat est effarant : deux tiers des élèves ont eu zéro (le barème utilisé étant, comme en 1976 : un point retiré pour une faute sur un mot, deux points pour une faute de grammaire, un demi pour un accent erroné).

Si 14% s'en tirent avec la moyenne, un élève sur deux a fait plus de 15 fautes, et un élève sur trois plus de 20 !




"80% de ces fautes sont des fautes de conjugaison et de grammaire, c'est-à-dire des fautes qui concernent la logique même de la langue, constate Fanny Capel.



Les élèves ne la maîtrisent plus.


Si un sujet n'est pas placé avant le verbe, ils ne le retrouvent pas, et ils ont du mal à différencier une cause d'une conséquence".


Par ce genre de démonstration, le collectif espère faire réagir les autorités.


"On est dans une phase terminale de la destruction de l'école publique.


Ça fait des années qu'elle est orchestrée par l'institution elle-même.


Et on arrive à un tel constat d'échec qu'on parvient à faire accepter comme presque normale aux parents l'idée de devoir aller dans le secteur privé et d'avoir recours à des prof particuliers.


C'est scandaleux car un tel système empêche toute promotion sociale".




Pas mieux dans le primaire

Une mauvaise nouvelle en amène souvent une autre. Mercredi, le site de l'Education nationale a publié les résultats accablants d'une étude portant sur le niveau des élèves du primaire du secteur public.


L'objectif était de comparer les performances des élèves de CM2 en lecture, calcul et orthographe, entre 1987 et 2007, avec un point d'étape en 1997.


Les tests proposés étaient identiques.

"On constate sur vingt ans, une baisse significative des performances des élèves dans les trois compétences qui font l'objet de cette enquête", écrit le ministère.




Ainsi, en lecture, si les résultats sont restés "stables de 1987 à 1997", la Depp*, auteur de l'étude, observe "une baisse significative du score moyen entre 1997 et 2007", une baisse "plus marquée pour les élèves les plus faibles".


Ainsi "deux fois plus d'élèves (21%) se situent en 2007 au niveau de compétence des 10% d'élèves les plus faibles de 1987".




En calcul, il a été constaté "une baisse importante des scores obtenus, entre 1987 et 1999", puis de 1999 à 2007 s'opère un "tassement" des résultats.


Enfin, en orthographe, sur une même dictée, le nombre d'erreurs, essentiellement grammaticales, a augmenté "significativement" entre 1987 et 2007, passant de 10,7 en 1987 à 14,7 en 2007.




Le pourcentage d'élèves qui faisaient plus de quinze erreurs était de 26% en 1987, il est aujourd'hui de 46% ! En outre, l'étude montre que la baisse constatée en lecture, comme, en mathématiques touche "toutes les catégories sociales".

Enfin, l'évolution des performances est globalement la même "chez les garçons et chez les filles", les garçons gardant un léger avantage en calcul, et les filles en orthographe.





Le texte de la dictée soumis aux élèves de seconde

L'atelier 76.

"Gilles ouvrit le battant d'une lourde porte et me laissa le passage. Je m'arrêtai et le regardai.

Il dit quelque chose, mais je ne pouvais plus l'entendre, j'étais dans l'atelier 76.

Les machines, les marteaux, les outils, les moteurs de la chaîne, les scies mêlaient leurs bruits infernaux et ce vacarme insupportable, fait de grondements, de sifflements, de sons aigus, déchirants pour l'oreille, me sembla tellement inhumain que je crus qu'il s'agissait d'un accident, que ces bruits ne s'accordant pas ensemble, certains allaient cesser.

Gilles vit mon étonnement.



- C'est le bruit, cria-t-il dans mon oreille.

Il n'en paraissait pas gêné.

L'atelier 76 était immense.


Nous avançâmes, enjambant des chariots et des caisses, et quand nous arrivâmes devant les rangées des machines où travaillaient un grand nombre d'hommes, un hurlement s'éleva, se prolongea, repris, me sembla-t-il, par tous les ouvriers de l'atelier.

Gilles sourit et se pencha vers moi.


- N'ayez pas peur. C'est pour vous. Chaque fois qu'une femme rentre ici, c'est comme ça.

Je baissai la tête et marchai, accompagnée par cette espèce de « Ah ! » rugissant qui s'élevait maintenant de partout. A ma droite, un serpent de voitures avançait lentement, mais je n'osais regarder."



Claire Etcherelli, Elise ou la vraie vie