Gabriel Heinze, défenseur de l’OM, conseille aux joueurs « d’ouvrir les yeux »



L’article de Gabriel Heinze dans L’Equipe Mag de ce week-end peut être qualifié de courageux.


Il y défend ses idées et prend position sur des sujets difficiles sur lesquels, le plus souvent, les joueurs choisissent de se taire.

Il faut reconnaître qu’ils ont davantage été formatés pour ça.





Le défenseur argentin, lui, s’est construit autrement.

A ceux qui veulent du spectacle à L’OM, il conseille d’aller au cirque ou au cinéma.

A ceux (en dehors du staff technique ou des joueurs) qui cherchent à interférer avec la vie du vestiaire, il explique : « le vestiaire est à nous.


Si quelqu’un veut y entrer, alors que je le considère comme nuisible, je le vire, c’est tout » (p.16).


La langue de bois, il ne connaît pas, ce qui peut difficilement passer inaperçu dans un milieu où il semble plutôt de bon ton, pour les acteurs, de proposer des réponses édulcorées, toutes faites.




A la lecture d’un papier, une idée retient toujours votre attention plus que les autres.


Voici celle qui a capté la mienne : sur la question des agents, le marseillais répond :


« Des agents, il y en a des bons, des mauvais et des très mauvais.

Une grande majorité de très mauvais !

Rares sont ceux qui pensent à « former » les joueurs. «

Former » un joueur, le faire grandir, c’est lui apprendre à penser, à ouvrir les yeux pour voir les choses.

Mais s’il ouvre les yeux, il verra qu’il n’a pas besoin d’agent ! Alors ?… » (p.10).





Son analyse est intéressante sur l’idée de la nécessité de former les joueurs.



Car en tant qu’intervenante en psychologie du sport auprès des footballeurs depuis une dizaine d’années, il semble impossible de ne pas remarquer le manque d’accompagnement dont ils sont trop souvent les victimes sur la quête de sens, sur les interrogations à avoir sur eux-mêmes, les conditions de leur réussite, les chemins à emprunter, à éviter.



Heinze a raison, il est important de leur apprendre à penser, à ouvrir les yeux pour voir les choses…

Seulement voilà, quand un individu possède la faculté de regarder les choses telles qu’elles sont et de s’organiser en conséquence, il devient moins malléable, plus indépendant.

Il est un homme libre…. Est-ce vraiment la volonté de ceux qui les entourent ?




Si je partage cette idée avec le défenseur argentin, je comprends moins pourquoi il place en priorité les agents comme responsables de la formation des joueurs sur ces aspects.


Cela ne revient-il pas à incriminer l’institutrice du manque d’éducation d’un enfant alors que ce dernier vit une vie de famille équilibrée auprès de ses parents ?


Les agents doivent sans aucun doute participer à « former » les joueurs avec lesquels ils travaillent.

Cependant, si ces derniers ne vivent plus dans leurfamille depuis l’âge de 13 ans, ne sont-ils pas dans un Centre de FORMATION ?


Ne serait-ce pas le lieu idéal pour être « formé »,, « grandir », « apprendre à penser » et « ouvrir les yeux pour voir les choses » comme le dit Heinze ?


Pensez-vous que les agents seraient réellement les seuls perdants dans cette histoire ?


Un individu qui s’interroge est toujours plus difficile à diriger, à gérer que les autres.

Il dérange, il gêne.

C’est pourquoi, nous sommes en droit de nous demander si beaucoup ne préfèrent pas que les joueurs restent dans l’ignorance.



Les « former » au football, d’accord. Mais les « former » à la liberté de penser…

Serait-ce un pari trop risqué ?

Pour les agents ? Peut-être… Mais pas seulement