"Le trading à haute fréquence"



Le réexamen de la directive MIF voit s'affronter deux conceptions des marchés actions explique Bertrand Jacquillat, PDG d'Associés en Finance, professeur à Sciences Po et auteur des « 100 mots de la crise financière » (PUF, 3e édition, 2010).



La forte volatilité des marchés d’actions est devenu un sujet de préoccupation pour nombre d’investisseurs, pour les entreprises cotées et bien sûr les régulateurs, qui se demandent si leur fonctionnement actuel est bien conforme à leur objet premier, qu’il convient de rappeler.



Les actions représentent des droits de propriété sur les capitaux propres d’une entreprise, lesquels constituent le meilleur véhicule d’épargne et d’investissement pour le financement à long terme des entreprises.


L’absence d’échéancier temporel pour rendre ces capitaux propres aux investisseurs est ce qui distingue les actions de la dette, et les marchés d’actions existent précisément pour assurer aux investisseurs un service de liquidité, et pour trouver de nouveaux investisseurs.


En théorie, les propriétaires d’actions sont des investisseurs de long terme mais en pratique ils ont besoin de ce service de liquidité.


Pour faciliter la liquidité des marchés au jour le jour, de nouveaux opérateurs ont été incités, dans un premier temps par les régulateurs, et notamment avec la directive européenne MIF, puis par les bourses traditionnelles en concurrence féroce avec de nouvelles plates-formes de transactions suscitées par la MIF, à intervenir sur les marchés d’actions.



Cette nouvelle race opérateurs n’a aucun intérêt dans le succès à long terme des entreprises sur les titres desquels ceux-ci pratiquent le trading à haute fréquence, lequel représente fréquemment plus de 50% des transactions.



Le fait que les bourses aient facilité les interventions de ces nouveaux joueurs, notamment en leur permettant de placer leurs ordinateurs et leurs logiciels d’intervention automatique au plus près de leurs ordinateurs centraux pour leur faire gagner quelques microsecondes, leur permet d’améliorer leur compte d’exploitation, mais risque à terme de les faire disparaître parce qu’elles se seraient trop éloignées de leur objet et des services qu’elles sont censées rendre à leurs autres parties prenantes qui s’en détourneraient.




Deux exemples permettent d’illustrer les dangers de ces transactions de haute fréquence initiées par des programmes dits algorithmiques d’intervention automatique.


Même s’ils se sont produits à presque 25 ans d’intervalle, ils n’en offrent pas moins des similitudes troublantes.


Le premier est le krach du 19 octobre 1987 dont on soupçonne fortement qu’il ait eu pour origine les transactions d’assurance de portefeuille.


Ce jour-là, toutes les bourses mondiales ont chuté d’environ 25%.



L’autre exemple est le flash krach du 8 mai 2010, sur le Nyse où en seulement 20 minutes l’indice Dow Jones a dévissé de près de 10%, avec certains titres comme Procter et Gamble dont la valeur fut ramenée de 60 dollars à quelques cents, pour regagner rapidement une grande partie du terrain perdu.




Ce qui s’affronte aujourd’hui, ce sont deux conceptions des marchés d’actions, et qui ont trait au contrôle de l’information, et la MIF, dans sa configuration actuelle, symbolise l’affrontement entre celles-ci : celle des marchés centralisés, plus contraignante, qui permet une confrontation de l’offre et de la demande des titres sous le contrôle, immédiat et complet, des autorités de régulation et celle des très grandes banques d’investissement, américaines pour la plupart, qui sous prétexte d’une efficacité qui n’est pas démontrée, préfère moins de régulation et davantage de discrétion.


Avec le réexamen de la MIF, la course au « moins disant réglementaire » doit être, d’une manière ou d’autre autre, stoppée