Les hedge funds sur le retour


La crise grecque les a à nouveau placés au centre de l'attention.


Bonne nouvelle:


les régulateurs européens et américains redoublent de bonnes intentions pour les encadrer.


A vrai dire, on les avait perdus de vue.


Durant la crise, les hedge funds, ces fonds spéculatifs et rentables très à la mode dans les années 90 et 2000, n'ont pas beaucoup fait parler d'eux au plus dur de la crise des «subprime».




Pourtant, ils ont été touchés, eux aussi, et pas qu'un peu:




quelque 2 000 fonds ont disparu dans la crise - environ un cinquième des effectifs mondiaux...
d'après les calculs de Michel Aglietta, Sabrina Khanniche et Sandra Rigot, dans un livre récent (Les hedge funds, Perrin).



Cela correspond à quelque 530 milliards de dollars détruits, jusqu'à mars 2009.




Malmenés par la crise, donc, et responsables eux aussi du désastre, selon l'analyse d'Aglietta et ses collègues, qui démontrent le rôle accélérateur des hedge funds dans la propagation de la crise des «subprime».




Avec la crise grecque, les hedge funds ont fait leur grand retour sur le devant de la scène.


Côté accusés, comme d'habitude, parce qu'ils seraient à l'origine d'une grande partie de la spéculation sur la dette d'Athènes.



Pourtant, les chiffres publiés par la Banque centrale grecque, et récemment relayés par Les Echos, invitent à relativiser: de 2005 à 2009, les hedge funds n'ont perçu que 5% par an des émissions de la dette nationale.



Contre 30% pour les sociétés de gestion traditionnelles.

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En fait, ce sont les banques qui restent, de très loin, les détentrices, à 45%, de la dette du pays.



Mais la capacité d'influence, et de nuisance, des hedge funds, eux même très souvent rattachés à des grandes enseignes financières, est bien supérieure à ces 5%.



Ne serait-ce que parce qu'ils sont capables d'acheter et de vendre des titres bien plus rapidement que d'autres acteurs sur les marchés.



Il faut donc se réjouir des initiatives et déclarations de bonnes intentions entendues ces dernières semaines de part et d'autre de l'Atlantique.



Bien sûr, les lobbys de la finance n'ont pas encore agi, et les textes législatifs risquent d'être fortement détricotés.


Mais tout de même: la prise de conscience d'une nécessité d'encadrer ces fonds semble actée pour de bon.



Côté américain, le «plan Volcker», grand projet d'Obama pour encadrer Wall Street, devrait, s'il passait en l'état, singulièrement compliquer les possibilités, pour les banques d'affaires, d'investir dans des hedge funds.




Côté européen, une directive sur les hedge funds, dont les contours sont encore débattus au Parlement, devrait être adoptée dans les semaines à venir.



Et le ton agressif de Michel Barnier, commissaire européen à peine entré en fonctions, au marché intérieur et aux services financiers, a surpris les acteurs de la finance européenne, et confirme la rupture avec son prédécesseur, Charlie McCreevy.



«Nous voulons mettre fin aux lacunes réglementaires», a déclaré l'ancien ministre de l'agriculture dans un entretien récent.



A défaut de convaincre sur les stratégies de relance de son économie trop molle, l'Europe semble décidée à avancer sur la voie de la régulation financière.

C'est une bonne nouvelle.