Qu'appelle-t-on "les marchés" ?








Michel Aglietta

:
Ce sont des investisseurs, surtout des fonds de pension, un peu les assurances...


Tous ceux qui détiennent les actions. Le marché c'est là où se synthétise tout ce qui est offre et demande d'actions.

La psychologie des marchés, c'est la psychologie de la crainte et de l'aversion pour le risque.


Aujourd'hui, tous les pays veulent de l'austérité, donc il va y avoir une croissance plus faible, les entreprises vont voir leurs profits diminuer, donc les taux d'intérêts auxquels on s'endette devraient augmenter par crainte de cette perte des profits.



Or, la variable des actions c'est l'anticipation des profits dans l'avenir et des taux d'intérêt de base, d'endettement à 10 ans. Aujourd'hui, tous ceux qui détiennent des actions veulent réduire leur portefeuille.

Et comme tout le monde veut faire pareil, les Bourses baissent.



Vous parlez des variables sur le long terme, mais il y a également des variables de court terme...

Par exemple, on attendait beaucoup des élections en Espagne ce week-end.



M.A. : Cela peut avoir un impact très temporaire.

Les marchés incorporent toutes les informations qui leurs arrivent. Mais rien ne change d'un coup de baguette magique.

En Espagne il y a beaucoup d'insolvabilité dans le secteur privé et il y a de l'austérité budgétaire.

Donc on s'attend à une récession, et une réaction positive des marchés, comme après une élection, n'aura un effet possible que de quelques jours. Les actions varient selon ce qu'elles peuvent rapporter à leurs détenteurs.

Après il se greffe des épiphénomènes, mais cela s'efface.



Dans les périodes d'incertitude comme aujourd'hui, la tendance est au fléchissement.

Pour l'instant, on anticipe une récession temporaire en 2012.

Les autres éléments, ce sont l'insolvabilité des Etats, la sortie de la Grèce de l'euro,... des éléments politiques.

Il y a une très forte volatilité, sur du court terme, parce que personne ne comprend ce qu'il se passe sur le plan politique - le gouvernement allemand dit une chose, puis en dit une autre le lendemain, cela crée de la volatilité.



Le 26 octobre par exemple, on annonçait un plan d'ensemble pour la zone euro, avec un renforcement du fonds de stabilité européen.

Mais on se rend compte très vite que cela ne marche pas : les Chinois ne veulent pas payer, les financements ne sont pas disponibles...



Que faudrait-il pour contenter les marchés ? Que veulent-ils ?


M.A. : Il faudrait que la zone euro connaisse une mutation plus profonde.

Tout d'abord il faudrait que la Banque centrale européenne change de statut et devienne prêteur en dernier ressort, en rachetant des titres d'Etats en difficultés - elle dit qu'elle ne le fait pas mais finalement elle le fait un peu, cela crée aussi de l'incertitude.



Ensuite, il faut que l'Europe soit plus solidaire, que les pays pouvant soutenir la conjoncture le fasse.

Pour les pays en difficulté, il faut une force de croissance qui leur viennent de l'extérieur, de pays ayant la capacité de le faire.

Les Allemands ne le font pas pour le moment alors que ce sont eux qui ont les capacités de la faire.

Donc il faut plus de fédéralisme.



Enfin, à mon avis, il faudrait que le budget européen soit augmenté pour faire des dépenses d'investissements nouveaux au niveau européen, financé par une taxe carbone ou une taxe sur les transactions financières.

Le but étant de mener une vrai politique industrielle.

La crise doit faire passer l'Europe à une étape plus ambitieuse, sinon on éclate. Et si l'Europe éclate, les marchés financiers chuteront également.



La solution est donc politique ?

M.A. : Oui, parce qu'on arrive à un niveau où la crise est politique.

La plupart des Etats (sauf pour la Grèce) se sont endettés pour sauver les banques après l'éclatement de la crise immobilière en 2008 et pour mener un plan de relance.

C'est là d'où vient le plus gros de la dette publique aujourd'hui.

Les Etats sont donc en difficultés mais le privé ne va pas mieux, il ne peut donc pas prendre le relais. C'est une seule et même crise qui rebondit et qui change de sas.


Donc il faut donc en effet une solution politique compréhensible.

Pour que les marchés changent d'attitude, que les taux d'endettement des pays diminuent rapidement.

On est dans un moment où la solidarité européenne doit prendre le pas sur les divergences entre pays.