La "drôle de guerre" des monnaies



Les déséquilibres monétaires actuels ne se résoudront pas rapidement.

Dans le cadre du G20, l'Europe doit définir une stratégie de change propre mis en oeuvre par la BCE estime Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes.


Les comparaisons guerrières, si souvent utilisées depuis quelques semaines, ont un seul intérêt, celui de souligner le fait que nous ne sommes pas dans un monde angélique et que toute naïveté ou pacifisme unilatéral à l’européenne doit être écarté.




La « drôle de guerre » avait duré huit mois (de septembre 1939 à mai 1940).


Celle-ci sera vraisemblablement plus longue.


Elles ont ceci de commun, que chaque protagoniste sait, que le conflit est inévitable, mais l’on attend soigneusement le moment favorable de mettre en oeuvre sa stratégie.


Certes, aujourd’hui, au-delà des escarmouches, il y a de fortes tensions :

l’arrivée massive de capitaux à court terme sur les marchés de petits pays émergents et l’euro qui après quelques mois d’accalmie se trouve de nouveau porté aux nues.


Mais aujourd’hui personne n’a intérêt ou ne se sent le courage de réagir pour deux raisons.


L’un des protagonistes, l’Europe n’en a pas la capacité, c’est le pacifiste et les autres n’en ont pas l’intérêt : la Chine et les Etats-Unis.




Certes, chacun y va de sa déclaration :


le gouvernement chinois en faveur du statu-quo ;

le gouvernement américain pour une proposition intelligente et irréaliste, celle de limiter rapidement les déficits de balance des paiements courants

; d’autres, comme la Banque Centrale du Japon, tentent de se défendre.



Mais en réalité, il s’agit surtout de tester ses arguments et ses moyens d’actions ; et rien dans les faits ne permet d’avancer d’un millimètre vers un équilibre des marchés.


Alors logiquement, le G20 des ministres des finances sort un communiqué lénifiant qui d’ailleurs ne dupe personne, parce que chacun sait que la guerre d’aujourd’hui est un double simulacre ; dans la mesure où d’une part les économies chinoises et américaines sont encore très complémentaires d’autre part, l’évolution possible, aujourd’hui, du dollar est hors de proportion avec celle qui permettrait à la balance commerciale américaine de se rétablir.



Alors, que va-t-il se produire ?


Pour bien l’imaginer, il faut comprendre que l’on souhaite passer, en quelques années, de la situation actuelle, intenable à terme, à un nouvel équilibre où les pays émergents épargneront moins, ne transféreront plus leurs capitaux vers les Etats-Unis, qui eux-mêmes leur substitueront une épargne domestique suffisante.



Atteindre cet objectif est très difficile et il n’est pas évident qu’il n’y ait au cours de ce cheminement, forcement un peu long, un accident, par exemple une glissade incontrôlée du dollar.


C’est dire s’il faut qu’une gouvernance mondiale tente de s’imposer en donnant la priorité à ces évolutions souhaitables de la consommation et de l’épargne des grandes zones monétaires.


Tâche difficile, qui suppose que le passage d’aujourd’hui à la situation espérée s’appuie sur une grille de parité favorable et relativement stable.


A la France de se fixer deux objectifs pour 2011 : créer un consensus au sein du G20 sur cette grille et surtout amener l’Europe à avoir enfin une stratégie de change propre, mise en oeuvre par la Banque Centrale Européenne.