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ronin
Jedi Trader

30 11 2005 à 12 : 59
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Euro cher.
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L'euro cher menace notre industrie ....
Nos compatriotes sont angoissés par le mouvement actuel de
désindustrialisation, qui se traduit par le déferlement de délocalisations
massives entraînant chacune des centaines de suppressions d'emplois. Que
faut-il en penser ? En fait, trois phénomènes sont à l'oeuvre. Les deux
premiers sont normaux, résultant des changements structurels de la production
et de la concurrence des pays à bas salaires. Le troisième est anormal car il
exprime des distorsions monétaires.
Les changements structurels de la production se manifestent en longue période
selon un processus analysé en son temps par l'économiste Colin Clark.
Lorsqu'un secteur économique se développe rapidement, il est le lieu de gains
très importants de productivité qui exercent deux effets. D'une part, les
coûts de production et donc les prix relatifs s'abaissent fortement, ce qui
permet à la consommation de s'élever en volume tandis que son poids diminue en
valeur. D'autre part, le secteur libère des emplois productifs qui vont
pouvoir s'employer dans d'autres secteurs.
Ce premier phénomène jouerait tout aussi bien dans une économie fermée que
dans une économie ouverte sur l'extérieur. Il est apparu d'abord dans les pays
développés avec l'agriculture, qui représentait autrefois la majorité de la
production en valeur et de l'emploi. Sa modernisation s'est traduite par une
baisse graduelle de sa part depuis le XIXe siècle, descendant maintenant à 5 %
ou en dessous. Le même mouvement apparaît aujourd'hui pour l'industrie, lieu
de la troisième révolution industrielle axée sur l'électronique mais dont les
services prennent le relais. Suivant la loi édictée par Moore, les coûts de
production des microprocesseurs et des mémoires d'ordinateurs sont, à qualité
égale, divisés par dix tous les cinq ans. Ceci se traduit par un effondrement
des prix et une explosion de la demande.
Le deuxième phénomène, tout aussi logique, est la concurrence des pays à bas
salaires, qui ont des avantages comparatifs dans les branches de main-d'oeuvre
intensives en travail, qu'il s'agisse de certaines industries ou de quelques
services délocalisables. Cette logique a été le fondement de la théorie
néoclassique d'Heckscher, Ohlin et Samuelson. Les pays développés, à niveau de
vie élevé, doivent alors trouver un nouvel équilibre de leurs échanges
extérieurs. L'Allemagne et le Japon s'efforcent de conserver leurs industries
de biens d'équipement. Le Royaume-Uni se concentre sur les services
financiers. Les Etats-Unis essaient de garder la maîtrise du coeur de
l'électronique pour le matériel (Intel) et pour les logiciels (Microsoft),
profitant aussi d'une agriculture très performante. La France, quant à elle,
est la première pour les produits de luxe, qu'elle tente de combiner avec
l'aéronautique, les grands travaux et un tourisme haut de gamme. Partout,
l'industrie perd des emplois, qui ne peuvent être compensés dans les services
que si la croissance globale de l'économie est suffisante.
Le troisième phénomène, qui se produit aujourd'hui dans le cadre de la
mondialisation, est en revanche anormal. Il provient du fait que, selon les
taux de change en vigueur, les écarts de salaires entre les pays sont de trois
à quatre fois plus élevés que ceux qui résulteraient seulement des écarts de
productivité. Ainsi les entreprises multinationales sont-elles incitées, de
plus en plus, à délocaliser à l'excès leurs activités productives, directement
ou indirectement. Ce mouvement s'effectue au détriment de l'Europe de l'Ouest,
profitant un peu aux Etats-Unis, davantage à l'Europe de l'Est, et encore
beaucoup plus aux pays d'Asie du Sud-Est comme la Chine.
Les origines de ces distorsions monétaires sont multiples. Elles tiennent
d'abord à la politique de l'euro cher dont la Banque centrale européenne se
glorifie : favorable aux consommateurs, cette pratique pénalise la production
et donc l'emploi local. Elles résultent ensuite de l'insuffisance d'épargne
aux Etats-Unis, vivant au-dessus de leurs moyens, car le rôle international du
dollar leur attribue un financement automatique. Elles découlent enfin de la
politique de certains pays asiatiques, comme la Chine, qui accumulent des
centaines de milliards de dollars en contrepartie de leur excédent commercial,
empêchant de la sorte leur monnaie de monter tout en évitant un effondrement
de la devise américaine.
Les distorsions de taux de change sont une anomalie manifeste. Elles
expliquent le maintien d'un chômage de masse dans l'Union européenne, devenue
la zone de plus faible croissance dans l'économie mondiale. Pour y remédier,
il convient de changer la politique monétaire de l'euro tout en instituant des
« montants compensatoires monétaires » vis-à-vis des pays dont la monnaie est
sous-évaluée. Le peuple français a manifesté le 29 mai son mécontentement face
à la politique européenne. A défaut d'être écoutée par ses partenaires, la
France n'aura pas d'autre solution que de sortir de la zone euro si elle veut
éviter le déferlement d'une désindustrialisation injustifiée. _________________ " Nous nous entraînons pendant des milliers d'années, mais la victoire ou la défaite survient en un instant ". Jigoro Kano |
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